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30 août 2025
LA CEDEAO ACTE LE DÉPART DE L'AES
Si la rupture est consommée, l'organisation maintient une politique de portes ouvertes, avec des dispositions transitoires. Les dispositifs de libre circulation, les documents d'identité et les accords commerciaux sont maintenus jusqu'à nouvel ordre
(SenePlus) - La Commission de la CEDEAO a officiellement annoncé, dans un communiqué ce 29 janvier 2025, le retrait effectif du Burkina Faso, de la République du Mali et de la République du Niger de l'organisation ouest-africaine. Cette décision historique s'accompagne toutefois de dispositions transitoires visant à préserver les intérêts des populations.
Dans un esprit de solidarité régionale et conformément aux directives de la Conférence des Chefs d'État et de Gouvernement, l'organisation maintient ses portes ouvertes au dialogue. Des mesures spécifiques ont été édictées pour assurer une transition harmonieuse.
Parmi les dispositions principales, les passeports et cartes d'identité nationaux arborant le logo de la CEDEAO resteront valides jusqu'à nouvel ordre pour les citoyens des trois pays concernés. Les échanges commerciaux se poursuivront selon le Schéma de libéralisation des échanges (SLEC) et la Politique d'investissement de la CEDEAO.
La libre circulation des personnes, le droit de résidence et d'établissement sans visa demeurent garantis pour les ressortissants de ces pays. Par ailleurs, les fonctionnaires originaires du Burkina Faso, du Mali et du Niger continueront de bénéficier du soutien nécessaire dans l'exercice de leurs missions communautaires.
La Commission précise que ces mesures resteront en vigueur jusqu'à l'adoption des modalités complètes régissant les relations futures avec les trois États. Une structure spéciale a été mise en place pour faciliter les discussions avec chacun des pays concernés durant cette période de transition.
L’HECATOMBE SUR LES ROUTES SE POURSUIT
11morts sur le coup, 08 blesses grièvement et 01 blessé léger ! Tel est le bilan de l’accident de la circulation survenu hier, mardi 28 janvier 2025, aux environs de 7 heures, sur l'autoroute à péage Ila Touba, entre Bambey et Khombole.
Les décisions et mesures de fermeté brandies par les autorités étatiques à l’issue des nombreux Conseils interministériels, des Conseils des ministres, et tout récemment lors des états généraux des transports publics à Diamniadio, y compris des déclarations d’autorités gouvernementales et/ou du chef de l’Etat suite à des accidents mortels, n’y feront rien. Les routes du Sénégal continuent d’être très meurtrières. En atteste ce terrible accident de la circulation qui a fait 11 morts sur le coup et 8 blessés graves dans la matinée de ce mardi, 28 janvier 2025, sur l’autoroute à péage Ila Touba, entre Bambey et Khombole. Les victimes, toutes à bord d’un minicar qui a dérapé avant de percuter un camion en panne, revenaient du Magal de «Kazou Rajab» célébré à Touba.
11morts sur le coup, 08 blesses grièvement et 01 blessé léger ! Tel est le bilan de l’accident de la circulation survenu hier, mardi 28 janvier 2025, aux environs de 7 heures, sur l'autoroute à péage Ila Touba, entre Bambey et Khombole. Un minicar, qui a dérapé, a heurté un camion en panne sur la chaussée, avant de se renverser. La violence du choc n’a laissé aucune chance à 11 passagers du véhicule de transport en commun décédés sur place ; 08 s’en sont sortis avec des blessures graves et 01 autre blessé légèrement.
Ce sont les éléments des Sapeurs-pompiers de Bambey qui se sont déplacés sur les lieux pour évacuer les blessés au niveau des différentes structures sanitaires de Bambey et Khombole. 03 corps sans vie ont été déposés à la morgue du Centre de santé de Khombole et les 08 autres morts à la morgue de l'hôpital Heinrich Lukbe de Diourbel. Ces victimes revenaient du Magal de «Kazou Rajab», qui commémore la naissance de Serigne Falilou Mbacké, 2ème Khalife général des Mourides, célébré la veille, lundi, à Touba, la capitale du Mouridisme. Il y a quelques mois, dans le même département de Bambey, au moins, 16 personnes ont perdu la vie, calcinées, suite à un accident survenu à Ndiama Fall, un village de la commune de Ndangalma, le lundi 9 septembre 2024. 36 autres avaient été blessées dont 20 dans un état grave dans cette collision entre un bus de transport en commun et un camion de sable. Une défaillance humaine, notamment un dépassement dangereux amorcé par le conducteur du bus en provenance de Dakar et roulant à vive allure, était à l’origine de cet accident de la circulation survenu cette fois sur la route nationale n°3. C’est pour juguler l’insécurité routière, entre autres maux du secteur, que les pouvoirs publics ont organisé les états généraux des transports publics, en octobre 2024.
S’exprimant à la clôture de ces assises, qu’il a co-présidées avec sa collègue en charge des Pêches, des Infrastructures maritimes et portuaires, Madame Fatou Douf, le vendredi 25 octobre 2024, au Centre international de conférence Abdou Diouf (CICAD) de Diamniadio, le ministre des Infrastructures, des Transports terrestres et aériens d’alors, El Malick Ndiaye, avait annoncé que les conclusions et recommandations issues de ce «moment d’introspection sincère et une prise de conscience de nos responsabilités qui en découlent pour façonner l’avenir du transport au Sénégal» devraient être examinées lors d’un Conseil présidentiel qui sera organisé à cet effet.
