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30 août 2025
AAR SÉNÉGAL PEUT-ELLE METTRE FIN À LA BIPOLARISATION BBY/YEWWI ?
Les analystes politiques que sont Moussa Diaw de l’UGB et les journalistes politologues Mamadou Albert Sy et Bakary Domingo Mané apportent leurs éclairages et tentent de répondre à cette question…
Le constat est sans appel ! Les deux grandes coalitions que sont Benno Bokk Yaakar et Yewwi Askan Wi ont une longueur d’avance sur les autres listes pour ces élections législatives. Cela se fait sentir depuis l’ouverture de la campagne. A l’instar des autres listes en lice pour le scrutin de dimanche prochain, la coalition Aar Sénégal participe à sa première élection. Elle peut espérer se retrouver avec quelques sièges à l’hémicycle pour la prochaine législature. Très souvent, la réalité du terrain et celle des urnes sont différentes. Car ce sont les électeurs qui ont le dernier mot. Selon des spécialistes, ces législatives devraient tout juste permettre à la coalition de l’ancien ministre de l’Energie, Thierno Alassane Sall de découvrir l’intérieur du pays et de se faire connaître par les Sénégalais. La coalition Wallu Sénégal, quant à elle, a tiré profit de l’alliance avec Yewwi Askan Wi… Alors Aar Sénégal peut-elle mettre fin à la bipolarisation BBY/Yewwi ? Les analystes politiques que sont Pr Moussa Diaw de l’UGB et les journalistes politologues Mamadou Albert Sy et Bakary Domingo Mané apportent leurs éclairages et tentent de répondre à cette question…
La campagne pour les élections législatives est lancée depuis deux semaines et doit s’achever vendredi à minuit. Majorité comme opposition continuent de draguer l’électorat. Fraichement créée, la coalition Aar Sénégal est composée de quelques leaders de la classe politique sénégalaise. Il s’agit de l’ancien ministre de l’Energie, Thierno Alassane Sall, des anciens Rewmistes Dr Abdourahmane Diouf et Thierno Bocoum, de l’ancien juge Ibrahima Hamidou Dème, des députés sortants ou anciens Mariam Soda et Cheikh Oumar Sy. Cette coalition participe pour la première fois à une élection. L’enseignant chercheur en sciences politiques à l’Université Gaston Berger de Saint Louis, M. Moussa Diaw, pense qu’il sera très difficile pour elle d’avoir assez de sièges à l’issue des législatives de dimanche prochain. Ce compte tenu de sa configuration sur le plan national où elle n’est pas très connue. En clair, d’après Moussa Diaw, il lui reste encore du chemin à faire pour avoir un ancrage national synonyme d’élus. « C’est une coalition qui participe à une élection. Elle peut avoir la chance de se retrouver, peut- être, avec un ou deux députés. Au niveau national, le mouvement n’est pas bien ancré. Ils l’ont créé récemment. Ils jouent donc sur l’image de leurs leaders. Thierno Boccoum est connu de par les responsabilités qu’il a assumées à Rewmi tandis que Thierno Alassane Sall doit sa notoriété au fait d’avoir été ministre. Il a claqué la porte de la majorité à la suite d’un désaccord portant sur la signature d’un contrat pétrolière avec Total. Aujourd’hui ils (Ndlr : Thierno Alassane Sall et Thierno Boccoum) se lancent dans ce mouvement en espérant convaincre les Sénégalais pour être élus députés. Ils pensent qu’ils représenteront de façon vraiment positive les Sénégalais qui leur feront confiance. Mais ce n’est pas encore gagné. Parce que, sur le plan national, ils ne sont pas très bien connus », soutient l’analyste politique.
PR MOUSSA DIAW : « Pourquoi les Sénégalais se désintéressent de la campagne »
Selon Pr Moussa Diaw, le désintérêt des Sénégalais pour la campagne électorale des législatives peut avoir un impact sur le scrutin de dimanche prochain en ce sens qu’il risque d’y avoir beaucoup d’abstentions. Ce qui, d’après lui, s’explique par l’image que l’opinion a des députés présentés comme des gens uniquement intéressés par leurs propres intérêts. « Quand on regarde bien les caravanes, on constate que les Sénégalais se désintéressent de cette campagne. Ce désintérêt risque de se traduire par une forte abstention pendant ces élections. Mais dans tous les cas, la liste Aar Sénégal est en compétition pour ces élections législatives. Elle joue sur l’image et la personnalité de ses leaders pour convaincre les Sénégalais. Les discours politiques se ressemblent. Ce sont des promesses pour conquérir le pouvoir. Elles consistent à dire que nous, on fera mieux que les autres. On représentera mieux les Sénégalais. Tout cela peut être classé dans le discours politique. La réalité est autre. Je disais tantôt que les Sénégalais ne sont pas accros à ces élections-là. Ils ne trouvent pas leur compte dedans. Parce que l’image qu’on donne des députés, c’est celle de gens qui défendent leurs propres intérêts en terme de représentativité, en termes de gains politiques. C’est ce qui fait que les populations ne s’intéressent pas vraiment à cette campagne électorale », insiste encore le Pr Diaw.
« Wallu sera gagnant dans l’inter-coalition avec Yewwi Askan Wi »
En ce qui concerne la coalition Wallu Sénégal, Pr Moussa Diaw souligne que son avantage est d’avoir noué une alliance avec Yewwi Askan Wi. Ce qui devrait la sauver. Le parti de Me Wade traversait des périodes sombres et est déserté par ses militants. Mais cette nouvelle alliance avec Yewwi sera un point gagnant pour elle afin d’obtenir un nombre important de députés. « Wallu a beaucoup découragé ses militants. Le père fondateur n’est pas là, son fils non plus. Ce qui fait que c’est un mouvement orphelin. Wallu peut être sauvé par cette alliance qui peut le booster et l’amener un peu plus loin par rapport à sa représentativité. Son avantage, c’est d’avoir accepté de nouer des relations de soutien réciproques avec Yewwi Askan wi qui pourraient l’aider à consolider sa position dans l’espace politique sénégalais », explique encore Pr Moussa Diaw.
