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29 août 2025
LE PREMIER MINISTRE DE RETOUR
Macky Sall a fait part mercredi de sa volonté d’initier une révision de la Constitution en vue de la restauration du poste du chef du gouvernement supprimé en mai 2019, afin dit-il, de requalifier les rapports entre l’exécutif et le législatif
Le président de la République Macky Sall a fait part mercredi de sa volonté d’initier une révision de la Constitution en vue de la restauration du poste de Premier ministre, supprimé en mai 2019, a appris l’APS de source officielle, mercredi soir.
‘’Le président de la République a (…) informé le Conseil [des ministres], de sa volonté d’initier une révision de la Constitution en vue de l’instauration du poste de Premier Ministre’’, indique le communiqué ayant sanctionné cette rencontre hebdomadaire du gouvernement.
‘’Cette restauration, qui vient ainsi adapter l’organisation du pouvoir exécutif à un nouvel environnement économique et socio-politique, s’accompagne d’une nécessaire requalification des rapports entre l’exécutif et le législatif, notamment la réintroduction de la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale et le pouvoir de dissolution de celle-ci dévolu au président de la République’’, explique le texte.
Le président Macky Sall avait promulgué, le mardi 14 mai 2019, la loi supprimant le poste de Premier ministre, après une réforme largement adoptée par les députés, le 4 mai de la même année.
La veille, le Premier ministre Mahammed Boun Abdallah Dionne avait remis sa démission et celle de toute son équipe au président Macky Sall, conformément à la Constitution du Sénégal.
Sous le président Léopold Senghor, qui avait dirigé le Sénégal de 1960 à 1980, le poste de Premier ministre avait été supprimé entre 1963 et 1970. Son successeur Abdou Diouf s’en était également passé entre 1983 et 1991.
PAR Jean-Claude Djéréké
POURQUOI LA RUSSIE N’EST PAS L’ENNEMIE DES AFRICAINS
EXCLUSIF SENEPLUS - La France répète à l’envi que la présence russe en Centrafrique et au Mali n’est pas désintéressée. Mais les Bolloré, Bouygues, Areva, Total, Orange et autres travaillent-ils en Afrique gratis pro Deo ?
Ces derniers mois, le gouvernement français et les médias qui sont à sa solde ont eu des mots extrêmement durs à l’endroit de Vladimir Poutine. Ce dernier est accusé, entre autres, de déstabiliser le Mali et d’être de mèche avec le groupe de sécurité russe Wagner dont les membres seraient, selon eux, des mercenaires intéressés par les richesses minières du pays. Pourquoi la France s’en prend-elle au président russe ? Qu’est-ce qui a poussé les Maliens à se tourner vers les Russes ? Est-ce la première fois que le Mali tisse des liens avec la Russie ?
Pourquoi la France attaque-t-elle la Russie ?
Les attaques de la France contre Poutine ne sont pas nouvelles. Le 2 novembre 2018 déjà, Jean Yves Le Drian, chef de la diplomatie française, estimait que la Russie “utilisait potentiellement les difficultés du peuple centrafricain pour s’implanter dans un continent où il y aurait des ambitions voilées”. À l’ouverture du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique (5 novembre 2018), Florence Parly, ministre des Armées, renchérissait en affirmant que “toute manipulation intéressée de puissance opportuniste serait inepte et indigne”. La France, au nez et à la barbe de qui les djihadistes massacrent chaque jour des civils et militaires maliens, s’est-elle montrée plus digne ? Est-elle fière du fait que la ville de Kidal (dans le Nord) échappe à l’autorité de l’État malien depuis 2013 malgré l’aide en logistique et en renseignements fournie aux Français par les Américains ? Les Maliens savent aujourd’hui qui est le vrai opportuniste et qui est leur vrai ami. Pour eux, la France s’attaque à Poutine parce qu’elle a peur d’être remplacée au Mali par la Russie dont la loyauté, l’efficacité et la fermeté à l’égard des terroristes ont été suffisamment démontrées en Tchétchénie et en Syrie, parce que le coup de Faustin-Archange Touadéra lui est resté en travers de la gorge. Et pourtant, qui faut-il blâmer si la population malienne doute de plus en plus de la capacité de la force française à venir à bout des terroristes et à soutenir les soldats maliens sur le terrain ?
À qui la faute ?
La France ne doit s’en prendre qu’à elle-même. Pourquoi ? N’oublions pas que l’arrivée des terroristes dans la zone sahélienne (Mali, Niger, Burkina, Mauritanie, Tchad) est une conséquence de la destruction de la Libye en 2011. Or qui était à la tête de la croisade contre “le grand dictateur” ? Qui prétendait que l’ONU devait impérativement protéger une population que Mouammar Kadhafi serait en train d’exterminer ? Qui voulait faire de la Libye un pays démocratique ? Nicolas Sarkozy est celui qui a causé tout ce chaos. C’est donc lui qui mérite d’être insulté et condamné, et non Assimi Goïta ou Choguel Maïga. C’est lui qui menaça de tirer sur l’avion des chefs d’État africains si ces derniers s’obstinaient à se rendre à Tripoli pour discuter avec Kadhafi que le même Sarkozy avait reçu en grande pompe à l’Élysée 4 ans plus tôt.
L’opération militaire française Serval (janvier 2013-juillet 2014) fut saluée par les Maliens parce qu’elle empêcha les djihadistes de s’emparer de Bamako et de créer un califat dans le Nord malien. Pour certains hommes politiques français comme Jean-Luc Mélenchon de “La France insoumise”, la France aurait dû quitter le pays après juillet 2014. Au lieu de cela, elle s’installa mais en faisant autre chose (pillage du sol et du sous-sol maliens) que combattre les terroristes qui, eux, n’avaient pas arrêté de tuer civils et militaires maliens, si l’on se fie aux confidences de plusieurs Maliens. Je crois que c’est de là qu’est venu le désamour entre le Mali et la France. Que devaient faire les autorités maliennes dans cette situation ? Demander le soutien des peureux et lâches dirigeants de la CEDEAO qui montrent crise après crise qu’ils sont soumis à l’Occident ? Continuer à compter sur cet “ami” qui se plaît à rappeler fréquemment ses liens historiques et linguistiques avec ses ex-colonies mais qui ne se gêna point pour dévaluer le franc CFA en janvier 1994, boycotter les obsèques officielles de Léopold Sédar Senghor en décembre 2001 et bombarder la résidence présidentielle construite par Félix Houphouët-Boigny en avril 2011 ? C’eût été suicidaire et irresponsable. Alors, le Mali, dont plusieurs soldats ont été formés dans l’ex-URSS, se souvint qu’il pouvait avoir recours à la Russie comme il sollicita l’aide soviétique dans les années 60 et 70.
La relation russo-malienne est ancienne
Pendant la guerre froide, en effet, l’ex-URSS avait noué une coopération militaire, culturelle et minière avec le régime panafricaniste et anti-occidental de Bamako. C’est l’effondrement de l’URSS en 1991 qui mit fin à cette coopération.