En attendant, au lancement des travaux de ces cinq jours de «débats riches et constructifs entre tous les acteurs du secteur», il a déclaré que l’État jouera sa partition avec toute la rigueur nécessaire. «Au sortir de ces états généraux, nous allons mettre tout un chacun devant ses responsabilités. L’État jouera sa partition avec toute la rigueur nécessaire», a-t-il soutenu le lundi 21 octobre dernier. Et d’ajouter, parlant des accidents de la route, que «le plus grand pourcentage de leurs causes» est attribué aux «facteurs humains». «Les solutions, nous allons les trouver ensemble» et il s’agira de «solutions durables et structurelles».
LA COSYDEP LIVRE SA RECETTE POUR LA VIABILITÉ DES UNIVERSITÉS
Insuffisance des budgets, instabilité des calendriers académiques, retard des bourses d’étudiants etc., les problèmes ne manquent pas dans les universités sénégalaises
Insuffisance des budgets, instabilité des calendriers académiques, retard des bourses d’étudiants etc., les problèmes ne manquent pas dans les universités sénégalaises. Ce qui est souvent à l’origine de mouvements d’humeurs qui perturbent leur bon fonctionnement. Dans une note qui nous est parvenue, la Cosydep livre sa recette d’un nouveau modèle plus viable pour les universités publiques.
Face aux revendications récurrentes dans les universités publiques sénégalaises, la Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep) définit les bases d’un modèle économique plus viable. Ainsi, pour améliorer le fonctionnement des établissements d’enseignement supérieur, elle souligne la nécessité de « maîtriser les flux d’étudiants ». « Cela doit passer par l’élargissement des filières en formation professionnelle en faisant fonctionner des filtres. Il s’agira d’orienter un grand nombre d’élèves dans la formation professionnelle à la fin du cycle fondamental ; d’orienter les bacheliers qui en ont les moyens dans les universités privées », lit-on dans une note rendue publique hier, mardi 28 janvier.
La Cosydep recommande de « soutenir le développement des universités régionales pour permettre de désengorger les grandes universités, de minorer les coûts sociaux pour l’étudiante ». Selon Cheikh Mbow et Cie, il faut « instaurer un dialogue inclusif entre l’Etat, l’Entreprise, l’Enseignant-Chercheur et l’Etudiant ». « Les options fondamentales de l’enseignement supérieur ne doivent pas être discutées seulement entre parties prenantes directes, dans un dialogue étroitement bilatéral. Il s’agira aussi de favoriser l’émergence d’une université du développement ; bâtir des réponses aux problèmes sociétaux et économiques dont celui d’un modèle économique viable pour les universités publiques », indique le document.
La promotion du Partenariat Public Privé à travers le « sponsoring ou parrainage d’étudiants ou de la recherche par des entreprises ; des contrats de recherche avec des entreprises privées ou des institutions publiques ; un dispositif de soutien au financement des universités (bourses ou infrastructures) par leurs anciens étudiants ; des services rémunérés effectués par l’étudiant, dans de petites entreprises (restaurants, supermarchés, assistanat,…) », est la quatrième recommandation de la Cosydep. Parmi les bases d’un nouveau modèle plus viables pour les universités publiques, il y a le fait de « mettre à profit l’espace universitaire, qui est un grand marché, pour créer des structures d’approvisionnement en produits et services dédiés aux besoins des étudiants (hébergement d’étudiants étrangers, restauration privée, bibliothèques de recherche, boutiques universitaires, centres commerciaux, événements culturels) ; allouer les bénéfices à l’amélioration continue des infrastructures et des programmes ».
La Cosydep propose aussi de « revisiter et mettre en œuvre les recommandations de la CNAES qui invitent à réaliser une étude économique des différentes options proposées pour la soutenabilité du financement de l’enseignement supérieur, instaurer un système optimal d’exploitation des ressources des universités publiques, promouvoir des financements innovants, assurer une gestion saine des fonctions de service ; dynamiser le partenariat universités – entreprises ».
La dernière recommandation de la Cosydep est « l’opérationnalisation des engagements du Premier Ministre contenus dans sa Déclaration de Politique Générale (DPG 2024) », à travers entre autres, « la finalisation des chantiers de toutes les universités et établissements d’enseignements supérieurs publics, la construction de nouvelles universités dans les régions qui n’en disposent pas ».
LA F2S APPELLE A PLUS DE MOBILISATION
Après l’interdiction de sa marche de protestation programmée au mois de décembre dernier, la Fédération des syndicats de la santé (F2S) s’est vu de nouveau refuser la tenue de la rencontre programmée hier, mardi 28 janvier 2025, à Dakar.
Après l’interdiction de sa marche de protestation programmée au mois de décembre dernier, la Fédération des syndicats de la santé (F2S) s’est vu de nouveau refuser la tenue de la rencontre programmée hier, mardi 28 janvier 2025, à Dakar. Les camarades de Cheikh Seck réclament le recrutement des agents de la santé après l’annonce par l’Etat du Sénégal de l’enrôlement de 2000 enseignants, tout en exigeant le respect du protocole déjà signé, dénoncent ce fait.