« Le scrutin se jouera entre les deux grandes coalitions que sont Benno Bokk Yaakar et Yewwi Askan Wi »
L’un dans l’autre, l’enseignantchercheur en sciences politiques précise que l’enjeu de ces élections législatives se jouera autour d’un rapport de forces entre les deux grandes coalitions que sont Benno Bokk Yaakaar et l’inter-coalition Yewwi et Wallu au détriment des autres participants. Il reste persuadé que le combat se fera entre ces deux-là. « Il va y avoir ce rapport de force qui se jouera entre Yewwi et Benno Bokk Yaakar au détriment des petites coalitions qui sont nées. En tous cas, ça se jouera entre ces deux-là. On arrivera à un rapport de force difficile. Parce que la majorité cherche à conforter sa position. Tandis que l’objectif de l’opposition, c’est d’imposer une cohabitation après avoir obtenu une majorité à l’Assemblée nationale. Donc, l’enjeu c’est autour de ces deux coalitions. Les petites formations vont jouer leur partition minime », conclut l’enseignant chercheur en science politique à l’Université Gaston Berger de Saint-Louis, l’éminent politologue très pertinent et collaboratif, Pr Moussa Diaw.
MAMADOU SY ALBERT : « Aar Sénégal doit jouer sur la fin de la campagne pour gagner la confiance des Sénégalais »
Mamadou Sy Albert ne dit pas le contraire de ce que soutient Pr Diaw. Pour lui, la coalition Aar Sénégal a un problème de positionnement. Mais rien n’est encore joué. Elle a la possibilité de bien finir la campagne pour essayer de convaincre. D’autant plus que les Sénégalais n’ont pas encore tranché. Selon lui, le discours d’Aar Sénégal n’arrive pas à se positionner par rapport à celui des deux grands pôles. Or, depuis le démarrage de la campagne jusqu’à maintenant, la lutte se fait entre Benno et Yewwi. Aar Sénégal est au même niveau que les autres coalitions, notamment Bokk Guis Guis et Nantangué, dit-il. « Le problème de ces coalitions est le même que connait Aar Sénégal, qui est un problème de positionnement. Cette coalition a un bon profil. Elle a des leaders connus. Sur le plan capital humain, Aar Sénégal a un potentiel relativement important qui est valable aussi bien sur le plan technique que sur le plan politique. On ne sent pas une opposition tranchée comme celle qui caractérise Yewwi Askan Wi ou comme Wallu. Mais bon, cela dit, la campagne n’est pas encore terminée. Les électeurs n’ont pas encore réellement choisi en faveur de Benno ou de Yewwi Askan Wi. Les Sénégalais observent. Aaar Sénégal doit jouer sur la fin de la campagne. Si cette coalition arrive à finir très bien la campagne, les Sénégalais qui ne sont ni pour le pouvoir, ni pour l’opposition peuvent très bien voter pour elle », explique Mamadou Sy Albert. Poursuivant, il estime que « constituer la troisième voie est possible si Aar Sénégal réussit à avoir un discours qui puisse se distinguer de celui des deux grandes coalitions, à décliner son projet de pouvoir législatif, le fonctionnement de l’Assemblée. Il faut que ses leaders aillent chercher les électeurs indécis. Aar Sénégal va à l’aventure et n’a pas la certitude de pouvoir gagner un département. Donc, ses dirigeants misent sur le vote national. Ce vote national est éclaté entre la majorité représentée par Benno et l’opposition incarnée par Yewwi Askan Wi. C’est ça la difficulté de Aar Sénégal ».
BACARY DOMINGO MANÉ « Aar Sénégal doit travailler dans la durée… Elle peut ne pas faire de la figuration »
Les élections législatives constituent pour Aar Sénégal une occasion de se faire connaitre au plan national et de tenter de constituer une troisième force politique derrière Benno et Yewwi Askan Wi, selon le journaliste et politologue Bacary Domingo Mané. Autrement dit, la présente campagne électorale est une occasion pour Aar Sénégal de se présenter aux Sénégalais en perspective de ces législatives. Et, au-delà, en direction de futures échéances électorales. Bacary Domingo Mané pense que la coalition dirigée par l’ancien ministre Thierno Alassane Sall doit continuer à lutter dans la durée pour se faire une place dans l’espace politique national. « L’issue d’une élection n’est jamais claire, tant qu’on n’a pas commencé à décompter le nombre de bulletins dans les urnes. Pour le moment, on peut se fier simplement sur une chose en se disant : voilà les coalitions qui drainent du monde lors de leurs passages dans des localités. Aar Sénégal a adopté une stratégie électorale privilégiant le porte-à-porte. Cela peut s’avérer efficace pour elle. Dans tous les cas, cette coalition peut occuper la troisième position. Après la majorité, Yewwi et Wallu, c’est la seule coalition que je vois capable de faire quelque chose. Les autres sont inexistantes. La coalition Bokk Guis Guis fait de la figuration », analyse M. Bacary Domingo Mané. Qui rappelle tout de même que ce sont les Sénégalais qui vont en décider en dernier ressort. « Connaissant un peu la mentalité des Sénégalais, leur façon de voter, on peut s’attendre à ce qu’Aar Sénégal ne joue pas les trouble- fêtes. Parce qu’évidemment, le discours peut passer. Mais quand il s’agit de voter, peut-être que les Sénégalais voteront utile. En termes de base électorale, tout le monde sait que les dirigeants de cette coalition n’ont pas de base. C’est à eux de se construire dans la durée et d’envisager de participer aux prochaines élections » conclut Bacary Domingo Mané
BBY brandit les réalisations du président de la République, Macky Sall et Ousmane Sonko pourtant non-candidat à ces législatives, éclipse totalement l’ensemble des suppléants de la liste de l’inter coalition « Wallu-Yewwi Askan Wi »
Des élections législatives aux allures d’une présidentielle ! C’est ce à quoi on assiste au Sénégal dans la course à la députation dont le scrutin est prévu le 31 juillet prochain. Et pour cause, la campagne menée aussi par le camp du pouvoir que celui de l’opposition prouve à suffisance que ces élections constituent une présidentielle anticipée devant se tenir à moins de deux ans après les législatives. La tête de liste nationale de la coalition « Benno Bokk Yaakaar», Aminata Touré et compagnie brandissent les réalisations du président de la République, Macky Sall et Ousmane Sonko qui n’est pourtant pas candidat, éclipse totalement l’ensemble des suppléants de la liste de l’inter coalition « Wallu-Yewwi Askan Wi » qui vont aux élections. Quant au président du mouvement «Gueum Sa Bopp», Bougane Guèye Dani dont la liste a d’ailleurs été recalée pour ces élections législatives, il trouve pour autant les moyens de battre campagne contre une troisième candidature de Macky Sall. Last but not least, la coalition «Aar Sénégal» présenterait deux têtes de gondoles en la personne du président de la République des Valeurs, Thierno Alassane Sall et Dr Abdourahmane Diouf qui a porté sur les fonts baptismaux son parti dénommé «Awalé».
