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29 août 2025
LE PRÉSIDENT FAYE A ÉCHANGÉ AVEC KAGAME ET TSHISEKEDI SUR LA CRISE À L’EST DE LA RDC
Le président sénégalais a annoncé avoir eu des "entretiens fructueux" avec ses homologues rwandais et congolais. Il a souligné l’engagement du Sénégal en faveur de la stabilité et de la sécurité en Afrique.
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a déclaré, samedi, avoir eu des »entretiens fructueux » avec ses homologues rwandais Paul Kagamé et congolais Félix Tshisekedi sur la »situation préoccupante » à l’Est de la République démocratique du Congo.
»J’ai eu des entretiens téléphoniques fructueux avec les Présidents Paul Kagamé et Félix Tshisekedi sur la situation préoccupante à l’Est de la RDC », a annoncé le président Faye sur son compte X.
Le chef de l’Etat a déclaré qu’il souhaitait s’enquérir »de la tournure des événements et, avec les deux dirigeants, explorer les voies d’un dialogue franc pour une paix durable dans la région ».
Selon lui, »le Sénégal reste engagé pour la stabilité et la sécurité en Afrique et dans le monde ».
Le groupe armé du M23, appuyé par des forces rwandaises, est entré dans la ville de Goma, à l’est de la RDC, dans la nuit de dimanche 26 à lundi 27 janvier.
Le M 23 combat l’armée congolaise dans la région de l’est depuis plus de trois ans.
Le président de la République démocratique du Congo (RDC), Felix-Antoine Tshisekedi, a annoncé, mercredi soir, qu’une ‘’riposte vigoureuse et coordonnée’’ est en cours contre les ‘’terroristes‘’ du M23 qui ont pris le contrôle de l’Est du pays notamment à Goma.
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LES CONFIDENCES DE YOUSSOU N'DOUR
La star internationale de la musique sénégalaise livre un témoignage explosif sur ses relations avec le pouvoir. Entre résistance et influence, il dévoile comment il a pesé sur le destin politique de son pays
Dans un entretien accordé au podcast "Oui Hustle", l'icône de la musique sénégalaise Youssou N'Dour a levé le voile sur ses relations complexes avec le pouvoir politique, révélant notamment son opposition frontale à l'ancien président Abdoulaye Wade.
L'artiste mondialement reconnu s'est exprimé sans détour sur son engagement politique, expliquant sa vision du rôle d'un artiste dans la société : "Un président, un ministre, c'est une personne qui partage le même pays. Le président a une force, mais vous aussi vous avez une force. L'avancement du pays dans votre domaine vous concerne aussi, même si vous n'êtes pas président ni ministre."
Cette conception l'a conduit à s'opposer fermement à la tentative de "monarchisation" du pouvoir sous Wade. "Je me suis battu contre la monarchisation du pouvoir du temps de Wade", affirme-t-il, expliquant que cette opposition l'a naturellement rapproché de Macky Sall, alors candidat à la présidence. "On était en phase sur ça, donc il a gagné, j'ai participé à le faire gagner", révèle l'artiste.
Youssou N'Dour rejette catégoriquement l'idée de rester en retrait des affaires publiques : "Je ne peux pas croiser les bras. Ma loyauté et ma reconnaissance par rapport à mon pays ne me le permettent pas." Cette position l'a amené à collaborer avec différents gouvernements, tout en maintenant son indépendance d'esprit et sa liberté de parole.
L'artiste appelle également à une redéfinition des relations entre la France et le Sénégal, critiquant le manque de clarté actuel : "La France gagnerait énormément à ce que ces relations soient beaucoup plus claires." Il plaide pour une meilleure utilisation du potentiel de la diaspora, qui selon lui "a cette chance de connaître les deux cultures."
Dans un contexte où le Sénégal devient producteur de gaz et de pétrole, Youssou N'Dour reste optimiste pour l'avenir du pays, soulignant l'importance de sa stabilité démocratique et de la liberté d'expression, tout en appelant à la vigilance sur la gestion de ces nouvelles ressources.
CI LA ÑU BOKK S'INDIGNE
Le Cadre de Concertation pour le Respect et la Préservation des Droits des Femmes, monte au créneau pour défendre les militantes convoquées à la Brigade des mœurs. Il fustige la montée des conservatismes
Dans un communiqué parvenu à notre rédaction, le Cadre de Concertation pour le Respect et la Préservation des Droits des Femmes appelle à briser l'omerta sur les violences faites aux femmes au Sénégal. L'organisation, connue sous le nom "Ci la ñu bokk", dénonce la convocation de militantes à la Brigade des mœurs comme une tentative d'intimidation inacceptable. Elle met en lumière le paradoxe d'une société qui s'offusque davantage des manifestations contre les violences que des violences elles-mêmes.
"Nous, Cadre de Concertation pour le Respect et la Préservation des Droits des Femmes, venons apporter notre soutien effectif aux sœurs militantes suite à leur convocation à la Brigade des mœurs, le 22 janvier 2025, pour avoir décidé de manifester leur indignation contre les violences faites aux femmes.
Nous relevons que la perspective d’opter pour une forme d’indignation est la préoccupation majeure des « gardiens auto-proclamés de la vertu » muets sur les viols et autres violences perpétrées quotidiennement sur les femmes et les enfants. Cela en dit long sur la légitimation sociale de celles-ci !
Comment rester silencieuses sur le cas d’une petite fille de 9 ans tombée enceinte après avoir été violée par son maître coranique, sur une fillette de 12 ans violentée puis tuée misérablement dans une salle de douche, sur le cas d’une jeune tétraplégique tombée enceinte après avoir été violée, sur tous ces autres cas de violences sexuelles ou de viol commis sur des femmes et des mineur.e.s, des crimes récurents par centaine chaque année au Sénégal ?
Pourquoi s’acharner sur des voix féministes refusant l’omerta qui laisse les victimes à leur sort ?
Pourquoi contribuer à faire de notre société une communauté non humaine ?
Et nous dénonçons, au-delà de cette convocation, le rétrécissement de l’espace d’expression publique des femmes et la montée des conservatismes tendant à réduire leur droit de manifester et de se faire entendre dans la défense des causes qu’elles portent.