Interdite de tenir sa marche de protestation hier, mardi 28 janvier 2025, à Dakar, la Fédération des syndicats de la santé (F2S) a dénoncé cette attitude des autorités sénégalaises. Cheikh Seck, porte-parole de la F2S déclare : «nous constatons que c'est la troisième fois, puis que c'est notre troisième plan d'action, où nous avons planifié de faire une marche et que l'autorité interdit cette manifestation. Nous la dénonçons avec la plus grande énergie et cela, ne fait que renforcer notre détermination et notre engagement dans le cadre de la lutte que nous avions et que nous continuons de mener pour des meilleures conditions de vie et de travail des agents de la santé».
Devant une foule de blouse blanche déterminés à se faire entendre, ces derniers se sont finalement résignés à faire une déclaration. Pour Cheikh Seck, le secteur de la santé manque de vision et les plaintes et complainte n'en finissent pas. «Voilà un pays où pratiquement, tous ceux qui, nous ont gouvernés depuis plus d'une vingtaine d'années, n'ont jamais respectés les agents de la santé. Vous avez vu combien d'agents aujourd'hui sont dans une précarité extraordinaire», s’est désolé Cheikh Seck.
Revenant sur les difficultés vécues par les agents de la santé, il souligne des «exploitations» liées à des contrats qui doivent être renouvelés chaque année. «Il y en a beaucoup qui aujourd'hui sont à leur dixième, onzième année d’exercice, sans embauche. Certains contractuels du ministère sont à leur quatorzième année. Cette situation doit prend fin», fait savoir Cheikh Seck. Et d’ajouter : «si on signait même des contrats de quatre ans, on aurait dit, peut-être, que c'est une bonne chose, mais des contrats renouvelés chaque année, il y a un problème dans la démarche». La F2S a aussi renseigné que, jusqu'au moment de la tenue de ladite activité, le ministre de la Santé et de l’Action sociale semble les ignorer. «Nous n'allons pas arrêter la lutte jusqu'à ce que lui-même soit sur une table de négociations et que les autorités, surtout le premier ministre et le président de la République puissent trouver des solutions par rapport à nos problèmes ». A défaut, la F2S compte poursuivre la lutte. «Dès la semaine prochaine, nous allons déposer une autre déclaration de marche et nous allons l'exécuter».
LES ACTEURS DE LA SANTE OUBLIES DANS LES RECRUTEMENTS
Le gouvernement du Sénégal a engagé le recrutement de 2000 enseignants pour cette année 2025, ainsi que celui de près de 3000 agents des Forces de sécurité. Une annonce qui a soulevé un sentiment de mécontentement parce que la santé se sent oublier. Pour Cheikh Seck, «cela fait quatre ans que, dans le secteur de la santé, on n'a pas recruté un seul agent de santé. Plus grave, notre ministre de la Santé s'est permis même dans le journal Le Soleil de déclarer que les déficits en personnel pour le recrutement dans la fonction publique sénégalaise ne sont pas à la portée du gouvernement sénégalais». Il renchérit en disant : «c'est vrai qu'on a un déficit de 15 000 agents, mais quand un ministre de la Santé déclare une telle chose, c'est d'une extrême gravité».
Face à cette situation, la F2S ne compte pas abandonner la lutte. Pour les camarades de Cheikh Seck, ils vont continuer à se battre. «On est 97 000 agents dont 44 000 qui évoluent dans le secteur de la santé et de l'action sociale. Les fonctionnaires ne font pas 10 000. Et le personnel qualifié ou diplômé ou bien qui existe directement dans les soins ne fait pas 7 000 personnes. Ce qui est d'une extrême gravité. À cela s'ajoutent des problèmes liés à des plans de carrière, à des reclassements d'agents», souligne le porte-parole de la F2S. Et de renchérir : «une réforme a été lancée depuis 2009. Et le Sénégal, dans l'Organisation africaine de la santé (OAS), est le dernier pays à s'aligner. Depuis lors, on ne peut pas reclasser ces mêmes techniciens supérieurs qui ont déjà obtenu leur diplôme». En ce qui concerne la rétention d'informations sanitaire, la F2S a déclaré qu’elle reste toujours d’actualité.
LES DEFIS QUI SONT LES NOTRES DEMANDENT QUE NOUS NOUS COMPORTIONS COMME UNE SEULE ET MEME HUMANITE
Souleymane Bachir Diagne, ancien enseignant au département de philosophie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et actuel professeur à Columbia University de New York, est formel
Souleymane Bachir Diagne, ancien enseignant au département de philosophie de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) et actuel professeur à Columbia University de New York, est formel : «Les défis qui sont les nôtres demandent que nous nous comportions comme une seule et même humanité». Malheureusement au lieu de constituer une véritable communauté humaine, l’on assiste au règne de la fragmentation, des tribalismes, des polarisations. D’où l’importance du concept d’Ubuntu qu’il décline dans ses derniers ouvrages («Ubuntu » et « Universaliser») et qui établit la nécessité de s’orienter, malgré les différences, vers un horizon d’universalité. Nous l’avons accroché lors de son dernier passage à Dakar, en conversation avec ses lecteurs à la librairie L’Harmattan. Entretien
Quelle thématique explorez-vous dans vos récentes publications et pourquoi avez-vous choisi ces sujets particuliers?