MACKY A LA RECHERCHE D’UN BOULEVARD
Fera-t-il un 3e mandat ou pas ? En tout cas, en moins de deux ans de la tenue de l’élection présidentielle, le président de la République Macky Sall fait le clair-obscur. En revanche, il a fini de faire le vide autour de lui ou presque, en «tuant» ou en «banalisant» toute tentative de dauphinat. C’est comme si on installait au sein de «Benno Bokk Yaakaar» le délit d’ambitions. Amadou Ba, tête de liste en 2017 lors des législatives, a été rétrogradé pour ces élections législatives derrière Aminata Touré qui elle aussi, après une errance entre Grand Yoff où elle a été battue par Khalifa Sall et envoyée à Kaolack pour se faire chasser par Mariama Sarr, s’est vue bombarder un poste taillée sur mesure d’envoyée spéciale du chef de l’Etat, avant d’atterrir au Conseil économique social et environnemental (CESE). La suite n’a pas heureuse par l’ancien Premier ministre qui sera remplacé par… Idrissa Seck. Une «suprême humiliation», avaient soutenu certains analystes. Nommé ministre des Affaires étrangères au lendemain de la Présidentielle de 2019, Amadou Ba a été renvoyé chez lui aux Parcelles assainies pour se livrer à une bataille savamment orchestrée face Moussa Sy. La banalisation des supposés dauphins se poursuivra avec Aly Ngouille Ndiaye, qui pensait être indéboulonnable au département de l’Intérieur. Que nenni ! Il a été renvoyé purement et simplement chez lui à Linguère. Mouhamadou Makhtar Cissé, lui aussi prendra un sacré coup à la SENELEC. Mahammed Boun Abdallah Dione, quant à lui, reste «confiné» au Palais présidentiel comme secrétaire général, pendant Aminata Tall est renvoyée à Diourbel. Les alliés sont phagocytés s’ils ne sont pas réduits à leur simple expression, se contentant d’un poste ministériel ou d’une Direction générale. Mais, au-delà de tous ces faits susmentionnés, le discours est clair dans cette campagne électorale pour les législatives du 31 juillet prochain. Les responsables de la coalition «Benno Bokk Yaakaar» ne font que vanter les réalisations du Chef de l’Etat partout où leur caravane passe, occultant totalement les questions essentielles concernant l’Assemblée nationale. Ils ne parlent pas des propositions lois, de ce qu’il faut faire pour contrôler l’action gouvernementale encore moins des moyens pour lutter contre l’absentéisme des députés. C’est pour ainsi dire que le Chef de l’Etat est visiblement à la recherche d’un boulevard. «Donner à Macky Sall une majorité» est le leitmotiv.
SONKO FAIT CAP SUR 2024
La présidentielle anticipée se constate aussi chez l’opposition. Le leader du parti Pastef/Les Patriotes, Ousmane Sonko qui n’est pourtant pas candidat à ces élections législatives, est en train de sillonner tout le pays avec les autres leaders de l’inter coalition «Yewwi-Wallu» pour battre campagne. S’attirant ainsi une liesse populaire partout où il passe, Ousmane Sonko va même jusqu’à éclipser totalement les suppléants de leur liste nationale qui vont aux élections. On peut donc dire que le maire de Ziguinchor est en train de tester sa popularité nationale en vue de l’élection présidentielle de 2024, allant même jusqu’au Fouta où il a rappelé ses origines «Haal Pulaar». En outre, les leaders de l’opposition veulent aussi avoir une majorité à l’Assemblée nationale pour pouvoir voter une loi d’amnistie devant remettre en selle Khalifa Sall et Karim Wade.
BOUGANE, LE REFUS DE L’OUBLI
Le leader du mouvement «Gueum Sa Bopp», Bougane Guèye Dani dont la liste a été rejetée pour défaut de parrainage pour ces législatives, ne veut pas s’écarter de la scène politique. Il a ainsi décidé de battre campagne pour dire non à une troisième candidature de Macky Sall. Sillonnant quelques localités du pays, Bougane Guèye Dani appelle à voter massivement contre la coalition « Benno Bokk Yaakaar ». Ce, en donnant dix raisons parmi lesquelles on peut citer : « Voter BBY, c’est cautionner la flambée des prix des denrées, la vie chère et l’augmentation programmée des prix du carburant ». « Voter BBY, c’est renforcer la loi antidémocratique sur le parrainage. C’est accepter une sélection et non des élections libres et transparentes ». Le leader du mouvement « Gueum Sa Bopp » veut donc maintenir le cap et rester dans la dynamique de la présidentielle de février 2024.
AAR, UNE COALITION A PLUSIEURS TETES
Réunis autour de la coalition «Aar Sénégal », l’ancien ministre Thierno Alassane de la République des Valeurs (RV), Dr Abdourahmane Diouf du parti « Awalé », l’ancien parlementaire Cheikh Oumar Sy, les députés Théodore Chérif Monteil et Marème Soda Ndiaye, le président du mouvement « AGIR », Thierno Bocoum, le juge Ibrahima Hamidou Dème, entre autres, veulent avoir un maximum de sièges à l’Assemblée nationale au soir du scrutin du 31 juillet prochain. Toutefois, l’on se pose la question à savoir quel sera leur engagement en 2024 ? Vont-ils se ranger derrière Thierno Alassane Sall leur tête de liste nationale pour ces législatives ou Dr Abdourahmane Diouf ? On attend de voir. En effet, lors des Locales de février dernier, le même scénario s’était produit. Les Législatives du 31 juillet s’apparentent elles aussi à des primaires ou à une présidentielle avant l’heure. C’est un véritable test grandeur nature.
«AVEC LA PARITÉ FIXE ENTRE LE CFA ET L’EURO, QUELQUES SOIENT LA SITUATION DE L’EURO LA PARITÉ NE CHANGE PAS»
Cheikh Ahmed Bamba Diagne, économiste et enseignant chercheur à l’Ucad se prononce sur les conséquences de la parité euro/dollar la zone CFA
L’économiste et enseignant-chercheur, Cheikh Ahmed Bamba Diagne, actuel directeur scientifique du Laboratoire d'analyse de recherche économique et monétaire (Larem) à l'Université Cheikh Anta Diop de Dakar, décortique dans cette interview accordée à Sud Quotidien les implications de la parité euro-dollar, notamment les effets positifs et négatifs dans la zone CFA.
