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29 août 2025
LES ENJEUX DES LÉGISLATIVES A LA UNE DE LA REVUE DE PRESSE DE L'APS CE SAMEDI
La presse quotidienne analyse les enjeux du scrutin des législatives de ce dimanche 31 juillet, à l’occasion duquel 6.727.759 électeurs doivent se rendre aux urnes pour élire les députés de la 14e législature.
Dakar, 30 juil (APS) - La presse quotidienne analyse les enjeux du scrutin des législatives de ce dimanche 31 juillet, à l’occasion duquel 6.727.759 électeurs doivent se rendre aux urnes pour élire les députés de la 14e législature.
‘’A vos cartes ! ’’, s’exclame Le Soleil en manchette, assurant que ‘’tout est fin prêt sur l’ensemble du territoire national’’ pour la tenue de ce vote auquel prennent part huit coalitions.
Selon le quotidien national, les 6.727.759 électeurs attendus aux urnes vont ‘’choisir les 165 députés qui vont les représenter pour les cinq prochaines années à l’Assemblée nationale’’.
‘’Nous y voilà donc ! Après des empoignades tous azimuts, des manifestations et malheureusement des morts, on va passer aux choses sérieuses, ce dimanche. Il faut souhaiter que le peuple gagne. Le peuple et pas la rue’’, lance l’éditorialiste d’Enquête.
‘’Le peuple retient son souffle’’, signale le journal, dont l’éditorialiste souligne que ‘’lorsque toutes les conditions sont mises en place, il faut alors s’en remettre à la toute-puissance du choix populaire’’.
Walfadjri relève que ‘’ce vote pourrait reposer sur plusieurs facteurs’’. Citant le sociologue Mamoudou Wone ’’Mao’’, il explique que ‘’malgré [la] détermination des uns et des autres, le vote des jeunes, notamment des primo votants, risque de faire la différence’’.
Le journal s’appuie aussi sur l’analyse du journaliste-sociologue Pathé Mbodj pour qui ‘’c’est la recherche d’une certaine esthétique qui est l’enjeu fondamental’’ du scrutin de dimanche.
Le journaliste-formateur Bacary Domingo Mané pense lui que ‘’ces élections se jouent sur une grande inconnue’’.
L’Observateur considère quant à lui que ‘’le principal enjeu de ces élections législatives est celui de la participation’’. Toutefois, le journal estime également que le scrutin de dimanche a aussi ‘’valeur de test avant la présidentielle de 2024’’. Il en veut pour preuve que ‘’durant toute la campagne, il a été plus question de programme présidentiel que de débats sur la législature’’.
Pour Sud Quotidien, ces législatives ‘’s’annoncent comme une revanche politique aussi bien pour la coalition majoritaire au pouvoir que l’opposition au niveau d’une dizaine de départements’’.
‘’Après leur débâche lors des dernières locales, les deux coalitions sont aujourd’hui dans une logique de +remontada+ (remonter la pente de la défaite) ou de confirmation des résultats obtenus au niveau des localités perdues ou gagnées lors des dernières élections municipales et départementales du 23 janvier’’.
Le quotidien L’As évoque ‘’un scrutin unique en son genre avec son lot de bizarreries : une tête de liste qui n’a nullement battu campagne durant tout le processus, une liste sans effigie, le département de Keur Massar qui, pour la première fois, aura des sièges à l’hémicycle…’’.
Tout en indiquant que ce sera un ‘’dimanche de vérité’’, le journal relève aussi le caractère inédit de ce scrutin lié à l’alliance scellée entre Wallu Sénégal et Yewwi askin wi.
Pour L’info, tout l’enjeu est de savoir si Benno Bokk Yaakaar va ‘’maintenir sa majorité absolue’’ au Parlement ou si l’opposition ‘’va réussir son coup d’imposer la cohabitation au pouvoir’’.
Bés bi le jour fait un focus sur l’Assemblée nationale, une institution qui, malgré ses 62 ans, demeure toujours ‘’charmante’’.
Les journaux se font par ailleurs l’écho du retour vendredi, à Dakar, de l’ancien chef de l’Etat, Abdoulaye Wade. La tête de liste nationale de Wallu Sénégal est ‘’venu accomplir son devoir citoyen’’, relève Enquête.
Le Quotidien se focalise sur l’acquisition de la BICIS par la société franco-sénégalaise Sunu investissement holding Sa (SIH), qui a racheté 54, 11 % des parts détenues par la BNP Paribas. Selon le journal, le président Macky Sall a ‘’poussé dans l’ombre pour écarter en douceur les Burkinabè qui se positionnaient pour la reprise de la banque’’.
«LA QUALIFICATION N’EST PAS ACQUISE…»
Large vainqueur à l’aller (3-0), le Sénégal reçoit le Liberia ce samedi 30 juillet à 16h, pour le match retour
Large vainqueur à l’aller (3-0), le Sénégal reçoit le Liberia ce samedi 30 juillet à 16h, pour le match retour. Un point suffit donc aux Lions locaux pour composter leur ticket au second tour des qualifications pour le CHAN 2023 prévu en Algérie. En prélude de cette confrontation au stade Me Abdoulaye Wade, le sélectionneur de l’Equipe Nationale A’, Pape Thiaw a fait face à la presse hier, vendredi 29 juillet. Morceaux choisis.
MENTAL DES JOUEURS
«Mes joueurs ont envie de gagner, de faire la confirmation. C’est le plus difficile en football et ils le savent. Ils se sont entraînés très durs. Et surtout faire plaisir au public, nous jouons au Sénégal et il faut rester concentrés. Ils savent que la qualification n’est pas encore acquise et elle passe par ce match».
UN MATCH NUL SUFFISANT ?
«Nous jouons la qualification, un match nul, nous le prendrons. Mais il y a un match à jouer donc, il faut le jouer. L’objectif numéro 1 est de ne pas prendre de but, on sait qu’on est qualifiés, après si on peut en mettre d’autres, on le fera».
