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29 août 2025
MAURICE SOUDIECK DIONE ÉVALUE LES HUIT LISTES EN LICE POUR LES LÉGISLATIVES
Dans cet entretien exclusif accordé à de Sud quotidien, l’enseignant chercheur en Science politique décortique les offres programmatiques des différentes listes de coalitions et leurs limites
Professeur agrégé en Science politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, Maurice Soudieck Dione dresse le bilan de la campagne électorale à trois jours des législatives du 31 juillet prochain. Dans cet entretien exclusif accordé à de Sud quotidien, l’enseignant chercheur en Science politique décortique les offres programmatiques des différentes listes de coalitions et leurs limites tout en revenant sur les enjeux politiques de la demande de Ousmane Sonko à débattre avec Aminata Touré «Mimi» et les raisons qui peuvent expliquer le refus de cette dernière à travers les conditions préalables.
Quel bilan tirez-vous de cette campagne du point de vue de la forme ?
Il y a eu une première semaine de campagne marquée par une certaine léthargie due certainement au fait que nous sortions de la fête de la Tabaski. Par la suite, de plus en plus, il y a eu de l’effervescence et beaucoup d’animation à travers les caravanes des diverses coalitions en compétition. Il faut noter également que l’essentiel de la communication politique semble se faire sur Internet, à travers les réseaux sociaux, où il n’y a pas de restrictions de temps d’antenne et de jeux d’équilibre légaux à préserver. Les différentes coalitions rivalisent donc de zèle pour faire passer leurs messages par ces canaux. Ce phénomène semble avoir été accentué par l’invalidation de la composante des titulaires de la liste de Yewwi Askan Wi.
Comment appréciez-vous l’offre programmatique des huit listes engagées dans cette campagne ?
Pour les huit coalitions, il y a globalement 3 tendances qui se dégagent. La première est incarnée par la coalition Benno Bokk Yaakar qui est constituée par la majorité au pouvoir, dont la campagne porte essentiellement sur la défense et l’illustration du bilan du Président Macky Sall, avec pour objectif de convaincre les électeurs de reconduire cette majorité afin de continuer à exécuter le programme en cours. Ensuite, concernant l’opposition, elle met en évidence les difficultés vécues par les Sénégalais, notamment le renchérissement exponentiel des denrées de consommation courante, le chômage des jeunes, la pauvreté, la gestion des ressources naturelles, du foncier, des services publics, notamment la santé, l’éducation, la justice etc. Enfin, il y a également l’argument de la lutte contre une probable troisième candidature du Président Sall, illégale au regard de la Constitution. Mais à titre illustratif, on peut s’arrêter sur le programme de la coalition Aar Sénégal qui semble avoir le plus formalisé son offre politique à travers un contrat de législature, le 14/14. Quatorze réformes majeures pour une quatorzième législature de rupture : par rapport au fonctionnement, à l’efficacité, à la redevabilité et à la rationalité parlementaires, au patriotisme économique, au système éducatif, aux Doomu Daara, aux personnes à mobilité réduite, à la gouvernance foncière, à la souveraineté alimentaire, à la régulation, à la citoyenneté, à la diaspora, et au développement durable. Mais le problème qui se pose c’est la faisabilité du programme, car, on ne peut utiliser l’Assemblée nationale dans le processus de matérialisation de politiques publiques, que si on y détient la majorité. C’est pourquoi on note dans le contrat de législature de Aar Sénégal, ce leitmotiv qui accompagne toutes les 14 propositions : «Nos députés s’engagent à proposer des lois dans les domaines ci-dessous, dans la limite des prérogatives dévolues à l’Assemblée nationale».
Avec une telle formule, s’acquitter de l’engagement n’est pas une obligation de résultat, mais une obligation de moyen dont la réalisation est assujettie à une condition suspensive, l’occurrence d’un événement futur, hypothétique et incertain : l’obtention de la majorité. Ce qui revient à dire, au-delà des précautions de rhétorique et des arguties juridiques, qu’on ne s’engage à rien. Parce que les prérogatives de l’Assemblée nationale sont très limitées dans la configuration actuelle du système politique. D’abord, les propositions de lois doivent respecter l’équilibre des finances publiques. En effet, l’article 82 alinéa 2 de la Constitution dispose : «Les propositions et amendements formulés par les députés ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence soit une diminution des ressources publiques, soit la création ou l’aggravation d’une charge publique, à moins que ces propositions ou amendements ne soient assortis de propositions de recettes compensatrices.» Ensuite, les propositions de lois n’ont aucune chance de passer dès lors qu’on n’a pas la majorité à l’Assemblée nationale. Donc, l’enjeu crucial pour ces élections que ce soit pour le pouvoir tout comme pour l’opposition, c’est l’obtention d’une majorité au pouvoir, sans laquelle aucune force politique ne peut actionner les leviers de la gouvernance.
Quelle lecture faites-vous de la demande de Sonko à débattre avec Mimi et la réponse de cette dernière qui a posé ses conditions?
Les débats programmatiques sont essentiels en démocratie. Cela permet de sublimer la violence qu’elle soit physique et/ou verbale, en lui substituant une confrontation d’idées. Dans cette perspective, la demande d’Ousmane Sonko de débattre avec Madame Aminata Touré est tout à fait compréhensible. Mais, il y a plusieurs problèmes à ce niveau. D’abord, au plan strictement juridique, la composante des titulaires de la liste Yewwi Askan Wi a été invalidée, donc les investis sur ce registre ne sont plus candidats. Il convient cependant de réaffirmer, à toutes fins utiles, le caractère illégal et illogique d’une telle décision, en raison du principe de l’unicité de la liste électorale. Ensuite, on ne peut pas comprendre qu’il puisse y avoir des suppléants sans titulaires, tout comme on ne saurait comprendre que le Conseil constitutionnel investisse de fait des suppléants pour en faire des titulaires, en se substituant à la coalition, alors qu’il n’a pas ce pouvoir. Mais, quoi qu’il en soit cette décision est devenue définitive. Dès lors, pour qu’un débat puisse être organisé entre deux protagonistes dans une campagne électorale, il faut qu’ils soient tous les deux des candidats légalement reconnus. Je crois que Madame Aminata Touré aurait pu opposer une fin de non-recevoir sur la base de ce motif.
A votre avis pourquoi, elle ne l’a pas fait ?
Cela risquerait de relancer le débat sur les décisions très controversées du Conseil constitutionnel alors que la période du dépôt et de la recevabilité juridique des listes est dépassée. Il y a également un autre problème politique. C’est qu’Ousmane Sonko a des ambitions présidentielles clairement affichées et défendues, ce qui n’est pas le cas de Madame Aminata Touré, tête de liste de la coalition Benno Bokk Yaakaar, certes ; mais la question de la candidature en 2024 au sein de cette coalition est encore une question taboue à laquelle le principal concerné a répondu de manière équivoque «ni oui, ni non», alors même que l’article 27 de la Constitution qui l’exclut du jeu est clair comme de l’eau de roche : «Nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs». Le Président Sall a eu un premier mandat de 2012 à 2019 et il exerce un second et dernier mandat depuis 2019 et qui se termine en 2024 ; et les deux mandats sont consécutifs, c’està-dire qu’ils entretiennent un rapport de succession immédiate. Le pronom impersonnel utilisé dans la rédaction de l’article est valable pour tout le monde. Donc, Madame Aminata Touré pourrait commettre une faute politique si elle acceptait en perspective des élections législatives prochaines de participer à un débat avec un leader de l’opposition qui se positionne pour la Présidentielle de 2024, alors que le Président Sall peut envisager de briguer une troisième candidature en violation de la Constitution.
A vous entendre parler, on a l’impression que vous n’êtes pas convaincu par les conditions de Mme Touré
Les arguments que donne Madame Aminata Touré ne semblent pas pertinents. Sur l’argument de la violence, il y a que c’est la violence d’État qui suscite une violence contre l’État. Il y a que le fait de renvoyer à Ousmane Sonko la crise casamançaise et les insinuations de rébellion ramènent à des considérations relatives au communautarisme d’exclusion, ce qui doit être absolument banni par tous les acteurs, de quel que bord politique qu’ils peuvent se situer, pouvoir comme opposition. Enfin, poser comme condition qu’Ousmane Sonko tranche lui-même un contentieux judiciaire dans lequel il est impliqué, n’est pas judicieux, puisque ce dernier ne peut pas être juge et partie. C’est dire que la réalisation des conditions qu’elle exige est impossible ; et dès lors cette forme de communication peut être interprétée comme un rejet du débat.
Par ailleurs, comment appréciez-vous les accusations de Sonko contre les autres listes qui seraient parrainées par le chef de l’Etat ?
