PROCESSUS JUDICIAIRE, ENTRE MANIGANCES STRUCTURÉES ET PRESSION GOUVERNEMENTALE
Le pouvoir de Macky, même s'il a abattu un travail pour le pays, a de l'autre côté trahi certaines consciences dans sa manière de gouverner et d'utiliser la justice

« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. », nous dit MONTESQUIEU, L’Esprit des Lois (1748). L'histoire politique du Sénégal traîne toujours le pas dans une démocratie trop réclamée mais souvent transformée en monarchie. Qu'on se le tienne pour dit, la balance a égaré ses poids et perdu le sens de la mesure. Nous avons connu, depuis toujours, le trop de manipulation pour gouverner dans la divergence et le laxisme total. C'est dans cette vaste opération de politique politicienne que la justice sert de bouclier pour défendre les intérêts du pouvoir. Une justice souvent instrumentalisée !
En effet, le magistère du poète président Senghor a connu son lot de réquisition judiciaire. L'éclatement de la fédération du Mali a mené le Sénégal dans une tournure de politique reconnue. Deux ans plus tard, après cet éclatement, les tensions montent entre le président Senghor et le chef du gouvernement Mamadou Dia, plus ancré à gauche. En décembre 1962, dénonçant une tentative de coup d'État, Senghor fait emprisonner Dia qui, par la suite, est libéré en 1974. L'ère Abdou Diouf, régulièrement réélu de 1983 à 1993, est marqué par de grandes difficultés à partir de la fin des années 80. L'économie, touchée par les perturbations climatiques et les fluctuations des cours mondiaux, est en panne, l'agitation sociale grandit et se traduit, spécialement dans les périodes électorales, par des troubles. C'est le cas déjà en 1988 où, avec Me Wade, du parti démocratique sénégalais (PDS), les principaux leaders de l'opposition sont arrêtés.
Le 17 mai 1988, après la libération de Abdoulaye Wade, accusé d'avoir attisé les mécontentements à la suite des élections de février, l'état d'urgence est levé. Ce qui fait dire que sous l'ère de Abdou Diouf, ancien président de la République du Sénégal, nous avons connu un dénouement de sens avec maître Abdoulaye Wade dans la gestion des affaires de la cité. Un combat de vrais gladiateurs, coiffé par une justice au service du président Diouf. Or, la justice devrait être un régulateur social donnant équité et égalité à tout citoyen confondu. Mais chaque pouvoir use parfois de cette justice en jouant son va-tout au milieu des siens.
Mais le règne de maître Abdoulaye Wade au pouvoir n'a pas du tout échappé à cette oligarchie envers ses opposants. Dans une affaire purement politique, Wade renvoie brutalement deux premiers ministres, Idrissa Seck puis Macky Sall, emprisonnés ou visés par des enquêtes judiciaires, au risque de créer des tensions dans son parti. De même, il suscite des critiques dans le pays, lorsqu'il nomme son fils Karim, comme un possible successeur, à la tête d'un « super-ministère », en 2009. Me Wade en question était, durant son mandat, un bâtisseur pour l'avenir. De ce fait, « le pouvoir souverain exclut tout partage et toute rivalité ». Ce qui n'a pas changé du tout le système. Avec l'arrivée de Macky Sall au pouvoir, tout espoir allait humer une nouvelle ère. Celle de diriger dans la transparence et dans l'équité.
Or, son mandat n'a pas épargné les potaches de Wade. Quiconque ne rallie pas est traduit au tribunal de la justice. Ce qui a occasionné beaucoup de transhumants vers son parti au moment où sa justice est en train de jouer le jeu. Alors, « toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d'abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l'intérêt général », nous dit Karl Marx. Le pouvoir de Macky, même s'il a abattu un travail pour le pays, a de l'autre côté trahi certaines consciences dans sa manière de gouverner et d'utiliser la justice tout en étant « leur bouche et leur trompette ». Les affaires Karim Wade et Khalifa Sall ressemblent des fois à un règlement de compte. Cette inversion du pouvoir a eu de graves influences sur le choix des candidats à l’élection présidentielle du 24 février prochain. Pour rappel, Karim a été condamné à six ans de prison et 138 milliards de FCFA d'amende. Il a été gracié en 2016. Depuis, il vit en exil au Qatar. Quant à Khalifa, l'ex-maire de Dakar, il purge 5 ans de prison, après sa condamnation dans l'affaire dite de la Caisse d'avance.
Albert Einstein nous dit : « l'Etat est notre serviteur et nous n'avons pas à en être les esclaves ». Tout État qui se veut juste et véridique, doit faire de sa justice une solution pour son peuple envers tout attaque ou injustice pouvant faire peur ou trop mal. La justice est une instance de décision et de protection qui doit donner confiance à tout un chacun même ceux de l'opposition. Qu'elle tranche avec justice, transparence et équité pour le bon fonctionnement de son pays. Certains faits émanant de la justice peuvent conduire à un soulèvement populaire ou à une délinquance déguisée qui, sans doute, nous mène vers la tyrannie.
Par ailleurs, que la jeunesse soit forte moralement et intellectuellement pour parer à toutes violences électorales, car nous combattons la même cause : réussir le Sénégal.
Cependant, au soir du 24 février prochain, que ma justice, la justice Sénégalaise bien-sûr, réagit par maturité, grandeur et par sagesse en répondant sans complaisance leur nom : JUSTICE. Qu'il soit du vol ou de la fraude, ça n'honore guère leur immunité en tant que défenseur de bien et gardienne de la constitution. Seul la justice peut calmer les nerfs dans la protection et dans la vérité envers les citoyens en pensant par eux-mêmes à la vraie justice car au tribunal de l'histoire, même les juges seront jugés. À méditer.