Depuis le 12 juin dernier, l’Euro s’est déprécié face au dollar, entrainant une parité unitaire entre les deux devises. Quelles peuvent être des implications pour la zone CFA ?
On peut même dire que l’Euro s’est effondré par rapport au d o l l a r , une prem i è r e d e p u i s 20 ans. En pareille s i t u a t i o n , tout le monde va vendre son Euro pour le dollar. Alors sur le marché de changes c’est ce qu’on appelle une dépréciation. Le dollar serait apprécié et donc les investisseurs vont se débarrasser des autres monnaies au profit du dollar. C’est la loi de l’offre et de la demande, si tout le monde veut du dollar, il va devenir cher au détriment de l’Euro.
Qu’est ce qui le justifie ?
Il y a une panoplie de raisons qui justifient cette situation au nombre desquelles ; l’essoufflement de l’économie allemande depuis la covid19 ; les mesures prises par l’Union européenne pour sanctionner les Russes, alors que beaucoup de ces économies dépendent du pétrole et des produits alimentaires (à l’exemple du blé) de ce pays. S’y ajoute la loi du marché qui conditionne que lorsque l’offre diminue la demande augmente, les prix explosent et le pouvoir d’achat diminue. Il y a également les mesures de Donald Trump «American first» qui ont commencé à porter leurs fruits et le taux directeur de la réserve fédérale a été relevé de 75 points mi-juin pour arrêter l’inflation galopante, les nouveaux taux sont de 1,5% et 1,75%. Une hausse historique aussi de la Fed.
Quelle est l’implication de cette dépréciation sur l’Euro ?
Tout dépend de l’angle d’analyse. Mais, on peut retenir trois effets positifs et trois effets négatifs de la dépréciation. Pour les effets positifs : D’abord pour les effets positifs. On peut valablement noter que les augmentations des exportations vont devenir moins chères tout comme la baisse des importations vont devenir trop chères ; le climat des affaires va devenir attractif pour les IDE (Investisseurs Directs Étrangers) ; et les produits locaux vont être compétitifs. Quant aux effets négatifs, l’augmentation de l’inflation importée va entrainer une baisse du pouvoir d’achat ; une augmentation de la dette libellée en devises et hausse des taux obligataires sur le marché.
Quelles sont les conséquences dans l’espace CEDEAO ?
Les taux d’inflation dans la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (Cedeao) sont inquiétants. Si on prend les 4 grandes économies, on voit que le t a u x d ’ i n - f l a - t i o n d u Ghana pour le mois de juin est 29,8%, le taux d’inflation du Nigeria est 16%, le Sénégal et la Côte d’Ivoire sont entre 6 et 6,5% (zone CFA). On attaque le CFA que dans les périodes de stabilité, mais en cas de crise, tout le monde se tait, parce que le CFA offre, au moins, trois fois plus de sécurité que les autres monnaies de l’espace.
Quelles sont les raisons de cette inflation faible de la zone UEMOA par rapport aux autres ?
On a beau l’insulté, mais la zone CFA est une zone de confort, qui a sécurisé presque plus de 60% de ses échanges avec le reste du monde. Comme, il y a une parité fixe entre le CFA et l’Euro, quelques soient la situation de l’Euro la parité ne change pas. En plus l’échange entre pays de la zone CFA tourne autour de 15%. Donc, il y a un flottement de 30 à 40% de ses échanges commerciaux, mais le reste demeure stable. Même si il faut noter qu’un taux d’inflation de 6% est très élevé pour le Sénégal. Mais c’est dû aussi à la guerre Russo-Ukrainienne, le baril du pétrole libellé en dollar (une monnaie qui coûte chère, ces temps-ci), les effets retardés de la COVID-19, mais aussi et surtout notre dépendance alimentaire. Il y a des commerçants qui profitent de la situation de la rareté de certains produits pour augmenter les prix. Aujourd’hui, nos autorités doivent utiliser des modèles d’alertes précoces pour substituer rapidement certains produits achetés en zone Dollar vers la zone Euro ou CFA, on doit développer une intelligence stratégique.
Comment faire pour maitriser l’inflation ?
Ça ne dépend pas de nous, pour ne pas dire que ce n’est pas possible, nous sommes dans une économie mondialisé, donc nous dépendons de la production des autres en cas de crise nous ressentons les conséquences. Maintenant, l’objectif est de diminuer notre exposition surtout sur les produits alimentaire. L’État doit investir sur la sécurité alimentaire car, ce monde d’aujourd’hui peut aller dans tous les sens à n’importe quel moment, les économies en développement doivent diminuer les investissements sur les grandes infrastructures au profit de l’auto-suffisance alimentaire.
«LE SÉNÉGAL A LA PARTICULARITÉ JUSQU’ICI DE NE PAS ÊTRE UNE VICTIME DIRECTE DE L’EXTRÉMISME VIOLENT, MAIS ÇA NE VEUT PAS DIRE QU’IL N’EXISTE PAS»
Général Mamadou Mansour Seck, trouve que la menace terroriste est réelle, même si notre pays n’est pas encore confrontée aux attaques des bandes armées
Le président du Conseil d’administration du Centre des hautes études de défense et de sécurité (Cheds), Général Mamadou Mansour Seck, trouve que la menace terroriste est réelle, même si notre pays n’est pas encore confrontée aux attaques des bandes armées ; d’où la nécessité de développer des actions préventives. Il s’exprimait hier, mardi 26 juillet, à l’ouverture d’une série de rencontres sur la sécurité, organisée par sa structure.
Le Centre des hautes études de défense et de sécurité (Cheds) et le Centre d’études stratégiques de l’Afrique de l’Ouest des Etats-Unis, ont entamé depuis hier, mardi 26 juillet 2022, une série de rencontres en vue de trouver de meilleures stratégies pour lutter contre l’extrémisme violent. A cette occasion, le président du Conseil d’administration du Cheds, Général Mamadou Mansour Seck, a alerté sur la menace terroriste. «Ce qui s’est passé au Mali, avec le risque de terrorisme venant du Nord pour prendre Bamako, nous concerne. Le Sénégal a la particularité jusqu’ici de ne pas être une victime directe de l’extrémisme violent, mais ça ne veut pas dire qu’il n’existe pas».
Le Général Seck trouve aussi que les bandes armées opèrent de façon non conventionnelle et démontrent ainsi une difficulté de les combattre. Mamadou Mansour Seck insiste sur la menace qui pourrait venir de la mer. «Nous sommes un pays côtier et nous risquons quelque chose. Nous devons veiller et être en alerte permanent». Le directeur du Cheds, Général Mbaye Cissé, a trouvé, quant à lui, que «la lutte contre l’extrémisme violent est inséparable de celle de l’Etat de droit».