Le Cadre de Concertation se déclare solidaire de la lutte de toutes les femmes et des hommes pour la préservation des droits humains des femmes et des enfants ainsi que le respect de leur dignité, lutte qui intègre des activités de contestation dans l’espace public en toute liberté."
par Abdoul Aziz Diop
LES GRANDES VICTOIRES RÉPUBLICAINES DU PROFESSEUR DIÈYE
EXCLUSIF SENEPLUS - Il est celui dont les éclairages juridiques ont rendu d’indépassables services à l’ensemble du corps social auquel il a appartenu jusqu’à son plus qu’inattendu dernier souffle
Qui est mieux placé que ses anciens étudiants pour parler du Professeur Abdoulaye Dièye ? En voici un - Amadou Ba -, croisé sur le réseau social et professionnel LinkedIn, dont le témoignage sur l’exemplarité de l’universitaire se passe de commentaire : « Le Professeur Abdoulaye Dieye a guidé nos premiers pas à la Faculté de droit de Dakar. Ses enseignements en système politique sénégalais, en droit administratif, droit constitutionnel et droit foncier ont toujours orienté le pédagogue dans une dimension compréhensible de l’étude du droit public. Il fut un excellent pédagogue doté d’une courtoisie exemplaire et d’une humilité débordante envers les étudiants de la Faculté des Sciences Juridiques et Politiques (FSJP). »
Que dire d’autre ? Rien ou presque ? Oh, que si ! Le Professeur Abdoulaye Dièye était l’un des principaux interlocuteurs des journalistes qui veulent informer juste et vrai, des hommes et femmes politiques intègres, des activistes bien inspirés, des organisations de la société civile, du citoyen abusé ou désabusé et j’en oublie. Tout cela, en un seul homme, interpelle les intellectuels. Mais qui sont-ils, les intellectuels ? Celui de Sirinelli et Ory « ne se définit pas par ce qu’il est, mais par ce qu’il fait ». Il « est quelqu’un qui se caractérise par son intervention sur le terrain du politique en tant qu’il met en débat les affaires de la cité ». « L’écart entre [les] promesses des penseurs de métier et la situation des hommes est plus scandaleux qu’il ne fut jamais », écrivait Paul Nizan. Le résultat est le même lorsque, de l’avis de Pierre Bourdieu, « la pensée critique [se réfugie] dans le "petit monde" académique, où elle s’enchante elle-même d’elle-même, sans être en mesure d’inquiéter qui que ce soit en quoi que ce soit ». C’est qu’« une théorie doit servir…», disait Gilles Deleuze. « Je n’essaie pas de protéger ma vie après coup par ma philosophie, ce qui est salaud, ni de conformer ma vie à ma philosophie, ce qui est pédantesque, mais vraiment, vie et philo ne font plus qu’un », expliquait, pour sa part, Jean-Paul Sartre. Et depuis que « la politique est partout », « (...) l’intellectuel, au sens où (…) l’entend Edward Said, est (…) quelqu’un qui refuse quel qu’en soit le prix (…) les confirmations complaisantes des propos et des actions des gens de pouvoir (…). Non pas seulement qui, passivement, les refuse, mais qui, activement, s’engage à le dire en public ». L’intellectuel de Cheikh Anta Diop enfin serait celui dont « la qualité essentielle du langage authentiquement révolutionnaire est la clarté démonstrative fondée sur l'objectivité des faits ». À la fois intellectuel de Sirinelli et Ory, Nizan, Bourdieu, Deleuze, Sartre, Said et du grand parrain de son université, le Professeur Abdoulaye Dièye est celui dont les éclairages juridiques ont rendu d’indépassables services à l’ensemble du corps social auquel il a appartenu jusqu’à son plus qu’inattendu dernier souffle.
La science victorieuse de Dièye
Les nombreuses victoires, toutes républicaines, du Professeur Abdoulaye Dièye, sont avant tout celles du citoyen dont la présence, dans les assemblées indignées, rassurait et dépassionnait les débats sans rien enlever à leur gravité. Et puisqu’elles sont nombreuses les victoires, qu’il me soit permis de partager ici l’une d’elles, celle dont j’ai toujours entre les mains les dits et non-dits on ne peut plus convaincants hier, aujourd’hui et encore demain.
Le 23 août 2011, le Mouvement du 23 juin (M23) organise un forum à l’hôtel Ngor Diarama à Dakar sous le thème révélateur : « Pourquoi le président sortant Abdoulaye Wade ne peut pas être candidat à sa propre succession à l’élection présidentielle sénégalaise du 26 février 2012. » Des constitutionnalistes (d’abord au nombre de cinq) répondirent unanimement et sans équivoque aux deux questions cruciales que les Sénégalais se posaient :
« Le président de la République sortant Abdoulaye Wade peut-il constitutionnellement briguer un nouveau mandat (troisième du genre) ? »
« Le Conseil constitutionnel est-il compétent pour se prononcer sur la recevabilité ou non de la candidature du président sortant Abdoulaye Wade ? »
S’agissant de la première question, il ressort de l’intervention des juristes qui ont participé au forum qu’aussi bien l’esprit que la lettre de la Constitution de 2001, interdisaient au président de la République sortant de briguer un nouveau mandat en 2012. L’esprit a été confirmé par le président de la République lui-même qui en 2007, en réponse à une question d’un journaliste de RFI (Christophe Boisbouvier) à l’occasion d’une conférence, a affirmé avoir « bloqué le nombre de mandat à deux ». S’agissant de la lettre, il est important de noter que l’intervention du pouvoir constituant originaire a pour effet de substituer un ordre constitutionnel à un autre. Il est ainsi question d’application immédiate. Sur cette base, le président élu en 2000 sous l’empire de la Constitution de 1963 pour un mandat de 7 ans allait se voir appliquer le principe de la durée de 5 ans en vigueur de la Constitution de 2001. C’est pour lui permettre de faire ses 7 ans que les dispositions transitoires de l’article 104 ont été prévues. L’article 104 n’est donc pas superfétatoire. Il vient apporter une dérogation au principe de l’application immédiate en précisant que le président de la République en fonction poursuit son mandat jusqu'à son terme. Toutes les autres dispositions de la présente Constitution lui sont applicables. Dérogation est ainsi apportée au principe de la durée seulement. Ce qui revient à dire que l’alinéa 2 de l’article 27 qui limite le nombre de renouvellements du mandat à un lui est applicable dès 2007. Le premier mandat a été consommé en 2007, le second le sera en 2012. Un troisième mandat est impossible
Concernant la deuxième question, il faut bien admettre qu’aux termes de l’article 2 de la loi organique n° 92-23 du 30 mai 1992, le Conseil constitutionnel reçoit, conformément aux dispositions des articles 24, 25, 28, 29, 31 et 35 de la Constitution les candidatures à la Présidence de la République. Il arrête la liste des candidats, statue sur les contestations relatives aux élections du président de la République et des députés de l’Assemblée nationale et en proclame les résultats.