LES OCCASIONS RATEES LORS DU MATCH ALLER
«En deuxième période, l’efficacité offensive n’était pas au rendezvous. Mais le plus important est qu’on s’est procurés des occasions en étant patient parce qu’on savait qu’ils allaient être remontés à la deuxième mitemps, il fallait les attendre. Partir sur des contres et réussir à les déséquilibrer. Ce qui restait à faire était de mettre le ballon au fond malheureusement il n’y a pas eu de but. Mais demain (ce samedi), on essayera de les mettre au fond».
LE LIBERIA, DOS AU MUR !
«On s’attend à un match difficile. Aujourd’hui, on a en face de nous une bête blessée qui ne s’attendait pas à ce qu’on le bat avec 3 buts chez lui. C’est vrai qu’ils vont jouer avec beaucoup de motivation mais ils ne peuvent pas être plus motivés que nous. Nous jouons notre qualification et on a envie de se qualifier. C’est la manche retour et on fera tout pour se qualifier».
LA GUINEE ENSUITE?
«Je préfère parler de la Guinée après match. Il y a la Guinée après mais aujourd’hui on parle du Libéria. Je reste focus dessus et après on parlera de la Guinée. C’est le match de demain (samedi) qui est important».
11 TYPE OU UNE EQUIPE TOURNANTE?
«On peut s’attendre à tout. On est en train d’essayer et il ne nous reste qu’un jour, aujourd’hui, pour faire les derniers réglages. On sait que dans le football, il y a un projet de match. Un match à l’extérieur peut-être différent de celui joué à domicile. On peut s’attendre à des choses comme ca, on peut aussi jouer avec la même équipe. On sait qu’aujourd’hui, c’est le plus important, tous les joueurs ont compris la philosophie. Quand on a le ballon, tout le monde doit être concerné offensivement et quand on ne l’a pas, on se replie défensivement».
LA COHABITATION, UN MOYEN D’AMÉLIORATION DU FONCTIONNEMENT DES INSTITUTIONS
Impassable, il y a quelques années, la cohabitation politique a été centre de la campagne électorale pour les législatives qui a pris fin hier, vendredi 29 juille
Impassable, il y a quelques années, la cohabitation politique a été centre de la campagne électorale pour les législatives qui a pris fin hier, vendredi 29 juillet. Théorisée en premier par le leader de Pastef, Ousmane Sonko, tête de liste des titulaires de la coalition Yewwi askan wi disqualifié par la Direction générale des élections (Dge), la cohabitation politique a été l’un des thèmes les plus débattus de cette campagne. En effet, accusant le régime en place d’avoir transformé l’Assemblée nationale à une caisse de résonnance du Palais qui n’est là que pour maquiller la mauvaise gouvernance des responsables du pouvoir, Ousmane Sonko et ses camarades de l’opposition soutiennent qu’un changement de majorité permettrait à l’opposition d’engager des réformes en vue de redonner au parlement sa vocation d’une institution au service des populations. Et ce, à travers le vote des lois qui protègeront les intérêts des populations dans tous les contrats signés pas l’Etat, la défiscalisation des denrées de premier nécessité pour faire baisser les prix et la fin du débat sur l’ambition du Président Macky Sall à briguer un troisième mandat consécutif. Cependant, du côté des représentants de la coalition Benno bokk yakaar au pouvoir, c’est une autre compréhension de la cohabition qui est mis en avant.
En effet, selon eux, l’opposition cherche tout simplement à travers la cohabitation à bloquer le fonctionnement de l’Etat et de l'Assemblée nationale. Cependant loin de ces clivages de partisaneries, le professeur Mouhamadou Ngouda Mboup, Enseignant-chercheur de Droit public à la Faculté des Sciences juridiques et politique de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Ucad) à travers plusieurs publications sur sa page Facebook revient sur les avantages et inconvénients du système de cohabitation politique.
Ainsi, précisant d’emblée qu’un « en cas de cohabitation, le fonctionnement des institutions pourrait être amélioré », l’Enseignement-chercheur de Droit public spécialiste du Droit constitutionnel indique qu’« en cas de cohabitation, l'Opposition va prendre le contrôle de l'Assemblée nationale et du Gouvernement ». « En cas de cohabitation, le Président de l'Assemblée nationale et le premier Ministre seront issus des rangs de l'Opposition. En cas de cohabitation, le Président de la République va partager son pouvoir avec l'Opposition. En cas de cohabitation, à l'exception de 14 types d'actes, le Président sera tenu de composer avec l'Opposition pour certaines mesures importantes », a-t-il expliqué. Loin de s’en tenir là, le professeur Mouhamadou Ngouda Mboup est également revenu, toujours dans le cadre de son analyse, sur l’impact de la cohabitation sur le fonctionnement des institutions dont le Présidence de la République, le Gouvernement, l’Assemblée nationale et Conseil constitutionnel mais aussi sur la promotion de la bonne gouvernance et ses innovations sur la charte fondamentale : la Constitution.