De manière générale, je travaille dans trois champs philosophiques. Un premier champ, c’est la philosophie des sciences, l’histoire et la philosophie des sciences. Mes premiers livres, je les ai écrits dans ce champ-là. Je travaille également dans l’histoire de la philosophie dans le monde islamique. Et ensuite, je travaille dans des questions générales de philosophie des cultures. Et c’est dans le champ de la philosophie des cultures que j’ai produit mes derniers ouvrages. Les tout derniers que j’ai écrits, il y en a un qui est un livre de réflexion philosophique sur la traduction. La manière dont la traduction rapproche les langues et rapproche les cultures. Ensuite, j’ai également récemment écrit un autre livre qui s’intitule « Universalité ser ». Là encore, le thème que j’explore, c’est vraiment le thème de l’humanisme et le thème de la rencontre et du dialogue des cultures. Donc, disons que dans ce troisième champ et pour mes publications les plus réçentes, le thème qui parcourt mes livres, c’est le thème du dialogue des cultures, de la rencontre des cultures et également de la construction d’un humanisme pour notre temps, d’un humanisme universel qui s’identifie, que j’identifie, sous le concept de Ubuntu. Et ça, c’est le titre de mon tout dernier livre.
A quoi renvoie ce concept d’Ubuntu ?
Le concept d’Ubuntu a eu beaucoup d’importance pour la construction de l’Afrique du Sud post-apartheid. Ubuntu, c’est ce qui permet de sortir du tribalisme et de la fragmentation pour essayer de construire une nation en commun. Et audelà de l’Afrique du Sud, ce mot, ce concept comporte une leçon pour l’humanité entière parce que c’est un humanisme qui nous permet de sortir de la fragmentation dans laquelle nous sommes aujourd’hui, des ethno-nationalismes qui se traduisent d’ailleurs par des guerres atroces pour aller vers la construction de cette humanité dont nous avons besoin aujourd’hui. Parce que les défis qui sont les nôtres demandent que nous nous comportions comme une seule et même humanité et que nous ayons une politique qui soit une politique de l’humanité.
A propos des défis contemporains, comment aborderiez-vous le dialogue inter-religieux, la décolonisation des savoirs ou la mondialisation des idées ?
Sur le dialogue inter-religieux, évidemment, la réflexion que je mène sur le pluralisme établit qu’un horizon d’universalité doit toujours se construire sur le fait que le monde est pluriel. Le monde est tissé de différences, mais ces différences s’orientent, pour ainsi dire, vers un horizon d’universalité. Et donc, le pluralisme devient une valeur. Il faut comprendre la valeur du pluralisme. Je cite souvent à ce propos, d’ailleurs, un verset coranique où il est dit « si Dieu avait voulu, il aurait fait de vous une seule et même humanité, une seule et même communauté. Mais c’est lui qui, ultimement, va nous expliquer après nos différences ». Donc, le pluralisme est nécessaire, le pluralisme est dans l’ordre des choses et il faut avoir un respect pour le pluralisme. Le dialogue de culture se construit là-dessus, où on regarde à la fois les convergences, la rencontre en particulier des religions abrahamiques, puisque les religions abrahamiques partagent les mêmes traditions, les mêmes récits, les mêmes personnages. Et au-delà, il faut envisager aussi le dialogue de toutes les différentes religions, le dialogue des croyants, y compris avec les non-croyants, d’ailleurs.
Alors, pour ce qui est de l’autre aspect, il y a le fait qu’une des implications, c’est en effet que la décolonisation est importante, la décolonisation sur le plan épistémologique en particulier, la décolonisation des savoirs. Et cette décolonisation des savoirs, moi, je la pense sur le modèle aussi de la traduction. Faire en sorte que les savoirs du sud global, les savoirs endogènes, soient étudiés de manière critique et deviennent des objets que nous enseignons
Que nous ne perdions pas de vue les savoirs et les sagesses qui sont portés par toutes les cultures du monde, et toutes les cultures du monde ont à contribuer à la circulation des savoirs. C’est pour cela qu’il est très important, dans cette décolonisation des savoirs, de faire en sorte que les langues, que nos langues africaines, redeviennent ce qu’elles ont été, c’est-à-dire des langues de création et des langues de science.
Qu’en est-il alors de la mondialisation des idées ?
Justement, j’ai commencé à parler de circulation et c’est important. La mondialisation, c’est le fait qu’au fond aujourd’hui, nous vivons dans ce que Valéry appelait le monde fini. Nous sommes, dit Valéry, le temps du monde fini. C’est-àdire que la Terre est devenue toute petite. La mondialisation a fait que nous sommes devenus un village planétaire. Et en particulier, nous avons les outils qui doivent faire de nous une seule et même humanité, les outils technologiques comme l’Internet, etc. Normalement, ça doit être le temps de l’intelligence collective de l’humanité, de la constitution d’une véritable communauté humaine. Malheureusement, nous voyons que c’est l’inverse qui se produit, la fragmentation, les tribalismes, les polarisations. Mais il nous faut aller dans le sens de la constitution de cette communauté humaine. Et c’est seulement ça qui va donner son sens véritable à ce que je préfère appeler, avec Édouard Glissant ou Christiane Taubira, la mondialité. Ils disent pourquoi il faut préférer mondialité à mondialisation. Mondialisation, c’est beaucoup plus économique, financier. Mondialité, c’est vraiment, dit Édouard Glissant, ce fait d’amener l’humanité ensemble dans un tout monde. Et il faut un désir d’humanité pour être au fondement même de cette communauté humaine que nous devons constituer aujourd’hui.