La France répète à l’envi que la présence russe en Centrafrique et au Mali n’est pas désintéressée. Mais les Bolloré, Bouygues, Areva, Total, Orange et autres travaillent-ils en Afrique gratis pro Deo ? Ces entreprises françaises ont-elles fait de Niamey, Brazzaville, Libreville et Bamako des villes aussi belles que Dubaï ? Certes, des métaux rares tels que les dérivés du nickel ou du cobalt intéressent les géants russes et l’Afrique est un vivier de ressources agricoles et alimentaires pour la Russie mais les Russes seront moins gourmands que les Français parce qu’ils possèdent d’immenses ressources naturelles (plus de 20 % des stocks mondiaux).
Ceux qui craignent une colonisation du Mali par la Russie devraient apprendre que les Soviétiques n’ont jamais eu de colonie en Afrique, qu’ils ont plutôt contribué à la décoloniation du continent en apportant un soutien économique et militaire massif à des mouvements de libération tels que le FLN (Algérie), le MPLA (Angola), le FRELIMO (Mozambique), l’ANC (Afrique du Sud), la SWAPO (Namibie), etc.
La France n’est pas en Afrique pour notre bien, pour que nous nous développions, pour que nous menions une vie digne et décente. Elle y est et elle s’y accroche comme une sangsue à cause de nos matières premières. Et elle a prouvé en Côte d’Ivoire en avril 2011 qu’elle était prête à tout pour défendre ses intérêts. C’est pourquoi à l’argument des liens historiques qui existeraient entre la France et ses anciennes colonies devrait succéder la doctrine du Britannique Henry John Temple alias Lord Palmerston : “Nous n'avons pas d'alliés éternels et nous n'avons pas d'ennemis perpétuels. Nos intérêts sont éternels et perpétuels, et il est de notre devoir de suivre ces intérêts.” Aujourd’hui, la seule question qui vaille la peine d’être posée est celle-ci : Quels sont nos intérêts et qui peut nous aider à mieux les défendre tout en respectant notre souveraineté ?
La France, qui dénigre la Russie et essaie de monter les Africains contre elle, se comporte en réalité comme un proxénète qui, après avoir mis une jeune fille sur le trottoir, la met en garde contre tout honnête homme qui voudrait la délivrer des actes nocifs de ce criminel souteneur. Les Maliens sont assez grands et assez sages pour savoir ce qu’ils peuvent faire ou non avec les Russes. Qu’il s’agisse de la rencontre de Sotchi (23-24 octobre 2019) à laquelle participèrent une trentaine de dirigeants africains ou qu’il s’agisse de l’aide militaire de la Russie à la République centrafricaine et au Mali, les actions de l’homme fort de Moscou portent le même message. Ce message peut être formulé de la manière suivante : “Depuis 5 siècles, la France est présente dans vos pays. Cette présence a-t-elle positivement impacté vos vies ? Vous a-t-elle fait avancer ? A-t-elle fait de vous des peuples libres, forts et respectés ? Si la réponse est NON, le moment n’est-il pas venu de regarder ailleurs, d’essayer un autre remède ?”
LES DEUX VISAGES DE MACKY SALL
Le Président de la République fait, chez lui, l’objet de critiques acerbes de la part de l’opposition et des pourfendeurs de son régime. Mais à l’étranger, il jouit d’une image d’exception qui tranche avec celle de beaucoup de ses homologues africains
Pour le président Macky Sall, les accusations de dictature à l’interne font face au statut de démocrate érigé à l’étranger. Une double image et une perception différente ici et ailleurs, que des spécialistes analysent avec L’Observateur.
Nul n’est prophète chez soi. Pour Macky Sall, chef de l’Etat du Sénégal depuis 2012, l’adage est une vérité admise. Il lui va comme un grand boubou présidentiel. Taxé de tyran qui foule aux pieds la Constitution, embastille son opposition avec une justice aux ordres, dilapide l’argent public… le Président Macky Sall fait, au Sénégal, l’objet de critiques les plus acerbes par l’opposition politique et les pourfendeurs de son régime. Mais à l’étranger, le chef de l’Etat jouit d’une image d’exception qui tranche avec celle de beaucoup de ses homologues africains. Sur le Continent, en Europe comme en Amérique, le Président sénégalais, perçu comme un chantre de la démocratie, est célébré par plusieurs prix. Il est vu comme un leader prônant des valeurs de respect des droits de l’homme et de la Constitution. L’illustration, la dernière en date, vient du Secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, en visite au Sénégal les 19 et 20 novembre dernier. S’exprimant lors d’une conférence de presse conjointe avec la ministre des Affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Aïssata Tall Sall, Blinken a applaudi la démocratie sénégalaise et tressé des lauriers à Macky Sall, qu’il décrit comme «un leader fort». «Je sais que le Président Macky Sall a beaucoup foi en la Constitution de son pays. Et, je suis sûr que c’est ça qu’il a en tête en menant la démocratie sénégalaise», dit-il. Allant plus loin, le chef de la diplomatie américaine souligne que le Sénégal a un rôle clé à jouer, parce qu’étant une démocratie forte, avec une tradition d’institution et un leadership qui peuvent porter le drapeau démocratique, dans la région et, au delà en l’Afrique. «La présidence de l’Union africaine (Ua) par le Sénégal, l’année prochaine, c’est un moment très important parce que justement en ce moment, nous avons ces défis qui s’annoncent au Sahel, nous voyons en Ethiopie, au Soudan et autres, des reculs», confie Blinken. Une double image et une différence de perception du Président sénégalais qui s’explique aisément, selon beaucoup de spécialistes en relations internationales.
«L’appréciation dépend du camp où on se situe»
Aly Fary Ndiaye en est un. Pour ce géopolitologue et spécialiste des questions américaines, cette perception du Président sénégalais, par les Usa par exemple, va au delà de Macky Sall. «Les Américains se basent sur des positions de principe, le choix du Sénégal dépasse la personne du Président Macky Sall. Du temps de Léopold Sédar Senghor, le Président Carter était venu, Clinton est venu sous Abdou Diouf, Bush est venu sous Abdoulaye Wade et Obama est venu sous Macky Sall. Donc, c’est l’historique et les ressorts de la démocratie sénégalaise qui sont considérés par l’administration américaine comme quelque chose de solide, et c’est cette image qu’ils veulent encourager et donner en exemple à l’Afrique», explique Aly fary Ndiaye. Il s’y ajoute, selon le géopolitologue, que le Sénégal reste l’un des pays les plus stables d’Afrique, qui n’a jamais connu de guerre civile ni de coups d’Etat, avec une presse libre et démocratique. «Le Sénégal respecte tous les critères de ce que Freedom house (Ong financée par le gouvernement américain et basée à Washington, qui étudie l'étendue de la démocratie dans le monde) définit comme une démocratie parfaite, et c’est à l’avantage du Président Macky Sall qui passe pour un leader fort, et fait croire que le Sénégal est un pays stable. Mais l’appréciation dépend du camp où on se situe.» Analyste géopolitique et communicant politique, Régis Hounkpé indique qu’avant de parler de Macky Sall, il faut reconnaître, surtout en ces temps instables dans la sous-région ouest-africaine émaillés de coups d'Etat constitutionnels et militaires, que le Sénégal fait figure de modèle. «Le pays est l'un des rares sur le continent africain à n'avoir jamais connu de coup d'Etat militaire. Certes, les élections sont souvent chahutées, avec parfois des troubles graves, mais il y a une forme de mesure et de limites indépassables au Sénégal. Je présume que cette "exception sénégalaise" profite au Président Sall qui est perçu comme un démocrate par les chancelleries occidentales», soutient-il.