IMPACT DE LA COHABITATION SUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Expliquant les conséquences de la cohabitation sur la fonction du président de la République, le professeur Mouhamadou Ngouda Mboup souligne qu’avec ce système « les pouvoirs présidentiels seront mieux encadrés ». En cas de cohabitation, le Président de la République va gérer la politique étrangère et les grandes options, le Premier Ministre va gouverner avec la majorité parlementaire. Le président de la République, en tant que chef de parti politique ou coalition politique minoritaire à l'Assemblée nationale, va devenir le chef de l'opposition (voir Préambule et articles 38, 58 de la Constitution) ! » a-t-il expliqué
IMPACT DE LA COHABITATION SUR LE FONCTIONNEMENT DU GOUVERNEMENT
Selon le professeur Ngouda Mboup, la première conséquence de la cohabitation dans le fonctionnement des institutions sera la prise par l'Opposition du contrôle de l'Assemblée nationale et du Gouvernement dont le chef (Premier ministre) ne sera ni "fusible" ni "double bouton" ! Poursuivant son analyse, l’Enseignant-chercheur de Droit public ajoute également que l'opposition pourrait fixer le nombre de ministres dans la loi organique relative au statut du Gouvernement mais aussi le statut du Président de la République dans une loi organique. « Une cohabitation pourrait permettre également à la coalition majoritaire d'adopter la loi organique relative au statut du Gouvernement (article 54 de la Constitution). Une telle loi pourrait permettre d'apporter des innovations dans le fonctionnement du Gouvernement en cas de cohabitation et surtout de compléter l'incompétence négative du législateur. Elle pourrait permettre aussi de supprimer définitivement la notion de ministre-conseiller » a-t-il fait remarquer.
IMPACT DE LA COHABITATION SUR LE FONCTIONNEMENT DE L’ASSEMBLEE NATIONALE
Abordant l’impact que la cohabitation sur le fonctionnement de l’Assemblée nationale, Pr Mouhamadou Ngouda Mboup explique que « l'Opposition pourrait adopter des mécanismes de démocratie semi-directe notamment le droit de pétition devant l'Assemblée nationale ». « En cas de cohabitation, l'Opposition pourrait nommer un déontologue à l'Assemblée nationale pour prévenir les conflits d'intérêt ».
UNE APPLICATION DE LA CONSTITUTION DANS LE SENS SOUHAITE PAR LE PEUPLE.
Par ailleurs, revenant sur l’impact de la cohabitation sur notre charte fondamentale, l’Enseignant-chercheur de Droit public indique que la cohabitation pourrait permettre l'application de la Constitution dans le sens souhaité par le Peuple. Poursuivant son analyse, Ngouda Mboup a indiqué également qu’en cas de cohabitation, la majorité pourrait également mettre en œuvre la réforme du Conseil constitutionnel. « En cas de cohabitation, l'Opposition aura la possibilité de transformer le Conseil constitutionnel en une Cour constitutionnelle et de changer la ventilation de l'émanation des juges constitutionnels », a-t-il fait savoir.
UN LEVIER DE PROMOTION DE LA BONNE GOUVERNANCE
Toujours dans sa série de publications sur la cohabitation, le professeur Mouhamadou Ngouda Mboup a également indiqué que ce système pourrait être un bon levier dans la promotion de la bonne gouvernance. En effet, soulignant qu’« en cas de cohabitation, l'Opposition pourrait dénoncer certains accords internationaux et renégocier certains contrats pétroliers et gaziers », il a expliqué qu’avec ce système, l'Assemblée nationale pourrait convoquer tout directeur de service en vue de s’expliquer sur sa gestion. «En cas de cohabitation, l'Opposition pourrait réformer le Code du domaine de l'Etat qui date de 1976, dont plusieurs dispositions sont devenues obsolètes. Le Premier ministre pourrait proposer de nouvelles réformes de l'Administration. Et l'Assemblée nationale pourrait aussi voter une nouvelle loi sur le secret pouvant permettre de déclassifier plusieurs rapports de contrôle et les transmettre à la Justice », a-t-il renseigné.
REMONTADA OU CONFIRMATION
Prévues demain, dimanche 31 juillet, les élections législatives s’annoncent comme une revanche politique aussi bien pour la coalition majoritaire au pouvoir que l’opposition au niveau d’une dizaine de départements
Prévues demain, dimanche 31 juillet, les élections législatives s’annoncent comme une revanche politique aussi bien pour la coalition majoritaire au pouvoir que l’opposition au niveau d’une dizaine de départements. Après leur débâcle lors des dernières locales, les deux coalitions sont aujourd’hui dans une logique de «remontada» (remonter la pente de la défaite) ou de confirmation des résultats obtenus au niveau des localités perdues ou gagnées lors des dernières élections municipales et départementales du 23 janvier.
Démarrée le dimanche 10 juillet, la campagne électorale pour les élections législatives du 31 juillet a pris officiellement fin hier, vendredi 29 juillet, à minuit. Aucune activité politique n’est permise sur l’étendue du territoire national. Demain sera le grand jour pour la masse silencieuse des électeurs Sénégalais appelée à départager les huit listes de coalitions retenues pour ces élections. Et comme pour les dernières élections municipales et départementales du 23 janvier dernier, l’enjeu de ces élections va se jouer au niveau d’une dizaine de départements. Il s’agit notamment des départements de Thiès, Tivaouane, Saint-Louis, Kaolack, Pikine et Mbour. Mais aussi de Keur Massar, Rufisque, Mbacké, Ziguinchor, Dakar et Guédiawaye.
Remportés respectivement, lors des dernières élections municipales et départementales, par la coalition majoritaire au pouvoir, Benno bokk yakaar (Bby) pour les six premiers et la coalition de l’opposition Yewwi askan wi pour les six derniers, ces douze localités qui représentent 41 sièges sur les 97 à élire au scrutin majoritaire départemental à l'intérieur du pays seront au cœur de la bataille électorale entre les deux coalitions : Benno bokk yakaar et Yewwi askan wi. En effet, chacune des deux coalitions est dans une logique de remontada ou de confirmation des résultats obtenus lors des dernières locales au niveau de ces localités. Remportés lors des dernières élections locales par la coalition Yewwi Askan Wi, les départements de Keur Massar, Rufisque, Mbacké, Ziguinchor, Dakar et Guédiawaye sont plus que jamais dans le viseur de la coalition au pouvoir. L’objectif pour le Président Macky Sall et son régime est de reprendre des mains de l’opposition toutes ces localités.