Votre œuvre accorde une place importante aux interactions entre les cultures et les philosophies. Quelles nouvelles perspectives de dialogues y envisagez-vous?
Dans ma dernière publication, justement, tout tourne autour de cette idée de dialogue entre les cultures. C’est la raison pour laquelle j’ai choisi le verbe « universaliser » et non pas un nom comme « universalisme » ou « l’universel ». L’universel est une pratique. C’est une pratique d’universalisation et une pratique dans laquelle l’humanité entière, dans son pluralisme, dans ses différences et ses convergences, doit s’engager. Donc aujourd’hui, nous devons ensemble penser un universel qui ne soit plus un universel impérial, un universel colonial, l’universel qui serait porté par une seule région du monde, comme l’Europe, mais un universel forgé par tout le monde, selon la parole d’Alioune Diop, fondateur de Présence africaine, qui disait qu’il importe aujourd’hui que tout soit présent dans l’œuvre créatrice d’humanité. Et c’est cet universel-là que j’ai essayé de penser dans mon dernier livre, et c’est la raison pour laquelle j’ai choisi le verbe « universaliser » pour indiquer que c’est une pratique.
SENEGAL–UE, UN NOUVEAU CHAPITRE DE COOPERATION POUR UN DEVELOPPEMENT COMMUN
Le Sénégal et l’Union européenne ont marqué, ce mardi 28 janvier, un tournant dans leurs relations en organisant leur Dialogue de partenariat annuel
Le Sénégal et l’Union européenne (UE) ont marqué, ce mardi 28 janvier, un tournant dans leurs relations en organisant leur Dialogue de partenariat annuel. Cette rencontre, qui se tient pour la première fois sous l’ère des nouvelles autorités sénégalaises, a permis de poser les jalons d’un partenariat renforcé, tourné vers un avenir commun et des objectifs partagés.
Lors de cette session, les deux parties ont exploré des avenues pour soutenir la « Vision Sénégal 2050 », le cadre stratégique national visant à transformer le pays sur le long terme. Les discussions ont porté sur des priorités telles que la compétitivité économique, l’amélioration du capital humain, le développement durable et l’aménagement harmonieux du territoire.
L’amélioration des conditions de vie des Sénégalais a été identifiée comme un axe fondamental de cette coopération. Les échanges ont aussi abordé des thématiques cruciales comme la gouvernance, les droits humains, la sécurité régionale et les migrations, des domaines dans lesquels le Sénégal et l’UE souhaitent renforcer leur partenariat.
Ce dialogue a été co-présidé par Mme Yassine Fall, ministre de l’Intégration africaine et des Affaires étrangères du Sénégal, et M. Jean-Marc Pisani, Ambassadeur de l’UE au Sénégal. La réunion a également bénéficié des contributions de M. Amadou Chérif Diouf, Secrétaire d’État aux Sénégalais de l’Extérieur, ainsi que des ambassadeurs de la Team Europe et des représentants des différents ministères sénégalais.
Les discussions ont mis en avant des priorités communes, notamment la création d’emplois et l’amélioration de l’accès à une éducation de qualité, en particulier pour les jeunes et les femmes, considérés comme des moteurs clés du développement. La question de la sécurité régionale et de l’intégration africaine a également été au cœur des échanges, avec un engagement partagé en faveur de la stabilité et de la prospérité de l’Afrique de l’Ouest.
L’Union européenne a saisi cette occasion pour présenter sa stratégie Global Gateway, visant à soutenir des infrastructures durables, notamment dans les secteurs du transport et de l’énergie. Cette initiative comprend également des efforts pour gérer les migrations légales et combattre les flux migratoires irréguliers.
À l’issue de la rencontre, les deux parties ont convenu de poursuivre leur coopération à travers des dialogues sectoriels réguliers, permettant de suivre les avancées concrètes et de renforcer leur partenariat.
Ce Dialogue de partenariat témoigne de l’engagement du Sénégal et de l’Union européenne à bâtir un avenir commun, fondé sur des valeurs partagées et une volonté commune de relever les défis économiques, sociaux et sécuritaires.
MULTIPLE PHOTOS
LES UNES DE LA PRESSE DE CE MERCREDI 29 JANVIER 2025
Sud Quotidien, Walf Quotidien, Yoor-Yoor Bi, L'Observateur, Libération, Le Quotidien, Enquête, Vox Populi, Le Verdict News, L'As, Record, Le Soleil
Les rêves de startup agricoles font face à un écueil : « pas de marge de manœuvre ». L’eldorado promis s’avère être… une récolte de raisins en Espagne... Faute d'imagination, les solutions ressurgissent d'un passé qu'on aurait aimé oublier
C'était une époque pas très lointaine pleine de promesses, des discours et une campagne teintés d'idéaux flamboyants. Ils avaient su capter l'attention de toute une génération. Leur programme ? Simple : des emplois pour les jeunes, une économie indépendante des fluctuations internationales et une autosuffisance alimentaire qui nous ferait oublier l'existence même des importations.