Nulle trace de l’article 27. Sur ces bases certains estiment que le juge n’a pas à se prononcer sur la question de la recevabilité de la candidature du Président sortant. Il n’apprécierait la validité d’une candidature qu’au regard des seules dispositions des articles 28 et 29 de la Constitution et LO 112 du code électoral, qui prévoient que le candidat doit avoir exclusivement la nationalité sénégalaise, jouir de ses droits civils et politiques, être âgé de 35 ans au moins le jour du scrutin, savoir écrire, lire et parler couramment la langue officielle, être en règle avec la législation fiscale, se conformer à l’article 4 de la Constitution, avoir déposé le cautionnement, être présenté par un parti politique ou une coalition de partis politiques légalement constituée ou être accompagné de la signature d’un certain nombre d’électeurs s’il s’agit d’un candidat indépendant.
- D’abord le texte sur le Conseil constitutionnel date de 1992 période pendant laquelle les dispositions de l’article 27 n’existaient pas. Le travail d’actualisation qui aurait dû être fait ne l’a pas été.
- Ensuite l’article LO 116 du code électoral dispose : « pour s’assurer de la validité des candidatures déposées et du consentement des candidats, le Conseil constitutionnel fait procéder à toute vérification qu’il juge utile. » On le voit bien, la marge d’appréciation du Conseil ne fait l’objet d’aucune limitation. Celui-ci peut donc examiner la validité des candidatures au regard du code électoral et de toutes les dispositions pertinentes de la Constitution, les articles 27 et 104 y compris
- Enfin, même si (hypothèse d’école) le juge constitutionnel se déclarait incompétent, que fera-t-il quand un candidat se fondant sur l’article LO 118, lui fait parvenir une réclamation sur l’inscription d’une autre candidature ? La loi prévoit qu’il doit statuer sans délai. Ce ne sera certainement pas pour répéter qu’il est incompétent. »
Le 13 octobre 2011, la messe et la prêche, auxquelles le M23, regroupant plus de 149 organisations de la société civile, des partis politiques, des mouvements citoyens et des personnalités indépendantes, était suspendu, avaient alors été dites et bien dites grâce notamment au Professeur Abdoulaye Dièye. Connu pour son bel esprit d’équipe, Dièye associa sa voix à celle du quintuor dont les quatre autres membres étaient les constitutionnalistes Babacar Guèye, Mounirou Sy, Ameth Ndiaye et Me Doudou Ndoye, Avocat, juriste (…).
Les professeurs de droit des Universités Demba Sy, El Hadj Mbodj et Ababacar Guèye livrèrent, à d’autres occasions, les mêmes conclusions.
Telle fut la méthode qui consacra la « Révolution », c’est-à-dire la conjonction entre la contestation et une grande idée, celle de défense de l’ordre constitutionnel pour l’égale soumission de tous à la loi fondamentale. En communiquant de la sorte, le Mouvement du 23 juin enclenchait la phase révolutionnaire de la protestation qui ne s’arrêta qu’après la victoire républicaine à laquelle le nom du Professeur Dièye ne peut être dissocié.
Plus personne n’ignore la suite dont l’un des points culminants est la formation de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI) dont Dièye fut le rapporteur et le défenseur infatigable. Les candidats à l’élection présidentielle du 24 mars 2024 sauf un, Mahammed Boun Abdallah Dionne (Paix à son âme), - le président Diomaye compris -, signataires des conclusions de la CNRI, saluent aujourd’hui la vie et l’œuvre du Professeur Dièye.
De l’homme politique notoire Madior Diouf qui nous quitta, il y a seulement quelques jours sans nous avoir auparavant appelés à son chevet, je rappelais dans un court post les considérables contributions éthique, intellectuelle et politique. Aux professeurs Diouf et Dièye, partis là-haut presque en même temps, la merveilleuse récompense réservée aux justes est sans l’ombre d’un doute la meilleure consolation pour les familles, les collègues, les étudiants, les amis et le peuple dont ils sont issus.
Abdoul Aziz Diop est ancien porte-parole du M23, ancien président de la commission communication dudit mouvement et co-rédacteur de l’ouvrage collectif « M23 : Chronique d’une révolution citoyenne » (Les Éditions De La Brousse, Dakar, 2014).
par Elimane H. Kane
ABDOULAYE DIÈYE, UN REPÈRE DE VALEURS TIRE SA RÉVÉRENCE
Nous venons de perdre un membre éminent de notre nation dont l’ampleur de sa contribution intellectielle et professionnelle est restée invisible car il ne s’est jamais préoccupé de la visibilité de sa propre personne
Abdoulaye Dieye qui vient de nous quitter est un homme d’une dimension rare. Un intellectuel rigoureux, spécialiste incontournable et inébranlable dans son domaine, mais surtout un adepte de la justice cognitive et militant engagé pour la République démocratique.
Je l’ai connu affable, humble et bienveillant et j’ai appris à travers les témoignages de ses parents, collègues et proches qu’il était un époux, un père et un camarade attentionné, solidaire avec un sens élevé de la famille et de la corporation.
J’ai découvert le jeune docteur en droit à un moment particulier de double opacité : un changement de siècle et une première alternance démocratique intervenue au Sénégal. Entre 1999 et 2000, alors jeune étudiant et militant du Forum civil, nous étions engagés dans l’organisation des débats publics sur l’élection présidentielle de février-mars 2000 et ensuite sur le projet de référendum proposé par Abdoulaye Wade en janvier 2021.
Pendant les joutes intellectuelles entre juristes et politistes qui avaient polarisé les débats de l’époque, j’ai été particulièrement fasciné par les positions justes et simples brillamment exposées par ce juriste hors du commun. Mes schèmes d’analyse sociologiques me rapprochaient davantage de ses positions, tellement il avait une ouverture d’esprit et une sensibilité aux réalités pratiques et dynamiques sociales, en sortant du cadre dogmatique et réactionnaire « des standards internationaux ». Pour lui, le peuple compte avant le prince.
Ce monsieur me parlait et j’ai cherché à mieux le connaître. Ce qui fut faciliter par notre engagement commun au Forum civil pendant plusieurs années, et aussi dans d’autres cadres comme les Assises nationales et dernièrement dans une large coalition d’OSC pour porter le Pacte National de Bonne Gouvernance proposé aux candidats de l’élection présidentielle de 2024.
