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29 août 2025
QUAND CONNAÎTRA-T-ON LES RÉSULTATS ?
Si les résultats définitifs ne peuvent être publiés que par le Conseil constitutionnel, les résultats provisoires commenceront à tomber dans la soirée du dimanche 24 février
Jeune Afrique |
Manon Laplace |
Publication 23/02/2019
Les Sénégalais sont appelés aux urnes dimanche pour élire leur président parmi Macky Sall, qui brigue un second mandat, et les candidats de l’opposition Ousmane Sonko, Idrissa Seck, Issa Sall et Madické Niang.
Si les résultats définitifs ne peuvent être publiés que par le Conseil constitutionnel, les résultats provisoires commenceront à tomber dans la soirée du dimanche 24 février. Dès la fermeture des 15 397 bureaux de vote, ceux-ci procèderont au dépouillement et afficheront les procès-verbaux des résultats, explique Bernard Casimir Cissé, en charge de la communication de la Direction général des élections (DGE).
Les procès-verbaux sont alors transmis aux Commissions départementales de recensement des votes (CDRV), constituées de magistrats, qui les examinent et les compilent. Les Commissions ont jusqu’au mardi 26 février midi pour publier les résultats provisoires de leur département.
Les procès-verbaux sont ensuite acheminés vers la Commission nationale de recensement des votes (CNRV), à Dakar, qui est tenue de publier les résultats provisoires avant le vendredi qui suit le scrutin, soit le 1er mars, à minuit. L’ensemble des résultats sont alors transmis au Conseil constitutionnel qui proclame les résultats définitifs après avoir examiné d’éventuels recours en cas d’irrégularités. « En général, dès le lendemain, on a les grandes tendances, mais les délais légaux font que les résultats définitifs ne sont publiés qu’environ une semaine après le scrutin”, estime une source à la Commission électorale nationale autonome (CENA).
Si le processus administratif peut s’étirer jusqu’à cinq jours après le vote, les premières tendances elles, se dessinent beaucoup plus tôt. « En général, les gens savent qui a gagné bien avant la publication par le Conseil constitutionnel, en suivant les directs des radios et des télévisions », soutient Ibrahima Khaliloullah Ndiaye, rédacteur en chef délégué au quotidien national Le Soleil.
« Nous envoyons des équipes dans toutes les Commissions départementales et elles feront le tour des bureaux de vote. Si ces derniers ferment bien à 18h, on peut espérer avoir les premiers résultats locaux dès 19 heures », ajoute Mambaye Ndiaye, présentateur à SenTV. La chaîne de télévision, propriété du groupe Dmedia, a déployé ses effectifs dans tout le pays. Evelyne Mandiouba, coordinatrice des rédactions de Dmedia, regroupant la radio Zikfm et le quotidien La Tribune en plus de la chaîne de télévision SenTV, détaille : « la vraie tendance du vote se précise vers 23 heures, quand la plupart des bureaux ont affiché leurs résultats et que ceux de la diaspora commencent également à tomber ».
Dispositifs de la société civile
La société civile aussi collecte les résultats au fur et à mesure de leur divulgation. Ainsi, l’initiative citoyenne « Sénégal Vote » s’appuie sur quelque 3000 volontaires et observateurs, dont ceux de l’Église ou de l’ONG 3D avec qui elle collabore, déployés sur tout le territoire national. S’il est permis de collecter les informations au compte goutte, ni la presse ni les observateurs ne peuvent annoncer les résultats de leurs calculs. « La loi électorale nous interdit de publier les résultats compilés, mais nous auront accès aux résultats, bureau par bureau. Les résultats se précisent généralement tard dans la nuit, voire le lendemain matin », explique Jaly Badiane, journaliste et coordinatrice de « Sénégal Vote ».
Les candidats ?
Les candidats déploient un dispositif similaire, avec un représentant dans plusieurs bureaux de vote. Les résultats sont alors compilés dans les différents QG. Souvent, les résultats provisoires suffisent à annoncer la couleur. Lors des deux alternances qu’a connues le pays, au second tour des élections de 2000 et de 20012, les candidats ont reconnu leur défaite sur la base de résultats provisoires. « En 2012, le président sortant Abdoulaye Wade a reconnu sa défaite face à Macky Sall sur la base des tendances publiées le soir-même, comme ce fut le cas en 2000, lorsqu’Abdou Diouf avait été battu par Abdoulaye Wade », se souvient Bernard Casimir Cissé. Cette année encore, les candidats de l’opposition scruteront les tendances dans l’espoir d’un second tour, lequel viendrait contrarier la prophétie maintes fois répétée par Macky Sall, qui promet une victoire dès le 24 février.
PAR YAYE FATOU SARR
ALLONS VOTER !
Chers compatriotes, faites votre choix et assurez vous de faire le bon, nous en avons encore pour cinq années - votons dans la plus grande discipline, votons dans le respect de nos institutions pour le candidat de notre choix
En cette matinée d'avant veille de scrutin, j'ai le sentiment du devoir accompli au sein de la coalition à laquelle j'appartiens. Mais il me reste un dernier jalon à poser au profit de mon peuple. Je me suis toujours réclamée citoyenne avant d'être femme politique ; voilà venu un moment crucial pour le prouver.
Votons dans le plus grand calme, votons dans la plus grande discipline, votons dans le respect de nos institutions pour le candidat de notre choix.
Certains d’entre nous voteront BBY. Au regard du déroulement de cette campagne, je suis certaine que la majorité est du côté de ces masses qui se déplacent pour acclamer leur candidat sans recevoir prébendes, ni disposer de cars pour les déplacer. J'ose espérer que la minorité envisageant encore de voter BBY changera d'avis au regard d’un candidat sans bilan après sept années puisqu’il n’a pas respecté ses engagements. Si tel n'est pas le cas, respectons leur choix.
D'autres choisiront l'un des trois candidats, ou le quatrième celui pour lequel j'ai battu campagne, celui qui m'a fait vibrer dans la gaieté de la couleur orange, avec un programme complet et une expérience doublée d'une expertise sûre ; celui qui a la plus grande coalition jamais constituée au Sénégal, faite d'une diversité dans les compétences.
Sénégalaises, Sénégalais!
Chers jeunes, chers pères, chères mères, chers grands-parents, tout sauf le marron sombre qui prônait la sobriété, tout sauf l'abstention.
Chers compatriotes, faites votre choix et assurez vous de faire le bon, nous en avons encore pour cinq années.
Citoyennement votre
AUDIO
L'ACTUALITÉ DE LA SEMAINE AVEC PAPE NDAO
EXCLUSIF SENEPLUS - AFRICAN TIME - La chronique hebdomadaire diffusée en wolof tous les week-end depuis New-York
Pape Ndao revient sur les faits marquants de la semaine, au micro d'AfricanTime, partenaire de SenePlus à New-York.
PAR HAMIDOU ANNE
POURQUOI NOUS BATTONS-NOUS ?
EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019 - Le jour où notre pays renoncera à son exigence de lutte contre toutes les passions tristes qu’incarnent ceux qui préfèrent ériger des barrières au lieu de construire des ponts, il récoltera défaite et déshonneur
#Enjeux2019 – Nous exprimerons demain nos suffrages comme nous l'avons toujours fait en pareilles circonstances. Malgré nos adhésions différentes, voire divergentes, nous demeurons le 25 février une nation. Demain se manifestera à nouveau la démocratie à travers la compétition de cinq de nos concitoyens, en vue d’accéder à la station suprême : le service au peuple sénégalais.