L e tout emballé dans une rhétorique pleine d'élan patriotique et de slogans. Le programme initial, rappelons-le, était ambitieux. Un plan massif d’investissements, le développement de circuits courts, et des incitations à la création d’entreprises locales devaient redonner au pays un lustre économique qu’il n’avait jamais connu. Les jeunes, eux, étaient promis à des emplois dans les technologies, la recherche et l’innovation, ou encore des carrières exaltantes dans l’agriculture « modernisée ». En somme, on leur proposait la Silicon Valley version bio et terroir. C'était leur espoir, le grand souffle de renouveau. En élisant l’équipe de la "Souveraineté et de Rupture" (S&R pour les intimes), le pays semblait avoir trouvé la solution miracle : des emplois dignes et épanouissants pour sa jeunesse, une autosuffisance économique et alimentaire, et un avenir radieux sous un ciel bleu patriotique.
Les promesses étaient un brin trop ambitieux, les rêves de startup agricoles font face à un écueil imprévu : « pas de marge de manœuvre ». Les emplois pour les jeunes se feront finalement, au son du sécateur et du craquement des feuilles sous les pieds et des coups de bistouri dans les structures de santé qataries. Direction les vignobles espagnols, et les projets technologiques ou de médecine du Qatar donc. Nous n’avions jamais imaginé que la "souveraineté économique" consistait à mieux « rentabiliser » les exploitations agricoles espagnoles et combler le déficit de personnels qataris, à coups de maind’œuvre pas chère. En effet, après dix mois plus tard, d’exercice du pouvoir, la réalité s’est imposée avec toute la grâce d’un tracteur déraillant dans un champ de maïs. L’eldorado promis s’avère être… une récolte de raisins et de mandarines, en Espagne ou un travail de forçat « qualifié » au Qatar. L'espoir s'est transformé en une réalité plutôt... terre à terre. Très terre à terre. Terre aride même. Quand l'imagination fait défaut, les solutions viennent souvent d'un passé qu'on aurait aimé oublier. Nos dirigeants, viennent d'appliquer une recette déjà connue : envoyer nos jeunes concitoyens à l'étranger, dans des emplois qui n'ont rien de glorieux, mais qui font illusion sur le papier.
C’est le dernier coup d'éclat en date du ministre Abasse Fall à qui on peut donner le titre de « ministre du Travail et des Perspectives radieuses », qui, revenant du Qatar, brandit un accord comme s'il avait décroché la lune. Son trophée ? Exporter dans ce petit émirat un millier de travailleurs de divers secteurs tels que la technologie, la médecine et la logistique, dont la formation a coûté au Sénégal qui en a grandement besoin.
Dans la foulée, le gouvernement sénégalais a décidé de remettre sur la table un accord de migration circulaire avec l'Espagne. Traduction ? Des bras sénégalais pour aller cueillir fruits et légumes dans les champs espagnols. Oui, vous avez bien lu. La jeunesse, portée aux nues il y a peu, est aujourd'hui invitée à plier bagage et traverser les frontières pour participer aux vendanges et à la cueillette en Espagne. Les emplois promis sont bel et bien là, mais il faudra mettre des bottes, attraper un sécateur, vivre dans des cantonnements, et apprendre à dire "olé, viva Espaňa" sans sourciller
Pendant ce temps, l’opposition politique se frotte les mains. « Voilà où mènent les slogans populistes, à l’exil de notre jeunesse ! », tonnent d’anciens dirigeants gouvernementaux, qui n’avaient eux-mêmes pas mieux proposé quand ils étaient aux affaires. Et maintenant ? À bien y réfléchir, pourquoi la souveraineté à cors et à cris, sur tous les tons, ne nous fait-elle pas réclamer une réciprocité ? Le sens unique doit interroger, d’autant plus que les jeunes du monde entier, ont la mobilité en commun. Pourquoi les Espagnols ne viendraient-ils pas, eux, planter des cacahuètes dans nos campagnes ? À croire que l’équilibre agricole espagnol et le développement du Qatar, reposent sur une subtile stratégie de délocalisation des bras et des cerveaux. Et nos jeunes, le lubrifiant silencieux des rouages de leurs économies respectives.
Au pays pourtant, les terres cultivables s'étendent, désespérément inactives ou louées à des étrangers. Des milliers de kilomètres carrés de potentiel agricole qui attendent une maind'œuvre... qui part ailleurs. Les terres arables locales se couvrent d'herbes folles, d’épineux, repas de roi pour des troupeaux de chèvres, de sachets plastique que le vent accroche aux arbustes, et le pays importe à prix d'or des denrées qu'il aurait pu produire lui-même. Mais pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué ? Les exploitants espagnols, eux, se frottent les mains : une jeunesse dynamique, prête à tout pour gagner quelques euros. Pendant ce temps, notre pays regarde ses enfants s’éloigner.
Cherchez l'erreur. Ah, ces pauvres gouvernants, bien plus doués pour planter des promesses électorales et des plants de salade ! Il n'y a pas si longtemps, des rêves nous étaient vendus : des rêves en technicolor : "En deux mois, tout sera réglé ».
À croire qu'il est plus simple de négocier des contrats saisonniers à l'étranger que de construire des infrastructures agricoles chez soi. Après tout, pourquoi ne pas se pencher sérieusement sur une économie locale au lieu de transformer sa jeunesse en travailleurs lowcost pour l'économie hors-frontières ? Une solution pratique : les jeunes travaillent, les statistiques de chômage baissent, et le gouvernement peut se féliciter. Pas mal, non ?