Et, a-t-il ajouté, «parmi les facteurs de radicalisation souvent identifiés figure en bonne place la posture des Forces de défenses et de sécurité». Ces dernières, a-t-il relevé, «ont un rôle crucial à jouer dans la préservation des standards compatibles avec le respect des droits de l’homme» ; d’où l’impérieuse nécessité a-t-il jugé, «de leur professionnalisation, sans laquelle toutes les formes d’exactions sont possibles».
A signaler que le Centre d’études stratégiques de l’Afrique est un organisme du Département de la Défense des États-Unis, créé et financé par le Congrès américain, pour l’étude des problèmes de sécurité se rapportant à l’Afrique et sert de forum de recherche bilatérale et multilatérale, de communications, d’échanges d’idées et de formations ouvert aux civils comme aux militaires.
L’EGYPTE REJOINT LE SÉNÉGAL ET INTERPELLE LA CAF !
L’idée de reprogrammer les prochaines journées des éliminatoires de la CAN 2024 fait son chemin.
L’idée de reprogrammer les prochaines journées des éliminatoires de la CAN 2024 fait son chemin. Après le sélectionneur, Aliou Cissé qui avait réclamé un décalage pour préparer le mondial Qatari en novembre prochain, l’Egypte vient d’en faire la demande. A travers un courrier à la Confédération africaine de football (CAF), elle est favorable à un réaménagement du calendrier surtout après le report de la CAN de 2023 en 2024 pour des raisons climatiques.
Le report de la CAN 2023, initialement prévue du 23 juin au 23 juillet 2023 en Côte d’Ivoire, au mois de 2024 pour raisons climatiques semble remporter l’adhésion de nombres d’équipes africaines. Après le sélectionneur du Sénégal, Aliou Cissé, qui avait réclamé un réaménagement du calendrier des matches qualificatifs de la CAN-2023, c’est autour de l’Egypte d’interpeller la Confédération africaine de football.
Selon le calendrier de la Confédération africaine de football (CAF), les deux journées de qualification sont programmées en septembre et les deux dernières en mars 2023. A travers un courrier envoyé à l’instance africaine, la Fédération égyptienne (EFA) veut être fixée sur le sort de sa double confrontation face au Malawi et attend une réponse à sa requête. Pour aider les équipes qualifiées au Mondial à d'organiser des matches amicaux en vue de la Coupe du monde 2022 qui s’approche à grands pas (21 novembre-18 décembre), le sélectionneur Aliou Cissé avait demandé le report des éliminatoires de la CAN.
Le Sénégal, vainqueur de sa première CAN en février, est qualifié pour le Mondial au même titre que le Cameroun, le Ghana, le Maroc et la Tunisie. "Sinon on ne se préparera pas comme il se doit. C'est à la CAF (Confédération africaine de football) d'agir. Je pense qu'on peut trouver une solution pour décaler les éliminatoires prévus en septembre", avait-il préconisé au lendemain du match Rwanda-Sénégal (0-1) au stade Abdoulaye Wade. En attendant la réponse très attendue de la CAF.
Jürgen Klopp est revenu sur le départ de Sadio, Mané. Dans un entretien accordé à Anfield Watch et rapporté par goal.com, le manager Liverpool, affirme avoir aimé la façon dont le nouveau sociétaire du Bayern de Munich s’y est pris pour quitter les Reds. Le technicien allemand estime également que l’international Sénégalais va manquer Liverpool du point de vue sportif. Il ajoutera qu’avec les qualités athlétiques qu’il a, Sadio Mané peut jouer jusqu'à 38 ou 39 ans.
Jürgen Klopp, le manager de Liverpool, a aimé la façon dont Sadio Mané s’y est pris pour quitter les Reds en indiquant que le processus de vente de l’attaquant sénégalais était idéal. Le manager allemand a révélé que le Sénégalais a informé le club de son désir de relever un nouveau défi. Il estime que c’était suffisamment tôt pour que Liverpool puisse cibler un remplaçant et conclure un transfert de 75 millions d’euros pour Darwin Nunez de Benfica.
"Sadio et son agent m’ont dit qu’ils étaient à la recherche d'un nouveau défi. Et si cela se produit assez tôt, comme dans ce cas, et si cela se produit de la bonne manière et que le joueur et l'agent travaillent, et que le nouveau club où il veut aller est prêt pour les négociations, alors cela se passe très bien", déclare le manager des Reds. Klopp est convaincu qu’au vu de ses qualités athlétiques, le double Ballon d’Or africain peut jouer jusqu’à ses 38 ou 39 ans. «Quand c’est comme ça, vous dites 'merci' avec le plus grand respect qui soit, je ne pourrais pas avoir plus de respect pour Sadio, quel joueur il est et je lui souhaite le meilleur. Il va encore jouer pendant de longues années. Il peut jouer jusqu'à 38 ou 39 ans avec les qualités athlétiques qu’il y a, c'est absolument fou. Le Bayern a un très bon joueur mais nous l'avons eu pendant six ans, donc c'est bien."
«IL VA NOUS MANQUER D'UN POINT DE VUE SPORTIF»
Au micro de Viaplay Fotball, Klopp a poursuivi en indiquant qu’il serait bien que tous les transferts se déroulent ainsi : "Cela montre que ce genre de transferts peut fonctionner comme ça. Nous voudrons l'utiliser à l'avenir comme un exemple, c'est tout à fait normal que parfois dans les relations il y ait des changements nécessaires. Dans ce cas, Sadio le voulait, nous avons réagi et maintenant nous essayons tous les deux d'en tirer le meilleur parti. Je suis vraiment satisfait de la situation. Il va nous manquer d'un point de vue sportif et aussi en tant que personne. Mais je vais bien parce que c'est la vie », a conclu l’Allemand sur goal.com.
Par Alpha Amadou SY
LE PÔLE OPPOSITIONNEL ET SES ENJEUX DANS LE JEU DÉMOCRATIQUE
Les deux alternances politiques de 2000 et de 2012, ajoutées à l’exceptionnelle reconquête de la souveraineté du 23 juin 2011, faisaient dire aux plus optimistes que le Sénégal n’avait désormais rien à envier aux « plus grandes démocraties »
Dans une de ses chroniques qui font date, Mame Less Camara faisait observer que, à l’instar du sapin de Noël qui avait du mal à prendre racine sur le sol africain, le projet démocratique était confronté à de sérieuses difficultés pour son ancrage dans le continent.