Mais ce jour est juste une étape dans la construction de notre pays. Le Sénégal du lendemain du scrutin mérite toute notre attention, afin de clore le cycle de la démocratie procédurale pour enfin inaugurer l’ère de la démocratie substantielle, socle d’égalité, de justice et de prospérité.
- Relever les défis de l’heure -
Le débat public n’a pas été à la hauteur des enjeux de notre pays et des bouleversements d’un monde en proie au terrorisme, aux drames de la migration et au replis identitaires qui posent un défi de civilisation. Le Sénégal est un grand pays et mérite à ce titre une classe politique digne de son poids et de sa stature en Afrique. Des questions aussi cruciales que l’éducation, la culture, l’écologie, la justice, la laïcité, n’ont pas été abordées avec la rigueur que leur importance requiert.
Dès lors, des chantiers s’imposent à la nouvelle génération de penseurs, militants, cadres, travailleurs, étudiants, sans emplois. Ce Sénégal de la majorité silencieuse, qui n’est représenté par aucun courant politique doit construire un peuple, afin de féconder des idées que le corps politique traditionnel ne parvient pas à appréhender dans leur complexité et leur urgence.
Les Sénégalais vivent dans des souffrances profondes qui méritent une attention particulière. Mais nos concitoyens ont toujours gardé dignité et honneur, foi et espoir. Notre pays n’a jamais cédé à la tentation de la haine et de la xénophobie, de la peur de l’autre ou du repli sur lui-même. En ces temps incertains, où il est facile d’indexer l’autre comme objet de notre malheur, notre pays ne doit jamais renier nos valeurs de Teranga, de paix, de solidarité, de concorde religieuse pour rester un et indivisible.
Le Sénégal doit demeurer un havre de paix, une terre d’accueil et de réconfort pour toutes celles et ceux opprimés ailleurs. Toute personne qui subit ostracisme et rejet ailleurs doit trouver en notre pays chaleur et hospitalité. Le jour où notre pays renoncera à son exigence de lutte contre toutes les passions tristes qu’incarnent ceux qui préfèrent ériger des barrières au lieu de construire des ponts, il récoltera défaite et déshonneur. Et nous aurons trahi le legs de nos ancêtres, de ce qui a fait du Sénégal une terre de Teranga. Nous devons demeurer la terre des Sénégalais de naissance comme ceux d’adoption qui ont été intégrés pleinement dans notre récit national. Nous sommes le pays de Samir Abourisk, de Jean Collin, de Théodore Monod, de Jacqueline et Lucien Lemoine.
Demain nous irons à nouveau manifester notre adhésion à la démocratie ouverte. Malgré la tenue de scrutins libres et transparents, qui ont déjà charrié deux alternances, notre pays tarde à passer du statut d’Etat légal à un Etat de droit. Notre démocratie doit subir des innovations tendant à la moderniser pour enfin arrimer des politiques économiques, sociales, culturelles et écologiques qui constituent des réponses aux véritables attentes de nos concitoyens. Des questions aussi essentielles que la décolonisation totale, le culte de l’égalité, le féminisme, le progrès social et sociétal, le retour de la démocratie dans son lieu originel, c’est à dire le cœur de la cité, la souveraineté, la défense, l‘école républicaine, le patriotisme économique, la sécurité, le réarmement de la puissance publique, la santé, la lutte contre l'exploitation des enfants talibés, la paix en Casamance doivent être au cœur des débats publics et de l’action publique.
Notre démocratie, pour être majeure, doit donner au pouvoir les leviers pour agir et libérer la veuve et l’orphelin. Nous devons lutter pour un Etat fort et stratège, décentralisé et social, afin d’être au quotidien, aux cotés des plus faibles, de ce peuple sur qui le pouvoir s’exerce.
Une démocratie majeure doit exiger de ceux qui gouvernent, l’impossibilité de changer en cours de mandat les règles de la compétition électorale par le passage en force, l’instrumentalisation de la justice, l’achat de conscience et le culte de la transhumance. Dans un pays qui dispose d’une dizaine de langues nationales codifiées, et où une large frange de la population n’est pas alphabétisée en français, réserver le débat démocratique à une élite francophone est un mode d’exclusion du plus grand nombre. Le pays de Cheikh Anta Diop doit accorder une plus grande importance aux langues nationales.
Le Sénégal est un pays jeune gouverné par des personnes âgées. L’Assemblée nationale légifère et exerce ainsi un pouvoir sur une majorité de la population qu’elle ne représente pas. La jeunesse est absente des instances des partis politiques, des assemblées électives et des cercles de décision, cantonnée au rôle peu valorisant de force musculaire voire de supplétif d’une armée de vieux. Or, ce sont les jeunes sénégalais qui meurent en période de campagne électorale, ce sont eux qui souffrent du chômage, d’une école qui n’éduque plus et d’une société en proie à toutes les violences symboliques.
Moderniser notre démocratie, c’est, par l’interdiction du cumul des mandats, le renouvellement de la classe politique, l’exercice des alternances dans les partis et la prise en charge des talents partout sur le territoire et au sein de la diaspora. Il nous faut donner un espoir de réparation et d’émancipation à la jeunesse au lieu des illusions actuelles, car elle constitue le cœur du corps social de notre pays.
Elle mérite une prise en charge des préoccupations liées à son devenir au lieu d’être reléguée au rôle de témoin des arrangements politiciens entre les membres de la caste.
- La quête des victoires morales -
Le Sénégal est un grand pays. Il nous faut constamment rappeler la grandeur de notre pays, son génie et sa place dans le monde. Nous ne devons pas avoir peur de l’idée de nation. Nous devons même, de cette belle idée, extraire la sève nourricière de notre ambition pour le progrès, la justice et l’égalité. Nos hommes et femmes politiques doivent enfin dépasser les mots et les déclarations d’intention pour agir et rompre avec le cycle d’abaissement national dans lequel notre pays est plongé.
L’action publique implique d’aller à la quête des victoires morales qui sont le lot des grands hommes. Cela passe par provoquer un souffle nouveau à un pays dont les acteurs publics ne doivent oublier qu’ils sont les légataires d’une longue tradition historique et démocratique, de Léopold Sédar Senghor à Mamadou Dia, de Cheikh Anta Diop à Mahmouth Diop.
Demain, nous aurons le choix parmi cinq hommes. Mais notre combat doit dépasser le cadre personnel pour mettre en miroir un combat générationnel qui va au delà d’un candidat, d’un parti, d’une échéance électorale.
Pour donner à notre pays une dynamique nouvelle, notre génération doit opter pour le progressisme comme boussole, la vertu comme levier phare, l’égalité comme horizon indépassable.
Notre génération, en luttant contre tous les conservatismes, se doit d’être le fer de lance de la construction d’un peuple contre la caste qui s’arroge argent et privilèges, afin de permettre l’éclosion d’une politique de rupture, de transformation et de production d’espoir d’une vie meilleure.
Ni de gauche, ni de droite, ni dans les schémas catégoriels actuels inopérants de pouvoir ou d’opposition, notre génération doit être porteuse d’une grande ambition démocratique enveloppée dans une exigence progressiste, républicaine et panafricaine.
C’est pour cette haute idée de notre pays que nous nous battons !