Je pense que ce sont des accusations dont il aurait pu faire l’économie, afin de concentrer le combat démocratique en direction des tenants du pouvoir. Donc s’attaquer à tout le reste de l’opposition crée de la diversion et de la division inutile. Ousmane Sonko lui-même avait appelé les leaders de Yewwi Askan Wi qui étaient frustrés après les investitures, à ne pas s’attaquer à la coalition. Au demeurant, il est fort probable qu’un front pluriel et divers de l’opposition soit constitué pour mener ensemble des batailles politiques pour renforcer la démocratie sénégalaise, notamment contre une troisième candidature du Président Sall en violation de la Constitution. Ensuite, au niveau de l’Assemblée nationale, il est possible que l’opposition se regroupe ; d’où l’intérêt à éviter des divergences artificiellement créées. Il peut y avoir de la stratégie politique derrière ces propos pour tout ramener à Yewwi Askan Wi dont la campagne s’est bonifiée avec l’entrée en jeu d’Ousmane Sonko et des autres leaders de la coalition : si Ousmane Sonko parle de et pour sa coalition et que tout le monde parle de lui ; il cristallise dès lors toutes les attentions de la campagne. Mais, il faut jouer sur cette fibre avec prudence, car au-delà des considérations électoralistes, il y a l’idée et l’image que les citoyens-électeurs se font d’un leader, qui a un capital de confiance et de crédibilité à gérer, et qui dépasse le simple cadre de la situation et de la conjoncture politique du moment. En effet, les affirmations et accusations gratuites érodent avec le temps la crédibilité d’un leader. Or, la confiance est difficile à acquérir et lorsqu’elle est perdue on la regagne difficilement, pour ne pas dire qu’elle est perdue définitivement. Pour une meilleure stratégie de communication politique, il aurait pu être plus nuancé. Du coup aucune coalition ne voudrait réagir pour se réapproprier les propos ; tout en présentant la coalition Yewwi Askan Wi comme résolument ancrée dans l’opposition. Il obtiendrait alors le même résultat, pratiquement, sans cristalliser les ripostes légitimes des autres coalitions, avec des écarts de langage. Toutes choses qui peuvent compromettre ou gêner de futures retrouvailles politiques dans l’opposition.
La coalition Yewwi entend faire voter une loi contre la discrimination des candidatures. Si on estime qu’elle pourrait empêcher d’écarter des candidats, ne risquerait-elle pas aussi de déboucher sur l’impunité?
Si à l’issue du vote du 31 j u i l l e t 2022 la coalition Y e w w i askan wi obtient la majorité à l’Assemblée nationale, elle peut faire voter une loi contre la discrimination des candidatures. Cet acte législatif peut être une occasion pour revoir le parrainage qui a été imposé par le Président Sall en 2019 sans aucune concertation. Or, depuis le Code consensuel de 1992, il y a une doctrine du consensualisme qui s’est dégagée en tout ce qui concerne l’élaboration des règles de la compétition au pouvoir, et qui est gage de stabilité politique en permettant d’éviter les tensions et violences autour des élections. Le Président Sall s’est fait réélire facilement en 2019 grâce au parrainage qu’il a imposé et qui est illégal du point de vue de la Constitution. Car, avec la réforme constitutionnelle référendaire n°2016-10 du 05 avril 2016, l’article 103 de la Charte fondamentale dispose en son alinéa 7 : « La forme républicaine de l’État, le mode d’élection, la durée et le nombre de mandats consécutifs du président de la République ne peuvent faire l’objet de révision». Donc, avec le parrainage, le mode d’élection du président de la République a été révisé en violation de la Constitution.
En plus, le parrainage a complètement faussé la Présidentielle de 2019. Censée être appliquée à tous les types d’élection, on s’est rendu compte qu’il n’était pas pertinent pour les élections locales ; ce qui révèle encore une fois que le procédé a été imposé sans discussion et sans réflexion approfondie, de manière circonstancielle et personnelle pour les besoins de la réélection du Président Sall en 2019. Le contrôle des signatures si tant est que cela soit possible n’a pas été fait par le Conseil constitutionnel. Les candidats écartés de la candidature n’avaient pas le fichier sur la base duquel ils ont été évalués ; donc ont été éliminés sans comprendre pourquoi ni comment. On a pu constater toutes les contradictions que le parrainage a suscité pour les Législatives du 31 juillet prochain, en excluant des c o a l i - t i o n s comme Gëm Sa Bopp de Bougane Guèye Dany qui a obtenu des résultats appréciables lors des élections locales du 23 janvier 2022. Comble de l’absurdité, au sens strict de ce qui est contraire à la raison, le parrainage sous sa forme actuelle aurait pu aboutir à l’élimination de forces politiques encore plus significatives. Ce qui est dangereux pour la paix et la stabilité nationale et pour la légitimité et la crédibilité des institutions. Benno Bokk Yaakar qui a eu un excédent d’un parrain aurait pu être éliminé, parce qu’ayant déposé 55 328 parrains au lieu de 55 327, le maximum autorisé par la loi. Ce qui aurait été scandaleux sachant que c’est la coalition qui détient la majorité présidentielle et la majorité parlementaire ; et qui donc n’a pas de garantie de représentativité à prouver. Cela aurait été tout aussi scandaleux si de grandes coalitions de l’opposition étaient écartées comme Yewwi Askan Wi qui a gagné les départements de Keur Massar, Rufisque, Mbacké, Bignona, Oussouye, Ziguinchor et des Villes comme Dakar, Rufisque, Guédiawaye et Thiès, lors des dernières élections locales.
Donc, cette coalition également n’a pas de garantie de représentativité à prouver. C’est aussi le cas de la coalition Wallu Sénégal constituée autour du PDS qui est la première force de l’opposition à l’Assemblée nationale, parti créé en 1974 qui a fait 26 ans d’opposition, 12 ans de pouvoir, auxquels s’ajoutent encore 10 ans d’opposition. Tout cela montre les problèmes ardus apportés par le parrainage. C’est pourquoi la Cour de justice de la CEDEAO en son Arrêt du 28 avril 2021 a rejeté le procédé comme portant atteinte à la liberté de candidature en ces termes : «Dit (…) que le code électoral sénégalais, tel que modifié par la loi n° 2018- 22 du 04 février 2018 viole le droit de libre participation aux élections ; Ordonne en conséquence à l’État du Sénégal de lever tous les obstacles à une libre participation aux élections consécutifs à cette modification par la suppression du système de parrainage électoral ; Lui impartit un délai de six (6) mois à compter de la notification qui lui en sera faite pour soumettre à la Cour un rapport concernant l’exécution de la présente décision». Mais jusqu’à présent, l’État du Sénégal n’a pas encore appliqué cette décision et viole ainsi de manière flagrante le droit communautaire. Par ailleurs, je ne pense pas que cette loi débouche sur l’impunité. En effet, des personnalités politiques ont été écartées du jeu à travers des affaires politico-judiciaires : la CREI (Cour de répression de l’enrichissement illicite) pour Karim Wade et la caisse d’avance de la mairie de Dakar pour Khalifa Ababacar Sall. Pour redynamiser la démocratie sénégalaise, il faut ouvrir le jeu. Car, la démocratie selon des auteurs comme Robert Dahl repose sur l’élargissement de la compétition politique et l’élargissement de la participation politique. La véritable impunité est relative au pillage et au gaspillage des ressources publiques dans le cadre d’un système clientéliste, sans que les corps de contrôle de l’État ne fassent leur travail ; ou que les rapports - lorsqu’ils sont produits - soient mis sous le coude et ne soient point déférés à la justice.
À votre avis, entre quelles coalitions vont se jouer les législatives ?
Nous sommes dans le cadre d’élections très disputées. Elles sont également incertaines quant aux résultats ; ce qui est un gage de vitalité démocratique. Toutes les coalitions jouent leurs chances, travaillent sur le terrain et sont juridiquement d’égale dignité. Mais, il semble que certaines émergent plus que d’autres : il s’agit de la coalition au pouvoir Benno Bokk Yaakar ; dans l’opposition, il s’agit de la coalition Yewwi Askan Wi et de la coalition Wallu Sénégal qui ont scellé un pacte au niveau des départements à travers l’inter-coalition Yewwi-Wallu ; ensuite il y a la coalition Bokk Gis Gis Liggeey, dirigée par le Président Pape Diop, et la coalition Aar Sénégal. Cependant, on n’est pas à l’abri de surprises pour les autres coalitions de l’opposition : Bount Bi, Natangué Askan Wi, les Serviteurs.
CONJURER LA VIOLENCE POLITIQUE ET SOCIALE AU SÉNÉGAL
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« La répression détruit les États, la tolérance construit les nations », Nelson Mandela.
Le Sénégal vit une crise économique et sociale profonde, fort complexe, aggravée par la pandémie du Covid 19 et par les premières répercussions de la guerre récente en Ukraine. Cette dernière révèle au grand jour l’inadmissible dépendance alimentaire du pays et renforce les sentiments d’incertitude et d’angoisse des populations quant à leur niveau de vie en dégradation continue. Les retombées sociales des investissements massifs du Plan Sénégal Émergent PSE dans de grands projets phares de modernisation des infrastructures et l’injection de plusieurs milliards dans la solidarité en faveur des jeunes, dans l’agriculture pour soutenir, diversifier et booster la production paysanne, l’appui aux populations déshéritées et groupes vulnérables n’ont pu atteindre leurs objectifs de résorber sensiblement le chômage et d’amortir l’effet accéléré de paupérisation. La raison en est que le modèle de développement extraverti et dépendant, même s’il enregistre un taux de croissance en élévation, secrète, indépendamment de la volonté des Gouvernements et de manière implacable, les inégalités et injustices sociales, faisant perdurer la crise sociale.
