PAUVRE PEUPLE CONGOLAIS
Tout se passe comme si les Congolais n’avaient d’autre vocation que d’être constamment trahis par leurs dirigeants, et par une élite prédatrice. Ce qu’illustre parfaitement l’enquête « Congo Hold-up »

Retour sur le feuilleton Congo Hold-up. Episode après épisode, l’opinion découvre les circuits tortueux suivis par les quelque 138 millions de dollars détournés par le clan Kabila, au préjudice de la République démocratique du Congo, donc du peuple congolais. Pour quelles raisons certains Africains estiment que ce scandale, un des plus importants jamais révélés sur le continent, n’a rien de surprenant ?
Sans doute parce que seul un dessein aussi inavouable peut expliquer la rage que déployait le clan Kabila pour conserver la direction du Congo, alors qu’il se montrait, par ailleurs, incapable d’apporter des solutions dignes aux besoins essentiels des Congolais. Sans vouloir verser dans des extrapolations à bon marché, on est bien obligé d’admettre que de telles révélations illustrent à satiété ce que peuvent être les motivations réelles d’une famille, d’un clan qui s’accroche frénétiquement au pouvoir, alors que le peuple qu’il prétend diriger s’enfonce chaque jour un peu plus dans les souffrances, et croupit dans le dénuement, parfois dans une misère sans nom.
Comme les Kabila en RDC, c’est presque toujours en famille que les dirigeants-prédateurs s’organisent pour piller leur patrie, ruiner leur peuple. Mais, pour n’être pas surprenante, cette gloutonnerie n’en est pas moins choquante, d’autant qu’elle se situe, ici, sur une période relativement brève. Elle a manifestement démarré à la minute même où Joseph Kabila a compris qu’il ne pouvait plus s’accrocher au pouvoir. Le clan, alors, a fait ses provisions dans les caisses du trésor public, et partout où il pouvait y avoir quelques millions à subtiliser. Pour le clan, quitte à plier bagage, autant s’assurer que les bagages en question sont conséquents. C’est, d’ailleurs, exactement comme cela que se comportent les intérêts maffieux, lorsqu’ils sentent approcher la fin de leur mainmise sur un territoire. Ici, il leur fallait mettre les bouchées doubles, pour se constituer suffisamment de réserves, en vue d’une traversée du désert, le temps de reconquérir le pouvoir. Car Kabila et son clan n’en ont, à l’évidence, pas fini avec les fonds du Congo.
A quoi bon, pour Joseph Kabila, accumuler autant, s’il avait prévu de reprendre, un jour, le pouvoir ?
Parce que ces gens ont de gros besoins. Il ne faut pas s’imaginer que les Kabila, après une vingtaine d’années à gouverner en héritiers fidèles de Mobutu, se seraient contenté, pour solde de tout compte, de 138 malheureux millions de dollars. Ce n’était certainement qu’une petite provision, en attendant de reprendre à Félix Tshisekedi la clé du coffre.