Hamidou Anne est né à en 1983 à Dakar. Ancien élève de l’ENA, il est essayiste et doctorant en Science politique. Co-auteur de l’ouvrage collectif "politisez-vous" (United Press, 2017), il a publié "Panser l’Afrique qui vient" (Présence Africaine, 2019).
VIDEO
BAYE DAME WADE RACONTE L'AVENTURE DE RÉUSSIR
Il a pris le risque de lancer un magazine économique dans un environnement difficile. Mais malgré le temps qui passe, son journal a su prendre sa place dans l'espace médiatique. Endormi pour toujours, sa réussite témoigne pour lui
Le journaliste Baye Dame WADE, fondateur et directeur de publication du Magazine économique REUSSIR décédé cette semaine racontait, il y a 7 ans , l'aventure et le concept de son journal dans cette vidéo ci-dessus. Arraché brusquement à l'affection des siens et de tous ses confrères cette semaine, Baye Dame Wade comptait, avec REUSSIR Magazine, parmi les plus grands partenaires de SenePlus.
Affable, il était d’une loyauté en amitié tout à fait incommensurable. Un homme remarquable nous a quitté. C’était un collègue mais plus qu’un collègue c’était un frère et un complice. Il me manque et va me mansuer immensément.", note René Lake, l'administratuer de SenePlus.
Su nu waxantee dëgg, xorom si moom la ! Moom Madike Ñaŋ, kenn ci wutaakoni yi, mooy xorom siy safal kampaañ bi ñuy waaj a jéexal.
Ci biir werante yeek, xuloo yeek, ŋàññante yeek, tamante dëmm yi, Madike moom, neex deret ba dee, ciy ree ak i kókkali, boole ciy kàddu yu rafet, lanuy jaaye sàrtu doxalinam bi mu faf tudde « Jàmm ak xéewal ».
Dal ak aafiya daal la indi ci kampaañ bi nga xam ne, boobaak léegi, ni nu ko waxe ci njélbéen gi, defante doŋŋ lees ci seetlu, defante bay dóorantey kurpeñ, di génney jaasi… Nii lañ fi woññee — walla woññeegum ? — ñaar ba ñetti doomi-Aadama yu seen bakkan rot.
Madike moom, ci jamono yii, mu ngiy toj Anternet. Mook Usmaan Sonkoo ko koy xëccoo, sax. Sonko daa aakimu, daanaka, reeso sosiyoo yi, bàyyi wujjam yépp ginnaaw ci wàll woowu. Waaye Madike Ñaŋ sorewu ko lool ndax saa yoo duggee Anternet daj ciy nataalam mbaa dégg i kàddoom. Ne ñi mën a muñ i feemam barewuñu. Moom daal day reeloo nit ñi ba seen biir di metti ! Wax ji benn la : ‘’kii daal moo neex !’’…
Waaye li am ba am, moo di ne, wutaakon bile, mu tey ko mbaa mu bañ koo tey, fexe na ba nit ñi génne seen xel liñ yàgg a ruumandaat : ndax, moom, jot ci réew mee ko tax a jóg walla dafa bëgg a sotle Maki Sàll ba noppiy dof-doflu, di reeloo askan wi ? Madike Ñaŋ, ndax yàqal Ablaay Wàdd ak Karim ak seen pàrti, PDS a ko tax a sàmp ndëndam ? Lu waral layookat bu siiw ni moom, amoon lool bayre, doon ku am fulla, xéy di wër réew miy wax ay waxi ku daanoo ci saret ? Xanaa kay li ko jaral a sóoru Wàdd du neen ! Ndax kat, ‘’Góor-gi’’ léppam la woon, ni sët la ko mas a jàppe, jàngal ko politig, doon njiitam.
Nu seetaanati ba xam « fu boroom wànnent di mujje ak i gëtam »
PAR ASS MOMAR LÔ
UN SÉNÉGAL VERT À L’ÈRE DU PÉTROLE ET DU GAZ
EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019 - La priorité est autre que l’instauration d’un « Sénégal vert », en cette période décisive de la campagne électorale où il est plus question de convaincre afin de s’attirer les promesses de vote
#Enjeux2019 - « Du pétrole et du gaz ont été découverts en 2001 dans l'écorégion marine et côtière de l'Afrique de l'Ouest. Cette écorégion regroupe six pays : la Mauritanie, le Sénégal, la Gambie, la Guinée Bissau, la Guinée et le Cap Vert ». C’est un renseignement de l’étude Gestion environnementale de l’exploitation de pétrole offshore et du transport maritime pétrolier. Le thème du pétrole et du gaz réside au cœur du débat politique au Sénégal depuis bientôt deux décennies. Mais ce sujet cristallise encore plus toutes les attentions à l’heure de la course à l’élection présidentielle du 24 février 2019.
Il n’y a certes rien de plus normal que toute cette attention soit portée vers ce projet géant qui devrait rapporter pas moins de 150 milliards de dollars au Sénégal. Cependant, l’« enfant abandonné » dans le processus de la campagne électorale est l’idée que nous nommons « comment préserver notre environnement et instaurer un Sénégal Vert à l’ère du pétrole et du gaz ».
Ce n’est pas qu’un tel sujet ne soit retrouvé nulle part dans les prévisions des prétendants à la magistrature suprême. Mais la priorité semble être ailleurs, du moins, si l’on s’en tient globalement à leurs promesses de campagne et leurs programmes.
Sans aucune surprise, le gouvernement du Sénégal actuel envisage légitimement de capitaliser les meilleures expériences de ses partenaires, surtout du royaume des Pays-Bas. C’est ce que laisse croire le ministre de l’environnement Mame Thierno Dieng qui soutient que l’objectif est d’aboutir à « un plan cadre consensuel de gestion environnementale et sociale PGES du secteur du pétrole et du gaz au Sénégal qui puissent garantir la prise en compte de toutes les dimensions concourant à un progrès équilibré et durable ». Des propos qu’il a tenus lors de la 3e édition de la conférence nationale sur le développement durable à Dakar.
Quand les craintes environnementales sont bien prises en compte, c’est souvent en dehors de l’échiquier politique. Nous avons été aux aguets, afin de relever toute ambition d’instaurer un « Sénégal Vert », résultant de la future exploitation du pétrole qui devrait débuter en 2021. Essayons de nous pencher brièvement sur les préoccupations de quelques candidats à la magistrature suprême.
Du début à la fin de la campagne électorale, le débat sur le pétrole et le gaz a littéralement confronté deux principaux candidats antagonistes : le président en exercice et candidat à sa propre succession, Macky Sall, et le leader de la coalition « Pasteef », Ousmane Sonko. C’est un tiraillement qui prend la forme d’un jeu de répliques de part et d’autre.
Tout le monde se rappelle la diatribe de Sonko : « Le pétrole et le gaz ne doivent pas être l’affaire de deux ou trois personnes ou d’un groupuscule, mais l’affaire de tous les sénégalais. Le président Macky Sall a une grande responsabilité dans des contrats pétroliers octroyés en violation totale du code pétrolier». Missive qu’il avait lancée à l’occasion de la cérémonie de dédicace de son livre « Pétrole et Gaz au Sénégal: chronique d’une spoliation ».
Le présidentiel Sall a profité de la cérémonie d’ouverture de la conférence africaine sur la divulgation de l’identité des propriétaires réels des entreprises extractives pour répliquer en ces termes : « le pays est tenu en haleine pour de faux problèmes, pour prétendre qu’on a vendu le pays. Il est quand même bon que le débat soit posé, mais il faut que cela soit un débat outillé, où les gens savent de quoi ils parlent».