LA MENACE DE MARY TEW NIANE SUR SAINTLOUIS
Bastion du parti au pouvoir depuis les locales de juin 2014, le département de Saint-Louis qui ne compte que deux sièges de députés sera au cœur de la bataille entre la coalition au pouvoir, Benno bokk yakaar et l’opposition dirigée par l’inter-coalition Yewwi askan wi et Wallu. En effet, malgré sa récente réélection avec 21.994 voix soit 40,24% des suffrages devant le candidat de la coalition Yewwi askan wi, Ababacar Abba Mbaye de Yewwi Askan Wi (17274 voix soit 31,60%), l’actuel Premier magistrat de la ville tricentenaire, Mansour Faye non moins beau-frère du président de la République n’est pas tout à fait à l’abri d’une surprise. Car avec la décision de son camarade de parti, le Pr Mary Teuw Niane, classé troisième au dernier scrutin municipal et départemental avec respectivement 12,39% et 13,14% des suffrages, c’est l’espoir d’une victoire de la coalition au pouvoir dans cette localité qui semble être compromise. Car, si les électeurs qui avaient voté lors des locales pour Yewwi askan wi (29,74%), Wallu (9,22%) et le Parti de l'Espoir et du Progrès (13,14%) qui a porté la candidature de l’ancien ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique et de l’innovation lors des dernières locales s’inscrivent dans la logique de leurs leaders, le report de voix sera à la faveur des candidats de l’inter coalition Yewwi askan wi -Wallu Sénégal qui pourraient obtenir plus de 52% des suffrages. Il en est de même pour le département de Pikine. Remporté par la coalition Benno bokk yakaar lors des dernières locales avec 48.242 des voix devant les coalitions Wallu Sénégal (46. 336 voix) et Gueum Sa Bopp (27. 044 voix), ce département pourrait basculer dans l’escarcelle de l’opposition si la logique de report des voix est suivie avec cette alliance Yewwi askan wi- Wallu et cet appel à voter pour l’opposition lancé par Bougane Gueye Dany, leader de la coalition Gueum Sa Bopp.
KAOLACK : LA BATAILLE POUR LE CONTRÔLE DES 51.252 VOIX DE LA COALITION « AND NAWLE
Dans cette bataille électorale entre la coalition majoritaire Benno bokk yakaar et la coalition de l’opposition Yewwi askan wi pour le contrôle de la majorité parlementaire, le département de Kaolack ne sera pas en reste. Grand vainqueur du scrutin départemental au niveau de cette localité lors des dernières locales, la coalition « And Nawlé » de l’opérateur économique Serigne Mboup qui avait réussi à surclasser (avec 51.252 voix) le candidat de la coalition du pouvoir Pape Demba Bitèye. (49.496 voix) et celui de Yewwi askan wi (19.880 voix) dans le département de Kaolack a été recalé pour défaut de parrainage et n’y participera pas.
Toutefois, son leader Serigne Mboup n’a donné aucun signe de vote aux 51.252 électeurs qui avaient porté leur choix sur sa coalition. Une situation qui ouvre la voie aux leaders de la coalition au pouvoir et leurs adversaires de l’opposition pour le contrôle des 51.252 voix obtenues par la coalition « And Nawlé » de Serigne Mboup au dernier scrutin départemental. Cette absence de consigne de vote du leader de la coalition « And Nawlé » ouvre la voie à toutes les possibilités dans le département de Kaolack.
A VOS CARTES !
Les sénégalais aux urnes. Demain dimanche 31 juillet 2022, 6 727 759 électeurs contre 6 219 446 inscrits en 2017 sont appelés aux urnes pour les élections législatives, afin de désigner les 165 députés qui occuperont l’Assemblée nationale pour 5 ans
Clap de fin pour la campagne électorale qui s’est achevée hier, vendredi 29 juillet, avant le scrutin des élections législatives prévu demain dimanche 31 juillet 2022. Au total, ils sont 6 219 446 électeurs appelés aux urnes. Huit listes sont en compétition pour occuper les 165 sièges de l’Assemblée nationale.
Les sénégalais aux urnes. Demain dimanche 31 juillet 2022, 6 727 759 électeurs contre 6 219 446 inscrits en 2017 sont appelés aux urnes pour les élections législatives, afin de désigner les 165 députés qui occuperont l’Assemblée nationale pour les cinq prochaines années.
Selon un document de la Commission électorale nationale autonome (CENA), la majeure partie des inscrits sur le fichier électoral se trouve dans la région de Dakar. Ils sont au nombre de 1 762 501. Elle est suivie de Thiès (957 933), Diourbel (612857) et Saint-Louis (535 932).
Ensuite viendront les régions de Kaolack (442 895), Louga (441 864), Fatick (338 976), Ziguinchor (296 433), Matam (293 559), Tambacounda (271 025), Kolda (250 517), Kaffrine (249 608) et Sédhiou (204 235).
La région de Kédougou arrive en dernière position avec 69 363 électeurs. Ce qui montre que l’axe Dakar, Thiès et Diourbel pèse 49,6% de l’électorat national. 15 196 bureaux de vote à l’intérieur du pays répartis dans 6 641 lieux de vote sont prévus pour permettre aux Sénégalais d’accomplir leur devoir civique.
Pour ces élections législatives, les communes sont au nombre de 553, soit une de plus par rapport en 2017. On note également un département de plus. Il faut noter que les députés sont élus selon un mode qui panache scrutin proportionnel avec des listes nationales pour 53 parlementaires, et scrutin majoritaire dans les départements pour 97 autres. La diaspora dispose de 15 députés.
Leur répartition se fera selon un mode de scrutin parallèle dans 54 circonscriptions électorales correspondant aux 46 départements du pays auxquels s’ajoutent 8 circonscriptions de la diaspora. Parmi les 97 sièges pour les listes départementales, la région de Dakar en dispose 18, Thiès 10, Diourbel 9, Tambacounda 7. Les régions de Sédhiou, Saint-Louis, Kaffrine, Kolda et Louga auront chacune 6 députés. Les régions de Matam, Kaolack, Fatick et Ziguinchor remporteront 5 sièges chacune et la région de Kédougou 3 députés.