Une crise sociale persistante
La crise sociale est entretenue de fait par les fractures économique, sociale, territoriale et culturelle de la période coloniale qui défigurent encore le pays, de même que le fléau de la corruption et son corollaire l’impunité. La tragédie humaine et morale qui se déroule quotidiennement sous nos yeux depuis plus de 20 ans, poussent des jeunes par milliers à la migration clandestine vers l’Europe, vers la mort certaine dans l’océan et le désert, certains capturés et réduits en esclaves en cours de route. Ce vaste drame existentiel vécu au Sénégal et dans la sous-région, témoigne de l’ampleur et de la profondeur de la crise économique et l’échec du modèle de développement colonial capitaliste qui structure encore le pays depuis son indépendance en 1960. La profonde crise morale qui affecte la société en est certainement la dimension la plus grave avec le règne du mensonge, du chantage et de la délation, des fake news et de la manipulation, le développement du trafic de drogue et du commerce illicite de toutes sortes, de la cybercriminalité, des viols, de la pédophilie, des crimes crapuleux. Cette décadence des mœurs sur la longue durée a fini par déboucher sur une crise sociétale, une crise existentielle des valeurs et des repères, mais aussi sur une crise de confiance et de légitimité politique à l’égard des dirigeants jugés responsables de l’état fracturé dans lequel se trouve le pays.
La confiscation effective de notre souveraineté politique nationale, la dépendance conceptuelle séculaire ainsi que la soumission monétaire et financière à l’égard des États occidentaux et de leurs agences internationales expliquent le faible recours à l’expertise nationale, le soutien insuffisant aux entreprises privées nationales, le manque de patriotisme dans la gestion des ressources naturelles, mais également la non-mobilisation des fortes capacités de la jeunesse et du génie créateur des communautés. Tout ceci faisant structurellement défaut, la crise a conduit à l’effondrement consécutif des classes moyennes et la pauvreté accrue des populations. L’habitat urbain encore précaire et insalubre touchant de nombreux quartiers et le vécu dramatique des inondations à chaque hivernage en dépit des milliards engloutis, amènent la population à douter de la compétence et du sérieux des responsables des services de l’administration et des hommes politiques qui interviennent. Cette situation déplorable prouve, malgré le bilan des réalisations sectorielles positives, un échec des politiques de développement sur le plan de la vision stratégique, des choix des hommes et des priorités, des innovations impérieuses attendues. Le pays reste encore assis sur la natte des autres sans un développement endogène pourtant possible, vu ses atouts considérables en ressources naturelles et humaines et la riche diversité de ses cultures et traditions. (Ki-Zerbo 1993)[i].
Un contexte politique trouble
Globalement en désaccord avec le système de parrainage, l’opposition a néanmoins décidé de participer aux élections législatives de ce 31 juillet, malgré l’invalidation de sa liste de titulaires. Cependant l’idée en l’air d’une candidature du Président Sall à un troisième mandat jugée anticonstitutionnelle dans l’opinion générale complique davantage la situation déjà très préoccupante. Désormais, il semble que l’aspect principal de la contradiction dans les rapports de classe dans le pays est celui opposant de plus en plus frontalement le groupe dirigeant au sommet de l’État et la société globale. La personnalisation excessive du pouvoir présidentiel dont la suppression du Poste de Premier ministre en est un signe évident, l’activisme clientéliste animé par la philosophie ambiante du neddo ko bandam[ii], l’absence d’une idéologie politique ou d’un corps d’idées fédératrices et mobilisatrices, sont certainement à l’origine d’une communication gouvernementale minimale défaillante, mais également des solutions politiques inadéquates. Telle nous semble l’origine de la non-tenue effective d’un dialogue national sincère et inclusif, toujours évoqué dans les discours, mais jamais effectif. Un tel état de fait sur plusieurs années durant, crée nécessairement une cristallisation politique extrême, un durcissement de part et d’autre, surtout si les élections à venir risquent de sceller définitivement le sort politique des uns et des autres et plus sérieusement, le destin du pays.
Les violentes manifestations du mois de mars 2021 et celles toutes récentes font partie d’un cycle répétitif qui secoue le pays dès les premières années d’indépendance. L’aggravation de ce processus de violences a atteint un seuil critique et l’on redoute à présent le basculement au pire. Le groupe dirigeant semble déterminé à conserver le pouvoir coûte que coûte et l’opposition et le peuple à résister vaille que vaille. De nombreux signes avant-coureurs de confrontation sont perceptibles avec l’interdiction et la répression des marches de protestation et des manifestations multiformes de l’opposition. La tournure de plus en plus violente prise ces derniers jours sur le terrain dans la campagne électorale en cours, renforce naturellement les inquiétudes.
I. La violence d’État, une tradition
Le président Senghor avait l’intelligence, face à la complexité de la société sénégalaise et au dynamisme de l’opposition nationaliste et marxiste radical, de fonder la gestion de l’hégémonie politique de la classe dominante sur « la politique du dialogue »[iii]. Celle-ci permettait de neutraliser les sources de tension et les potentiels conflits sociaux grâce à un dispositif opérationnel de soupapes de sûreté. Il s’agissait parmi d’autres, de laisser libre la contestation dirigée contre l’État pour la désamorcer ensuite par des méthodes de consensus conduisant à la fusion et à l’intégration de l’opposition dans les structures et appareils dominants. Ceci a permis de nombreuses fois à l’État de sortir des crises, à chaque fois, maître de la situation. Telle était l’originalité et « l’étonnante singularité du fait politique sénégalais » dans un environnement régional d’alors, marqué surtout par des régimes de Parti unique, de dictatures civiles et militaires. L’originalité du système imprimé par Senghor contribuait considérablement au rayonnement culturel et à l’influence diplomatique internationale du pays de la Téranga, surtout qu’il évoquait toujours la philosophie du « commun vouloir de vie commune », fondement de la diversité culturelle et de l’unité nationale.
Cependant cette facette enjolivée du jeu démocratique institutionnel et de la tolérance évoquée cachait mal une politique réfléchie et programmée de neutralisation et répression souvent féroce des adversaires politiques résolus, le Président Senghor restant en effet intraitable sur la protection des intérêts étrangers dans le pays, notamment français. Cette tradition du jeu démocratique très expérimenté a prévalu sous le régime succédant de Abdou Diouf, mais ensuite rangée dans les oubliettes par le Président Wade, après seulement quelques années au pouvoir. Quant au mode de gouvernance de l’actuel Président Sall, il nous paraît reposer sur une concentration restrictive personnelle du pouvoir, sur un jeu d’alliance partisane élargi et sur le phénomène appelé transhumance. Dans le langage politique local, la transhumance renvoie au bétail à la recherche des vertes prairies, y brouter l’herbe fraîche. Politiquement, il stigmatise l’opportunisme politique de certains et leur manque de loyauté dans l’engagement politique.
Ce phénomène décrié est en fait une opération de recyclage politique des segments du personnel des anciens régimes dans le nouveau pour renforcer la base du parti et l’efficacité des actions gouvernementales. Il a existé dans les régimes précédents, mais a pris des proportions inégalées aujourd’hui. La loyauté des transhumants est d’autant plus assurée que certains d’entre eux traîneraient des dossiers sensibles liés à leur gestion antérieure de structures publiques ou parapubliques. La transhumance explique en partie la longévité observable des générations d’hommes dans le pouvoir et par conséquent, le conservatisme politique de l’État. En effet, cette longévité permet l’accumulation individuelle des richesses, les privilèges dans le positionnement dans les stations de pouvoir, le cumul avantageux des fonctions, la constitution de patrimoines individuels dont la protection est garantie au plus haut niveau, dans un système étatique partisan de continuité stable. La transhumance renforce également les réseaux clientélistes d’accaparement, leurs ramifications au sein de l’Etat et dans les divers milieux sociaux et régions du pays. Mais ce phénomène a par ailleurs contribué au discrédit de certains responsables politiques impliqués et la perte de confiance des populations en leur égard. Ainsi le système de gouvernance politique dominé par un parti-Etat fortement présidentialiste s’est transmis dans ses traits essentiels du président Senghor au président Macky, dans une remarquable continuité des méthodes et des pratiques, préservant les multiples intérêts nationaux et étrangers liés aux alliances stratégiques de l’État sénégalais.