Il est clair que les deux challengers ne parlent que des intérêts du Sénégal qui doivent être mis en avant dans l’exploitation du pétrole et du gaz, de la renégociation des contrats pétroliers attribués aux exploitants, d’une gestion vertueuse d’un côté, et nébuleuse de l’autre. Les risques environnementaux pèsent vraisemblablement moins lourd, au regard des candidats.
- Des experts de l’environnement avouent leur inquiétude -
Au moins, Moustapha Guirassy, candidat recalé au stade du parrainage, a semblé préoccupé par les conséquences qui pourraient découler de l’exploitation de l’or noir et du gaz. Il est convaincu qu’« il faut continuer à mettre le focus sur l’agriculture, sur les transformations. Je souhaite que les centrales thermiques puissent au fur et à mesure être changées, et qu’on mette en avant les énergies renouvelables, le solaire ou d’autres énergies ».
C’est une inquiétude autrement incarnée par Abdou Guèye, chercheur et chargé de projets chez Enda Energie, qui souligne qu’ «il s'agit de savoir pour chaque chaîne et niveau, quel est l'impact que l'activité peut avoir sur la pêche et la biodiversité marine. Toutes ces questions ne sont pas encore posées ». De la même façon, Ahmadou Ndiaye, spécialiste des droits humains pour le Think Tank l’Afrique des Idées, met le doigt sur des risques que l'exploitation du pétrole peut faire courir à l'environnement et à la gouvernance. Des propos qu’il a confiés à Jeune Afrique, dans un article titré Pétrole sénégalais : les dangers de l’eldorado. Il ajoute que « Si les nombreuses découvertes d’hydrocarbures au large du Sénégal et de la Mauritanie viennent confirmer de réelles potentialités pour la région en termes de développement, ces ressources, déjà reconnues « de classe mondiale », exposent aussi ces pays à de multiples risques. »
Justement, en février 2018, le Sénégal et la Mauritanie signaient un accord pour l'exploitation du gisement gazier offshore commun Grand Tortue-Ahmeyim (GTA) de 450 milliards de mètres cubes à partir de 2021. La conclusion de la répartition des revenues issues de cette opération de pétrole est que chacun des deux pays bénéficiera de 10% des recettes, et les 80% restants seront empochés par les exploitants de BP et Cosmos. Encore une fois, il n’y a pas eu, à notre connaissance, une stratégie ou politique commune de protection de l’environnement dans cet accord bilatéral. Les politiques diront qu’il existe des textes et conventions déjà consacrées à la sauvegarde de l’environnement dans le projet pétrolier et gazier. Oui, certes, mais le péché réside dans le fait que ces soi-disant politiques de sauvegarde ne soient jamais discursivement évoquées et communiquées aux populations dont la plupart n’ont jamais lu la moindre page d’un seul rapport ou étude du gouvernement.
- De quoi renouer avec l’espoir ? -
Oui, la priorité est autre que l’instauration d’un « Sénégal vert », en cette période décisive de la campagne électorale où il est plus question de convaincre afin de s’attirer les promesses de vote. Mais, en s’en tenant aux textes et conventions nationales comme internationales pour la protection de l’environnement qui régissent l’exploitation des ressources gazières et pétrolières, il y a peut-être de la place pour une lueur d’espoir. Tout en espérant que les dispositions suivantes seront suivies à la lettre par les décideurs politiques, une fois que l’exploitation du pétrole aura démarré en 2021.
Interpellés par La Tribune Afrique, les services du ministère sénégalais de l'Environnement écartent tout risque. Pour un projet susceptible d'avoir un impact sur l'environnement, l'article 48 du Code de l'environnement exige une étude environnementale préalable à sa mise en œuvre. L'objectif de l'étude est d'identifier en amont les potentiels impacts environnementaux et sécuritaires que ce projet-là pourrait générer.
Par ailleurs, l’atelier rédigé sous forme d’étude intitulée Pratique internationale gestion des impacts environnementaux et sociaux de l’activité extractive formule que « Les contrats pétroliers devraient comporter une clause engageant la responsabilité de la compagnie pétrolière, en cas de préjudice, garantissant la prise en charge des coûts liés au préjudice, précisant la répartition des responsabilités et les exigences en matière d’assurance. »
La Convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel (Paris, 1972) et la Convention sur le Commerce international concernant les espèces sauvages de faune et de flore menacées d’extinction (Washington, 1973) sont également entrées en vigueur au Sénégal respectivement depuis 1976 et 1977.
Enfin, dans le Cade juridique et institutionnel de la protection de l’environnement, l’étude Pratique internationale gestion des impacts environnementaux et sociaux de l’activité extractive « élabore et met en œuvre la politique définie par le président en matière d’écologie, de suivi environnemental, nature, protection de la flore et de la faune, et protection de l’aquaculture. »
Osons espérer, seulement, que ces engagements ne soient pas travestis, pour que les générations futures puissent être témoins et bénéficiaires d’« un Sénégal vert à l’ère du pétrole et du gaz ».
Ass Momar Lô est diplômé du Cesti en journalisme, spécialité radio. Actuellement spécialisé en Fact checking, il est assistant éditorial et contributeur à Africa Check.
PAR KHADIM FALL
FAIRE DE DAKAR UNE VILLE SAINE, DURABLE ET RÉSILIENTE
EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019 - Les Dakarois font face à des défis majeurs relatifs à un aménagement urbain qui permette de lutter définitivement contre les inondations qui gangrènent un pays en manque de réseau de drainage des eaux pluviales
Enjeux2019 - Comment assurer la transition vers un nouveau modèle de développement, la recherche de formules innovantes pour faire de Dakar une ville durable, résiliente, vivable en somme… ?
Voilà, ce à quoi, les décideurs publics sont attendus. Et, face aux mutations qui s’accélèrent, il est urgent de trouver des réponses à toutes ces problématiques relevant du mieux-vivre ensemble.
Le Sénégal vit une période charnière de son histoire économique, avec le passage d’un pays à économie faible vers un pays minier, riches en ressources naturelles diverses et qui devrait donc voir sa structure économique substantiellement transformée. Cette nouvelle donne devra être compatible avec une exigence de développement durable.
La première de cette orientation durable est de lutter contre la macrocéphalie de Dakar, qui n’a de cesse favoriser le phénomène de l’exode de rural. Cela demeure une urgence pour asseoir une politique de développement national équitable et soutenable. Car notre pays fait face à des inégalités persistantes. Dakar avec seulement 0,3% du territoire, abrite près de 23% de la population totale soit 3,5 millions d’habitants qui occupe 550 km2, pour une population qui croit de 100 000 habitants par année. Nos politiques publiques doivent tendre à la valorisation des richesses de chaque région afin de fixer les populations dans leurs bassins de vie respectifs en prenant en compte l’enjeu écologique.
- Macrocéphalie de Dakar et enjeux de mobilité urbaine -
Cette macrocéphalie endémique circonscrit l’activité économique dans la région de Dakar, avec le regroupement sur ce territoire de 70% du parc industriel et 70% du parc automobile. En effet sur un parc de 556 000 véhicules qui circulent au Sénégal, les 380 000 sont immatriculés à Dakar, autrement dit 2 voitures sur 3 sont censées rouler sur la presqu’ile du Cap-Vert, soit 681 véhicules par Km2 au moment ou l’intérieur du pays représente seulement 1,01 par Km2 de véhicules. Et, chaque année, ce chiffre augmente en moyenne de 10%, source d’embouteillages (un dakarois perd en moyenne 20 heures dans les transports) et de pollution.