Pourtant, les deux alternances politiques de 2000 et de 2012, ajoutées à l’exceptionnelle reconquête de la souveraineté du 23 juin 2011, faisaient dire aux plus optimistes que le Sénégal n’avait désormais rien à envier aux « plus grandes démocraties ». Mais, la trajectoire, prise par le cours politique depuis cette dernière décennie, invite à plus de circonspection dans l’appréciation de l’expérience démocratique de ce pays.
Les controverses sur la durée du premier mandat du Président Macky Sall, 5 ou 7 ans, la polémique au sujet de la nécessité de procéder à une nouvelle révision constitutionnelle et, surtout, les frustrations nées de l’instauration du parrainage, grippent aujourd'hui le système démocratique sénégalais. Et cet état grippal est fortement aggravé par le traumatisme résultant du troisième mandat, comme il ressort de notre article sur ce sujet, et auquel nous renvoyons le lecteur. Dans ce contexte, Le Sénégal qui a gagné les batailles politiques pour l’identification de l’électeur, pour l’usage de l'isoloir et de l’encre indélébile et pour une grande transparence du scrutin grâce au concours précieux de la presse, peine à guérir, pour de bon, des maladies infantiles de la démocratie. Pour preuve, en lieu et place des enrichissantes confrontations programmatiques auxquelles les Sénégalais étaient en droit de s’attendre, prévalent des préoccupations spécifiques aux moments les plus faibles du processus démocratique.
Ainsi, dés l’entame du processus électoral, les deux coalitions les plus médiatisées, à savoir BBY et YWA rivalisèrent de maladresses dans la confection de leurs listes électorales. La disqualification, fortement probable, des deux listes aurait créé une situation sans précèdent dans le monde : des législatives sans les candidats ni de la mouvance présidentielle ni de ceux de la coalition supposée majoritaire. Le Conseil constitutionnel, héritier du bien singulier dossier, trouva les moyens de couper la poire en deux ! Ce verdict, loin de calmer les esprits, fit monter d’un cran l’adrénaline dans le landerneau politique. Même la décision de YAW de réintégrer, pour ainsi dire, la « normalité républicaine », n’a pas mis un terme au scepticisme des observateurs avertis quant à la possibilité de voir les législatives se tenir selon les règles de l’art. Et, comme si la déraison politicienne s’emparait de quelques sénégalais des zones furent déclarées « titre foncier » avec comme corollaire la déclaration ouverte des militants adverses persona non grata. Dès lors, au sein même de la Res-publica, la chose publique, la privation d’un espace trouva son répondant dans la sommation faite à tout opposant de ne pas s’aventurer à y exercer son droit à faire élire et à se faire élire !
La violence verbale, se joignant aux nombreux incidents occasionnés par les télescopages des différentes caravanes dans plusieurs localités du pays, installa une atmosphère délétère. Pour s’en convaincre, il suffit de réaliser comment les journalistes se retrouvent dans la délicate situation de courir pratiquement les mêmes risques en couvrant les manifestations non autorisées de l’opposition qu’en rendant compte des étapes de la campagne électorale.
Édifiant aussi, à ce sujet, est ce rituel, largement partagé, consistant à solliciter la prière des hommes de Dieu pour un scrutin apaisé comme si le Sénégal en était à sa première expérience électorale. Cette tension est en vérité l’ultime consécration de cette dernière décennie durant laquelle le dialogue de fond, consubstantiel au projet démocratique, a été pratiquement inexistant. Certes, il a été parfois question de dialogue politique, de concertations nationales, mais ces initiatives ont eu une portée fort mitigée car prisonnières de ce réductionnisme consistant à limiter le pluralisme au multipartisme.
Du coup, ont été essentiellement conviés à ces assises les acteurs politiques en laissant en rade les différents protagonistes du développement social et économique Pire, la finalité de ces concertations a été souvent d’offrir l’opportunité à certaines figures politiques bien ciblées de regagner l’espace du pouvoir. Ce faisant, la majorité présidentielle se renforce, tout en affaiblissant l’opposition politique. Cette stratégie de neutralisation, poussée dans ses ultimes conséquences, débouche sur une logique de l’anéantissement forcément préjudiciable au jeu démocratique dont l’ossature est délestée du pôle oppositionnel Au demeurant, si l’opposition a tant souffert de cette pernicieuse stratégie de la mouvance présidentielle, qui a beaucoup emprunté à la culture du parti unique, c’est qu’elle subit les contrecoups de sa gestion désastreuse de l’alternance politique du 19 mars 2000.
Mamadou Abdoulaye Ndiaye et moi avions considéré, dans notre ouvrage Les conquêtes de la citoyenneté, que la pérennisation du Gouvernement des partis du FAL était préjudiciable à la démocratisation dont elle fragilise le pôle oppositionnel, une dimension intrinsèque de l’espace démocratique. Notre avis était que, suite au triomphe de l’alternance politique, tous les partis impliqués dans cette lutte, n’étant pas unis par le même destin, devraient prendre des orientations différentes. Partant, les formations de CA 2000, qui avaient investi Me Wade, pouvaient gouverner avec lui, tandis que les autres partis, au nombre desquels figurent l’AFP, URD/FAL, auraient dû surseoir à leur participation au Gouvernement. Du coup, ils auraient marqué leur différence primitive de la campagne électorale et se mettraient dans les conditions de constituer un puissant contrepoids pour mieux réguler le jeu démocratique. Cette démarche n’était pas seulement porteuse d’éthique républicaine. Elle faisait surtout figure de pari sur l’avenir, en échappant à la contingence de la victoire.
Mais, cette utopie positive resta sans écho. On lui préféra un pragmatisme d’un autre âge avec comme slogan : « Nous avons gagné ensemble nous gouvernerons ensemble ! » La suite, on la connait : les formations politiques, qui avaient engagé avec Me Wade la lutte pour l’alternance politique, furent tour à tour pourchassées de l’espace présidentiel. Dans l’opposition, il ne restait presque plus que le Parti socialiste. Or, cette organisation, quoique comptant des identiques remarquables, était largement disqualifiée du fait de ses responsabilités très fraiches sur l’état du Sénégal à la veille de l’alternance politique. La preuve la plus patente de cette pulvérisation par les libéraux du pôle oppositionnel est que, en 2007 comme en 2012, les principaux concurrents de Me Wade ne sont autres que ses poulains « les plus gradés », respectivement Idrissa Seck et Macky Sall. Ce musèlement de l’opposition politique a trouvé son corollaire dans la promotion tous azimuts de la transhumance. Ce mode de mobilité des acteurs politiques est à son tour solidaire d’une certaine forme de griotisme qui reconvertit le Président de la République en Prince.