Sous le président Senghor
Mamadou Dia,[iv] Premier ministre emprisonné injustement avec ses compagnons pendant 11 longues années parle de «caractère ploutocratique et répressif» du régime politique sénégalais sous Senghor, caractérisé selon lui par –« le présidentialisme, une personnalisation du pouvoir, - la soumission de l’Assemblée nationale à l’Exécutif, réduite à une chambre d’enregistrement, - les scissions orchestrées au niveau du mouvement syndical, leur affaiblissement et intégration comme composante du parti dominant,- la militarisation de certains corps de l’État comme la Douane, désormais interdits de Droits politiques et syndicaux,- la mise au pas de l’Université par la suppression des Franchises universitaires, l’instauration d’un régime provisoire qui écarte de la composition de l’Assemblée de l’université, les enseignants et les étudiants ». La répression dont les arrestations et tortures, les sanctions administratives diverses, s’est abattue de manière impitoyable sur les différents partis d’opposition et leurs dirigeants. Les étudiants contestataires, les syndicalistes de refus, les paysans pauvres dans l’impossibilité de payer leurs dettes de semences, d’intrants et de matériels à l’État ont tous été victimes du régime dit socialiste et démocratique. « Agir sans cruauté inutile, mais sans faiblesse coupable », insistait Senghor. De même nombreux intellectuels comme le savant panafricaniste Cheikh Anta Diop, le cinéaste Sembene Ousmane et tant d’autres cadres et personnalités d’envergure, ont été brimés dans leur carrière et dans leur vie pour s’être opposés au régime policier de Senghor. Omar Diop Blondin, jeune contestataire radical est emprisonné et assassiné dans des conditions non encore élucidées dans sa cellule à Gorée. Les syndicats d’étudiants comptent aussi de nombreux martyrs parmi eux dont ils commémorent encore leur disparition brutale.
Sous le président Abdou Diouf
Le président Diouf a lui-même reconnu dans une de ses interviews, « avoir gouverné le Sénégal dans la douleur » en mettant sous ajustement structurel l’économie sénégalaise.[v] Ces programmes de soumission drastique aux exigences d’adaptation aux lois d’airain du capitalisme financier international ont fait péricliter des centaines d’entreprises industrielles et des milliers dans les secteurs des manufactures et de l’artisanat de production. Ils ont mis au chômage des milliers de travailleurs et considérablement détérioré la vie de millions de sénégalais. Le phénomène massif du déclassement social fit que de nombreux ménages et familles tombèrent dans la pauvreté structurelle, transmise de manière intergénérationnelle, fait nouveau. La vulnérabilité accentuée des communautés et la féminisation marquée de la pauvreté ont conduit aux fameux programmes successifs de lutte, de réduction et d’éradication de la pauvreté qui de toute évidence, n’ont pu venir à bout du phénomène récurrent, structurel, obstiné. Le Président Diouf a radié 6.265.000 policiers en 1987 de leur profession pour avoir fait un mouvement d’humeur, plongeant ainsi des familles entières dans une détresse indicible. Ils ne seront indemnisés que près de 32 ans après par l’actuel Président Sall. Le Parti de l’Union Progressiste sénégalaise, UPS, crée par Senghor, devenu Parti socialiste, a régné en main de maître dans le pays pendant 40 ans avant de céder le pouvoir, sous le déferlement du mouvement populaire Sopi, le changement, du Parti démocratique Sénégalais de maître Abdoulaye Wade. Ce puissant mouvement populaire porté par les jeunes mobilisés ainsi que les larges composantes politiques et citoyennes ont permis la première alternance politique du pays en l’an 2000, la première respiration politique du pays.
Sous le président Abdoulaye Wade
La crise multiforme de gouvernance du président Abdoulaye Wade, particulièrement durant son second mandat, a entraîné des manifestations populaires contre le tripatouillage de la Constitution pour se faire succéder par son fils, Karim. Ces manifestations durement réprimées ont fait plusieurs morts, des blessés graves, des dégâts et pertes matériels considérables. Ainsi naquit le mouvement populaire de résistance le 23 juin 2011, le M23, contre le projet de modification de la Constitution par un vote de l’Assemblée nationale. Dans la mouvance, le Front Siggil Senegaal (Sénégal debout !) prit l’initiative patriotique de refondation et de reconstruction du Sénégal. Dans un sursaut collectif inédit dans l’histoire du pays, partis politiques, syndicats, mouvements associatifs divers, ONG, experts et personnalités de toutes disciplines, femmes et jeunes se sont mobilisés pour organiser les Assises nationales du Sénégal. Au total 140 acteurs volontaires se sont réunis pour faire le diagnostic de la situation préoccupante du pays, ont dégagé des orientations et des stratégies et des mesures de ruptures et de refondation. Mais le Président Wade, pourtant appelé « le Pape du Sopi », du changement, a boudé les Assises nationales pour la refondation du pays. Il a fini par abriter un clan de « Faucons » autour de lui, adeptes du durcissement et des agressions contre des opposants et certains organes de presse, ce qui de toute évidence annonçait la fin proche de son pouvoir.
Sous le président Macky Sall
Le président Sall a écarté lui aussi l’application des recommandations des Assises nationales et celle de la Commission nationale de réformes des institutions dont pour la seconde, il avait encouragé la mise en place et les travaux. La situation reste marquée encore aujourd’hui par l’absence effective de dialogue, de concertation et de consensus sur le fonctionnement des institutions, les libertés garanties par la Constitution, l’organisation du processus électoral, les engagements économiques et financiers internationaux et la gestion des ressources naturelles. Cela d’autant que l’espoir d’un changement de ruptures promis par le Président Sall réélu pour un second mandat de 5 ans en février 2019 ne semble guère être au rendez-vous, après une dizaine d’années d’exercice du pouvoir marquée par le conservatisme politique, les scandales financiers, l’impunité et la violence répressive. Le durcissement politique observé depuis avec les procès et emprisonnements de leaders de l’opposition, de jeunes activistes, l’organisation interdite ou réprimée des marches citoyennes dans un contexte de cherté de la vie et de sous-emploi, ne sont certainement pas pour faciliter le dialogue national sur les questions majeures de la paix et de la stabilité du pays.
Plus grave, on a assisté à des tentatives de manipulations ethniques et confessionnelles de milieux obscurs proches du pouvoir ou dans certains rangs marginaux de l’opposition ou encore de la part d’éléments infiltrés ou même de simples illuminés. Ceux-ci ont voulu donner à la crise sociale de telles connotations pour la dévoyer de sa nature politique. La stratégie est de soulever une partie du peuple contre une autre, une communauté contre les autres, une région contre les autres. Le but ultime de ces manœuvres de tenants extrémistes et pro-impérialistes est de chercher à désorganiser le profond processus d’aspiration au changement perceptible dans la contestation sociale de plus en plus ample. Mais selon nous, plusieurs raisons vouent à l’échec de telles manipulations de réveil ethniciste et régionaliste. La principale réside dans l’histoire commune d’une intégration pluriséculaire des sociétés par le bas, communautés diverses et apparentées, maillons articulés en chaînes, respirant une tradition vivante de domestication de la violence et de culture de la paix. D’ailleurs, l’échec de genèse et d’histoire de la rébellion armée en Casamance est relatif à une inadaptation du mouvement à ces profondes réalités anthropologiques et historiques du terrain et bien sûr, à une extrême faiblesse idéologique et théorique de ses dirigeants. Les constructions et montages idéologiques d’une région ou d’une communauté qui fait peur sont donc sans fondement et publiquement irresponsables. En politique, la responsabilité, c’est de construire patiemment et dans l’endurance, un rapport de force favorable à l’expression citoyenne pacifique pour des issues démocratiques populaires. Au Sénégal, c’est au niveau de l’Etat que se passent les secousses et convulsions, les déchirements du fait qu’il n’est pas à l’image des communautés pacifiques qu’il est censé représenter et protéger, encore moins l’expression politique officielle de la société civile qu’il devrait incarner. Dans ce cas l’existence d’une l’opposition est toujours gênante et le projet des gouvernants, à défaut de l’éliminer, est de la réduire à sa plus simple expression.
À suivre jeudi 28 juillet...
Youssoupha Mbargane Guissé est Docteur en Philosophie et Docteur d’État en Sociologie. Outre ses nombreux travaux en philosophie, il s'est intéressé à l'étude du changement social au Sénégal, au contexte de la mondialisation et aux constructions identitaires qui travaillent la société sénégalaise dans ses différentes composantes. Il a fait toute sa carrière à l'IFAN Cheikh Anta Diop avec des fonctions de chef du laboratoire des études sociales et de chef du Département des Sciences humaines et sociales. Youssoupha Mbargane Guissé est actuellement chercheur à l'Institut Panafricain de Stratégies à Dakar.
[i] Joseph Ki- Zerbo (1993). La matte des autres. Pour le développement endogène de l’Afrique. France, éditions Karthala
[ii]Neddo ko Bandam signifie en Pular, L’homme, c’est sa parenté. Autrement dit, ce sont les appartenances ethnique, linguistique, communautaire qui définissent l’individu et établissent le lien sacré de solidarité primordiale à l’égard des siens. Ce lien de dépendance personnelle de l’individu à l’égard des membres de sa famille, de son ethnie et de sa communauté est tout à fait naturel et a constitué la base sociale et affective de la cohésion sociale des communautés africaines dans la longue histoire. Cependant ce lien est instrumentalisé dans le nouveau système des États sous domination et sert de trame à un clientélisme politique de privilèges et corruption multiforme.
[iii] Pierre Fougeyrollas (1970). Où va le Sénégal ? Analyse spectrale d’une nation africaine. Pairs : éd. Anthropos.