«La perception du Sénégal à l'étranger tient au moins en trois raisons»
Selon Régis Hounkpé, le Président Sall a tout intérêt à se présenter comme le garant du modèle démocratique sénégalais, à l’intérieur du pays comme à l’international. «Ceci dit, la perception du Sénégal à l'étranger tient au moins en trois raisons : l'absence de coups d'Etat dans l'histoire du pays, la vitalité de sa jeunesse et de sa société civile et surtout le professionnalisme de son Armée. L'Armée sénégalaise jouit d'une excellente réputation : républicaine et compétente. Il ne faut pas oublier le rôle modérateur des confréries religieuses qui complète ces indicateurs d'un pays à part, dans une Afrique de l'Ouest instable. Le Président Sall dispose de fait d'un capital symbolique et réel à fructifier», constate Régis Hounkpé. Seulement, comme l’a signalé Aly Fary Ndiaye, l’appréciation dépend du camp où l’on se trouve. Cette perception flatteuse du Président Macky Sall par l’étranger n’est clairement pas partagée par l’opposition sénégalaise, pour laquelle Macky Sall est tout le contraire d’un démocrate. «Evidemment, la perception au niveau national est sujette au contexte politique des crises sociales, des campagnes préélectorales et des dérives que les oppositions perçoivent comme telles, attentatoires à l'expression de la démocratie sénégalaise, explique M. Hounkpé. Pour ses opposants, il représente justement le fossoyeur du modèle sénégalais. C'est une question de perception et de représentation.» Aly Fary Ndiaye d’ajouter : «Force est de reconnaître que tous les chefs d’Etat ne vivent que de l’image de leur pays à l’étranger. A l’étranger, on voit le Sénégal comme une démocratie parfaite, mais l’aspect qui ne pourrait pas convenir à l’opposition, c’est quand Antony Blinken parle du Président Macky Sall comme un leader fort, parce qu’un leader n’est fort que de la force de ses institutions républicaines.»
Le pétrole, un sommet afro-américain en gestation…, ces non-dits
Toutefois, cet ‘’avis favorable’’ attribué au Sénégal par les dirigeants étrangers ne serait pas totalement gratuit et désintéressé. «La diplomatie, ce n'est pas de la philanthropie, souligne Régis Hounkpé. C'est bien la défense d’intérêts stratégiques et en cela, les dirigeants occidentaux, et même russes, chinois, turcs s'adaptent aux pouvoirs en place.» Pour sa part, Aly Fary Ndiaye rappelle que le Président Macky Sall va diriger l’Union africaine à partir de 2022. «Et depuis un certain temps, on débat à Washington sur la possibilité d’organiser un sommet entre les chefs d’Etats africains et le Président Joe Biden, donc un sommet afro-américain pour réparer les dégâts que l’administration Trump et ses secrétaires d’Etat ont eu à faire vis-à-vis de l’Afrique. Ils pensent qu’en ayant le Président Macky Sall comme allié stratégique, ils peuvent avoir un interlocuteur privilégié qui pourra faciliter et organiser le processus de ces rencontres entre les Etats africains et l’administration Biden.» Et suivant le spécialiste en relations internationales, cette perception n’est pas gratuite parce qu’au delà des aspects démocratiques, la diplomatie est liée aux questions militaires et économiques stratégiques. «Le Sénégal est un pays pétrolier, au delà de sa position stratégique, et tout le monde peut constater les compétitions entre les grandes firmes américaines et chinoises dans la quête du contrôle de l’exploitation du pétrole. Ces éléments entrent en jeu et encouragent l’administration américaine à essayer de peser de son poids pour que les compagnies américaines puissent bénéficier de ce marché juteux.»
Et pour la question image, le Président Macky Sall redore la sienne et peut se glorifier. Car, explique l’enseignant en Géopolitique, Régis Hounkpé, il y a toujours chez les présidents africains cette quête permanente de légitimité permanente. «Et cela passe parfois par les services d'agences de communication aux honoraires absurdes, ou par une diplomatie active. Le Président Sall qui prendra la présidence en exercice de l'Union africaine pour la période 2022-2023 doit montrer des signes de leadership démocratique et cela commence par sa gouvernance nationale. Il sera bientôt sur la scène internationale, parlera et agira pour le continent. De toute évidence, tout ce qui se passe à Dakar sera scruté, apprécié ou critiqué», souligne-t-il. Le Sénégal apparaît aujourd’hui comme l’une des démocraties francophones les plus stables et constitue une plante entourée par un désert en Afrique de l’ouest, estime Aly Fary Ndiaye, et le Président Macky Sall devrait en tirer des leçons. «C’est sûrement une fierté pour lui et doit être vu comme un encouragement dans la consolidation de la démocratie, mais cela doit aussi le pousser dans le sens du respect des engagements démocratiques, des mandats présidentiels et accepter le renouvellement des élites de manière permanente, c’est la leçon qu’il devrait en tirer. Laisser un héritage plus important que de se pérenniser au pouvoir», avise Aly Fary Ndiaye.
THIERNO BOCOUM, ENTRE LE MARTEAU DU POUVOIR ET L'ENCLUME DE L'OPPOSITION
Le président de l’alliance Agir dérange-t-il ? Et qui lui en voudrait à ce point ? S’il n’est pas encore un véritable poids lourd de l’opposition, sa voix et son positionnement intransigeant dérangent
Qui cherche à nuire à l’opposant Thierno Bocoum, le président de l’alliance Agir ? En quelques jours, deux cabales successives l’ont visé. Lui y voit la main de rivaux en politique, sans départager majorité et opposition…
Après avoir été longtemps le lieutenant d’Idrissa Seck (aujourd’hui président du Conseil économique, social et environnemental) et avoir fondé à ses côtés le parti Rewmi, l’ancien député Thierno Bocoum, 45 ans, est aujourd’hui à la tête de l’Alliance générationnelle pour les intérêts de la République (Agir).
Ces derniers jours, alors qu’il prenait ses distances avec les deux principales coalitions de l’opposition en vue des élections locales de janvier 2022, ce quadragénaire a été pris en tenailles par deux cabales successives : l’une lui reprochant d’avoir perçu 200 millions de francs CFA [environ 305 000 euros] du régime de Macky Sall, l’autre l’accusant d’avoir sacrifié son propre fils, mort accidentellement en 2014 alors qu’il n’avait que 2 ans.
Thierno Bocoum dérange-t-il ? Et qui lui en voudrait à ce point ? S’il n’est pas encore un véritable poids lourd de l’opposition, sa voix et son positionnement intransigeant dérangent. « Nous avons dénoncé le fait que l’on n’ait pas donné la chance à un large rassemblement de l’opposition. Cette dispersion dans nos rangs est une très mauvaise chose », déclare-t-il à JA.