Pour les 15 députés de la diaspora, ils sont répartis comme suit : 7 pour la zone Afrique, 6 pour la zone Europe, un pour l’Amérique-Océanie et un pour l’Asie-Moyen Orient. Pour ces élections législatives, huit listes sont en compétition pour occuper les 165 sièges de l’Hémicycle. En 2017, le taux de participation aux élections législatives était de 54%.
URNES SEREINES
Il est simplement désolant de voir s’inviter la suspicion et toutes sortes d’invectives visant à engendrer des peurs et des doutes quant à la transparence des élections.
Demain, dimanche 31 juillet 2022, le peuple souverain décidera, à l’occasion des élections législatives, de la configuration de la future Assemblée nationale. Ce moment important de la vie démocratique nationale doit par conséquent être appréhendé avec sérénité, responsabilité et gravité. Ni les sondages ni l’effet foule, ni les coups de menton ne sauraient en effet préjuger de la seule vérité qui vaille : celle issue des urnes et qui s’impose à tous.
En ce sens, les citoyens-électeurs se révéleront beaucoup plus matures qu’on ne le pense puisqu’en dépit des tentatives d’achat de conscience, des transhumances orchestrées, des générosités suspectes, des menaces de violence, ils votent grandement dans la paix en fonction de leurs convictions.
N’eut été cela point d’alternance politique démocratique, notamment celles enfantées en 2000 et 2012 avec respectivement l’avènement à la magistrature suprême de maître Abdoulaye Wade et Macky Sall.
Aussi est-il simplement désolant de voir s’inviter la suspicion et toutes sortes d’invectives visant à engendrer des peurs et des doutes quant à la transparence des élections. Rien de tout cela si l’on mettait l’accent sur la vigilance citoyenne et militante à avoir pour faire de sorte que l’administration joue son rôle de neutralité, que l’opposition et la majorité confondues aient des représentants présents dans chaque bureau de vote et veillent à ce que tout le processus se déroule conformément au code électoral.
Aussi, même s’il venait à manquer des bulletins de vote de partis ou de coalition de partis comme cela l’a été parfois lors de consultations antérieures, serait-il possible d’apporter les mesures correctives idoines. Jouant parfaitement leur rôle, les médias avaient ainsi rendu compte de tels blocages en temps réel, incitant l’autorité administrative à diligenter les aménagements attendus, quitte à différer la clôture des bureaux concernés.
Chaque bureau de vote, faut-il le rappeler est composé d’agents assermentés, en l’occurrence un président, un assesseur, un secrétaire. Il s’y ajoute que les plénipotentiaires des partis ou coalitions de partis ont le droit de contrôler l’ensemble des opérations électorales depuis l’ouverture des bureaux de vote jusqu’à la proclamation et l’affichage des résultats.
Présents dans les bureaux de vote les représentants des médias annoncent en temps réel les résultats, permettant ainsi à leurs différents organes de rendre compte des grandes tendances qui se dessinent. Parce qu’il y a le temps de la confrontation programmatique et le temps pacifique du vote, importe-t-il de savoir que ce sont les électeurs qui expriment leurs choix, ce qui à l’évidence signifie qu’aucune élection n’est gagnée ou perdue d’avance.
Pour peu que le travail de formation et d’encadrement ait été fait en amont, notamment les inscriptions sur les listes électorales, le retrait des cartes électorales, le jour du scrutin il est plutôt attendu de tous les acteurs le respect scrupuleux du code électoral qui aujourd’hui rend quasi impossible toute fraude. Loin des veillées d’armes et des peurs de toutes sortes, c’est à renforcer la mise en œuvre d’une démocratie apaisée qu’il convient aujourd’hui.
Par Fadel DIA
L’HISTOIRE SUR COMMANDE
Les commissions ne s’imposent que lorsqu’il s’agit de l’histoire coloniale. Il y a déjà aujourd’hui assez de matière pour savoir que l’armée française a procédé à un nettoyage ethnique avant et après l’indépendance du Cameroun
«Quand je veux enterrer une affaire, je crée une commission ! »
Emmanuel Macron connait bien évidemment cette formule ainsi que son auteur qui fut la personnalité politique française la plus retorse et la plus flamboyante du premier quart du XXe siècle. Mais Georges Clémenceau parlait de la politique locale, alors que Macron lui veut enterrer des affaires bien plus graves qui interrogent le destin de populations entières et leur droit à la justice.
Il a retenu la leçon de Clémenceau, mais il l’applique à l’Histoire. Pour répondre aux revendications des Africains qui estiment qu’il est temps que la France, à l’instar d’autres puissances occidentales, reconnaisse les massacres, les exécutions arbitraires, les dénis de justice… qu’elle a commis pendant la période coloniale, et qui sont inhérents à toute colonisation (dont il avait dit ,dans une autre vie, qu’elle était un « crime contre l’Humanité »), il a inventé un machin qui s’appelle une commission d’historiens.
Ces commissions ont ceci de particulier que c’est l’accusé qui décide de leur composition ainsi que de la qualité et du nombre de leurs membres ,qui fixe le calendrier de travail et le cahier de charge, qui fournit les moyens nécessaires à leur fonctionnement et qu’enfin, c’est à lui qu’elles rendent compte, en priorité, des résultats de leurs travaux. Il y a eu donc une commission sur le génocide des Tutsis, qui a conclu que la France était « responsable mais non coupable » des massacres opérés au Rwanda en 1994, ce qui pourrait être considéré comme une réponse de normand. Il y aura bientôt une commission sur l’élimination physique de résistants camerounais et l’extermination de populations civiles que des historiens avertis estiment à 100.000 individus.