Ainsi, toute parole critique est considérée comme outrage au premier magistrat, comme crime de lèse-majesté. Or, le pôle opposition, en se prévalant de la vertu de la parole critique, renforce les contrepouvoirs en l’absence desquels la dérive autoritariste, intrinsèque à tout pouvoir, fait des ravages. Son rôle est de servir de réceptacle à la contestation, afin de faire circuler l’ordre républicain. L’ostracisme multiforme envers l’opposition contribue à faire les beaux jours des insulteurs publics dont la montée en puissance est garantie par l’éclosion des réseaux sociaux. C’est pourquoi, là où la parole critique cesse d’avoir droit de cité, grand est le risque de voir s’y exprimer la violence dans ses formes les plus abjectes.
Sous cet éclairage, l’opposition politique n’est pas à diaboliser. Elle n’est même pas à tolérer, mais à respecter, en vertu du statut que lui confère la Loi fondamentale. Inversement, il lui revient, en dehors de toute surenchère, de jouer son rôle dans la gestion pleine et entière de la Cité. Partant, il lui incombe de contribuer aux progrès social et économique dans le double axe de la lutte pour l’amélioration des conditions de vie des Sénégalais et de l’approfondissement de la démocratie.
Mais, de manière beaucoup plus générale, la réalisation du projet démocratique suppose que majorité et opposition soient édifiées sur ses exigences. Au nombre de celles-ci figure, en bonne place, la quête des connaissances et la nécessaire diffusion, sur de vastes échelles, des savoirs. S’y ajoute l’éducation civique par laquelle le citoyen se donne les moyens intellectuels de participer, en fonction de ses compétences et de ses convenances, à la vie de la Cité. Le scrutin de ce 31 juillet se tiendra-t-il selon les règles de l’art ?
Les forces politiques coalisées de l’opposition parviendront-elles à réaliser cette prouesse sans précèdent : obliger la mouvance présidentielle à faire l’expérience de la cohabitation ? Les députés, nouvellement élus, de l’opposition tout comme de la majorité, sauront-ils faire montre davantage de principe que d’appétit pour s’évertuer à amorcer, enfin, les grandes mutations auxquelles s’attendent les citoyens ? Feront-ils suffisamment d’effort pour s’extirper des logiques électoralistes, en vue de contribuer à résoudre les questions essentielles qui agitent quotidiennement le peuple qui souffre ?
De la réponse à ces interrogations dépendra, en partie, la trajectoire que va emprunter le cours politique d’ici à la présidentielle de 2024.
KEEMTAAN GI - PROSTITUTION POLITIQUE
Comme ils peuvent paraitre versatiles ! Défendre aujourd’hui une chose avec conviction et professer le contraire le lendemain. Critiquer une personne, exposer ses supposées tares et la parer de toutes les vertus en un battement de cils. Une girouette. Ainsi nous parait être l’homme politique de ce charmant pays. Ce qui explique certainement le mépris des politiciens par d’importantes franges de la société. Avec cette vague de ralliements q-au pouvoir de gens qui étaient il y a quelques heures encore dans l’opposition, l’on peut avoir toutes les raisons de se détourner des hommes politiques. Ils ne se différencient en rien des prostituées qui tapinent au coin des rues, offrant leurs charmes à ceux qui en payent le prix. Il est temps de mettre de l’ordre à cette vile pratique de nos hommes et femmes politiques. Car, à ce rythme, ce n’est même plus de la transhumance, mais de la prostitution tout court. Puisque ces messieurs et dames discutent du prix de leur trahison. On assiste à des pratiques aux antipodes de l’éthique. Et le plus révoltant est de voir celui qui devrait être le garant, voire l’incarnation, de cette éthique favoriser ces pratiques nauséabondes. Il encourage des antivaleurs que l’on doit éloigner de notre belle jeunesse. On se plaint des comportements de certains jeunes Sénégalais mais, en réalité, ils ont de qui tenir. Les actes que ces jeunes posent sont à chercher dans le comportement de ceux qui devraient les inspirer et qui viennent fouler aux pieds l’éthique. Voir des jeunes déclamer dans la caravane d’un opposant qu’ils n’ont pas été achetés mais militent pour un idéal est la meilleure réponse qui soit à ceux-là qui vendent leur âme pour quelques millions, une voiture et, parfois, un strapontin. Cet acte d’engagement de ces jeunes doit interpeller ceux qui s’adonnent à la prostitution politique afin qu’ils revoient leurs façons de faire. C’est-à-dire qu’ils cessent ces actes qui ne participent guère à l’approfondissement de la démocratie, mais à l’affaiblir. KACCOOR BI (LE TEMOIN)
LEGISLATIVES BÈS DOU ÑAKK DE MANSOUR SY DJAMIL VA SOUTENIR BBY
Tout le monde s’y attendait et c’est maintenant officiel. Le parti Bès Du Ñakk a décidé de soutenir la coalition Benno Bokk Yaakaar aux législatives de ce 31 juillet 2022. Dans un communiqué de presse, ce parti dit rappeler la pertinence de sa décision de se retirer de la Coalition Yéwi Askan Wi (YAW), « à la suite des manquements et violations des règles de fonctionnement démocratique par certains leaders de ladite coalition ». En réalité, c’est l’investiture de son leader, Serigne Mansour Sy Djamil, à une position jugée non éligible sur la liste de Yewwi Askan Wi, qui a conduit ce parti à claquer la porte de cette coalition et à se rallier à Benno Bokk Yaakar qu’elle combattait il y a quelques semaines encore. Thiey la politique au Sénégal ! Le Directoire national de Bès Dou Ñakk appelle tous les militants et sympathisants à se mobiliser pour voter massivement pour la coalition BBY lors des élections législatives du 31 juillet 2022. « Nonobstant cela, Bès Dou Ñakk reste ferme sur les fondements de la démocratie et le respect des valeurs universelles de notre société. Bès Dou Ñakk n’est pas dans la mouvance présidentielle, encore moins dans une opposition qui cherche son chemin » écrit encore ce parti dans son communiqué. Cause toujours !