[iv] Mamadou Dia (1992). Lettres d’un vieux militant. Contribution à la Révolution Démocratique. Dakar éd. GIA, pp.86-87.
PAR Jean Pierre Corréa
CHRONIQUE DES TEMPS RÉVOLUS
Comment redonner envie aux Sénégalais d’être dans le « temps du monde » et dans la véritable action politique qui libère et n’asservit point ? Doit-on se résoudre à penser que ces temps dont révolus ?
Tant de vanités politiques sont navrantes et désespérantes pour le futur de notre Sénégal, embourbé dans un brouhaha verbal qui n’arrive pas à masquer le vide sidéral des propositions de nos hommes politiques, confortablement avachis dans le confort des injures, des mensonges, des manipulations et des argumentaires populistes qui les confortent dans le monde virtuel des réseaux sociaux où ils étalent avec une indécente fierté, toutes leurs carences.
Nombreux sont les Sénégalais qui sont restés abasourdis et médusés par le triste et cocasse épisode des listes erronées, confectionnées autant par BBY que par YAW, qui signalait le niveau d’amateurisme et le manque de concentration nécessaire pour briguer les suffrages des citoyens et leur demander de leur confier « les clés du camion ». Nous qui pensions qu’ils étaient concentrés, tendus comme des arcs, vers les problèmes qui assaillent les Sénégalais, qui ont noms chômage des jeunes, immigration des mêmes, vie chère, inondations, situation géopolitique hasardeuse, valorisation de nos richesses minières en gestation, et que nous nous attendions qu’ils se fassent des cheveux blancs, et bien, pas du tout, notre classe politique n’était au travail que pour se faire des croc-en – jambes et aiguiser les couteaux de la traîtrise, et finir penauds devant la triste réalité de leur manque absolu de vision et d’objectifs populaires. Cette campagne électorale pour nos législatives, malgré les enjeux déterminants pour l’avenir politique, économique et institutionnel de notre pays, commençait dans la légèreté, avant d’aller chercher les seuls arguments dans la violence électorale, que nous savons si bien étaler avec une vulgaire gourmandise à la Une de nos journaux en manque de clairvoyance.
C’est au milieu de cette apathie qui nous détournait des agissements irresponsables de notre personnel politique, que jaillit, comme un électrochoc pour moi, la lettre de démission de Serigne Mansour Sy (SMS) Djamil de la coalition YAW, adressée à Khalifa Sall, et qui symbolisait dans son propos, la légèreté avec laquelle l’avenir et l’importance d’un nouveau parlement avaient été envisagés.
Grande histoire politique au Sénégal et choisir les petites histoires
La stature incontestable de Serigne Mansour Sy Djamil, certes interpelle et nous convoque vers l’évidence que décidemment l’on ne sait plus de quoi on parle, mais nous commande de reconnaître que l’homme a participé à l’écriture de notre grande histoire politique du Sénégal, du Pai, à la FEANF jusqu’à sa vice-présidence à l’Assemblée Nationale, en passant par son rôle dans ce qui constitue le « Graal » de notre vision politique récente, j’ai nommé « Les Assises nationales ». Précipiter un tel homme dans « les petites histoires » de notre marigot fangeux de notre classe politique, relevait de la faute de goût, et signait un changement d’époque, marquant l’absence de vision des hommes qui se piquent de nous gouverner.
SMS y avait pourtant cru, du haut de son bagage politique, et il l’assène avec clarté et sans fioritures : « Tel était notre défi. Et, à ce propos la fameuse réflexion de Jean Jaurès est d’une extraordinaire actualité : « Partir du réel pour aller à son idéal ». Mais, ce que le réel nous révèle tristement est le nombre astronomique des candidats de Yewwi Askan Wi qui traduit le désir de chaque parti ou mouvement de la coalition d’avoir le maximum de députés. Devant un tel agenda, il serait illusoire de faire appel à un don de soi, d’oubli de soi et d’abnégation. On peut faire appel à ces concepts, la main sur le cœur par pure charité. Les prochaines élections législatives n’auront de sens que lorsqu’elles seront des jalons dans l’exercice d’un pouvoir accompli pour des millions de personnes. Leur but devient le mouvement populaire lui-même. Ce mouvement sortira-t-il plus instruit, plus puissant ? Pourra-t-il investir les lieux de décisions en redéfinissant le mandat de l’élu devant chaque problème ? » Dans le brouhaha politique d’aujourd’hui, répondre à ces questionnements cruciaux devient « mission impossible et charabia pour nombre d’entre eux ».
Pointant la disqualification de la liste nationale du fait de l’amateurisme des personnes chargées de l’établissement des listes des candidats de la coalition YAW, compte tenu de cette situation qui relève d’une injustice gratuite à l’endroit de ses militants, situation condamnée par de nombreux Sénégalais, Serigne Mansour Sy Djamil a décidé de démissionner de la coalition Yéwi Askan Wi, et de continuer la réflexion pour jouer pleinement le rôle que le peuple sénégalais, préoccupé d’avenir et de solutions pérennes, attend de lui et d’authentiques hommes politiques.
La philosophie des Assises nationales chevillée à ses engagements politiques
Déjà en 2008, répondant à l’appel des millions de Sénégalais, il avait adhéré à cette enthousiasmante mission populaire. Il avait appelé à « organiser à l’échelle du pays, un débat franc, ouvert et constructif sur les grands choix qui président à notre destin, débat sur les orientations stratégiques de notre développement, débat sur les Lois et règlements dont devrait se doter le Pays, débat sur la société dans laquelle nous vivons, comment la transformer conformément aux conditions objectives du Sénégal et compte tenu du caractère de notre époque ? Pour quel objectif ? Qui doit s’unir à qui et comment ? Quelle part de responsabilité revient aux forces du progrès ? Sur quelles valeurs, cette société doit-elle reposer ? »
Il précise aujourd’hui : « un régime est à l’agonie – dirait Montesquieu dans l’Esprit des Lois – quand on n’y entend plus le bruit d’aucun conflit, sinon celui pitoyable des petites ambitions et des grands appétits. »
Il appelait le pouvoir d’alors à une participation plus sereine, plus argumentée, plus assumée et plus consciente de son rôle de pouvoir public et de l’avantage qu’il peut tirer d’un échange fructueux avec des personnalités respectables et respectée, qui n’ont rien à prouver et dont le seul souci est, en participant aux Assises nationales, d’être encore une fois, utiles à leur pays. SMS questionnait et s’inquiétait alors en écrivant : « C’est la seule réponse qui convient à une situation où le sol de notre pays tremble et s’affaisse ; et ce qui commence à s’effondrer n’est rien moins que notre identité de sénégalais. Cette incertaine et fuyante identité d’une Nation qui se construit et qui hante notre désarroi devant l’insouciance d’une génération vidée d’intériorité, de dignité, dépourvue d’éthique, au cœur presque inhabité, engloutie corps et âme dans cette étrange descente aux abîmes qu’il convient de conjurer maintenant plus que jamais ».
Où est l’esprit du 23 Juin 2011 ?
Le 23 juin 2011 a marqué l’histoire de notre Sénégal, rebattu les cartes que les hommes et femmes politiques avaient habitude de manipuler et de distribuer, et bouleversé le sentiment et les engagements citoyens de nos compatriotes, leur faisant brutalement prendre conscience de leur si important pouvoir. Nous avons collectivement découvert que la démocratie était populaire, ce qui tout compte fait, a les allures rafraîchissantes d’un pléonasme. Les Sénégalais ont partagé la certitude que ce pays avait en son tréfonds des formidables capacités d’endurance, et avait encore envie d’espérer et de croire au combat du bien-être et du développement…et de la dignité. Les discours incantatoires, les propos populistes d’une opposition « y’a qu’à…faut qu’on » et la communication en 3D ne suffisent pas. Ce que le peuple a exigé le 23 juin n’a pas disparu. Il sait ce qu’il veut, le peuple. Les « Trains futuristes », les « projets hollywoodiens de Diamniadio en 3D », tout ça, il connaît, il sait que c’est possible, il le voit partout dans le monde à travers les tablettes et smartphones connectés. Il n’en rêve même plus. Le peuple, ce qu’il veut voir, c’est si ses épidermiques exigences de 2011, et qui s’appelaient rupture, dignité retrouvée, respect, humilité, combat pour éradiquer la pauvreté, besoins d’éducation, de formation et de rêves à vivre. L’Esprit est encore vivace et déterminé et il se tient encore incandescent au cœur des préoccupations des sénégalais qui souhaitent toujours que ces préoccupations soient aussi celles des hommes politiques que le 23 juin avait projetés, voire catapultés au sommet du pouvoir et dans les attelages brinquebalants d’opposants qui vrombissent à hue et à dia sur d’improbables comptes YouTube.
Où sont passés les hommes politiques de convictions et empathiques ?