Prof comme beaucoup l’appelait, était devenu mon consultant particulier sur les questions constitutionnelles et foncières. Nous avons eu beaucoup de débats numériques et en présentiel sur différents sujets. Son texte portant avant-projet de Constitution tiré des conclusions des Assises et affiné dans le cadre des livrables de la CNRI est un chef-d’œuvre qui mérite d’être considéré comme un document de référence par les autorités actuelles pour accomplir le travail de refondation.
Au moment où il refusait beaucoup de sollicitations et même de se prononcer publiquement sur certaines questions (il était dépité par l’absence d’actes conséquents des décideurs et la versatilité de certains de ses collègues par rapport aux conclusions des commissions de réformes sur les institutions et le foncier , il me consacrait de son temps pour des débats sur des questions importantes qui méritaient des éclairages. Il me fit même l’honneur de la confidence, lors du dernier débat que nous avons animé ensemble à la RTS pendant la soirée électorale des élections législatives dernières que désormais pour accepter une invitation à un débat, il doit s’assurer de la qualité des co-débatteurs et c’est parce que - il a tenu à le dire - c’était moi et le prof Sylla de l’UGB qu’il a donné son accord. Quelle marque sollicitude et de bienveillance !
Nous venons de perdre un membre éminent de notre nation dont l’ampleur de sa contribution intellectielle et professionnelle est restée invisible car il ne s’est jamais préoccupé de la visibilité de sa propre personne, encore moins des avantages et prestiges que pourtant son rang et sa dimension pouvaient lui permettre. Il a choisi de toujours rester humblement dans les rangs, comme un soldat de la patrie et de la vérité scientifique.
Que ton âme repose en paix, cher Abdoulaye et que le prestige et les honneurs cousent ton manteau dans les lieux les plus élevés du paradis.
Repose en paix à Saint-Louis que tu n’as jamais quitté, au service du savoir et de notre patrie.
PAR Aliou Gori Diouf
POUR UNE RECONSIDÉRATION DE L’APPROCHE DES ÉTUDES D’IMPACT ENVIRONNEMENTAL ET SOCIAL
Ces évaluations, qui devraient servir de garde-fou contre les dérives écologiques, se révèlent incapables de saisir la complexité des interactions entre activités humaines et écosystèmes sur le long terme
Les études d’impact environnemental et social, un outil d’évaluation aux perspectives limitées. Les études d’impact environnemental et social (EIES) sont souvent présentées comme des outils d’aide à la décision, permettant d’évaluer les effets potentiels d’un projet, y compris extractif, sur les écosystèmes et les populations. Elles abordent des aspects clés tels que la qualité de l’air, la pollution des sols, la dégradation des formations végétales, la disponibilité des ressources en eau, les impacts sur la faune et la biodiversité. Ces évaluations incluent des analyses qualitatives et quantitatives des impacts, mais sans une véritable mise en perspective à long terme.
Une vision trop limitée des impacts écologiques
L’une des principales failles des EIES est qu’elles ne prennent pas en compte la dynamique des écosystèmes sur le long terme. Lorsqu’elles identifient des impacts sur les ressources naturelles (eau, flore, faune, sols, micro-organismes), elles se contentent généralement de les quantifier et de les analyser dans le court terme sans intégrer leur impact sur les capacités de régénération des écosystèmes sur le
long terme. Or, toute pression anthropique sur un écosystème a des répercussions à court, moyen et long terme, sur la structure, sur le fonctionnement et sur les services écosystémiques (purification de l’eau, séquestration du carbone, régénération des sols, maintien de la biodiversité).
Ces dimensions fondamentales ne sont pas suffisamment approfondies dans les études actuelles dans une perspective long-termiste. Les analyses se limitent souvent à l’échelle temporelle du projet, en négligeant les transformations lentes et cumulatives qui continueront d’impacter les écosystèmes bien après la fin des activités des projets et qui pourraient les déstructurer et définitivement affecter leurs capacités à délivrer leurs services.
Une absence de prise en compte des coûts économiques et sociaux des dommages écologiques
Au-delà des impacts écologiques, les coûts économiques et financiers des dégradations écologiques sont rarement évalués dans les EIES. Or, la perte de biodiversité, la pollution des ressources en eau, la destruction des sols productifs et la déforestation ont des conséquences économiques directes et indirectes, qui se manifestent souvent sur le moyen et long terme par entre autres la réduction de la productivité agricole et des ressources halieutiques, la contamination des ressources en eau entraînant la multiplication des risques sanitaires et des plus tard l’augmentation des coûts de traitement de l’eau potable, l’exposition accrue aux risques climatiques et catastrophes naturelles, et enfin les coûts de restauration écologique extrêmement élevés.
De plus, les implications sociales sur le moyen et le long terme des dégradations écologiques sont rarement détaillées. La disparition des écosystèmes, et avec eux des ressources naturelles essentielles à la subsistance des populations locales conduirait ipso facto à, entre autres, un appauvrissement économique des communautés, des conflits sociaux liés à l’accès aux ressources, une migration forcée des populations affectées, une dégradation des conditions sanitaires due à la pollution et à la perte de services écosystémiques vitaux.
Ces aspects sont systématiquement sous-évalués ou écartés des rapports d’impact ainsi que le coût qu’exige leur correction.
Un besoin urgent de réformer l’approche des EIES
La manière dont les EIES sont conduites ne répond plus aux exigences du développement soutenable (durable). Il est incohérent de prétendre promouvoir un développement soutenable en se focalisant uniquement sur les impacts à court terme et en négligeant les effets écologiques, économiques et sociaux à moyen et long terme.
Il est donc essentiel de :
Repenser les méthodologies des EIES pour intégrer une analyse des impacts sur la résilience et la régénération des écosystèmes,
Inclure une comptabilité écologique et économique des dégradations environnementales dans l’évaluation des projets,
Exiger des études de suivi sur plusieurs décennies après l’arrêt des activités, afin de mesurer les impacts réels et leur évolution,
Mettre en place une obligation de compensation écologique renforcée, garantissant la restauration des écosystèmes dégradés.
Pour un alignement des études d’impact environnemental et social aux enjeux actuels et futurs. Donc, dans une perspective de la soutenabilité/durabilité, les EIES actuelles sont incomplètes, car elles n’intègrent pas les véritables coûts environnementaux, économiques et sociaux à long terme. Or, un projet qui génère des profits immédiats mais laisse derrière lui un passif écologique et social désastreux ne peut être considéré comme un projet de développement.