L’Etat du Sénégal a entrepris une politique de renouvellement du parc automobile avec l’arrivée des bus Tata et l’acquisition de nouveaux bus pour la société de transport public Dakar Dem Dikk qui assure maintenant la desserte de certaines régions.
Mais pour aller effectivement vers une capitale durable et vivable, l’Etat doit s’orienter vers des moyens de transport de masse et adaptés à la protection de l’environnement. Le Train Express Régional (TER) pour 115 000 mille passagers/jour et les Bus rapide transit (BRT) qui vont quitter la banlieue de Guédiawaye pour 300 mille passagers/jour pour rallier la gare de Petersen en centre-ville de Dakar en phase de projet, participent de cette politique qui devra être accompagnée de véritable étude d’impact environnemental.
Une ville vivable consiste aussi à promouvoir un urbanisme plus dense et orienté vers les modes actifs de transport avec des techniques d’informations et de communication bien étudiées pour gérer en temps réel l’optimisation des flux et la gestion des infrastructures.
- Assainissement et cadre de vie -
Les Dakarois font face à des défis majeurs relatifs à un aménagement urbain qui permette de lutter définitivement contre les inondations qui gangrènent un pays en manque de réseau de drainage des eaux pluviales. En outre, selon les chercheurs sur la question, les risques d’inondation, notamment dans les grandes villes, devraient s’accentuer avec le réchauffement climatique.
Il s’y ajoute l'érosion côtière, qui peut entraîner des vulnérabilités sociales, économiques et environnementales, notamment avec l’avancée de la mer qui menace de rayer une partie considérable de notre patrimoine historique de la carte du pays, notamment dans la vieille commune de Rufisque.
Même s’il faut reconnaître les mesures de refonte du réseau d’assainissement du Sénégal prises par l’Office nationale d’Assainissement du Sénégal (ONAS), il n’en demeure pas moins que l’accès à un cadre de vie adéquat et sain reste éloigné des Sénégalais.
Par exemple, la situation de la baie de Hann, avec un niveau de pollution considérable, du fait notamment du déversement des eaux usées industrielles devraient davantage alerter nos candidats à la présidentielle.
Khadim Fall est journaliste diplômé du Cesti. Également titulaire d’un diplôme en droit public, option Relations Internationales, il est web éditeur au journal en ligne teranganews.sn du groupe Sahara Médias.
PAR YOUSSOUPHA MBARGANE GUISSÉ
UNE ÉLECTION MALGRÉ LA CRISE SOCIO-POLITIQUE
EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019 - Le maintien des frontières coloniales, la faiblesse des classes dominantes qui obligent l'Etat au clientélisme, la corruption à toutes les échelles, montrent la fiction de l’objectif à terme de pays émergent fixé
#Enjeux2019 - La domestication de la violence en Sénégambie ancienne.
Le Sénégal fait partie de la Sénégambie historique qui, selon l'historien Yves Person, est «un finistère des peuples», suite à des migrations anciennes et à de multiples brassages humaines et culturelles. Cette région a été une sorte de refuge pour eux, suite à la désertification du Sahara, aux pressions démographiques, aux conflits et guerres de toutes sortes. Il a été un espace de recherche de paix et de sécurité d'où l'importance au sein des sociétés en présence de la culture de la paix et de la tolérance.[1]
En effet elles ont su, malgré les divisions sociales et les inégalités internes, trouver de subtils et puissants mécanismes sociaux, idéologiques, institutionnels de domestication de la violence. Il s'agit de la redistribution des richesses, de l'association à l'exercice du pouvoir, de la reconnaissance des identités spécifiques, de l'élargissement des alliances matrimoniales, de la solidarité intercommunautaire. Les tensions liées aux différentes inégalités (entre aînés et cadets, hommes et femmes, chefs de terre et simples titulaires de droit de culture, castes inférieures et castes supérieures, maîtres et esclaves) étaient résorbées grâce au jeu d'une certaine mobilité et à la considération sociale du rôle de chacun.
Ces mécanismes ont permis de contenir les tensions et conflits éventuels et favoriser plutôt la reproduction des anciennes hiérarchies par des dynamiques de reclassement social. Ainsi en Sénégambie ancienne, ni la violence, ni la monnaie n'ont joué un rôle dissolvant ou destructeur des économies, de la vie de relations et des cohésions. Les suprématies politiques ou religieuses ont plutôt contribué à forger les complémentarités et solidarités linguistiques et culturelles qu'illustre bien la parenté à plaisanterie.
En réalité, comme l'attestent les historiens, la violence destructrice a été un phénomène extérieur[2] lié d'abord à la traite esclavagiste que la monarchie politico-militaire chercha à monopoliser afin d'en tirer des profits plus substantiels.[3]L'équilibre constitutionnel fut alors brisé par une concentration et une personnalisation extrême du pouvoir, ainsi qu'une laïcisation de l'Etat. Puis le système d'exploitation colonial auquel seront organiquement impliqués des groupes dirigeants ou hégémoniques dans la société introduisit le développement capitaliste et le modèle culturel occidental. On peut considérer que c'est avec l'Etat colonial que la destruction du tissu social a véritablement commencé. Il a organisé dans la violence la dislocation des modes domestiques de production par le régime du travail forcé et de l'indigénat, les cultures de rente et la politique d'assimilation culturelle.[4]
Migrations, prolétarisation, paupérisation, urbanisation accélérée traduisent les intenses processus de décompositions et de recompositions démographiques sociologiques et culturelles qui déséquilibrent et refaçonnent les espaces, les économies, les groupes sociaux et les communautés de vie. L'économie de mise en valeur inégale des régions,[5]le développement macrocéphale des capitales au détriment des villes moyennes au statut fragile et des campagnes désertées ainsi que l'école coloniale installée dans des zones et régions privilégiées d'exploitation économique, ont favorisé certaines ethnies ou fractions d'ethnies et crée une fracture entre les régions, une division sociale et culturelle au sein des communautés, des groupes et des individus, des hommes et des femmes.
L'ensemble de ces processus a abouti à la constitution d'un nouveau régime de classes et d'inégalités sociales, ethniques et régionales dont l'Etat sénégalais sera l'héritier à l'indépendance. Le phénomène de la violence croissante et multiforme que connaît le Sénégal trouve ses fondements dans cette histoire qui a reconfiguré en de nouvelles divisions et inégalités les rapports sociaux, malgré les efforts, les engagements, les investissements réels des différents régimes politiques à inscrire le pays dans un développement économique et social durable et solidaire.
- Une crise du modèle de développement -
L'extrême dépendance du marché mondial et des capitaux étrangers, la pauvreté persistante du système agraire, la gestion bureaucratique et les mauvaises performances économiques ont obligé, au début des années 80, l'Etat à se soumettre aux restructurations imposées par la Banque mondiale et le FMI pour adapter le pays aux exigences de la mondialisation. Privatisation, désengagement de l'Etat des secteurs sociaux, fragilisation du tissu industriel, crise énergétique et alimentaire, chômage des jeunes urbains, pauvreté croissante, migration clandestine… caractérisent la marche du pays.
