LA SOCIETE CIVILE ACCUSE…
Les missions d’observation de la société civile se sont réunies, hier, pour donner leur point de vue sur les différentes polémiques qui ont émaillé le scrutin présidentiel du 24 février. Journalistes, opposants et pouvoir sont tous au banc des accusés.

Avec plus de 3 185 observateurs déployés à travers le territoire national, les missions d’observation de la société civile sénégalaise disent être en possession de l’essentiel des informations relatives au scrutin présidentiel du 24 février 2019. Même les résultats, les amis du professeur Babacar Guèye se disent en mesure de dire ce qu’il en est véritablement. Mais il ne faut surtout pas s’attendre à ce qu’ils les dévoilent, à cette étape du processus. En lieu et place, les observateurs ont préféré se mêler à la polémique liée à la publication des tendances par les organes de presse. A ce niveau, le chef des missions, le professeur Babacar Guèye, et Cie coupent la poire en trois, voire en quatre. Les premiers servis, ce sont “certains organes de presse’’.
A les en croire, ces derniers ont violé les règles d’éthique et de déontologie qui régissent la profession. Alors, il leur est demandé si cette accusation n’est pas de nature à remettre en cause un acquis démocratique (la publication des tendances par la presse) qui, jusque-là, a servi de gage à la transparence des scrutins ? Le chef des missions rétorque : “Ce n’est pas une remise en cause du travail que fait la presse depuis un certain nombre de scrutins. La presse donne les résultats au fur et à mesure qu’ils tombent, depuis l’élection présidentielle de 2000. Nous ne remettons pas en cause cette pratique.’’
Alors, qu’est-ce qui est exactement reproché aux journalistes ? Il précise : “Ce que nous déplorons, c’est cette guerre des chiffres entre différents organes de presse et les interprétations des résultats qui en ont été faites et qui ont contribué à égarer les citoyens. Certains organes donnent des résultats favorables à tel candidat, les autres à un autre candidat, avec des commentaires qui mettent les citoyens dans l’embarras.’’ Quid des règles d’éthique et de déontologie qui ont été malmenées ? Sa réponse a été on ne peut plus tranchée : “Ce sont les commentaires qui vont au-delà de la fonction normale du journaliste. On a remarqué que beaucoup de journalistes ont pris des positions un peu trop avancées, en prenant partie pour tel ou tel autre candidat, et ça pose problème.’’
Plus en profondeur, il lâche : “Entendons nous bien, je ne critique pas tous les journalistes. Je constate simplement que des journalistes des organes de presse ont été pris à partie par des candidats de l’opposition… Nous avons tous écouté, regardé des chaines de télévision de la SenTv, de la Tfm qui n’étaient pas sur la même longueur d’onde. De même que Walfadjri, et tout cela a contribué à mettre les citoyens en difficulté. Certains disaient que tel candidat a gagné au premier tour. Les autres disaient le contraire. Finalement, on est encore dans le brouillard.’’
Après les media, ce sont les états-majors politiques qui sont appelés à la barre. Là aussi, le verdict est sans appel. D’abord, certains candidats de l’opposition (Idrissa Seck et Ousmane Sonko, Ndlr) en ont eu pour leur grade. Les missions leur reprochent d’avoir, par leurs déclarations, jeté les journalistes de certains médias nationaux et étrangers à la vindicte populaire. Quant au camp du pouvoir, les missions de la société civile estiment qu’il a tout bonnement violé la loi électorale en se permettant de publier des chiffres du vote. “Ce comportement du Premier ministre, qui est également membre du directoire de campagne du président Macky Sall, est une violation de la loi. En disant qu’ils ont gagné dès le premier tour avec 57 % des suffrages, le Premier ministre a empiété sur les prérogatives des instances habilitées à proclamer les résultats. Et cela est de nature à semer la confusion dans la tête des Sénégalais’’.
La dernière cible de la mission, c’est la Radiodiffusion télévision sénégalaise (Rts) qui, à l’en croire, a fait un traitement déséquilibré en faveur de la majorité présidentielle. Cela dit, les observateurs nationaux trouvent que, dans l’ensemble, le scrutin s’est déroulé dans le calme, la paix et la concorde. “Ce qu’on peut dire, c’est que le vote s’est passé dans le calme et la paix. Malgré les quelques dysfonctionnements causés par la modification de la carte électorale. Nous saluons la maturité du peuple sénégalais’’.