« Agir a décidé de rester concentrée sur sa première option : rallier la coalition de l’opposition la mieux placée dans chaque localité, ajoute-t-il. Les candidats s’efforceront de mutualiser leurs forces, notamment pour le versement de la caution. Tout sauf Benno Bokk Yakaar’ [la coalition présidentielle] est notre mot d’ordre, à condition de ne pas entériner une quelconque division de l’opposition. »
Jeune Afrique : En quelques jours, vous avez été mis en cause dans deux affaires distinctes et graves : que vous a-t-on reproché au juste et qui étaient, selon vous, les personnes à l’origine de ces accusations ?
Le choix des femmes et des hommes pour occuper les postes judiciaires ne doit à vrai dire obéir qu'à ces trois impératifs, forcément cumulatifs: probité, indépendance et compétence
« La justice n'habite jamais les âmes où l'ambition demeure » El Hadji Ibrahima SALL , Demain, la République, p. 54
Les 7 et 8 août passés, les magistrats sénégalais se sont réunis en assemblée générale annuelle, pour se pencher sur les problèmes de leur corps et renouveler le bureau de leur association. Les débats organisés au cours de cette rencontre ont encore été l'occasion pour nous, de soulever la question fondamentale de l'indépendance de la justice à travers l'indispensable réforme du Conseil Supérieur de la Magistrature (C.S.M.) qui est l'instance constitutionnelle chargée de garantir cette indépendance. Cette position soutenue et réitérée depuis une dizaine d'années au sein des instances internes de l'Union des Magistrats Sénégalais (U.M.S.) ne semble pas avoir reçu d'écho favorable dans la magistrature. Elle mérite dès lors d'être portée devant le peuple au nom duquel la justice est rendue et auquel appartient les choix fondamentaux de notre démocratie.
La réforme du CSM reste en effet un enjeu crucial, surtout par rapport aux éventuels risques d'immixtion du pouvoir exécutif dans la nomination des magistrats et partant de sa mainmise sur les postes clés du système judiciaire. Comme beaucoup de magistrats mais aussi d'observateurs avertis du milieu judiciaire, nous pensons que le CSM, dans sa composition actuelle par les seuls magistrats et le pouvoir exécutif, n'est pas de nature à lui permettre de s'imposer avec une légitimité et une crédibilité suffisantes pour remplir son rôle de garant de l'indépendance de la justice. Il n'est pas en effet assez représentatif des différents segments de la magistrature, mais aussi du corps social pour remplir sa mission constitutionnelle dans toute sa plénitude. Une réforme en profondeur s'impose, pour la pérennité même de l'institution judiciaire. Chacun doit en être conscient.
L'importance de la justice, sa place centrale dans notre démocratie et le rôle essentiel qu'elle joue dans l'équilibre de la société ne saurait être discutée. Il n'y a pas de démocratie, de liberté ni d'équité si la justice n'est pas libre. C'est pourquoi l'indépendance de la justice, c'est à dire l'absence de toute soumission des magistrats à des pouvoirs extérieurs dans l'exercice de leur fonction juridictionnelle doit être une constante préoccupation. Cette nécessité est solennellement proclamée par la Constitution qui dispose en son article 88 que «le pouvoir judiciaire est indépendant du pouvoir législatif et du pouvoir exécutif...».
Seulement, on constate que la justice sénégalaise, jusque-là assez discrète, occupe depuis quelques années le devant de la scène à cause du traitement par les magistrats de certaines affaires médiatisées. D'une justice respectée et même idéalisée, incarnée par d'illustres magistrats, connus au-delà de nos frontières, nous assistons actuellement à une justice décriée, qui ne manifeste selon ses détracteurs, aucune réelle indépendance à l'égard de l'autorité politique. Et pour ne rien arranger, c'est au sein de la famille judiciaire que les diatribes fusent, car certains avocats n'hésitent plus à parler publiquement d'une justice partiale voire instrumentalisée, ce qui alimente un climat devenu délétère qui engendre parfois un sentiment de méfiance voire de suspicion des justiciables. Toujours est-il que ces critiques faites, de plus ou moins bonne foi, doivent interpeller la magistrature qui, malgré la qualité indéniable des femmes et des hommes qui l'incarnent, gagnerait à sortir davantage de l'enfermement. Surtout au moment où le système judiciaire est confronté à de nouveaux défis inhérents à une société en pleine mutation, et d'une internationalisation de la justice.
Pour notre part, la réforme du CSM que nous appelons de tous nos vœux aura principalement pour but de limiter l'immixtion du pouvoir politique dans l'exercice du pouvoir judiciaire en garantissant par la présence de représentants du peuple, la transparence dans la gestion des carrières des magistrats. Mais, si nous décidons d'apporter notre modeste contribution, c'est surtout pour susciter un débat sur les mesures à prendre pour renforcer cet organe constitutionnel fondamental. Précisément, il s'agira de faire des propositions pratiques et concrètes par rapport à sa composition et son fonctionnement pour qu'il acquiert la crédibilité et l'autorité indispensables à la survie même de l'institution judiciaire. Le degré d'indépendance des magistrats et leur impartialité ne se mesurent en effet qu'à l'aune des garanties statutaires protégées par le CSM.
Le Conseil Supérieur de la Magistrature a été institué par l'ordonnance n°60.16 du 3 septembre 1960, modifiée par la loi organique n°92.26 du 30 mai 1992. Il intervient essentiellement à deux moments de la carrière du magistrat: lors des nominations et en cas de poursuites disciplinaires. Il est aussi associé à l'exercice du droit de grâce. Mais dans le cadre de la présente contribution, seuls la composition et le fonctionnement du conseil seront abordés.
Actuellement, le CSM est théoriquement composé de dix-neuf membres: le président de la République, qui en est le président, le ministre de la justice, vice-président, le premier président et le procureur général près la Cour Suprême, les premiers présidents et procureurs généraux des six Cours d'appel et les trois magistrats élus par leurs pairs et qui représentent les différents collèges de la magistrature : deuxième grade, premier grade et hors hiérarchie. Mais, à cause du non fonctionnement des Cours d'appel de Ziguinchor et de Tambacounda, le Conseil n'est actuellement composé que de quinze membres. En regardant de près cette composition, il sera aisé de remarquer une sur-représentativité de «hauts magistrats» car les présidents et les procureurs généraux des Hautes Cours représentent théoriquement 14 des 17 des magistrats siégeant au Conseil. En outre, puisque l'un des trois membres élus appartient au collège des magistrats hors hiérarchie, cette catégorie qui constitue moins de 10% de l'effectif des magistrats, représente paradoxalement près de 90% des membres du Conseil supérieur. Il y a donc lieu de corriger cet important déséquilibre en renforçant la démocratisation du CSM, dont tous les membres magistrats doivent être élus par leurs pairs à l'exception du premier président et du procureur général près la Cour Suprême. Ainsi, chaque collège élira deux représentants, tout en respectant cependant la double parité homme/femme et siège/parquet. De manière à ce qu'on retrouve, parmi les six magistrats élus, trois femmes et trois hommes, en même temps que trois magistrats du siège et trois magistrats du parquet.