Peut-être y aura-t-il un jour, une commission sur l’écrasement de la rébellion malgache, voire sur le massacre de Thiaroye ou la tuerie de Dimbokro, et, pourquoi pas sur les déportations d’Aline Sitoé Diatta, de Cheikh Hamallah ou de Cheikh Amadou Bamba ou sur l’exécution expéditive de Baydi Katié. Car, on l’aura compris, les commissions ne s’imposent que lorsqu’il s’agit de l’histoire coloniale, puisqu’à ma connaissance, Emmanuel Macron n’en a pas eu besoin pour proclamer que « c’est bien la France qui organisa la rafle puis la déportation, et donc la mort, des personnes de confession juive arrachées les 16 et 17 juillet 1942 à leur domicile » Puisque seule l’ Afrique pose problème, ne serait-il pas plus simple et plus économique que le président Macron, à l’instar des rois de France, se dote d’un historiographe patenté, un Racine ou un Chateaubriand qui serait spécifiquement chargé de fournir aux Africains les réponses qu’ils se posent sur les drames qui ont jalonné la colonisation française ?
Cela éviterait aux autorités françaises de faire des promesses qu’elles ne tiennent jamais, comme celle d’ouvrir toutes les archives à tous les chercheurs, quand on sait que la notion de « secret défense » reste un infranchissable plafond de verre. Mais surtout l’existence d’un historiographe embedded aurait l’avantage d’éviter la décrédibilisation des chercheurs qui refusent de travailler sur commande des politiques, compte tenu du gouffre éthique qui les sépare , ou de travailler sur des sujets qu’ils n’ont pas choisis ou qu’ils estiment suffisamment explorés. Il y a en effet aujourd’hui assez de matière pour savoir que l’assassinat de Ruben Um Niobé est un crime politique ou que l’armée française et ses supplétifs africains ont procédé à un nettoyage ethnique avant et après l’indépendance du Cameroun.
On savait bien que la tournée express qui allait conduire Emmanuel Macron sur plus de 4000 kilomètres d’est en ouest (une fois et demie la distance Paris Moscou !) ne serait pas une visite pénitentielle. Mais on avait la naïveté de croire qu’après son premier mandat au cours duquel il s’était présenté comme plus intelligent que tous et proclamé son ambition de changer les Africains, le président français aurait, pour son second mandat, suivi les conseils de Rumi et conclu qu’avec la sagesse qu’il avait acquise, il n’avait plus qu’un objectif : se changer lui-même.
Hélas, chassez le naturel et il revient toujours au galop et les présidents français, celui-ci comme ses prédécesseurs, ne fixent pas de limites à leur arrogance dès qu’ils foulent le sol africain, du moins celui de leurs anciennes colonies. Alors Macron pontifie, menace, insulte, promet, fait la leçon aux Africains et leur trace la voie à suivre. Il met mal à l’aise son hôte camerounais en tirant à boulets rouges sur un pays avec lequel ce dernier venait de signer un accord, et avec lequel lui-même, si on l’en croit, entretient un dialogue constructif. Malheureusement Biya n’est pas Mandela qui, dans des circonstances semblables, avait répliqué à Clinton : «M. le président, vos ennemis ne sont pas forcément les nôtres ! »
A Yaoundé, Macron passe pratiquement plus de temps avec ses compatriotes, dont le célébrissime Yannick Noah (qu’il est toujours bon d’avoir à coté de soi) qu’avec les 30 millions de Camerounais, et ne s’émeut guère de la potemkinisation de la capitale où des masures ont été démolies sur la route de son cortège pour ne pas obstruer sa vue. Il traite les chefs d’états africains d’hypocrites (c’est significatif qu’aucun de ceux qui étaient visés n’ait réagi, alors que la Russie a riposté de façon cinglante aux accusations portées contre elle !) et dit aux Africains qu’ils n’ont qu’à manger du mil ou du manioc s’ils ne trouvent pas assez de blé ! Il parle de droits de l’homme au président béninois alors qu’il se prépare, pour le lendemain, à serrer longuement et ostensiblement les mains du sulfureux prince héritier saoudien, accusé d’avoir été le commanditaire de l’assassinat et du dépeçage d’un de ses opposants, un journaliste de surcroit et en terre étrangère ! Il extorque au président bissau-guinéen les secrets de ses rencontres avec ses homologues de la sous-région, ce qui met à mal la poursuite de la mission de celui-ci en tant que président de la CEDEAO !
Bref M. Macron a été accueilli par des foules dont la liesse est aussi encadrée que ses commissions, mais il n’est pas sûr qu’il ait travaillé à redorer le blason de la France en Afrique…
C’est un crime de lèse-majesté pour Paris que de voir une ancienne colonie vouloir se soustraire de son étreinte. Ce qui la pousse à tout mettre en œuvre pour lui barrer la route
La France ne semble toujours pas avoir digéré son éviction du Mali. Du moins, c’est ce qui transparaît du discours à charge contre Wagner et l’État malien du général Laurent Michon, commandant de la force française de Barkhane, lors d'une conférence de presse qui s’est tenue le 21 juillet 2022 à Ouagadougou. Il a accusé l’État malien de faire une fuite en avant et le groupe paramilitaire russe – dont la présence n’a toujours pas été officiellement confirmée par les autorités maliennes – de perpétrer des massacres en plus d’user de méthodes de prédateurs et de dealers de drogue, etc. Cette intervention très peu anodine, qui frise l’acrimonie sinon le ridicule, devrait pousser à s’interroger sur ses intentions. D’autant qu’un militaire français n’a aucune légitimité pour juger l’État malien avec lequel son pays a rompu ses relations diplomatiques.