Si l’objectif est réellement de concilier croissance économique et préservation des systèmes écologiques pour les générations actuelles et futures, alors il devient impératif de réviser profondément la manière dont les impacts écologiques et sociaux sont évalués, anticipés et compensés. Sans cela, les EIES resteront un simple outil de validation administrative, et non un véritable levier de planification pour un avenir durable.
Dr Aliou Gori Diouf est géographe, spécialiste en environnement et changement climatique
LE VOL DE BÉTAIL, UN FREIN AU DÉVELOPPEMENT DU PAYS
L’élevage, qui fait vivre près de 800 000 ménages et participe à hauteur de 4% au Pib, est menacée par la complexe question du vol de bétail, qui fait perdre au Sénégal près de deux milliards de francs chaque année
L’élevage et son poids économique certain sont soumis à des perturbations et vicissitudes diverses. Cette activité, qui fait vivre près de 800 000 ménages et participe à hauteur de 4% au Pib, est menacée par la complexe question du vol de bétail, qui fait perdre au Sénégal près de deux milliards de francs chaque année. En dépit de sa criminalisation, cette pratique perdure, avec un impact économique auquel s’ajoutent des enjeux d’ordre sécuritaire, sanitaire et social.
L’hivernage s’est retiré. De Fatick à Ndramé Escale, en passant par Dinguiraye, Gandiaye et Ndiédieng, ce qui reste du tapis herbacé a courbé l’échine et viré au jaune. L’abondance verte est passée de saison. Un coup saisonnier que les acteurs ont appris à domestiquer, anticiper et contourner. Un autre coup plus sournois, parfois violent et de plus en plus transfrontalier, reste la persistante question du vol de bétail. Les acteurs du secteur de l’élevage s’organisent, chacun selon ses moyens, pour juguler ce qui est à la fois une menace économique, sociale, sanitaire et sécuritaire pour le Sénégal et la sous-région. Mais le mal persiste.
Marché de Dinguiraye, 13h 30. Chaleur, clameur et poussière dominent. Ça bouillonne. Surtout d’impatience. De l’impatience des éleveurs et acteurs du marché à crier leurs maux là où ils pensent trouver écho. Derrière les turbans qui ne laissent transparaître que des yeux éprouvés et des cils léchés par la poussière, des lèvres attendent de s’épancher. Chacun veut confier sa part de détresse et de doléances sur les vols répétés, aux représentants de la Fao venus les écouter. Abdoulaye Ba est le Secrétaire général du Foirail des gros ruminants de Dinguiraye. «Insuffisant», juge-t-il, fermement, les moyens de lutte déployés jusque-là. «Il reste énormément à faire. Nous n’avons que nos bœufs et ne comptons que sur eux, après Dieu. Ce serait un drame pour tout le Sénégal si l’Etat laissait les voleurs avoir le dessus sur notre motivation et notre engagement à réussir dans l’élevage et participer à l’économie du pays», se désole-t-il. Pour d’autres, plus qu’un enjeu économique, c’est une question de dignité et de survie. C’est le cas du vieux Modou Fall Sow, qui en appelle à la vigilance et à l’appui des autorités. «On nous demande de ne pas nous faire justice alors qu’eux ne règlent pas le problème. L’Etat nous retient la main et laisse des bandits, souvent armés, nous dépouiller de notre dignité et exposer nos familles. Nous tenons à vivre fièrement de ce que nous avons, si minime soit-il», clame-t-il en serrant plus fermement le bâton sur lequel il s’appuie. A la voix du vieil éleveur qui demande la protection de leurs moyens de subsistance, répond une plus jeune et pour laquelle l’heure est plus à la recherche, à la justice. Aliou Ba, la trentaine, cartable sous le bras, annonce à l’assemblée la perte, début janvier, de 30 bœufs dont la valeur est estimée à 20 millions F Cfa : «Je connais mon voleur et j’ai toutes les preuves. Il a été pris, a été placé en garde à vue, puis libéré. Et ça, je ne le comprends pas. On ne peut pas vouloir garder les jeunes dans ce pays sans pour autant préserver leurs biens.»
Moins véhément, Djiby Ba, président du foirail, s’inscrit dans une logique de proposition. «Les victimes de vol dans ce département (Nioro) ne savent pas où donner de la tête. Nous demandons un interlocuteur crédible pour entendre nos doléances. Qu’on arrête aussi les charrettes et motos qui transportent de petits ruminants et de la viande entre villages. Que tout soit abattu en présence de l’autorité et des vétérinaires», ajoute-t-il.
Des comités locaux de vigilance à la rescousse
La même atmosphère, le même désarroi sont palpables dans la plupart des grands marchés hebdomadaires du pays. A Birkilane, les éleveurs, conscients de ce qu’ils peuvent apporter au pays, lancent presque un pari aux autorités. «Si le Sénégal importe aujourd’hui du bétail des pays voisins, c’est en grande partie à cause du vol. Si l’Etat règle ce problème, je puis vous assurer que d’ici 5 ans, nous serons autosuffisants et beaucoup de milliards resteront dans ce pays», assure Demba Ba, président de l’Association des éleveurs de la localité. A l’ombre d’un hangar sommaire, Aladji Gallo Ba, blanc de barbe et de boubou, confie ne plus dormir que d’un œil et le cœur serré. Un œil pour veiller sur ses biens et un cœur inquiet que l’acte répréhensible vienne de l’entourage. «L’Etat doit nous aider avec les jeunes. Ils prennent des choses qui peuvent facilement les faire dévier. On ne dort plus. On ne peut pas avoir un œil partout, l’Etat doit faire quelque chose. La cohésion sociale en dépend», explique M. Ba. La technologie comme outil de traçage du bétail ? Gallo Ba ne sait ni lire ni composer un numéro sans assistance, mais n’est pas contre, «du moment où c’est l’Etat qui paie ou subventionne». «L’essentiel est qu’on nous prouve qu’il n’y a aucun risque», conclut-il. En attendant le secours technologique, des comités de vigilance sont implantés et fonctionnent avec les moyens du bord. Babou Sow, président du Comité de lutte contre le vol de bétail de Missara Wadene, confie : «Nous sommes fatigués et manquons de tout. Les bandits sont armés. Nous ne sommes que des volontaires, personne ne nous paie.» Ils dénoncent par ailleurs leur mise à l’écart dans les instances de prise de décisions. Aly Dicko, représentant des éleveurs mauritaniens, affirme qu’on les vole maintenant plus dans le marché hebdomadaire que dans le village, et cela il l’explique par la présence et le sacrifice des jeunes du comité de vigilance. «Les gardiens manquent de moyens, ils n’ont ni tenue, ni badge, ni bottes. Ils doivent aussi être protégés en cas de blessure», suggère M. Dicko.