Dans le même ordre d'idées, un poste sera réservé à l'Union des Magistrats du Sénégal (UMS), association professionnelle des magistrats. Avec cette démocratisation, la magistrature sera ainsi représentée par neuf membres dont sept élus par leurs pairs, si l'on tient compte du fait que les membres du bureau de l'UMS sont aussi élus par leurs collègues.
Mais la proposition phare, le cœur de la réforme proposée est sans doute son ouverture à des personnalités extérieures à la magistrature. En effet, dans toutes les grandes démocraties où un tel organe existe, la mixité, c'est à dire la présence de magistrats et de non magistrats est la règle. Ce consensus reflète selon M. Vincent Lamanda, ancien président de la Cour de Cassation française, «la conviction que l'indépendance du pouvoir judiciaire ne requiert pas l'auto gouvernement de la magistrature, que la justice rendue au nom du peuple...n'appartient pas aux seuls magistrats et que la composition du Conseil Supérieur de la Magistrature doit en témoigner». Cette mixité déjà effective, quoique timide dans les CSM de certains pays africains, est aussi de mise dans le Conseil Supérieur de la Cour des Comptes. En effet, celui-ci est composé du Président de la République, du ministre de l'économie et des finances et des magistrats, membres de droit ou élus, mais aussi de deux personnalités qualifiées n'exerçant pas de mandat électif, choisies par le Président de la République et le Président de l'Assemblée Nationale.
Il reste que cette ouverture du CSM est d'autant plus justifiée, que la composition actuelle, même avec l'intégration de trois magistrats élus par leurs pairs depuis 1992, n'a pas été de nature à limiter la mainmise de l’exécutif dans la gestion des carrières des magistrats. Nous pensons donc que, contrairement à la position de beaucoup de magistrats qui y voient une immixtion injustifiée dans la gestion de leur corps, «cet œil extérieur» constituera l'une des meilleures garanties contre le manque de transparence dans les nominations qu'ils ne cessent de dénoncer.
L'ouverture que nous préconisons est à la fois originale et révolutionnaire, car il y aura non seulement l'intégration de parlementaires et de personnalités qualifiées, mais surtout de personnalités provenant d'organisations suffisamment représentatives des grandes tendances du corps social. Ainsi, ces différentes personnalités extérieures pourront par leurs compétences respectives, la diversité de leur obédience politique, mais surtout leur indépendance, apporter une plus-value qui permettra au Conseil de renforcer sa légitimité, son autorité et son crédit. Au passage, le pouvoir judiciaire pourra tirer du contrôle permanent de ces représentants du peuple au nom duquel il rend la justice, une légitimité populaire qu'on lui reproche tant de manquer. A notre avis, ces personnalités doivent être les suivantes:
- deux députés: un désigné par la mouvance au pouvoir et un autre par le groupe parlementaire le plus représentatif de l'opposition;
- un avocat, membre du Conseil de l'ordre des avocats;
- un professeur titulaire de droit désigné par le Président de la République;
- une personnalité justifiant de compétences juridiques désignée par les organisations de la société civile;
- une personnalité désignée par la centrale syndicale la plus représentative.
Par ailleurs, il existe un débat récurrent sur l'implication dans cette instance du pouvoir judiciaire, du pouvoir exécutif et plus précisément du Président de la République et du ministre de la justice. Beaucoup pensent en effet que cette présence de l’exécutif s’accommoderait mal avec les exigences de la séparation des pouvoirs et d'indépendance du pouvoir judiciaire. Cependant, cette situation ne semble pas être en contradiction avec notre système constitutionnel qui fait du Président de la République, au regard des dispositions de l'article 42 de la Constitution, la clé de voûte des institutions en tant qu'il en assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier. Tout bien considéré, sa présence en tant que président du Conseil peut être difficilement occultée, surtout qu'elle reste symbolique. En revanche, c'est le rôle joué par le garde des sceaux qu'il faudra repenser, non pas pour revenir sur le principe de sa présence au Conseil, mais en lui retirant les prorogatives de maître d’œuvre qu'il faudra transférer à une structure autonome, dirigée par un magistrat. En somme, quand bien même l'exécutif restera toujours présent dans le CSM, son influence sera sensiblement réduite, car l'essentiel ne réside pas dans la séparation organique des pouvoirs, mais dans les garanties prévues pour leur indépendance. Et ces garanties seront surtout offertes par la diversité des personnalités siégeant au Conseil, lesquelles exerceront en son sein un constant contrôle citoyen qui limitera toute velléité d'interférence de l’exécutif sur le judiciaire. A cet égard, on peut relever que le Conseil français bien qu’il soit récemment déchargé de l’exécutif pour se conformer au modèle européen tracé par la Cour européenne des droits de l’Homme a fonctionné, dans un schéma quasi identique, de façon exemplaire.
La composition du Conseil étant ainsi précisé, qu'en sera-t-il de son fonctionnement?
Dans son fonctionnement actuel, le CSM intervient dans toutes les nominations des magistrats mais n'a ni l'initiative, ni un contrôle effectif sur ces nominations qui reste la chasse gardée du ministre de la justice. L'article 20 du décret 92.918 du 17 juin 1992 relatif au fonctionnement du CSM prévoit en effet que lorsqu'une nomination, une mutation ou un déplacement d'un magistrat est inscrit à l'ordre du jour d'une séance, le Garde des Sceaux adresse ses propositions au Conseil en y joignant les dossiers des intéressés.
Pour les nominations des magistrats, l'avis du Conseil est donné sur proposition du ministère de la justice après rapport d'un de ses membres. Dans la pratique, la réunion préalable communément appelée «pré-conseil» présidée par le ministre de la justice, ne donne lieu selon les confidences de certains membres du Conseil, à aucune discussion sérieuse sur le bien-fondé de ces propositions surtout au regard du temps très limité qui lui est consacré. En toute hypothèse, on peut valablement s'interroger sur l'implication de la direction des services judiciaires dans la procédure de nomination au regard de l'incohérence de certaines décisions. En effet, il n'est pas rare qu'il soit donné une entorse au statut des magistrats, par exemple, par le maintien dans une juridiction ou un ressort d'un magistrat plus gradé que celui qui vient d'en être nommé président ou procureur. En réalité cette réunion préliminaire et celle présidée par la suite par le Président de la République, ne sont que des instances d'enregistrement des propositions de nomination faites par le ministre de la justice qui passent comme lettre à la poste.
Il apparaît donc nécessaire de repenser le fonctionnement actuel du CSM, qui n'est manifestement pas de nature à exercer sa mission dans sa plénitude. Le choix des femmes et des hommes pour occuper les postes judiciaires ne doit à vrai dire obéir qu'à ces trois impératifs, forcément cumulatifs: probité, indépendance et compétence. En respectant, bien sûr, le critère sacré d'ancienneté.