- La crise économique et sociale -
La crise se présente dans la première décennie 2000 selon des données statistiques de la Banque Mondiale (2007),[6]du Pnud (2008),[7]de la Direction de la Coopération Economique et Financière (2001),[8] ainsi : 50% des ménages sont au-dessous du seuil de pauvreté alors que les classes moyennes sont précarisées. Le taux de chômage est de 13% et celui du sous-emploi de 30%, pendant que l'Etat consacre moins de 1% de son budget pour l'ensemble des programmes pour l'emploi et que seulement 20% de la population du pays bénéficient d'une couverture sanitaire. A cela s'ajoutent une crise cyclique de l'Ecole, une détérioration de l'environnement de l'habitat et des conditions de vie, la crise alimentaire et énergétique, la raréfaction des ressources, le conflit en Casamance avec 60 000 déplacés et une population de migrants évaluée à 2 à 2, 5 millions.
A l’heure actuelle, malgré le taux de croissance estimé par la Banque mondiale[9] à 6,8% en 2017 et par l’Etat sénégalais à 7,2% aujourd’hui, les richesses produites n’ont pas été partagées. Les effets d’une telle croissance n’ont pas eu d’effets sur l’emploi et la pauvreté. La masse des pauvres a même augmenté passant en 2016 de 6,3 millions en 2011 à 6,8 millions en 2016. Même si la Banque mondiale estime un recul de 7% en 2018, le phénomène reste très important à l’heure actuelle. Le Directeur du CRES[10] (Centre de Recherches économiques) note en effet : « Officiellement le taux de pauvreté dans le pays est de 46,7%, mais le chiffre moyen cache une forte disparité entre les zones urbaines où on note qu’un habitant sur 4 est pauvre et les zones rurales où ce sont deux habitants sur 3 qui sont pauvres.
La perspective d'un développement global, économique, politique, culturel du pays semble encore inexistante ; certaines réalisations positives des deux Alternances dans divers domaines n'ont pas réglé la question d'un modèle de développement salutaire pour le Sénégal.
L'économie sénégalaise encore soumise structurellement à la domination et au contrôle du capitalisme français et international, sans intégration à une base arrière économique sous régionale développée, reste fragile. La dépendance extrême du Sénégal du marché mondial et de ses lois impitoyables fait que toutes les performances réalisées sont chaque fois rattrapées par la crise et anéanties. Il en est des acquis du régime socialiste sous le président Senghor, démantelés par l'Ajustement Structurel sous le président Abdou Diouf. Il en paraît de même sous le président Wade dont les investissements pour classer le Sénégal dans le pôle des pays émergents se sont heurtés brutalement à la crise alimentaire et énergétique dans un contexte mondial d'hégémonie économique libérale et d'aggravation généralisée de la pauvreté.
L'impact la plus tragique de cette perturbation de l'organisation économique nous semble être la migration clandestine des jeunes par les pirogues dont 800 sont estimés morts dans l'aventure en 2006 déjà. Ce drame qui frappe des milliers de jeunes, mettant leurs familles dans des souffrances indicibles, continue malgré les mesures prises par les Etats concernés pour le contenir.
La crise économique a affaibli les catégories sociales moyennes urbaines qui jusqu'ici, jouaient un rôle capital dans la résorption des tensions sociales. Cette résorption était possible grâce à la redistribution de revenus opérée par ces mêmes couches, redistribution imposée par l'esprit de solidarité traditionnelle et la sociabilité musulmane. L'accroissement des sollicitations rend plus difficiles l'efficacité des réseaux sociaux d'entraide.
- Les familles sous perfusion en plein remue-ménage -
Les familles,[11]notamment urbaines souffrent de conditions de vie en dégradation rapide du fait de la surpopulation des quartiers, de la densité d'occupation des logements, source de promiscuité, de la dépendance économique des jeunes inactifs des pères retraités, des difficultés liées à la polygamie, à la fréquence du divorce. Les rapports entre hommes et femmes dans la famille sont également bousculés du fait du déséquilibre démographique lié au développement des migrations de travail des hommes, aux nouveaux rôles et statuts des femmes engendrés par leur migration internationale, à l'instabilité matrimoniale accrue, aux nouvelles aspirations à plus de liberté individuelle.
De nouveaux arrangements domestiques et résidentiels s'opèrent ainsi que des recompositions familiales qui cherchent à redéfinir les rapports sociaux et les rôles familiaux (entre sexes et générations).[12]Elles sont portées par des stratégies individuelles et collectives d'insertion économique et sociale et de reconstructions identitaires multiples.
- L’éducation familiale sans repères -
En plus, la laxité des règles morales, l'oisiveté, l'effacement des cadres sociaux traditionnels et l'insuffisance des institutions susceptibles de les remplacer rendent souvent inopérant l'éducation parentale tandis que les influences extérieures de la décadence morale s'intensifient avec les nouveaux moyens de communication. Une telle situation de perte des valeurs éthiques, des références et codes de conduites entraîne des formes de déviance et des pathologies favorisant les actes de violence graves et répétés au sein des ménages, des familles et dans les relations communautaires telles que les recherches[13] le montrent et la presse en révèle l'actualité quotidienne.
Ces nouveaux processus, dans un contexte global de survie économique et souvent d'échec d'insertion sociale et d'identification, entraînent des formes de marginalité, favorisant le phénomène nouveau d’individuation radicale.
- Marginalité, violence domestique et violence politique -
On assiste dans les franges de la société à des phénomènes de violence sociale ritualisée, à des meurtres où les victimes sont égorgées, une forme de violence expiatoire qui libèrerait des peurs, des souffrances et du désarroi. Ainsi on enregistre un accroissement des faits de la violence faite aux femmes, aux enfants et aux personnes vulnérables ainsi que la multiplication des agressions du grand banditisme dans les villes et les villages, sur les routes, dans les zones frontalières où l’insécurité s’accroit.
Mais il y a eu également des phénomènes nouveaux tout aussi extrêmes tels que la multiplication de la grève de la faim, les réactions violentes de groupes sociaux urbains tels les marchands ambulants, à la répression violente des manifestants de Kédougou, au mouvement de révolte et de résistance contre l'injustice des populations de Guédiawaye, aux faits de violence croissants à l'Université de Dakar. En même temps s'affirme une violence d'Etat provocatrice ou répressive prenant ses sources de certains milieux au centre du pouvoir. L’on a même assisté à la scène incroyable et tout à fait inédite d’individus s’immolant par le feu devant le palais présidentiel en signe de révolte.
La campagne électorale en cours est encore émaillée en ces derniers jours d’actes de violences extrêmes avec plusieurs morts et de nombreux blessés graves lors d’attaques de convois de candidats, d’incendie de véhicules, d’agression de journalistes rudement molestés. Injures, menaces et bagarres continuent de plus belle dans un climat parfois surchauffé. Tout laisse présager de graves troubles post électoraux si la classe politique ne se ressaisit pas à temps.
- La crise d'hégémonie et de légitimité de l'Etat[14] -
En l'absence d'un projet et d'un modèle de développement réel et mobilisateur, les nombreux dysfonctionnements confèrent à la société un caractère chaotique, amplifié par les attentes insatisfaites d'une masse de jeunes déçus par l'école, perturbés par la crise de la famille, angoissés par leur avenir, parfois survoltés. Cela d'autant que l'Etat, centralité du politique et gestionnaire principal des ressources nationales, s'impose en vecteur décisif des inégalités fondamentales au sein de la société, décidant des privilèges et des exemptions, accordant des faveurs, distribuant des subsides et garantissant la transmission des avantages à une bourgeoisie d’Etat prédatrice.