Il arrive que l’on pense à des situations que les « moins de 40 ans ne peuvent pas connaître », et qui faisaient la part belle à un campus universitaire bouillonnant d’idées et d’énergies, avec des Bathily, des Savané, des Djibo Kâ, qui avaient un sens prométhéen de leurs engagements. Et c’est encore sous la plume de Serigne Mansour Sy Djamil que nous rencontrons des hommes qui ont donné à la politique sénégalaise ses lettres de noblesse et d’exemplarité à travers toute l’Afrique. Qui pourrait-être le « Sémou Pathé Guèye » de 2022 ? On croit rêver en lisant ces lignes sorties du témoignage posthume rendu à Sémou Pathé par SMS : « J’étais émerveillé par tant de grâce et subjugué par tant d’allure. C’est la première chose dont je me souviens, quand je l’ai rencontré et que nous sommes devenus amis, il y a 38 ans. Il était étincelant, il me donnait l’air de savoir tout sur tout, avait beaucoup lu et peut être beaucoup lu très tôt. Mais il avait en plus cette allure, ce panache, cette façon de ne croire les choses vraies, justes et belles que lorsqu’elles sont dites avec style, un attachement presque religieux à la syntaxe et au bien dire. Il détestait la bêtise et la médiocrité, mais adorait, par-dessus tout l’argument bien construit et bien présenté auquel il n’hésitait pas à adhérer. Pourtant il y avait de la colère chez Sémou. Il y avait de la révolte chez Sémou. Colère et révolte contre un Sénégal qui se couche, un Sénégal qui bégaie, où la parole, oublieuse d’elle-même, ment et ne reflète plus la réalité. Un Sénégal transformé en supermarché où tout s’achète et tout se vend, un Sénégal marqué par la transhumance des intellectuels, des politiques et des religieux, le Sénégal du mensonge, de la ’’déconnexion entre politique et éthique’’, comme il disait. Cependant, sa vie est l’illustration la plus éloquente de la résistance à la vénalité de certains Sénégalais et à l’idéologie de l’ascension sociale à n’importe quel prix. » On croit rêver… Un ange passe…
Bien des patriotes incarnent les mêmes valeurs. Et les plus illustres d’entre eux ne sont autres que Cheikh Anta Diop, Babacar Niang, Mamadou Dia, Charles Guéye, Moctar Diack, Abdoulaye Bathily, Dialo Diop Blondin, Ahmadou Moctar Mbow et bien d’autres. Je me reconnais à travers les valeurs de cette mouvance, son histoire, ses combats. Oui Serigne Mansour Sy Djamil assume cette histoire, sans avoir à faire un tri sélectif intellectuellement confortable mais moralement discutable. La jeunesse sénégalaise gagnerait, à une époque où éthique et politique semblent de plus en plus antinomiques, à revisiter cette histoire et ces valeurs et méditer l’exemple d’un homme – monument comme Sémou Pathé Guéye.
Comment redonner envie aux Sénégalais d’être dans le « temps du monde » et dans la véritable action politique qui libère et n’asservit point ? Doit-on se résoudre à penser que ces temps dont révolus ?
L’idée d’écarter Serigne Mansour Sy Djamil avec toute cette désinvolture, des pistes de réflexion qui feraient émerger le Sénégal, relève de l’étourderie et de l’absence de sens politique.
On a ce qu’on mérite.
par Abdourahmane Sarr
SOUTIEN À SONKO, OPA SUR YEWWI-WALLU
Soutenir Ousmane Sonko, c’est soutenir l’idée d’une alternative au statu quo, mais pas nécessairement le contenu actuel de l’alternative et son leadership. Wallu n’a pas de programme libéral différent de celui du pouvoir mais ne peut pas le rejoindre
Soutenir Ousmane Sonko, c’est soutenir l’idée d’une alternative au statu quo, mais pas nécessairement le contenu actuel de l’alternative et son leadership. De ce fait, tout en le soutenant, il faut une offre publique d’achat (OPA) sur Yewwi-Wallu qui est la coalition électoraliste compétitive dont le projet alternatif est à clarifier. Dans le jargon financier, une offre publique d’achat (OPA) est une démarche pour la reprise d’une société par une autre qui considère que la société convoitée a plus de valeur que sous la gestion actuelle d’un certain leadership et projet. L’OPA est amicale lorsque le leadership de la société convoitée accepte que sa valeur serait plus importante sous un autre projet. Elle est hostile lorsque la société qui convoite approche directement les actionnaires de la société convoitée pour racheter leurs actions sans l’accord du leadership actuel.
Dans notre champ politique partisan que nous avions souhaité bipolarisé, l’alternative électoralement compétitive face à l’hégémonie de la coalition du pouvoir et son projet du statu quo de dépendance de l'extérieur, c’est Yewwi-Wallu sous le leadership spécifique d’Ousmane Sonko. Ce dernier est soutenu par les militants d’un Sénégal souverain (ou actionnaires de l’idée) que nous souhaitons libéral, patriotique, et progressiste (Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp). Ce libéralisme patriotique et progressiste, un libéralisme de gauche, qui pour nous représente l’alternance doctrinale dont le Sénégal a besoin pour se développer, a été défini dans nos contributions intitulées «SENEXIT : Libéralisme Patriotique ou Socialisme ?» et «ECO et Libéralisme, Relever le défi d’Abdoulaye Wade». Malheureusement, depuis la précampagne, Yewwi a adopté une stratégie populiste et électoraliste qui peut marcher mais avec un projet collectiviste et socialisant depuis les élections locales. Nous avions appelé à clarifier ce projet dans notre contribution intitulée « Ousmane Sonko, dilemme entre Libéralisme et Collectivisme ».
Nous soutenons donc Yewwi-Wallu électoralement, mais recommandons une OPA amicale ou hostile sur le projet qu’il est censé représenter car il n’est pas encore libéral et Wallu n’a pas de programme libéral différent de celui du pouvoir mais ne peut pas le rejoindre. Accepter qu’Ousmane Sonko porte le leadership sur le plan électoraliste et populiste de l’alternative, et soutenir sa coalition aux législatives pour exprimer le désir de changement, n’exclut donc pas une OPA amicale ou hostile sur le projet de Yewwi-Wallu en direction de l’élection présidentielle de 2024.
De ce fait, tous ceux qui veulent une alternative au pouvoir devraient voter pour l’inter-coalition Yewwi-Wallu bien qu’il soit très probable que les libéraux votent la liste nationale Wallu dans les départements où Yewwi porte le drapeau. En effet, les libéraux risquent de voter leur liste nationale dans les départements où Yewwi porte la bannière à cause du dilemme bien connu du prisonnier auquel leurs électeurs avertis feront face. Le dilemme du prisonnier pour ceux qui ne sont pas familiers avec le concept est un problème rencontré par deux prisonniers complices d’un crime pour lequel la police n’a pas assez de preuves et qui faisant l’objet d’interrogatoires séparés décident de collaborer et ne pas avouer leur crime. Si l’un confesse et l’autre non, le premier est libéré et son complice écope d’une peine de 20 ans de prison. La même offre est faite à son complice. Si tous les deux confessent, ils se retrouvent avec 10 ans de prison chacun. Si aucun des deux ne confesse, ils écopent de 5 ans de prison chacun pour un crime de moindre importance au vu des preuves. La meilleure solution est la coopération, ne pas avouer, et prendre 5 ans. Cependant, l’un des prisonniers a un fort incitatif à avouer et se retrouver libre s’il pense que son complice va respecter leur accord en ne confessant pas le crime. Ceci est d’autant plus probable s’il n’y aura pas de représailles de ce dernier sous les barreaux pour 20 ans et que la situation ne se reproduira pas de sitôt. Au final, ils risquent tous les deux d’avouer leur crime.
Dans le cas de l’inter-coalition Yewwi-Wallu, les militants des deux coalitions ont donc intérêt à voter pour leur propre liste nationale là où leur coalition n’est pas tête de file pour maximiser leurs députés surtout si leur allié respecte l’engagement dans les départements qu’il ne dirige pas. Ils ont d’autant plus intérêt à voter leur propre liste nationale s’ils pensent que leur apport ne permettra pas à l’inter-coalition de remporter un département ou que l’allié peut l’emporter sans leur apport au vu des résultats des élections locales. En effet, la coalition au pouvoir a remporté la plupart des départements malgré les divisions dont le poids a été pesé et qui seront moindres aux législatives. Nous nous attendons donc à une victoire de la coalition du pouvoir d’autant plus que la question d’un troisième mandat du président Macky Sall n’est pas encore à l’ordre du jour. Il n’est également pas question de faire dans le populisme de gauche (promesse de réduire les prix ou de renégocier des contrats) ou le populisme de droite conservateur (promesse de criminaliser l’homosexualité dont la pratique ouverte est déjà réprimée par la loi). Il est question pour le Sénégal de poursuivre sa marche jusqu’à la présidentielle pour que le pays et les investisseurs privés nationaux et internationaux ne fassent pas du surplace plus tôt que prévu. Ceci d’autant plus que le président de la République peut reconduire les crédits budgétaires votés en 2022 pour les années 2023 et 2024 et que l’orientation budgétaire pluriannuelle est déjà approuvée. Il est donc surtout question de peser les oppositions au régime avant la présidentielle et de ce point de vue il s’agit principalement de peser Yewwi-Wallu.