Il apparaît par conséquent qu’il doit être mis en place une procédure transparente et démocratique qui aboutira à un mécanisme de choix qui aura pour ambition d'être incontestable.
La première mesure dans ce sens, est l'institution à l'instar de la France, d'un secrétariat général à la tête duquel se trouvera un magistrat ayant, de préférence une expérience au niveau de la direction des services judiciaires du ministère de la justice. Cette structure, qui constituera la cheville ouvrière du Conseil, recueillera avec la collaboration de la direction des services judiciaires, les profils exhaustifs de tous les magistrats, retraçant tout leur parcours professionnel, les diplômes obtenus, les différentes formations qu'ils ont effectuées et leur production scientifique le cas échéant. Sur ce dernier point, il y a lieu de regretter que les productions scientifiques des magistrats (thèses, ouvrages scientifiques, articles de doctrine...) ne soient pas prises en compte. En effet, il est possible comme c'est déjà le cas pour l'auditorat à la Cour Suprême, d'accorder à ces magistrats une bonification, entrant en ligne de compte pour l'ancienneté. Ce sera ainsi l'occasion pour la magistrature, d'encourager en son sein une saine émulation intellectuelle mais aussi de nourrir à la fois la doctrine et la jurisprudence jugées assez pauvres. Il est aussi possible de s'inspirer de l'enseignement en accordant une bonification aux magistrats servant pendant longtemps dans les zones reculées. Ceci pour compenser les inconvénients qui résultent de l'éloignement d'établissements hospitaliers ou d'enseignement de référence ou même parfois la séparation avec la famille.
Relativement à la nouvelle procédure à mettre en place, il s'agira d'abord de recenser périodiquement tous les postes à pourvoir dans l'ensemble des juridictions avant de lancer des appels à candidature par tous les moyens, de façon à ce que tous les magistrats soient informés à temps.
Ensuite, le secrétariat général recueillera toutes les candidatures aux postes à pourvoir, auxquelles il va joindre les dossiers des intéressés pour les présenter à la formation compétente du Conseil.
Ces candidatures ainsi recensés devront être présentées à une réunion préalable, présidée soit par le Premier Président de la Cour Suprême pour le choix des magistrats du siège, soit par le Procureur Général près la Cour Suprême pour celui des magistrats du parquet. Il va sans dire que ces deux formations se réuniront en présence de tous les membres du Conseil sauf le ministre de la justice qui va, en revanche, présider celle concernant la désignation des magistrats officiant au sein de l'administration centrale du ministère de la justice.
Ces réunions préalables seront l'occasion d'étudier les dossiers des candidats, de procéder le cas échéant à leur audition avant d'arrêter, après un premier arbitrage fondé sur des éléments objectifs, les propositions de nomination. Mais, pour plus de transparence, les projets de nomination devront être publiés pour permettre aux candidats n'ayant pas été retenus de formuler des observations qui y seront joints. Enfin, ce sera au cours d'une séance solennelle du CSM, tenue deux fois par an sous la présidence du Président de la République et en présence de tous ses membres, que ceux-ci vont délibérer en dernier ressort sur toutes les propositions de nominations et particulièrement sur les dossiers litigieux.
Au demeurant, cette procédure transparente et inclusive aura le double avantage de laisser aux magistrats la possibilité de faire des choix de carrière, mais aussi de mettre fin aux ressentiments des lendemains de Conseil.
Il serait utile, par ailleurs, pour limiter les appétits de carrière et mettre les magistrats à l'abri de toute influence, d'instaurer un mandat temporaire et unique pour les postes de chefs de juridiction (siège comme parquet), qui nous paraît devoir être de quatre ans.
Il apparaît donc clairement que si la justice compte toujours jouer son rôle de régulateur social, bénéficier de la confiance des justiciables, qu'ils soient demandeurs ou défendeurs, parties civiles ou prévenus, elle ne doit pas faillir à sa mission fondamentale d'une justice indépendante et impartiale, prenant ses décisions à l'abri de toute pression.
Cependant, le combat pour l'indépendance de la justice, essentiel pour la survie de notre démocratie, ne saurait être celui des seuls magistrats. En effet, chaque membre de la collectivité doit prendre conscience de l'importance de la justice non seulement en tant que potentiel justiciable, mais surtout parce que la manière dont la justice est rendue doit intéresser tout citoyen. L'indépendance de la justice n'est pas au service des magistrats, mais des citoyens.
Il faut enfin insister sur un point capital: la réforme du CSM ne sera possible que s'il y a une réelle volonté politique, seule capable de vaincre le statu quo. A cet égard, le point suivant du programme de campagne de l'actuel président de la République appelé «Macky 2012», sur les réformes institutionnelles à la page 25, a retenu notre attention: «Mis sous la tutelle du pouvoir exécutif, instrumentalisé par ce dernier et insuffisamment doté en ressources humaines et matérielles, le pouvoir judiciaire n'est pas toujours en mesure d'assurer pleinement ses missions dans l'impartialité et l'indépendance. Mettre fin à cet état de fait exige de renforcer l'indépendance du Conseil Supérieur de la Magistrature par sa composition, son organisation et par son fonctionnement.». Espérons que cette importante promesse n'a pas été oubliée pour que la justice continue d'assumer le devoir impérieux que lui assigne l’article 91 de la constitution qui dispose que « Le pouvoir judiciaire est gardien des droits et libertés définis par la Constitution et la loi.»
KABIROU MBODJ EN PARTANCE POUR LA PRISON
Le PDG de Wari est condamné mercredi par la troisième chambre correctionnelle du tribunal de Dakar à deux ans de prison dont six mois ferme pour abus de biens sociaux
Le PDG de Wari Kabirou Mbodj est condamné mercredi par la troisième chambre correctionnelle du tribunal de Dakar à deux ans de prison dont six mois ferme pour abus de biens sociaux. Il devra également payer 5 milliards FCfa à la partie adverse en guise de réparations. M. Mbodj était visé par une procédure judiciaire pour augmentation de capitaux et abus de biens sociaux présumés, par d’anciens associés.
ses avocats ont déclaré qu’ils vont interjeter appel pour, disent-ils, attaquer cette décision de « honte », selon leurs propres termes.
Au même moment, la partie civile, qui juge els 5 milliards de FCfa « dérisoires », décide également de faire appel sur les intérêts civils.
MACKY EST LE PRÉSIDENT LE PLUS VIOLENT DU SÉNÉGAL
Le leader de Pastef Ousmane Sonko réaffirme son opposition à la signature d'une charte de non-violence recommandée par la société civile face à la tension persistante dans le pays en perspective des locales
Suite aux sorties de certains hommes politiques, traitant Ousmane Sonko de violent, le leader du Pastef a tenu un point de presse aujourd’hui à son siège.
Ousmane Sonko a fait une brève historique sur la violence dont son parti est victime." La violence contre ma personne a débuté depuis ma radiation dans la fonction publique le 29 Août 2016".
Depuis lors, M. Sonko se dit être victime d’une violence perpétrée par le Président Macky Sall contre son parti et ses militants." Le 06 octobre 2018, lors d’un meeting à Keur Massar une de mes militantes a été sauvagement tuée. Jusqu’à ce jour, aucune enquête n’a été diligentée pour arrêter les coupables" déplore t-il.