Les luttes internes permanentes au sein du Parti-Etat pour des positionnements d'accès aux ressources, fragilisent les institutions dont le contrôle et le fonctionnement dépendent des rapports de personne à personne, des réseaux d'influence, de certaines prééminences familiales, politiques ou religieuses et de « la confiance du président ». L'hégémonie politique du parti dominant et le clientélisme fiévreux déstabilise désormais les règles qui doivent présider au fonctionnement normal des institutions. Il découle de tout cela un décalage entre l'Etat et la société dans ses diverses franges et une faiblesse de la communication politique. Ceci dans un contexte d'éclatement politique et d'émergence d'une société civile en marche où les acteurs sociaux multiples organisés, cherchent de manière collaborative ou revendicative à accroître leur pouvoir de négociation avec l'Etat et à peser sur le champ politique.[15]Ce mouvement social profond qui engage les jeunes, les femmes, les artistes et intellectuels de la société civile en première ligne, porte en même temps tous les signes d'une revendication identitaire de construction d'une modernité africaine dans ses dimensions sociale, religieuse et citoyenne.
Cet affaiblissement de la communication politique est consécutif aussi à l'abandon du système d'exercice de l'hégémonie politique et des stratégies de reproduction spécifique à l'Etat sénégalais depuis Senghor. Certains des différents appareils idéologiques, institutionnels, les soupapes de sûreté, certaines courroies de transmission et de contrôle hégémonique ont disparu, pendant que le relais confrérique ne fonctionne plus en bloc homogène et que les traditions de la politique du dialogue sont dans les tiroirs au profit d'une certaine violence d'Etat qui semble s'instaurer. Tout laisse apparaître en cette époque de la mondialisation un tournant dans les rapports politiques de classe au Sénégal en termes de crise de confiance et de légitimité, préfigurant d'une scission dont l'enjeu crucial pour les partenaires affrontés est le choix de société.
- Une période trouble de violences ? -
Finalement, les contraintes financières, le conservatisme politique, les injustices sociales ont créé un climat d'incertitude et de frustration, mais aussi un mouvement de résistance sociale, politique et culturelle dont il reste à sonder la profondeur, les espoirs et les désespoirs, les lignes de forces et de faiblesses. En tout état de cause, les discours officiels depuis l'indépendance sur le « développement » et l'unité nationale, n'ont pu empêcher l'accroissement de la violence, ni prévenir ou résoudre définitivement le conflit Casamançais, ni éviter la violence expiatoire et les meurtres de Mauritaniens et de Sénégalais en 1989, pas plus que les longues journées d'émeutes et de casse qui précédent ou suivent en général les élections présidentielles contestées.
Le maintien des frontières coloniales et de la suprématie maintenue de la langue française sur les langues vivantes du peuple, le blocage monétaire que constitue le Franc CFA, l'inégal développement régional, la multipolarité idéologique, la faiblesse des classes dominantes qui obligent l'Etat au clientélisme et à la manipulation, l'émiettement des classes dominées, l’incivisme général, l’effet dissolvant de l’argent et de la corruption à toutes les échelles montrent, nous l'avons dit, la fiction de l’objectif à terme de pays émergent fixé pour le Sénégal. Par conséquent la question de la construction nationale, de la citoyenneté républicaine, du développement économique réel et finalement de la paix sociale reste entière.
La crise structurelle et amplifiée remet en cause le modèle colonial du développement sénégalais imposé et édifie sur la nature surannée de l'Etat. Elle réactualise par la même les exigences d'une re-conceptualisation politique et culturelle de notre destin collectif et la tâche politique d'assurer, face à la profondeur des transformations à réaliser, l'ampleur de la participation de la masse historiquement active. L'entière participation citoyenne et l'expression démocratique libre restent sans doute la condition la plus sûre de conjurer la violence et de garantir la paix sociale.
Youssoupha Mbargane Guissé est Docteur en philosophie et Docteur D’état en sociologie. Outre ses nombreux travaux en philosophie, il s'est intéressé à l'étude du changement social au Sénégal, au contexte de la mondialisation et aux constructions identitaires qui travaillent la société sénégalaise dans ses différentes composantes. Il a fait toute sa carrière à l'IFAN Cheikh Anta Diop avec des fonctions de chef du laboratoire des études sociales et de chef du Département des Sciences humaines et sociales. Youssoupha Mbargane Guissé est actuellement chercheur à L'Institut Panafricain de Stratégies à Dakar.
Bibliographie citée
Moustapha Tambadou (dir.) (1994). Les convergences culturelles au sein de la nation sénégalaise. Actes du colloque de Kaolack, 6-13juin. Dakar: Ministère de la culture.
Etienne Leroy (1982). Mythes, violences et pouvoirs. Le Sénégal dans la traite négrière, in Politique Africaine, n07Paris: éd. Karthala.
Boubacar Barry (1984). La Sénégambie du milieu du XVe au XIXe siècle.Traite négrière. Islam et conquête coloniale. Dakar : Fac des Lettres. Départ. Histoire. Thèse de Doctorat de 3è cycle
Jean Boulègue (1978). Lat Sukaabe Fal, in Les Africains. Paris: éd. Jeune Afrique.
Jean Copans (1980). From Senegambia to Senegal. The evolution of peasantries, in Peasants in Africa. Historical and contemporary perspectives. London: Sage Publications.
Bernard Founou-Tchuigoua (1981). Fondements de l’économie de traite au Sénégal. (La surexploitation d'une colonie de 1800 à 1860. Préface de Samir Amin. Paris: éd. Silex.
Banque Mondiale (2007). Sénégal. A la recherche de l’emploi. Le chemin vers la prospérité, 122p. / (2008). République du Sénégal, Evaluation de la sécurité alimentaire au Sénégal, 57p.
1 Pnud (2008). Pnud Sénégal. Dakar.
MEF (2001). Direction de la Coopération Economique et Financière. Programme de relance des activités en Casamance.
Antoine, Ph. Bocquier, Ph. FALL, A.S. Guissé, Y. Mb, Nanitélamio, J. (1996). Les familles dakaroises face à la crise. Ed. Ifan/Orstom/CePeD. Paris: éd. Karthala.
Marc Pilon (1996). Les familles africaines en plein remue-ménage. Paris: Chroniques du CEPED, n02l.
La violence. (2004). (Brahim Diop) (éd.) . Les Cahiers Histoire et Civilisations. Revue thématique et interdisciplinaire, n° 2. Dakar: Faculté des Lettres et Sciences Humaines.
Youssouph Mbargane Guissé (1989). Tendances, ruptures et émergences sociales et politiques au Sénégal. Bordeaux: éd. CEAN ;
Mamadou Mbodj (2002). Le Sénégal entre ruptures et mutations. Citoyennetés en construction, in M.C . Diop (dir.). Le Sénégal contemporain. Paris: éd. Karthala.
[1]Les convergences culturelles au sein de la nation sénégalaise. Actes du colloque de Kaolack, 6-13juin 1994. Textes réunis et présentés par Moustapha Tambadou. Dakar : Ministère de la culture.
[2] Etienne Leroy (1982).Mythes, violences et pouvoirs. Le Sénégal dans la traite négrière, in Politique Africaine, n° 7 Paris : éd. Karthala..
[3] Boubacar Barry (1984). La Sénégambie du milieu du XV è au XIXe siècle. Traite négrière. Islam et conquête coloniale. Dakar: Fac des Lettres. Départ. Histoire. Thèse de Doctorat de 3è cycle Voir aussi Jean Boulègue (1978). Lat Sukaabe Fal, in Les Africains. Paris : éd. Jeune Afrique.