Dans son message, le général Michon semble s’étonner qu’il faille désormais payer (pour le Mali). Il étaie ses propos en avançant que certaines dispositions du code minier du pays ont été modifiées pour permettre l’exploitation de 3 mines d’or confiée au groupe Wagner. Ce qui prouve qu’il - et à travers lui son pays – surveille encore de très près cette ancienne colonie. Mais, si l’opportunité m’avait été offerte de lui poser une question lors de cette conférence de presse, je lui aurais juste demandé où il avait (a) vu un État dépenser des centaines de millions pour acheter du matériel militaire et entretenir ses soldats - qui flirtent en permanence avec la mort -, pour les beaux yeux d’un autre pays sans aucune contrepartie, a fortiori d’un groupe paramilitaire privé. Il ne doit pas y en avoir beaucoup, à supposer que cela existe.
Pourtant, il lui eût juste fallu jeter un coup d’œil sur les propos cyniques de Christophe Barbier - pour qui la guerre est une activité lucrative - pour savoir qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Surtout du côté de certaines puissances occidentales, qui ont l’habitude de mener des guerres aux visées géostratégiques et géoéconomiques inavouées tout en les affublant faussement d’un manteau humanitaire : « Nous ferons payer la facture à ceux pour qui nous faisons un travail difficile, douloureux, qu’est l’action militaire. D’abord nos alliés (…) puis les pays que nous libérons. La Libye, la Côte d’Ivoire, ce sont des pays qui ont des ressources. Ces pays nous rembourseront en avantages, notamment en matières premières, en énergie par exemple. Ils pourront ensuite nous acheter des matériels militaires (…) Nous allons, sans être, cyniques, améliorer nos matériels, améliorer nos méthodes. Avec l’expérience retirée de ces conflits, ça nous permettra d’être encore plus compétitifs sur ce marché (…) qu’est la vente d’armes[1].»
Donc, le fait d’aider un autre pays se trouvant dans une situation difficile et instable, moyennant ressources financières ou minières, n’est pas quelque chose de nouveau, quand bien même la contrepartie pourrait être sujette à controverse. Dans le cas du Mali, l’exploitation réelle ou supposée de trois mines par le groupe Wagner peut être compréhensible à bien des égards. L’embargo inique et illégal que Paris a fait subir à Bamako par laquais – CEDEAO – interposé pour asphyxier le pays économiquement, les effets pervers des politiques menées par les institutions financières internationales, la concurrence déloyale et injuste des multinationales, la crise économique que traverse le monde depuis un certain temps, le goulot d’étranglement que constitue la dette odieuse, peuvent faire que le Mali manque de ressources financières nécessaires pour rétribuer ceux qui l’aident à combattre le terrorisme sur son territoire. De plus, en tant qu’État souverain, il n’a pas besoin de rendre compte à qui que ce soit. Dès lors, il peut disposer de ses ressources comme bon lui semble, ce que feint d’ignorer le général Michon. Peut-être est-ce parce qu’un pays autre que le tien en tire bénéfice que cette situation l’indigne et lui paraît anormale. Sa posture est d’autant moins étonnante que l’ancienne métropole avait (a) l’habitude de faire la pluie et le beau dans nombre de ses ex-colonies. Donc, en voir une, très riche en ressources naturelles de toutes sortes, lui échapper ne peut que lui faire mal.
Cette attitude, pour bizarre qu’elle paraisse, ne surprend guère qui comprend le triptyque de la stratégie néocoloniale française, qui apparaît très clairement dans les lignes de Pierre Biarnés : « Consolider le pouvoir des dirigeants qui jouent loyalement le jeu de l’amitié franco-africaine ; faire sentir le mors à ceux qui regardent un peu trop dans d’autres directions ; contrer en même temps les visées des puissances concurrentes dès qu’elles sont jugées menaçantes[2]». Par conséquent, les raisons de la charge de Paris contre Wagner et le Mali, même si elle peut renfermer quelques vérités, deviennent plus lisibles. Le groupe paramilitaire - et via lui la Russie -, représente une puissance concurrente, jugée menaçante, qu’il faut contrer par tous les moyens, y compris par la propagande et la calomnie. Quant au Mali, l’insoumis, il faut tout faire pour qu’il ne s'éloigne pas de la sphère d'influence française en regardant dans d’autres directions. Car c’est un crime de lèse-majesté pour Paris que de voir une ancienne colonie vouloir se soustraire de son étreinte. Ce qui la pousse à tout mettre en œuvre pour lui barrer la route. Son aventure coloniale, émaillée de tant de guerres sanglantes dans des pays qui ont voulu échapper à sa mainmise - Indochine, Algérie, Cameroun, Madagascar -, et son comportement néocolonial, marqué par plusieurs interventions dans nombre de ses anciennes colonies, depuis la déclaration des indépendances officielles dans les années 60, peuvent le prouver aux plus sceptiques.
Est-ce à dire pour autant que le groupe Wagner est exempt de reproches. Tant s'en faut. Il est loin d’être composé que d'enfants de chœur. Mais le Mali peut faire appel à d’autres partenaires, qui il pense capables de l’aider à trouver une solution à ses problèmes de sécurité ; surtout s’il juge que l’expérience française n’a pas donné les résultats escomptés pendant une dizaine d’années.
Cet entêtement de la France, qui refuse de tourner certaines pages de son histoire fait que le Mali devra faire preuve d’endurance et de vigilance dans les jours, mois et années à venir. Car la trajectoire qu’il est en train de suivre et les épreuves qui l’accompagnent ont de fortes ressemblances avec ce qui s’est passé en République centrafricaine lorsqu’elle a adopté la même posture. Celle-ci a connu une forte recrudescence des attaques des groupes rebelles, l’affaire Quignolot - du nom d’un ancien militaire de l’armée française arrêté en possession de nombreuses armes dans le pays -, et l’arrestation à l’aéroport de Bangui de l’équipe de protection rapprochée du général Marchenoir, chef d’état-major de la Force de la Minusca – soupçonnée de tentative de coup d’État.