Selon le leader du Pastef, cette violence, il l’a subie un peu partout lors de ses tournées politiques. " Les nervis payés et logés par Macky Sall se sont attaqués à ma caravane et la justice ne fait rien. Il est le Président le plus violent que le Sénégal ait jamais connu depuis l’indépendance", martèle t-il. Avant d’ajouter que le Président n’a jamais condamné une violence perpétrée contre sa personne.
Quant à la signature de la charte sur la non violence, M. Sonko a encore réitéré son propos. " Je ne signerai jamais cette charte. Les conséquences peuvent se retourner contre ma personne". D’ailleurs il se demande le bien fondé de cette charte.
Le leader du Pastef met toutefois en garde ceux qui veulent le mettre en mal avec les Sénégalais." La stratégie du chaos ne passera pas. La conquête du pouvoir se fait par la voie démocratique. Mais nous n’allons jamais nous rendre à Macky Sall, avec les mains et les pieds liés".
Pour terminer, Ousmane Sonko annonce la parution d’un troisième ouvrage coécrit, sur sa vision de la décentralisation.
LE SPECTRE DES ÉMEUTES DE MARS HANTE TOUJOURS LES ESPRITS
Si ce n’est pas des religieux, ce sont des politiques ou des organisations de la société civile qui sortent de leur réserve pour attirer l’attention des uns et des autres sur la nécessité de pacifier l’espace public
Qu’est-ce qui peut justifier l’appel incessant à la paix des forces vives de la nation ? Si ce n’est pas des religieux, ce sont des politiques ou des organisations de la société civile qui sortent de leur réserve pour attirer l’attention des uns et des autres sur la nécessité de pacifier l’espace public. A y regarder de près, les évènements de mars 2021 hantent toujours les esprits. Surtout avec les tensions politiques ambiantes deux mois des élections locales.
Plus jamais les évènements de mars 2021 ayant fait une dizaine de morts et de nombreux blessés un peu partout dans le pays ! Ces émeutes nées d’une affaire de viol présumé impliquant l’opposant Ousmane Sonko ont fait vaciller l’actuel régime. Elles renseignent aussi sur la nécessité de prévenir les conflits au Séné- gal. C’est certainement la raison pour laquelle de nombreuses organisations ont pris leur bâton de pèlerin pour sensibiliser les uns et les autres sur la nécessité de pacifier l’espace politique à un peu plus d’un mois des élections locales. Cela est d’autant plus important que ce scrutin présente un fort enjeu du fait de la multiplication des listes, de l’adversité des candidats, des mandats des maires et présidents des Conseils départementaux dépassant largement leur limite, de l’impact que ces élections peuvent avoir sur les législatives de 2022 et la présidentielle de 2024 …
Ainsi, le Cadre Unitaire de l’Islam au Sénégal (Cudis), réunissant les différentes familles religieuses du pays, a été le premier à alerter. Mieux, il a proposé une charte de non-violence qu’il compte d’ailleurs soumettre à tous les acteurs politiques. Le Cudis veut ainsi faire revenir à la raison les forces en présence pour une compétition saine sans escalades verbales ni violence. Pour autant, il lui faudra échanger davantage avec les responsables politiques pour plus d’adhésion à ce projet.
En effet, le leader de Pastef, lors du meeting d’investiture de Barthélémy Dias à Grand-Yoff, dimanche dernier, a indiqué clairement qu’il ne ré- pondra pas à cet appel et qu’il ne signera pas cette charte. Même s’il a magnifié la démarche du Cudis, Ousmane Sonko a demandé aux militants et sympathisants de «répondre coup par coup ». Parce que, croit-il mordicus, la violence dans l’arène politique ne vient que du pouvoir. Cependant, la coalition qu’elle dirige avec Khalifa Sall ne semble pas fermer toutes les portes de la négociation. La conférence des leaders de Yewwi Askan Wi (Yaw) compte recevoir aujourd’hui, suite à sa demande, une délégation du Cadre unitaire de l’Islam du Sénégal (Cudis). Une rencontre qui portera sur la situation du Sénégal et le projet de charte de la non-violence.
DES ACTEURS POLITIQUES ET DE LA SOCIETE CIVILE EN RENFORT DU CUDIS
En plus des religieux, il y a des acteurs politiques qui s’inscrivent dans la même dynamique que le Cudis. C’est le cas de l’Union Citoyenne BUNT BI qui appelle à une campagne électorale de programme dans la paix et le respect. Dans un communiqué parvenu hier à «L’As», Théodore Chérif Monteil et ses camarades ont exhorté les citoyens sénégalais à ne pas verser dans la violence, à respecter les institutions de la République, à cultiver la paix et à ne privilégier que des programmes entreprenants et solidaires pour le développement de la capitale, des villes et communes du Sénégal. Ils invitent également les candidats aux élections locales à privilégier des valeurs citoyennes fortes, des compétences réelles et des programmes novateurs et pertinents.
Du côté de la société civile, on peut compter sur le «Comité Ad hoc des Femmes Leaders pour la Paix, la démocratie, le respect des institutions et de l’Etat de Droit». Regroupant des femmes issues de partis politiques au pouvoir, de l’opposition et de la société civile, le Comité organise aujourd’hui un atelier en prélude à la campagne électorale. Ces femmes se disent conscientes du contexte pré-électoral de plus en plus tendu où la violence ne cesse de prendre de l’ampleur dans l’espace public sénégalais. Elles comptent, à travers leur cadre, jouer leur partition et proposer des pistes de solutions pour des élections locales apaisées.
«DE TRES GRANDES QUANTITES DE PRODUITS DE REQUINS ET DE RAIES SONT EXPORTEES VERS D'AUTRES CONTINENTS…»
La Direction des Eaux, Forêts et Chasses et de la conservation a organisé hier un atelier sur l’élaboration d’Avis de Commerce non préjudiciable (Acnp)
En collaboration avec l’Ong « Pew Charitable Trusts », la Direction des Eaux, Forêts et Chasses et de la conservation a organisé hier un atelier sur l’élaboration d’Avis de Commerce non préjudiciable (Acnp). Représentant le ministre de l’Environnement et du Développement Durable (Medd), Colonel Mame Gogo Ndiaye par ailleurs conseillère technique n°1 du ministre Abdou Karim Sall, a indiqué que cette rencontre permettra aux agents des Eaux et Forêts d'acquérir de nouvelles aptitudes pour faire face aux multiples défis liés à la conservation de la vie sauvage.
Aider les agents des Eaux et Forêts à avoir une bonne maîtrise de l'identification des espèces, ainsi que celle des procédés d'établissement d'Avis de Commerce Non Préjudiciable (Acnp) afin de faire face aux multiples défis liés à la conservation de la vie sauvage, c’est l’une des missions que s’est assignées le ministère de l’Environnement et du Développement Durable (Medd), en initiant l’atelier national sur l’élaboration Acnp pour les espèces sauvages menacées par le commerce international.