En attendant et espérant que l’Etat fasse le nécessaire, le porte-parole des éleveurs mauritaniens partage leur contribution et organisation interne pour soutenir les jeunes volontaires : 15 000 francs pour chaque camion qui débarque du bétail et 10 000 francs par mois pour chaque enclos, à verser aux jeunes du comité de vigilance. Ouvert à l’idée de travailler avec ces comités, le sous-préfet de l’arrondissement de Ndiédieng, Abdoulaye Diop, insiste cependant sur l’importance de la formation des volontaires et d’une collaboration plus franche avec l’autorité administrative qu’il incarne. «Nous travaillerons, de concert avec le maire de la commune, pour installer des canaux de communication entre nous et les comités de vigilance. Il est impératif que nous soyons au même niveau d’information», note-t-il. Le sous-préfet appelle par ailleurs les citoyens à avoir la culture de la dénonciation. «L’Administration s’est toujours impliquée dans cette lutte. Seulement les malfaiteurs sont souvent de la localité et les habitants ne les dénoncent pas toujours. Informés dans les meilleurs délais, nous avons les moyens de faire descendre rapidement les Forces de l’ordre sur le terrain. Il y a aussi, depuis quelques semaines, des patrouilles régulières», rassure l’autorité.
L’ALERTE DE L’AFP
Reddition des comptes, respect de la liberté d’expression... l’Alliance des forces de progrès (Afp) exprime ses inquiétudes
L’Alliance des forces de progrès (Afp) exprime ses inquiétudes par rapport à la situation relative aux libertés citoyennes et à la démocratie. Le parti dirigé par Moustapha Niasse met en garde contre toute tentative de mettre en avant «la pensée unique», en déclarant que cela n’aura pas l’effet escompté.
Dix mois de gouvernance du duo Diomaye-Sonko et de leurs alliés ne laissent pas indifférents des opposants comme les «Progressistes». Restés pendant un bon moment silencieux sur la marche du pays, depuis l’arrivée aux affaires des tenants actuels du pouvoir, l’ancien président de l’Assemblée nationale, Moustapha Niasse, et ses camarades de parti ont jugé utile de se faire entendre. C’est ainsi, avec une «profonde préoccupation», que l’Alliance des forces de progrès (Afp) exprime son opinion au sujet des libertés citoyennes et du modèle démocratique. La formation politique dirigée par Moustapha Niasse considère que des menaces pèsent sur ces domaines de la vie nationale. Par le canal d’un communiqué publié à l’issue de la réunion de son Secrétariat politique exécutif (Spe), le parti politique créé le 16 juin 1999 par Moustapha Niasse estime que la reddition des comptes est une nécessité républicaine, mais qu’elle «ne saurait servir de programme de gouvernement, encore moins d’instrument de musellement de la pensée et de la liberté». C’est ainsi que l’Afp met en garde contre toute velléité d’«instauration de la pensée unique», en affirmant que cela est «voué à l’échec» dans un Sénégal construit sur des valeurs démocratiques solides.
Face aux défis économiques et sociaux, les «Progressistes» exhortent «le gouvernement à œuvrer pour l’apaisement et à prendre des mesures concrètes pour l’emploi des jeunes, dans un contexte marqué par un déficit budgétaire, une dette croissante et une inflation galopante».
L’Afp rappelle les enjeux sécuritaires et géopolitiques actuels des dirigeants du Sénégal, notamment le terrorisme, les tensions internationales et la crise migratoire. Aussi Moustapha Niasse et ses camarades mettent-ils le curseur sur l’obligation du Sénégal de maintenir son engagement diplomatique sur ces questions.
Le congrès du parti en avril prochain
Sur un autre registre, on note que l’heure du renouvellement des instances de direction de l’Alliance des forces de progrès a sonné. Ainsi, le parti dirigé par l’ancien président de l’Assemblée nationale annonce la tenue de son prochain congrès. Le Secrétariat politique exécutif (Spe) de l’Afp informe, en effet, que cet événement marquant, qui se tiendra le 12 avril prochain, sera une occasion privilégiée de favoriser le rajeunissement au sein du parti.
Ce sera aussi un moment solennel pour rendre hommage au président Moustapha Niasse. Il a été le fondateur de ce parti issu d’une scission d’avec le Parti socialiste et qui a reçu sa reconnaissance légale le 13 août 1999. L’Afp obtint alors 11 sièges sur les 120 députés que comptait l’Hémicycle aux élections législatives de 2001. C’est l’un des partis qui avaient choisi de boycotter les élections législatives de 2007.
L’Afp cheminera, au second tour de l’élection présidentielle de 2012, avec le candidat Macky Sall. Une alliance payante puisque ce dernier remportera le scrutin et travaillera avec Moustapha Niasse et compagnie pendant les 12 ans de son règne, au niveau de l’Etat et au sein de la Coalition Benno bokk yaakaar (Bby).
VERS UN CHANGEMENT DE PARADIGME DANS LE CADRE DE L'ACQUISITION DES INTRANTS
Pour garantir un accès équitable, efficace et transparent aux intrants et services agricoles, le ministère de l’Agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage, a lancé une réflexion axée sur la réglementation des acquisitions
Pour garantir un accès équitable, efficace et transparent aux intrants et services agricoles, le ministère de l’Agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage, en partenariat avec l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop), est à la recherche de solutions afin d’adapter les mécanismes de gestion de la Commande publique agricole.
La qualité souvent douteuse des semences, les quantités de semences inférieures aux besoins exprimés, le retard dans la livraison des semences et des engrais, le clientélisme dans la mise à disposition des semences, engrais et matériels agricoles sont entre autres irrégularités notées dans le secteur agricole sénégalais. Les nouvelles autorités veulent en finir avec ces couacs. Pour relever tous ces défis, le ministère de l’Agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage, en collaboration avec l’Autorité de régulation de la commande publique (Arcop), a lancé une réflexion axée sur la réglementation des acquisitions d’intrants agricoles. Cette rencontre a permis d’analyser le cadre d’application du Code des marchés publics pour garantir une acquisition transparente, rapide et efficace des intrants, services et infrastructures agricoles essentiels.