Le plus beau dans cette affaire, c'est le double discours. Officiellement, on nous parle de fierté nationale, de valorisation des talents locaux, de souveraineté alimentaire. Officieusement, on les emballe dans des charters direction l'Espagne avec, peut-être, un petit guide touristique pour se consoler : "L’Espagne et ses merveilles »."Qui croit aux promesses récolte l'exil."
Finalement, cette histoire de jeunesse exportée pourrait être une excellente comédie… si elle n'était pas si tragique. Que faire de cette situation ? Rire pour ne pas pleurer ? Peut-être. Mais il serait temps que nos gouvernants se rendent compte qu'un pays ne se construit pas en exportant ses forces vives. Les champs espagnols ont peutêtre trouvé nos bras, le Qatar nos cerveaux, mais notre pays, lui, risque fort de perdre son âme
Pour arriver au niveau de développement actuel, les Chinois pédalaient en uniforme Mao, une mode sobre qu’on pourrait qualifier d’anti-paillettes. Chez nous, les tenues d’apparat, les carrosses dorés et les privilèges clinquants, liés aux fonctions officielles, sont des arguments motivants pour les jeunes. Rien que ça fait germer l’envie de ne pas rester, mais plutôt de jouer les aventuriers sur des rafiots douteux ou de tester l’endurance dans le désert en mode « esclavage version hardcore ». Mais bon, pourquoi changer ? L’exemple vient d’en haut, et là-haut, on aime bien les paillettes. On garde les vieilles recettes foireuses, convaincus que le frein, ce n’est pas nous. Eh bien si.
Alors, qu'on se le dise : exportateur des travailleurs, c'est peutêtre efficace à court terme, mais ça ne nourrit pas les ambitions nationales. Si nos dirigeants actuels veulent vraiment marquer l'histoire, qu’ils sortent du cycle des idées réchauffées, se dévêtissent de leurs boubous froufroutants, des costumes près-du-corps, des chaussures dont le cuir bêle encore et qu’ils innovent. Sinon, leur place dans les livres d'histoire, risque de se limiter à une simple note de bas de page, juste après la recette du gaspacho espagnol et le majboos, le plat incontournable au Qatar. Ah ! j’oubliais, majboos signifie « être engagé » en arabe. Comme ces milliers de jeunes qui ont littéralement envahis les Bureaux d’Orientation et de Suivi (Baos) et les tribunaux du pays, chacun espérant faire partie du « peuple des élus ». Engagés à quitter ce désert d’opportunités pour aller vivre un mirage de prospérité ailleurs.
PAR Ismaila Madior Fall
L’AES, ENTRE LÉGITIMITÉ DU RETRAIT DE LA CEDEAO, EFFECTIVITÉ ET AVENIR DE L’ORGANISATION SOUS-RÉGIONALE
EXCLUSIF SENEPLUS - La désintégration par dénonciation du traité fondateur de la communauté peut-elle être mise en œuvre sans consultation populaire ni aval parlementaire, mais aussi des autres organes de l’organisation ?
Ce mercredi 29 janvier 2025 marque la date de formalisation du divorce du Mali d’avec la CEDEAO.
Un divorce regrettable
Pourtant, lors des réunions (ministérielles et de chefs d’Etat) de la CEDEAO de l’année 2023 sur les velléités des Etats de l’AES de quitter l’organisation, nous étions convaincus qu’ils n’allaient pas franchir le rubicond de claquer la porte de la maison communautaire et qu’ils allaient revenir sur leur volonté de se délier de l’organisation pour ne pas compromettre les acquis de plusieurs décennies de construction d’un modèle d’intégration, qui bien qu’imparfait, est bien meilleur que beaucoup d’autres expériences du genre sur le continent et dans le monde.
La lettre du président de la Commission (Docteur Omar Alieu Touray) (en date du 13 janvier passé) adressée au ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale de la République du Mali, (Abdoulaye Diop) l’invitant à engager les formalités de séparation à compter du 29 janvier 2025 nous ramène à la dure et douloureuse réalité de l’effectivité du divorce avec plein d’incertitudes qui concernera aussi le Niger et le Burkina Faso.
Réserves sur des divorces engagés par des régimes de transition
Malgré le respect qu’il convient d’accorder à cette séparation qui constitue un risque sur la viabilité de l’organisation et l’avenir de l’intégration en Afrique de l’Ouest et, au-delà, en Afrique, l’on peut s’interroger sur le bien-fondé de la décision de retrait d’une organisation régionale de la part d’Etats dont les autorités sont dépourvues de la légitimité du suffrage universel et n’ont pas pris l’initiative d’une ratification populaire d’un acte de cette envergure de désaffiliation affectant le destin d’une communauté, quoi qu’on en dise, soudée par l’histoire, la géographie, la culture, l’économie et un ambitieux droit qui définit les principes de convergence constitutionnelle régissant le mode de vie politique de cet espace ; une communauté de droit qui récuse et sanctionne audacieusement la prise de pouvoir par des moyens portant atteinte aux bases ontologiques de l’intégration.