Se réjouissant de la tenue de cette rencontre, la conseillère technique n°1 du ministre de l’Environnement, colonel Mame Gogo Ndiaye, a souligné que c’est avec la détermination de tout un chacun que le gouvernement arrivera à assurer une gestion durable des ressources halieutiques qui font l'objet d'une convoitise exagérée. «Il s'agit d'un moment important qui permettra à tous les participants d'acquérir de nouvelles aptitudes pour face aux multiples défis liés à la conservation de la vie sauvage», affirme-t-elle.
Pour la représentante du ministre Abdou Karim Sall, la maîtrise de l'identification de ces espèces et des procédés d'établissement d'Acnp constituent la porte d'entrée pour une conservation durable. «De très grandes quantités de produits de requins et de raies sont exportées vers d'autres continents par voies terrestre, aérienne ou maritime, et souvent avec l'usage de procédés de camouflages très sophistiqués, échappant à tout contrôle», explique colonel Ndiaye. De plus, relève-t-elle, ces ressources deviennent de plus en plus rares au Sénégal et dans toute la sous-région et mettent en danger un pan important de l'économie nationale. «En place d'une gestion durable des ressources au bénéfice de l'économie nationale garantissant des profits aux populations, des bandes organisées pillent ces ressources pour des intérêts purement égoïstes», peste la représentante d’Abdou Karim Sall.
Très optimiste, elle estime que cet atelier de capacitation permettra aux participants d'arriver à évaluer les stocks naturels, les ressources, et de rendre des Avis de Commerce Non Préjudiciable (Acnp) sans risque de se tromper aucunement. «Avec la participation d'éminents spécialistes et de renommée internationale en matière d'élaboration d'Acnp, je reste convaincue, chers participants, que vous sortirez de cet atelier mieux outillés pour faire face au commerce des espèces inscrites aux annexes de la CITES», clame-t-elle.
VAINQUEURS DE LA 1ERE EDITION DE LA CAN DES MALENTENDANTS
Les joueurs et le staff empochent 220 millions de FCFA
Les joueurs de l’équipe nationale des malentendants ont été reçus hier au Palais par le président de la République. Lors de cette cérémonie, Macky Sall les a félicités pour leur premier sacre continental. Après avoir décidé d’élever les joueurs au grade de chevalier de l’ordre National du Lion, le chef de l’Etat a offert à chacun d’entre eux et à l’encadrement la somme de 5 millions FCFA, soit un montant total de 220 millions FCFA
Macky Sall a honoré l’équipe nationale du Sénégal des malentendants. Vainqueur de la première édition de la Coupe d’Afrique des Nations (Can) de cette catégorie, les joueurs ont été reçus hier au palais de la République. Lors de cette cérémonie, le chef de l’Etat a décidé d'octroyer une enveloppe de 5 millions FCFA à chacun des 44 membres de la délégation sénégalaise. «J’ai décidé de vous décorer dans l’Ordre National du Lion qui est le plus grand Ordre du Sénégal. J’ai décidé de vous allouer un montant de cinq millions de FCFA à chaque membre de l’équipe et de l’encadrement», a annoncé Macky Sall qui se dit fier de la prestation des joueurs sacrés champions d’Afrique dès leur première participation à cette compétition. «Je suis heureux et très fier de vous recevoir et de vous exprimer mes sincères et chaleureuses félicitations au nom de la nation sénégalaise et en mon nom personnel.
Recevez la gratitude et la reconnaissance infinie du peuple sénégalais. Je confonds dans mes félicitations l’ensemble des encadreurs de l’équipe nationale de football des malentendants», a-t-il ajouté. Après avoir reçu la Coupe des mains du capitaine Issa Tall, le Président a indiqué que les joueurs ont porté avec brio les couleurs de la République. «En reconnaissance de cette belle victoire, vous honorez votre pays en le maintenant au sommet du football continental, lui offrant une place de choix au banquet des meilleurs sportifs. Votre victoire est d’autant plus éclatante qu’elle a été acquise de haute lutte dans le respect de toutes les règles du fair-play, de don de soi, de sacrifice et d’abnégation», a-t-il poursuivi.
Après cette nouvelle distinction, Macky Sall invite les sportifs à s’unir pour l’avancement du sport sénégalais. «Je tiens personnellement à ce que le sport continue de participer à la construction de cette vie où se cultivent l’égalité et l’équité de genre, et à se démarquer de façon définitive de ce cliché de différenciation et de marginalisation que souvent, de façon inconsciente, nous imprimons à la marche de notre société», dit-il.
A moins de deux mois de la Coupe d’Afrique des Nations, le chef de l’Etat demande que la bande à Kalidou Koulibaly s’inspire de l’équipe des malentendants pour ramener ce trophée tant attendu par le peuple sénégalais au soir du 6 février prochain. «Je voudrais vous dire toute ma satisfaction pour cette haute distinction que vous nous avez donnée. J’espère que vous allez influencer nos Lions du football qui seront bientôt au Cameroun. J’espère qu’ils nous ramèneront la Coupe», a souhaité Maky Sall.
En perspective de la prochaine Coupe du monde de la discipline, le chef de l’Etat a tenu à galvaniser les joueurs. «Je vais réitérer mes encouragements et mes félicitations à l’endroit de l’équipe et du staff technique et je vous souhaite bonne chance à la prochaine coupe du monde», a-t-il concl.
REACTIONS...
ABDOU AZIZ DIENG ENTRAINEUR DE L'ÉQUIPE DES MALENTENDANTS : «Ces jeunes footballeurs méritent d’être considérés»
«C’est une fierté d’être reçu par le président de la République. Être champion d’Afrique ne faisait pas partie de notre objectif. Notre premier objectif était tout simplement de promouvoir cette discipline au Sénégal. Au dé- part, il y avait des difficultés, mais nous avons réussi à les surmonter pour devenir champions d’Afrique. Il y a une certaine marginalisation au niveau du football sénégalais. Ces jeunes footballeurs méritent d’être considérés. Nous sommes en train de pré- parer la Coupe du monde. D’ailleurs, nous envisageons même de renforcer l’équipe en organisant un tournoi qui va se tenir du 12 au 26 décembre prochain».
MATAR BA MINISTRE DES SPORTS : «Nous sommes tous d’égale dignité et nous jouissons des mêmes droits»
«Depuis 2008, il y a des athlètes qui ont eu à porter le maillot et qui n’ont pas reçu leurs primes. Cette injustice va être très bientôt réglée. Une enveloppe de 600 millions FCFA va être dégagée pour pouvoir régler définitivement ce gap. Il faut que le sport puisse continuer à servir dans un lieu où il n’y a pas de discrimination. Nous sommes tous d’égale dignité et nous jouissons des mêmes droits. Le président de la République représente la nation sénégalaise. Nous savons que nous sommes dans le domaine du sport, mais cela ne nous empêche pas de rappeler l’objectif que le Sénégal a au Cameroun. On ne va pas uniquement à la Coupe d'Afrique pour aller en finale. On y va pour gagner. Il y a des choses à faire et des conditions à respecter. Le staff technique a un plan de travail à faire. Nous allons l’accompagner».