[4] Jean Copans (1980). From Senegambia to Senegal. The evolution of peasantries, in Peasants in Africa. Historical and contemporary perspectives. London: Sage Publications.
[5] Voir Bernard Founou-Tchuigoua (1981). Fondements de l'économie de traite au Sénégal. (La surexploitation d'une colonie de 1800 à I860). Préface de Samir Amin. Paris : éd. Silex.
[6] Banque Mondiale (2007). Sénégal. A la recherche de l'emploi. Le chemin vers la prospérité, 122p. / (2008). République du Sénégal, Evaluation de la sécurité alimentaire au Sénégal, 57p
[8] MEF (2001). Direction de la Coopération Economique et Financière. Programme de relance des activités en Casamance.
[9] Banque mondiale (2018).Sénégal. Vue d’ensemble.
[10] CRES (2017). Forum de la recherche économique et sociale. Dakar.
[11] Antoine, Ph. Bocquier, Ph. Fall, A.S. Guissé, Y. Mb, Nanitélamio, J. (1996). Les familles dakaroises face à la crise. Ed. Ifan/Orstom/CePeD. Paris : éd. Karthala.
[12] Marc Pilon (1996). Les familles africaines en plein remue-ménage. Paris: Chroniques du CEPED, n°21.
[13] Brahim Diop (éd.) (2004). La violence. Les Cahiers Histoire et Civilisations. Revue thématique et interdisciplinaire, n? 2 Dakar : Faculté de Lettres et Sciences Humaines.
[14] Youssoupha Mbargane Guissé (1989). Tendances, ruptures et émergences sociales et politiques au Sénégal. Bordeaux: éd. CEAN.
[15] Mamadou Mbodj (2002). Le Sénégal entre ruptures et mutations. Citoyennetés en construction, in M.C. Diop (dir.). Le Sénégal contemporain. Paris : éd. Karthala.
PAR JEAN MICHEL MARIE FAYE
LE NUMÉRIQUE EST-IL NOTRE AVENIR ?
EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019 - Il est aujourd’hui inconcevable que le dossier médical d’un patient ne puisse pas être partagé en ligne entre ses différents médecins traitant, permettant par là une harmonisation sans risque des différents traitements
#Enjeux2019 - La troisième révolution, qui est celle du numérique vient perturber les schémas industriels classiques de tous les pays en annonçant la transformation de systèmes entiers de communication, de production, de gestion et de gouvernance. Dès lors, il est important pour tout projet politique de prendre en compte la dimension du numérique afin de fonder un véritable projet d’avenir.
Le Sénégal, en pleine campagne électorale, a de réelles chances d’être à la pointe de la révolution numérique africaine, malgré les faibles ressources dont notre pays dispose.
- Saisir l’opportunité de la révolution numérique -
L’économie numérique est potentiellement la plus efficace, la plus productive, que l’humanité n’ait jamais conçue. Nous devons donc nous donner les moyens de nous en servir efficacement pour être un jour, sur la voie du développement. Il nous faut saisir les opportunités nombreuses et innovantes que promeut le numérique pour structurer des réponses sectorielles et globales au défi que pose notre quête d’émergence.
Au vu de toutes ces mutations profondes et de toutes les conséquences qu’elles ont sur nos sociétés, il est important pour tout pays cherchant à gagner en compétitivité d’être en phase avec ces technologies, voire d'y investir. Voilà pourquoi il faut que le Sénégal saisisse cette chance offerte par la révolution numérique en renforçant les acquis par l’adoption d’une politique structurée. Nous prendrons quelques thèmes pour illustrer notre propos.
- Education, Emploi, formation -
Si le numérique détruit des emplois en remplaçant de plus en plus des hommes par des machines, ce que l’homme politique français Benoit Hamon avait parfaitement théorisé en 2017 sous le sceau de la robotisation de l’économie, il va en créer tout autant. De nouvelles compétences techniques sont, en effet, constamment recherchées pour pousser plus en avant cette révolution technologique.
Cette externalité en matière d’emploi rend nécessaire l’adaptation des stratégies de notre pays en matière d’éducation et de formation, afin de permettre une politique cohérente de lutte contre le chômage, notamment auprès des catégories les plus jeunes de la population. À l’heure où partout dans le monde le système éducatif change, le Sénégal reste, hélas, très attaché à un système devenu aujourd’hui, nous le craignons, obsolète. Les méthodes d’enseignement n’ont pas changé depuis les indépendances, les programmes d’enseignement suivent encore toujours la même logique. En cette ère du boom du numérique nous n’avons qu’une petite minorité d’étudiants formés dans les « nouveaux métiers », et encore, cette formation n’est souvent pas conforme aux réels besoins du marché. En effet, si les universités, publiques et privées, forment des compétences, elles se concentrent trop souvent sur quelques spécialités. L’enseignement de l’informatique et plus largement des TIC, quand il existe, se limite aux aspects mathématiques ou, au mieux, aux systèmes d’exploitation et aux langages de programmation. Il ignore très généralement les systèmes d’information et la dimension pratique du numérique. Le manque de développeurs ou d’ingénieurs vraiment qualifiés est souvent décrié par les entreprises, et surtout les startups, les empêchant ainsi de réaliser leurs projets (souvent à fort potentiel) comme il se devrait.
Certes, certaines initiatives positives ont été prises par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (notamment la promotion de la filière scientifique), mais elles n’ont malheureusement pas suffi pour compenser la carence du système dans son ensemble.
Mais la problématique de l’emploi (et de la formation par la même occasion) n’est pas la seule qu’une meilleure politique étatique dans le domaine du numérique pourrait permettre de solutionner.
- Santé, agriculture -
Dans le domaine de la santé, le coût des services pourrait être largement réduit si des dispositifs étaient mis en place pour un vrai suivi médical, ou encore des systèmes de monitoring à distance. Il est aujourd’hui inconcevable que le dossier médical d’un patient ne puisse pas être partagé en ligne entre ses différents médecins traitant, permettant par là une harmonisation sans risque des différents traitements possibles.
Concernant l’agriculture, de nombreux logiciels et applications permettent de nos jours beaucoup plus de productivité et de rentabilité un peu partout dans le monde. Ne faudrait-il pas penser à nous doter et/ou à adapter ces différents moyens aux réalités de notre environnement ? Face aux difficultés que rencontrent les paysans chaque année pour produire mais également écouler leur stock, il est urgent de mettre en place une politique numérique agricole.
- Réforme de l’Etat -
En matière de gouvernance d’État, la réforme des services publics serait accélérée par la mise à la disposition de l’ensemble des citoyens et chercheurs de toutes les données permettant de mesurer la performance de l’Etat et proposer, par la suite, des solutions pour l’accroître. Pourquoi ne pas permettre de faire, par exemple, les déclarations d’impôt en ligne, l’informatisation du processus législatif ou même du système de parrainage tant décrié au Sénégal ; mieux encore permettre à tout citoyen d’avoir accès à l’ensemble de ses données administratives directement sur internet ? Les possibilités sont infinies…
Jean Michel Marie Faye est titulaire d'une maîtrise en Science Politique, d'un Master 2 en Droit Public (spécialité Relations Internationales) et d'une certification en Communication Digitale, il est Social Media Manager d'une entreprise de la place évoluant dans les nouvelles technologies.