La décision unilatérale des juntes militaires de délier leurs Etats de leurs obligations vis-à-vis de la CEDEAO, même si elle est, bien sûr, conforme aux principes régissant les organisations internationales (dénonciation) et au traité fondateur de la Communauté (retrait), elle pose un problème de légitimité quant à la validité procédurale et substantielle de la démarche, tant en droit international qu’en droit interne. En effet, si, en droit international, l’effectivité du pouvoir peut parfois l’emporter sur la légitimité, en droit de l’intégration en revanche, on peut s’interroger sur l’admission automatique d’un retrait assumé par des autorités investies en violation des textes de la CEDEAO, notamment du Protocole de Dakar. Doit-on se limiter à la lettre du droit communautaire et laisser libre cours aux retraits ? Ou ne devrait-on pas, sans aller jusqu’à loi de l’enchaînement de l’Etat fédéré à l’Etat fédéral, davantage rigidifier la procédure de retrait, avec l’objectif de donner du temps et de la chance à la diplomatie intégrative. Ce qui pose le débat de la réforme institutionnelle de la CEDEAO après que le traité soit éprouvé par l’expérience.
Au surplus, la désintégration du processus d’intégration par des actions initiées dans le cadre de la dénonciation du traité peut-elle être accueillie et mise en œuvre sans consultation du peuple par voie référendaire, des parlements nationaux suspendus ou dissous, mais aussi des autres organes de l’organisation (Parlement au titre des saisines facultatives au moins, Cour de justice) ? Ces derniers devraient aussi, au nom de la logique institutionnelle, avoir leurs initiatives à prendre et leur mot à dire, même si le dernier mot revient à la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement.
A dire vrai, au-delà de la légalité de la démarche, ces retraits, spectaculaires et inédits depuis le départ en 2000 de la Mauritanie qui a envisagé heureusement son retour par la signature en 2017 avec l’organisation d’un accord d’association, doivent être pris au sérieux et subir le traitement juridique et politique requis. Ils pourraient souffrir d’un déficit de légitimité apaisante lié à l’absence d’onction démocratique tirée du défaut d’élection des dirigeants de la transition et de la non tenue de consultation référendaire, comme on l’a vu par exemple dans le cadre du Brexit où après le référendum, la Cour suprême britannique avait exigé l’approbation parlementaire, avant d’activer l’article 50 du Traité de Lisbonne sur les négociations de sortie. A juste titre, car le référendum reste le procédé de droit commun de validation et de légitimation d’une décision d’un pays décidant se retirer d’un projet d’intégration cinquantenaire, dont l’Etat en question est membre fondateur.
Les réserves de principe démocratique sur l’initiative de désaffiliation de la CEDEAO de la part de régimes à vocation transitoire sont également valables pour celle de leur affiliation à l’AES. En tout état de cause, il est clair qu’après 50 ans de vie dans une organisation d’intégration, se retirer de celle-ci signifie tourner le dos à une expérience de fraternité africaine cinquantenaire, pourtant citée en exemple par les benchmarkings de fonctionnement de modèles d’intégration.
Une opportunité pour sécuriser le droit de retrait et sauver l’intégration
Bien entendu, le propos ne consiste pas ici à délégitimer ou à contester la décision de retrait des Etats de l’AES ou à critiquer la mise en branle de la procédure de séparation, mais plutôt à inciter la CEDEAO à transformer cette crise en opportunité pour sécuriser le processus d’intégration et éviter d’ultérieurs retraits liés notamment à des changements anticonstitutionnels de gouvernement (on le sait doublement condamnés par la CEDEAO et l’Union Africaine) qui peuvent se révéler des parenthèses bien circonscrites dans des périodes de transition d’une durée limitée. Ce besoin de sanctuarisation de l’organisation ne répond pas seulement aux Etats théâtres de coup d’Etat, mais à tous types de manifestations de volonté de rompre avec celle-ci. Il faut, à cet égard, prêter attention à la récente déclaration du ministre togolais des affaires étrangères Robert Dussey qui n’exclut pas une adhésion de son pays à l’AES. A l’évidence, un autre retrait et une éventuelle attractivité de l’AES (avec l’intention prêtée au Tchad d’y adhérer) seraient un coup dur pour les efforts méritoires de construction de l’intégration des Etats et des peuples de l’Afrique de l’Ouest.
L’organisation communautaire devrait, donc, marquer le coup en engageant, sans remettre en cause la souveraineté des Etats qui restent maîtres des traités, la réflexion sur la sécurisation de la clause du droit de retrait et définir une doctrine préventive y relative pour endiguer quelque tentation de cascades de décrochages qui saperaient la dynamique intégrative, mais aussi les efforts collectifs de construction de la paix et de la sécurité de la sous-région.
En définitive, parce qu’il y va de la survie de l’organisation, cet ajustement institutionnel salvateur de l’intégrité de l’organisation devrait être un des points de l’Agenda attendu des réformes de la CEDEAO.
L’urgence d’engager la réforme de l’architecture institutionnelle
Au total, pour éviter de se désagréger et plutôt s’élargir en se consolidant, la CEDEAO doit, d’urgence, se réformer dans le sens d’une meilleure balance entre la sauvegarde des principes constitutionnels, la gestion des susceptibilités souverainistes et l’atteinte des objectifs économiques.
Ismaila Madior Fall est Professeur des Universités, ancien ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’Extérieur.