Par ailleurs, nous avions noté qu’à la suite d’une victoire de la coalition au pouvoir, le président Macky Sall ou sa majorité pourrait appeler à un référendum avec une seule question : Est-ce que vous souhaiteriez que l’Assemblée que vous avez élue confirme un Premier ministre et un président de la République dans un nouveau régime politique ? Si la réponse est OUI, il pourrait ne pas y avoir de présidentielle au suffrage direct en 2024. Ce serait inacceptable car c’est notre régime présidentiel centralisé où le pouvoir distribue les privilèges et tient la bourse qui permet de gagner des locales et des législatives pour gouverner. Si la réponse est NON, comme elle devrait l’être au nom de l’exigence de respect de la parole donnée, Macky Sall pourrait néanmoins être candidat en 2024 bien que nous en doutions. Si sa candidature est éventuellement validée par le Conseil constitutionnel ou celles de ses dauphins potentiels, ces candidatures devraient avoir en face, non pas la rue principalement, mais un projet alternatif par rapport au bilan et des perspectives de co-construction de notre développement avec l’étranger. C’est le défi de Yewwi-Wallu.
De ce fait, et comme nous l’avons développé ailleurs, il n’est pas souhaitable que le leadership d’Ousmane Sonko soit contesté dans la coalition Yewwi-Wallu par une compétition électoraliste partisane à l’intérieur de cette inter-coalition ou à l’extérieur en direction de la présidentielle de 2024. Même avec les libertés de certains leaders recouvrées du fait d’une réforme du code électoral par le pouvoir ou du fait d’une cohabitation improbable, la priorité de cette inter-coalition, et de toute l’opposition partisane actuelle qui doit la rejoindre, doit être la définition d’un projet alternatif pour la liberté, le patriotisme, et le progrès. A défaut, cette opposition devra faire face à une OPA hostile de forces citoyennes non partisanes pour cette alternative.
Ce projet alternatif à ce que fait le pouvoir n’est actuellement pas représenté dans l’opposition où seul ARR Sénégal résiste encore à la bipolarisation du champ politique partisan. Cependant, AAR Sénégal que nous avions mis dans la catégorie qu’on a appelé les frustrés du pouvoir qui ont élu le pouvoir, était avec le pouvoir, ont un pied dans le pouvoir en la personne d’Idrissa Seck dont ils ont soutenu le projet à la présidentielle de 2019, n’a pas de projet alternatif. Dans la charte de leur contrat de législature figure l’objectif d’un rassemblement de l’opposition pour une alternative et un projet souverain de développement. Ceci après qu’ils se soient pesés sans adhérer à un projet de cette opposition au-delà du refus d’un troisième mandat hypothétique. AAR Sénégal, comme pour Yewwi-Wallu en campagne, n’a que des propositions de mesures de gestion dans le cadre du statu quo du paradigme du pouvoir : c’est-à-dire, le leadership d’état pour notre développement par des lois et règlements ainsi que des plans et options alternatives d’allocations de ressources budgétaires limitées d’un état qui n'a pas les moyens de sa politique y compris sociale. C’est le bilan du pouvoir, croissance et orientation sociale insoutenables par l’endettement extérieur et vulnérables aux chocs. Il n’est pas étonnant que ARR, comme certaines composantes de Yewwi-Wallu également anciens frustrés du pouvoir, aient soutenu le programme d’Idrissa Seck à la présidentielle de 2019 qui ne proposait pas une vision nouvelle. Ce dernier a été cohérent.
Aucune coalition n'a remis en question le système qui est la centralisation constitutionnelle de l'État et de ses plans au plus déconcentrés, ainsi que notre appartenance à une zone monétaire et ses conséquences sur nos possibilités de gestion et de financement de notre développement par un état dirigiste. Yewwi, par le biais de Pastef, ne s’en démarque que sur une seule proposition, l’autonomie monétaire qu’il n’a pas mentionnée en campagne alors que la nouvelle convention de coopération validée par le Parlement français sur notre future monnaie l’ÉCO attend sa ratification par les parlements des pays de l’UEMOA. Dans l’intérim, le FCFA tel qu’on l’a administrativement connu est mort, mais reste inchangé sur le plan pratique et notre pays dans l’UEMOA et la CEDEAO ne changera pas en conséquence quel que soit ce qu’offre l’opposition. Le régime monétaire est du domaine de la loi de même que les prérogatives des collectivités locales.
Nous reviendrons dans une autre contribution sur la nécessité d’un SENEXIT de l’UEMOA si nous voulons prendre notre destin en main avec un patriotisme économique véritable et un projet souverain de développement comme l’appelle AAR de ses vœux. Dans l’intérim, nous appelons à voter pour le leadership spécifique d’Ousmane Sonko et la coalition Yewwi-Wallu pour ce qu’elle pourrait être après les législatives avec un projet partisan de souveraineté nationale assumée mais ouverte sur le monde et progressiste. A défaut, une OPA citoyenne sera nécessaire.
Librement
Dr. Abdourahmane Sarr est président CEFDEL
Moom Sa Bopp Mënël Sa Bopp
LA JEUNESSE, L'AUTRE ENJEU DES LÉGISLATIVES
Emploi, vie chère, relance économique... les promesses s’adressent notamment aux jeunes qui représentent 75 % de la population selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie. Ils espèrent être la priorité de la prochaine législature
Au Sénégal, c’est la dernière ligne droite dans la campagne avant les élections législatives du 31 juillet. Les candidats parcourent le pays afin de convaincre les électeurs. Emploi, vie chère, relance économique... les promesses s’adressent notamment aux jeunes qui représentent 75 % de la population selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie. Ils espèrent être la priorité de la prochaine législature.
Ibrahima Diagne plie méticuleusement des jeans qu’il empile sur une table comportant plusieurs étagères. Installé clandestinement sur un trottoir, en face du rond-point Case Bi en banlieue de Dakar, il soigne la présentation de ses articles dans l’espoir d’attirer les passants. Dans un vacarme assourdissant et une atmosphère polluée par les pots d’échappement, le jeune homme, 20 ans, garde le sourire malgré tout. "Il m’arrive de rester deux à trois jours sans voir l'ombre d'un client, même un passant qui fait mine de s’intéresser à mes articles. Les temps sont durs."
Ibrahima, qui a arrêté ses études en classe de 3e au collège, n’a qu’un rêve : aider sa mère, assise juste en face de lui, de l’autre côté de la chaussée, pour vendre des sachets d’eau minérale à 50 francs CFA l’unité. Il espère que les futurs députés de l'Assemblée nationale porteront la voix des jeunes. "Nous sommes oubliés par l’État. On a de grandes difficultés à trouver un emploi stable et digne. Je n'ai rien d'autre à faire que vendre des jeans. J'espère que la prochaine Assemblée va nous aider."
La campagne pour les élections législatives au Sénégal s'est ouverte dans un climat de tensions politiques. La coalition au pouvoir Benno Bokk Yakaar, majoritaire à l’Assemblée nationale sortante, veut conserver son leadership afin de permettre au président du Sénégal, Macky Sall, de gouverner sereinement jusqu’à la prochaine présidentielle de 2024. Benno Bokk Yakaar mise sur la jeunesse pour atteindre ses objectifs, avec plus de jeunes investis sur les listes de candidats et un slogan largement diffusé sur des affiches électorales dans les rues de Dakar : "Benno mise sur la jeunesse."
Face à eux, se présente la grande coalition de l’opposition Yewwi Askan Wi, sous la houlette des principaux opposants Ousmane Sonko et Khalifa Sall. Néanmoins, les titulaires de leur liste, parmi lesquels les principaux leaders de la coalition, ont été recalés par le conseil constitutionnel pour non-respect de la règle de la parité. Yewwi Askan Wi s'engage ainsi dans ce scrutin amoindrie, avec une liste de suppléants.
Un peu plus loin, au rond-point Case Bi, Alassane Sarr, 22 ans, vient de garer sa moto. Ce conducteur de "tiak tiak" – un livreur et conducteur de taxi-moto en wolof – vient de terminer une livraison. Absorbé par son smartphone, il jette des regards furtifs aux passants en espérant être contacté pour une nouvelle course. Masque chirurgical sous le menton et lunettes transparentes sur la tête, il s’assure que des policiers ne rodent pas dans les parages.
"Il faut que les flics nous laissent tranquilles", demande-t-il. Les conducteurs de "tiak tiak" sont l’une des cibles favorites des agents de la circulation. Roulant souvent sans respecter le code de la route, ils sont régulièrement appréhendés, leur motos confisquées ou leurs revenus soutirés. "Oui, parfois c’est certes de notre faute, on circule sans papiers au complet ou sans casque, mais c’est parce qu’on n’a pas souvent le choix. Que les hommes politiques nous aident à mieux structurer notre métier et à assurer notre sécurité sur la route. Ils ne nous ont pas donné d’emplois. Qu’ils nous aident à protéger celui qui nous fait gagner notre vie. Ils sont élus pour nous", ajoute Alassane.
L'obsession de l’eldorado
En mars 2021, de violentes manifestations avaient éclaté après la convocation d'Ousmane Sonko, le principal opposant, arrivé troisième à la présidentielle de 2019, accusé de viol. Les jeunes étaient alors massivement sortis dans les rues pour réclamer sa libération mais aussi, et surtout, pour réclamer plus de justice sociale et d’emplois. Sévèrement réprimés, ces rassemblements avaient fait 13 morts selon le Mouvement de défense de la démocratie (M2D) et 14 morts selon Amnesty International.