Il a été ainsi retenu la «création des Groupements d’intérêt économique (Gie) de mécanisation pour les jeunes». «En partenariat avec le secteur privé national, ces groupements d’intérêt économique offriront des services agricoles subventionnés aux producteurs. Les phases-pilotes débuteront avec le matériel agricole déjà disponible dans le cadre du projet Intermaq», explique le ministère. Qui annonce aussi la «construction accélérée des 14 premières Coopératives agricoles communautaires (Cac), qui seront au cœur de la transformation agricole nationale et renforceront les capacités locales de production et de stockage». Une troisième initiative prévue dans le cadre de la prochaine Campagne agricole 2025-2026, c’est l’organisation des commandes groupées d’intrants agricoles, avec le lancement du Bulk Procurement Programme.
L’objectif, d’après les services de Mabouba Diagne, «est d’assurer la disponibilité des engrais d’ici mi-mars 2025 pour garantir une campagne agricole réussie». «Nous ne pouvons plus accepter que des lenteurs administratives ou des contraintes dans le cadre juridique limitent nos ambitions. Ce nouveau paradigme repose sur une gouvernance plus agile, plus transparente et plus en phase avec les attentes des acteurs agricoles. Il nous faut dépasser les paradigmes traditionnels pour inscrire notre agriculture dans une trajectoire de progrès durable. Nous devons, ensemble, engager les ruptures nécessaires pour transformer notre modèle agricole en un système plus inclusif et plus transparent», a déclaré le ministre de l’Agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage, à l’ouverture de cette rencontre.
Par Bachir FOFANA
AMADOU, UNE CANDIDATURE PAS SI HOTT
Son parcours impressionnant, alliant expérience ministérielle et expertise à la BAD, illustre la tradition sénégalaise d'excellence dans les institutions internationales. Cependant, le chemin vers la présidence de la BAD s'annonce complexe
Amadou Hott, économiste, ancien ministre sénégalais de l’Economie, du plan et de la coopération et ancien vice-président de la Banque africaine de développement (Bad) en charge de l’énergie, du climat et de la croissance verte, est candidat pour la présidence de cette institution. Une candidature en droite ligne de ce qu’a été le Sénégal dans le monde : avant la découverte du pétrole et du gaz, la principale richesse de notre pays était la qualité de ses ressources humaines et de sa diplomatie. Le Sénégal ne compte pas sur l’échiquier mondial, il pèse.
En effet, d’illustres personnalités sénégalaises ont eu à diriger de grandes institutions africaines et mondiales ; ce qui a augmenté notre prestige. L’Unesco et la Fao ont été dirigées par Amadou Makhtar Mbow, de 1974 à 1987, et Jacques Diouf, d’août 1994 à fin juin 2011. Quant à Kéba Mbaye, il a été président du Tribunal arbitral du sport (Tas) et président de la Commission d’éthique du Comité international olympique (Cio). Et que dire de Lamine Diack, président de l’Iaaf de 1999 à 2011 ?
Plus récemment, nous avons, depuis mars 2021, Makhtar Diop, Directeur général de la Société financière internationale (Sfi), la branche du Groupe de la Banque mondiale dédiée principalement au secteur privé dans les pays émergents. Auparavant, il était viceprésident de la Banque mondiale pour les infrastructures et vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique subsaharienne.
Ou encore Abdoulaye Diop, ancien ministre du Budget, nommé président de la Commission de l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (Uemoa). Abdoulaye Diop fut précédé à la présidence de la Commission de l’Uemoa par l’ancien Premier ministre Cheikh Hadjibou Soumaré et, à la création de cet organe communautaire, par Moussa Touré.
Sidi Ould Tah, actuel président de la Badea, pourrait faire la différence
C’est dire que la candidature de l’ancien ministre Amadou Hott, soutenue par le Sénégal, est une très bonne chose. D’ailleurs, le Sénégal mobilise un soutien régional et international pour son candidat dont les compétences et le leadership sont mis en avant pour diriger la Banque africaine de développement (Bad). «M. Amadou Hott, candidat du Sénégal à la présidence de la Banque africaine de développement, bénéficiera du soutien nécessaire», dira Yassine Fall, ministre de l’Intégration africaine et des affaires étrangères, lors de la cérémonie de lancement de la candidature de l’ancien ministre de l’Economie, du plan et de la coopération, en présence de plusieurs membres du gouvernement et d’autres personnalités sénégalaises, d’ambassadeurs au Sénégal de nombreux pays et de dirigeants du secteur privé. Pour Mme Fall, Hott est «un choix mûrement réfléchi et motivé par le parcours exceptionnel et les compétences remarquables de l’ancien ministre». C’est le «choix du président de la République, Son Excellence M. Bassirou Diomaye Faye». Mieux, «c’est une candidature très forte» qui «incarne parfaitement le leadership dont la banque a besoin». L’électrification, l’alimentation, l’industrialisation et l’amélioration de la qualité de vie des Africains sont les principaux défis que doit continuer à relever la Banque africaine de développement, selon Yassine Fall. Des «défis multiples» auxquels s’ajoutent l’urgence climatique, les crises sanitaires, la consommation numérique, la problématique des jeunes et l’autonomisation des femmes.
La Banque africaine de développement(Bad) va désigner, le 29 mai 2025 à Abidjan, le successeur du Nigérian Akinwumi Adesina. Le président de la Bad est élu par le Conseil des gouverneurs pour un mandat de cinq ans, renouvelable une seule fois. Le président actuel a été élu le 28 mai 2015 et a commencé son premier mandat le 1er septembre 2015. Il a été réélu le 27 août 2020 et a entamé son second et dernier mandat le 1er septembre 2020.
La Sud-Africaine Bajabulile Swazi Tshabalala, Viceprésidente principale de la Bad, a démissionné de ses fonctions en octobre dernier en raison de sa candidature à la présidence de cette institution financière. Amadou Hott a également démissionné de ses fonctions d’Envoyé spécial du président de la Bad chargé de l’Alliance pour l’infrastructure verte enAfrique. Selon le magazine économique et financier «Financial Afrik», le Béninois Romuald Wadagni, le Tchadien Abbas Mahamat Tolli etle Zambien Samuel Maimbo sont également candidats.
Et la dernière candidature annoncée est celle du Mauritanien Sidi Ould Tah, actuel président de la Banque arabe pour le développement en Afrique (Badea). D’ailleurs, c’est une candidature qui pourrait faire la différence, car aucune candidature des pays d’Afrique du Nord ne se profile, alors qu’ils représentent plus de 20% des droits de vote. Mieux, Ould Tah est soutenu officiellement par le Président de la Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, qui est un atout fort pour sa candidature. Le pays des Eléphants représente 3, 6% des votes et se trouve parmi les 20 pays qui ont le plus de pouvoir de vote.