Le Mali n’est guère mieux loti. Il y a une forte recrudescence des attaques des rebelles, très bien armés et plus que jamais déterminés à porter un coup fatal au pouvoir en place. La récente attaque de la base de Kati en est la dernière preuve sans oublier l’arrestation des 49 militaires ivoiriens à l’aéroport de Bamako. Ces situations quasi semblables, qui se sont produites après que ces deux ex-colonies françaises ont fait appel à une puissance autre que l’ancienne métropole, les mauvais souvenirs encore frais dans les mémoires des nombreuses interventions traumatisantes des militaires français sur le continent et leurs coups tordus depuis plusieurs décennies ne peuvent qu’alimenter les suspicions et pousser à braquer les regards du côté de la France, bien que celle-ci ne puisse pas être formellement accusée en l’absence de preuves incontestables.
Mais le Mali devra tout de même rester vigilant parce que l’armée française a juste délocalisé ses troupes au Niger. Dès lors, elle peut conserver toute sa capacité de nuisance à quelques encablures de son territoire. Du reste, elle semble être la tête de pont de l’Occident dans le Sahel, qui représente un enjeu géostratégique et économique important convoité par nombre de pays. Le Sahel constitue aussi une zone stratégique pour lutter contre l’émigration illégale vers l’Europe. Ce qui fait que le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a annoncé le jeudi 30 juin dernier qu’une intervention au Mali de l’OTAN n’était pas à exclure « si nécessaire », à la suite de l’inscription du terrorisme et de l’émigration comme « menaces hybrides » dans le nouveau concept stratégique. Même l’Allemagne, qui était connue pour sa discrétion et son respect du principe de non-ingérence dans les affaires des autres États a haussé le ton pour demander la libération immédiate des 49 soldats ivoiriens, dont la situation et le comportement sont pour le moins suspicieux.
En dernier ressort, il ne s’agit pas de disculper Wagner et d’inculper la France, mais un coup d’œil dans le rétroviseur de l’histoire est nécessaire pour mieux faire face au présent et mieux appréhender le futur. En outre, bien qu’il puisse être compréhensible qu’un État fasse appel à un autre pour qu’il l’aide à surmonter une mauvaise passe, cette assistance ne doit être que provisoire. Car un pays ne doit compter que sur ses fils pour se défendre s’il veut avoir une vraie sécurité. Ce qui est encore plus valable pour les pays africains, qui ont une histoire particulière avec l’impérialisme occidental. Mamadou Dia, avec sa grande expérience, l’avait bien senti : « Soyons persuadés, une fois pour toutes, qu'une Afrique africaine, libre et indépendante, intégrée politiquement, économiquement et socialement ne se construira qu'avec des bras et des cerveaux africains, des institutions africaines et des structures authentiquement africaines, des entreprises africaines publiques et privée, œuvrant[3] en totale synergie, nourries à la source d'une même culture africaine citoyenne, fondée sur des valeurs d'éthique et de solidarité africaines. Cela exige de la part de nos faiseurs de printemps une révolution culturelle radicale qui elle-même suppose une révolution épistémologique qui répudie les paradigmes, les logiques et les modèles de la pensée unique de l'Occident.» Ce qui se passe au Sahel doit interpeller tout Africain. D’autant que le monde se trouve à un grand tournant. La guerre en Ukraine n’a fait que rendre encore plus visible l'interrègne gramscien dans lequel il se trouve. L’ancien mode unipolaire, dominé par l’Occident, est en train de disparaître alors qu’un nouveau monde unipolaire, mené par de grandes puissances démographique, militaire et économique est en train de se construire. D’où le renforcement des grands blocs : OTAN, UE, BRICS, OCS…
Devant cette situation, nos États nains, pour reprendre les propos de Cheikh Anta Diop[4], ne doivent pas rester condamnés à ne demeurer que des zones d’influence de puissances étrangères. Les tournées africaines simultanées de Sergei Lavrov et Emmanuel Macron, chacun cherchant à qui mieux mieux à rallier un nombre de pays africains de son côté, doivent pousser à nous interroger davantage. Les pays africains ne doivent plus être à la remorque d’aucune puissance extérieure. Mais pour que cela se réalise, il faut bloc fort, qui permettra de mieux faire face aux prédateurs, qui ne sont jamais loin de nos portes. L’auteur de Nations nègres et Cultures avait trop tôt vu la nécessité d’un État fédéral africain. Il avait surtout bien compris le jeu de l’impérialisme, qui profite de l’instabilité des pays anciennement colonisés pour mieux avancer ses pions et dérouler sa stratégie comme c’est le cas actuellement dans le Sahel : "Il n’y a de sécurité que collective dans la situation actuelle de l’Afrique noire. L’avenir reste sombre. L’impérialisme entend organiser l’anarchie sur tout le continent africain de manière à conserver l’initiative politique qu’il a déjà retrouvée et que lui avaient enlevée les mouvements de libération, à la veille de l’indépendance des États. C’est un fait nouveau d’une importance capitale, sur lequel il importe que l’attention des Africains se polarise [...] Nous entrons dans une ère d’humilité et d’humiliation. Nous n’en sortirons que par l’adoption d’une solution politique de nature fédérale. Il est certain que les intérêts des peuples ne s’opposent guère à une pareille solution. Au contraire, tout invite...Sénégalais, Ivoiriens, Guinéens, Maliens, etc., à unir leurs moyens pour décupler leur capacité de résistance à l’anarchie et à la domination étrangère. Le cadre politique africain, dans lequel un effort de construction économique rationnel pourrait être entrepris, n’existe pas encore. Sa création ne dépend que des Africains. On transpose illusoirement la difficulté en essayant de réaliser des regroupements économiques en dehors du terrain politique. Il faudra un exécutif fédéral, si embryonnaire soit-il, auquel sera transféré un minimum de pouvoirs, lui permettant par exemple de décider de la spécialisation régionale.[5]"