En réponse, le président Macky Sall, dans une adresse exceptionnelle à la nation, avait promis la mise en place de projets au profit des jeunes et des femmes entre 2021 et 2023, pour un montant de 350 milliards de francs CFA (soit 534 millions d’euros).
Plusieurs projets ont par ailleurs été initiés ces dernières années pour insérer davantage les jeunes sur le marché de l'emploi. L'Agence nationale pour la promotion de l'emploi des jeunes (ANPEJ) et la Délégation à l’entreprenariat rapide (DER) sont parmi les structures les plus importantes mises en place pour atteindre cet objectif, avec des résultats mitigés. Le taux de chômage s'élevait à près de 25 % au Sénégal au 4e semestre 2021, selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie.
Ibrahima estime n’avoir pas encore vu les fruits de ces politiques. Casquette vissée sur la tête à l’image du rappeur américain 50 Cent, le jeune marchand commence à s’impatienter et a des envies d’ailleurs. "Si vous me voyez, vous remarquez que je suis habillé comme un Américain", plaisante t-il. Son projet est d’obtenir le visa pour les États-Unis. "Je pense sérieusement à quitter le Sénégal. S’il plaît à Dieu, j'irai aux États-Unis, faire fortune là-bas et aider ma maman."
Ce rêve, Ibrahima le partage avec Talla, qui se voit lui, en Europe, dès que possible. Le jeune homme de 25 ans a une licence en marketing et en management, mais n’a pas réussi à trouver de travail. "Cela fait un an que je parcours les offres d’emploi sur LinkedIn sans jamais réussir à avoir ne serait-ce qu’un retour par téléphone ou par mail d’un responsable des ressources humaines. Mes nombreuses demandes d’emploi sont restées sans suite. Dès que l'opportunité se présente je quitte ce pays."
Pour obtenir son billet pour la France ou l’Allemagne, il compte sur les paris sportifs. À la sortie d’une agence de paris à la Médina, un quartier populaire en plein centre de Dakar, il tient un ticket à la main. "Je rentre chez moi m’informer sur les matches qui auront lieu aujourd’hui. Je n’ai aucun espoir envers les hommes politiques. Je n’attends rien d’eux. Ils ont perdu toute ma confiance", précise-t-il avant de s’éclipser, espérant décrocher le jackpot et tenter sa chance sur le Vieux Continent.
Le chômage des femmes
Sous la passerelle de Ouest Foire, un quartier résidentiel de la capitale sénégalaise, une quinzaine de jeunes filles sont assises, stoïques, les yeux dans le vide. Elles se rassemblent ici tous les jours en attendant des offres d’emplois pour femmes de ménage. "Cela fait dix jours que je viens ici quotidiennement en espérant avoir du travail. Cela ne marche pas encore. J’attends toujours", raconte Aissatou, 23 ans.
Le chômage touche beaucoup plus les femmes au Sénégal, avec un taux de 35 % contre 13 % chez les hommes, selon la principale agence de statistiques sur la démographie.
"Nous les femmes, on n’est pas prises en compte par l’État. J’ai quitté mon village et j’espérais avoir des opportunités ici. Je suis désespérée, mais Dieu est grand", rajoute Oulimata, assise juste à côté. La jeune femme qui préfère taire son âge, a abandonné ses études aux portes du baccalauréat. Elle espère que les prochains députés au Parlement se soucieront d’elles. "J’interpelle surtout les femmes qui seront élues. Elles sont nombreuses vu qu’il y a la parité à l’Assemblée nationale. Qu’elles pensent à nous. Nous sommes fatiguées. On veut juste travailler dignement et aider nos familles", conclut Oulimata.
DU MATERIL ELECTORAL DEJA DEPLOYE A LINGUERE
Le département de Linguère a reçu tout le matériel destiné au scrutin des élections législatives du 31 juillet, a indiqué son préfet, Latyr Ndiaye.
Linguère, 27 juil (APS) – Le département de Linguère a reçu tout le matériel destiné au scrutin des élections législatives du 31 juillet, a indiqué son préfet, Latyr Ndiaye.
"On a reçu tout le matériel électoral pour les prochaines élections législatives au complet. Les sous-préfets ont déjà enlevé le matériel qui les concerne et on est à la phase de conditionnement pour les bureaux de vote. La mise en place sera faite entre vendredi et samedi", a-t-il précisé.
S’exprimant dans un entretien accordé à l’APS, le chef de l’exécutif départemental a signalé qu’après leur nomination, les membres des bureaux de vote ont tous été formés.
Il a précisé que la sécurité des bureaux de vote sera assurée par la police pour ce qui concerne la commune de Linguère. La gendarmerie sera déployée sur les autres chefs-lieux de commune et l’armée dans les lieux de vote restants, a-t-il ajouté.
Il a appelé les électeurs à aller retirer les cartes d’électeur qui sont en souffrance dans les commissions de distribution.
Le département de Linguère compte 350 bureaux de vote répartis dans 242 lieux de vote pour un total de 124.921 électeurs inscrits.
LA MEILLEURE MANIERE DE DEMANDER PARDON ETAIT DE REPONDRE A LA JUSTICE
Paul Sankara, frère cadet de Thomas Sankara a réagi à la lettre de demande de pardon de Blaise lue mardi, à Ouagadougou par une délégation du gouvernement ivoirien reçue par le président de la transition burkinabè le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo
Paul Sankara, frère cadet de Thomas Sankara a réagi à la lettre de demande de pardon de Blaise lue mardi, à Ouagadougou par une délégation du gouvernement ivoirien reçue par le président de la transition burkinabè, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba.
« Je crois que la meilleure manière de demander le pardon c’était de répondre à la convocation de la justice, voilà, il a été jugé par contumace ». Affirme-t-il.
De même, relève Paul Sankara : « En même temps, ce n’est pas une façon de dire que nous ne sommes pas pour le pardon, l’unité et la réconciliation. Non, loin s’en faut. C’est la manière, la forme, voilà ce qu’on y met au fond ». S’indigne-t-il.
Paul affirme qu’en envoyant un ministre ivoirien et sa propre fille le représenter, il y a plusieurs questions qui se posent à ce niveau à savoir si réellement Blaise Compaoré est lui-même l’initiateur de la lettre ? S’il est réellement au courant de la lettre ? avant d’ajouter ceci : « Et puis l’idéal aurait quand même été que, même à distance, il fasse une vidéo, ça aurait été plus acceptable ».
Pour finir le frère cadet du feu Sankara déclare ceci : « La question du pardon réside en une question fondamentale, qui a fait quoi à qui ? Parce que jusque-là, c’est des ouvrages, c’est des articles, c’est en 34 ans des films, des documentaires, et que sais-je encore qui ont été faits. Pourquoi nous parlons du triptyque, ce n’est pas un vain slogan « vérité, justice et réconciliation », ce sont les fondements que toute nation utilise et utilisera pour aller de l’avant ».
Pour rappel, Blaise Compaoré, ancien chef d’Etat burkinabé, absent au procès dans l’affaire Thomas Sankara, son prédécesseur assassiné le 15 octobre 1987, a été condamné à la perpétuité.
Quant à Mariam Sankara, l’épouse du défunt Sankara, elle se dit surprise par la demande de pardon de Blaise Compaoré au peuple burkinabè et à la famille de son « ami et frère » Thomas Sankara. "Sincèrement, je me demande si cette lettre vient de Blaise lui-même. Depuis 1987, il a eu l’occasion de demander pardon à maintes reprises. Mais il est resté impassible. Il aurait pu venir au procès reconnaître sa responsabilité et demander pardon mais il n’a rien fait", a-t-elle souligné avant de rappeler ceci : « Lors de son dernier séjour à Ouagadougou, début juillet, il aurait pu s’adresser aux Burkinabè mais non, il n’a rien fait ».
UNE DALLE S'EFFONDRE A LA MEDINA
Au Sénégal, la saison des pluies rime avec effondrements d’immeubles menaçant ruine. À la Médina, un drame vient de se produire.
Au Sénégal, la saison des pluies rime avec effondrements d’immeubles menaçant ruine. À la Médina, un drame vient de se produire.
Une personne de sexe féminin a perdu la vie dans l'effondrement d'une dalle dans une demeure se trouvant à la Rue 39X18 à la Médina. Le préfet, le maire de la Médina ainsi que les pompiers sont actuellement sur les lieux.
Aussi, 4 autres blessés ont aussi été dénombrés. Ils ont été transféré, de même que le corps sans vie, à l’hôpital Abass Ndao.
"Mon fils fait partie des blessés. Ma maman aussii. La victime avait presque échappé. Mais l’autre dalle s’est effondrée sur elle", a indiqué un des occupants de la demeure.
Les pompiers ont dissuadé les occupants de la demeure, à rester sur les lieux, puisqu’elle menace ruine. L'édile Bamba Fall a décidé de stopper sa campagne électorale.