Amorcer la rupture ou assurer la continuité ?
Pour cette élection, deux logiques s’affrontent : faire dans la continuité de l’action de Adesina (réélu en 2020, mais très controversé parce qu’accusé de népotisme, et ayant même fait l’objet d’une enquête). C’est dans ce camp que se situent Amadou Hott ou le Zambien Samuel Munzele Maimbo qui est vice-président de la Bad en charge du budget. Or, cette proximité avec l’actuel président Adesina pourrait, selon Jeune Afrique, «lui porter préjudice auprès des actionnaires non régionaux», même si elle ne semble pas affecter son image auprès des pays africains. En effet, est-ce de bon ton d’être perçu comme le continuateur de l’œuvre de quelqu’un dont le mandat a été jugé peu reluisant et fortement décrié par la Société civile africaine, qui lui reproche de trop miser sur l’investissement privé ?
Et de l’autre côté, il y a les partisans d’une rupture, comme le Tchadien Mahamat Abbas Tolli très soutenu par les pays de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) et par la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac). L’ancien Gouverneur de la Banque des Etats de l’Afrique centrale (Beac) a réussi à fédérer toute l’Afrique centrale autour de sa candidature. D’ailleurs, le Cameroun a officiellement renoncé à présenter un candidat pour la présidence de la Bad, se rangeant derrière la candidature du Tchadien. En effet, dans l’impossibilité de départager ses deux prétendants potentiels, l’économiste Albert Zeufack, directeur pays de laBanque mondiale, et Marie-LaureAkin-Olugbade, actuelle vice-présidente de la Bad, Yaoundé a choisi de respecter son engagement régional en faveur de Abbas Tolli.
Enfin, Hott aura aussi à faire face à Samuel Munzele Maimbo, qui bénéficie déjà de soutiens conséquents. Jeune Afrique révèle que le Zambien, vice-président à la Banque mondiale, est soutenu par «près de la moitié des pays du continent» grâce aux appuis de la Communauté de développement d’Afrique australe (Sadc) et du Marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa). Il se dit que son passé de directeur de Cabinet de David Malpass, l’ex-président de la Banque mondiale proche de Donald Trump, pourrait également peser dans la balance, les Etats-Unis étant le deuxième actionnaire de la Bad avec 6, 5% de pouvoir de vote.
Obtenir la double majorité des actionnai- res africains et des actionnaires non afri- cains pour passer
Pour remporter cette élection stratégique, les règles sont précises : le futur président devra obtenir une double majorité.Il lui faudra convaincre à la fois les actionnaires africains, qui détiennent 60% des droits de vote, et les actionnaires non régionaux, principalement occidentaux, qui contrôlent les 40% restants. Côté africain, le Nigeria pèse très fortement avec presque 8, 6% des voix, derrière l’Egypte 6, 5% et l’Algérie qui pèse environ 5%, tout comme l’Afrique du Sud, la Côte d’Ivoire représentant, elle, 3, 6%. Parmi les bailleurs non régionaux, on retrouve les Etats-Unis qui représentent 6, 5%, le Japon qui possède 5% des droits de vote, l’Allemagne qui a 4, 1% de l’actionnariat, la France n’étant pas dans les 10 premiers actionnaires de référence, avec seulement 3, 7% des droits de vote
C’est dire que cette élection s’annonce complexe et le jeu des alliances n’est pas pour l’heure favorable au candidat sénégalais. En effet, là où les institutions sousrégionales du Centre et du Sud de l’Afrique font bloc derrière le candidat issu de leurs rangs, Amadou Hott devra faire face au Mauritanien soutenu par Ouattara, le puissant parrain de la zone Cedeao.
L’autre argument qui ne milite pas en faveur du Sénégalais est le «principe de la rotation» dans les institutions régionales et/ou internationales. En effet, il est de bon ton, après 10 ans de gouvernance d’un ressortissant d’un pays de l’Afrique de l’Ouest, de se tourner vers d’autres régions africaines. Donc les pays membres de l’Afrique centrale ou australe vont forcément souhaiter que le poste soit pourvu par une personnalité hors de la région ouest-africaine.
«Gros calibre» a effectivement un gros morceau
Elire Amadou Hott est une tâche ardue, un défi immense. Toutefois, il est loisible de se demander si notre diplomatie, avec à sa tête la ministre «Gros calibre», est capable de fédérer les Africains et même les non-Africains à la candidature du Sénégalais. «Gros calibre» a effectivement un gros morceau pour prouver qu’elle est à la hauteur des ambitions diplomatiques du Sénégal ; même si beaucoup en doutent. En effet, le Sénégal, pays en «ruines» et «sans marges de manœuvre budgétaire et financière», est devenu un pays isolé et sans influence. Déjà, personne n’est en mesure de dire si nos voisins immédiats (Mali, Guinée, GuinéeBissau, Gambie) apporteront leur soutien à Hott. Comme dans le domaine de la communication, une bonne communication interne (diplomatie de bon voisinage) a des effets positifs sur la communication externe (conquête de l’Afrique et de la présidence de la Bad). Si une bonne diplomatie de voisinage existait dans nos rapports avec eux, ces mêmes voisins ne seraient pas les fossoyeurs de nos ambitions africaines. La visite du Premier ministre en Mauritanie, suivie de l’envoi d’un émissaire mauritanien auprès du président Diomaye, sonne comme un désaveu du voyage de Sonko. L’on se rappelle que l’actuel Premier ministre avait fustigé l’accord de partage de la production du champ gazier de Gta. Il trouvait que ledit accord était en défaveur du Sénégal et promettait d’y revenir une fois au pouvoir, non sans dire que «ceux qui parlent de rapport de bon voisinage sont des hypocrites».En janvier 2017, lors de l’élection du président de la Commission de l’Union africaine, le candidat sénégalais Abdoulaye Bathily n’avait même pas reçu le soutien des voisins. En tout cas, le Sénégal n’a même pas pu obtenir tous les votes des pays de la Cedeao.
De plus, le Sénégal pourrait-il battre le candidat soutenu par ADO et la Côte d’Ivoire qui pèse 16 mille milliards de budget pour 2025 avec une balance commerciale excédentaire, première producteur de cacao et deuxième en café ? Non sans oublier que Birame Soulèye Diop, actuel ministre de l’Energie, alors opposant, avait créé un incident diplomatique en accusant le Président Ouattara d’avoir fait assassiner son successeur désigné, Amadou Gon Coulibaly. Les populistes ne règlent pas les problèmes, ils en créent d’autres pour cacher leur incompétence.