MIMI ET SONkO
Mimi Touré a pensé mettre sur la table des préalables pour répondre à la demande de débat politique que lui a faite Ousmane Sonko. L’ancien Premier ministre a posé des conditions majeures comme la renonciation par le leader de Pastef à toute forme de violence et la ferme condamnation des injures et insultes publiques proférées contre des autorités religieuses et étatiques du pays. Elle exige aussi qu’il se sépare des auteurs de ces injures. Deuxième exigence, qu’Ousmane Sonko dénonce publiquement le MFDC et qu’il demande aux combattants du mouvement de déposer les armes sans conditions. Qu’il soutienne publiquement notre armée nationale et qu’il reconnaisse que la Casamance est unie et indivisible et que les populations sont toutes des Sénégalaises. Troisième conditionnalité, qu’Ousmane Sonko déclare qu’il respecte les institutions de ce pays et qu’il s’engage à arrêter de les dénigrer et insulter. Dernière condition posée par Mimi : « puisque je soutiens les femmes et les couches démunies, je l’invite à prouver qu’il n’est nullement lié à ce qui lui est reproché (affaire Adji Sarr)». Aminata Touré sait pertinemment qu’elle n’obtiendra pas de réponses de Sonko à ces préalables. Selon les mauvaises langues, ce serait là tout simplement une manière pour l’ancien Premier ministre d’esquiver le débat voire de le fuir.
MIMI ET SONkO (BIS)
Seulement, il est évident que Mimi Touré a raté la réponse à apporter à Ousmane Sonko. La tête de liste de Benno Bokk Yaakar pouvait se réfugier tout simplement derrière le fait que Ousmane Sonko n’est pas son alter égo dans cette campagne puisqu’il n’est pas tête de liste et n’est pas un candidat. Si la demande émanait de Thierno Alassane Sall de AAR Sénégal, ou de Me Wade de la Grande coalition Wallu, de Sheikh Alassane Sene de la coalition Naatangue Askan Wi, de Oumar Sy de la coalition Yewwi Askanwi…toute réponse de Mimi Touré aurait été acceptée. Mais en adoptant une telle posture, la tête de liste nationale de la coalition présidentielle donne encore du relief à la posture de Ousmane Sonko, alors que la meilleure démarche, c’était de l’ignorer totalement. Cela dit, il reste qu’à quelque trois jours de la fin de la campagne, la tête de liste de BBY est créditée d’une bonne campagne. Mimi Touré a presque réalisé un parcours sans faute puisque partout elle a su adapter son discours au contexte local en mettant en avant les réalisations du président Macky Sall et surtout en faisant entrevoir de brillantes perspectives. Partout, elle a appelé les électeurs de son camp et les Sénégalais à donner une majorité à l’Assemblée nationale au président Macky Sall pour que ce dernier puisse continuer à inonder de réalisations le pays. Oui, franchement, Mimi a fait une bonne campagne et s’est comportée comme un général. La seule chose qu’on puisse lui reprocher c’est de s’être débinée devant Sonko mais, que voulez-vous, nul n’est parfait !
LEGISLATIVES AMINATA MBENGUE NDIAYE ET LE PS RASSURENT
Macky A trois jours du scrutin du 31 juillet, le Parti socialiste cherche à rassurer Macky Sall de sa loyauté. « Depuis le 10 juillet 2022, le Parti socialiste s’est partout engagé, au sein de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar, dans la campagne électorale, pour les élections législatives du 31 juillet 2022, à travers ses structures nationales et ses démembrements de la diaspora » indiquent les camarades de Mme Aminata Mbengue Ndiaye dans un communiqué. Poursuivant, ils informent qu’ « à moins d’une semaine du scrutin, le Parti socialiste tient à réaffirmer son ancrage au sein de la coalition Bennoo Bokk Yaakaar. Aussi, appelle-t-il tous ses responsables, militants et sympathisants, au Sénégal et dans la diaspora, à poursuivre la campagne électorale, avec les alliés, à voter et à faire voter, pour les listes de Bennoo Bokk Yaakaar, en vue d’une victoire éclatante au soir du 31 juillet 2022 ».
SOCABEG TIVAOUANE PEULH UN PARFUM DE SCANDALE FONCIER !
En dehors de la cherté de la vie (riz, huile et sucre), la « tuberculose » foncière est en passe de devenir la plus grande pandémie du Sénégal. Malheureusement, l’Etat semble ne pas vouloir intervenir pour éradiquer cette « pandémie » qui décime les « goorgorlous » et autres candidats à la recherche d’un toit. Parmi ces sociétés vautours, la Socabeg et son fameux et éternel projet dit « Unité 9/Tivaouane Peulh ». Tenez ! En 2015, cette entreprise de promotion immobilière avait fait miroiter des lotissements (Socabeg/Amap/Snhlm) dans cette zone de la banlieue dakaroise située dans le département de Keur Massar. Sur la base d’un contrat de réservation de parcelle à usage d’habitation, la Socabeg avait juré que les terrains seraient disponibles et livrés au bout de quatre (04) ans aux ayants-droits. Et nombreux sont ceux qui ont fini de verser ou de payer le prix de leurs terrains (02 millions cfa, 03 millions cfa, 04 millions cfa etc). Sept ans après toujours rien ! Car, depuis lors, les candidats courent derrière leurs parcelles et on leur fixe des délais à n’en plus finir ! Il est vrai que, par le passé, Socabeg a eu à respecter ses engagements vis-à-vis des clients à travers divers programmes de lotissements. Mais cette fois-ci, un parfum de scandale foncier risque de faire éternuer les centaines de clients ou postulants dont de nombreux Sénégalais de la Diaspora. D’ailleurs, nous avons appris que les « victimes » de la Socabeg vont se constituer en collectif pour une grande manifestation à la place de l’Indépendance afin que le président Macky Sall les entende.
BURKINA L’EX-DG DE LA POLICE S’EST SUICIDÉ
Dieudonné Ouattara, ex Directeur général de la police nationale du Burkina s’est donné la mort ce 26 juillet. Il a utilisé son arme de service pour se suicider hier matin chez lui à Nonghin dans le quartier Rimkieta, à Ouagadougou. C’est au cours de son évacuation dans un hôpital qu’il a rendu l’âme, révèle la source. Le contrôleur général de police Dieudonné Ouattara avait été nommé Directeur général de la police nationale le 5 janvier 2022 par l’ex-président Roch Kaboré. Quelques mois après la chute de ce dernier, il a été remplacé par le contrôleur général de police Roger Ouédraogo, un de ses promotionnaires. Il n’a passé que trois mois à la tête de la direction générale de la police nationale.