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29 août 2025
PAR KHADIM FALL
FAIRE DE DAKAR UNE VILLE SAINE, DURABLE ET RÉSILIENTE
EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019 - Les Dakarois font face à des défis majeurs relatifs à un aménagement urbain qui permette de lutter définitivement contre les inondations qui gangrènent un pays en manque de réseau de drainage des eaux pluviales
Enjeux2019 - Comment assurer la transition vers un nouveau modèle de développement, la recherche de formules innovantes pour faire de Dakar une ville durable, résiliente, vivable en somme… ?
Voilà, ce à quoi, les décideurs publics sont attendus. Et, face aux mutations qui s’accélèrent, il est urgent de trouver des réponses à toutes ces problématiques relevant du mieux-vivre ensemble.
Le Sénégal vit une période charnière de son histoire économique, avec le passage d’un pays à économie faible vers un pays minier, riches en ressources naturelles diverses et qui devrait donc voir sa structure économique substantiellement transformée. Cette nouvelle donne devra être compatible avec une exigence de développement durable.
La première de cette orientation durable est de lutter contre la macrocéphalie de Dakar, qui n’a de cesse favoriser le phénomène de l’exode de rural. Cela demeure une urgence pour asseoir une politique de développement national équitable et soutenable. Car notre pays fait face à des inégalités persistantes. Dakar avec seulement 0,3% du territoire, abrite près de 23% de la population totale soit 3,5 millions d’habitants qui occupe 550 km2, pour une population qui croit de 100 000 habitants par année. Nos politiques publiques doivent tendre à la valorisation des richesses de chaque région afin de fixer les populations dans leurs bassins de vie respectifs en prenant en compte l’enjeu écologique.
- Macrocéphalie de Dakar et enjeux de mobilité urbaine -
Cette macrocéphalie endémique circonscrit l’activité économique dans la région de Dakar, avec le regroupement sur ce territoire de 70% du parc industriel et 70% du parc automobile. En effet sur un parc de 556 000 véhicules qui circulent au Sénégal, les 380 000 sont immatriculés à Dakar, autrement dit 2 voitures sur 3 sont censées rouler sur la presqu’ile du Cap-Vert, soit 681 véhicules par Km2 au moment ou l’intérieur du pays représente seulement 1,01 par Km2 de véhicules. Et, chaque année, ce chiffre augmente en moyenne de 10%, source d’embouteillages (un dakarois perd en moyenne 20 heures dans les transports) et de pollution.
L’Etat du Sénégal a entrepris une politique de renouvellement du parc automobile avec l’arrivée des bus Tata et l’acquisition de nouveaux bus pour la société de transport public Dakar Dem Dikk qui assure maintenant la desserte de certaines régions.
Mais pour aller effectivement vers une capitale durable et vivable, l’Etat doit s’orienter vers des moyens de transport de masse et adaptés à la protection de l’environnement. Le Train Express Régional (TER) pour 115 000 mille passagers/jour et les Bus rapide transit (BRT) qui vont quitter la banlieue de Guédiawaye pour 300 mille passagers/jour pour rallier la gare de Petersen en centre-ville de Dakar en phase de projet, participent de cette politique qui devra être accompagnée de véritable étude d’impact environnemental.
Une ville vivable consiste aussi à promouvoir un urbanisme plus dense et orienté vers les modes actifs de transport avec des techniques d’informations et de communication bien étudiées pour gérer en temps réel l’optimisation des flux et la gestion des infrastructures.
- Assainissement et cadre de vie -
Les Dakarois font face à des défis majeurs relatifs à un aménagement urbain qui permette de lutter définitivement contre les inondations qui gangrènent un pays en manque de réseau de drainage des eaux pluviales. En outre, selon les chercheurs sur la question, les risques d’inondation, notamment dans les grandes villes, devraient s’accentuer avec le réchauffement climatique.
Il s’y ajoute l'érosion côtière, qui peut entraîner des vulnérabilités sociales, économiques et environnementales, notamment avec l’avancée de la mer qui menace de rayer une partie considérable de notre patrimoine historique de la carte du pays, notamment dans la vieille commune de Rufisque.
Même s’il faut reconnaître les mesures de refonte du réseau d’assainissement du Sénégal prises par l’Office nationale d’Assainissement du Sénégal (ONAS), il n’en demeure pas moins que l’accès à un cadre de vie adéquat et sain reste éloigné des Sénégalais.
Par exemple, la situation de la baie de Hann, avec un niveau de pollution considérable, du fait notamment du déversement des eaux usées industrielles devraient davantage alerter nos candidats à la présidentielle.
Khadim Fall est journaliste diplômé du Cesti. Également titulaire d’un diplôme en droit public, option Relations Internationales, il est web éditeur au journal en ligne teranganews.sn du groupe Sahara Médias.
PAR YOUSSOUPHA MBARGANE GUISSÉ
UNE ÉLECTION MALGRÉ LA CRISE SOCIO-POLITIQUE
EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019 - Le maintien des frontières coloniales, la faiblesse des classes dominantes qui obligent l'Etat au clientélisme, la corruption à toutes les échelles, montrent la fiction de l’objectif à terme de pays émergent fixé
#Enjeux2019 - La domestication de la violence en Sénégambie ancienne.
Le Sénégal fait partie de la Sénégambie historique qui, selon l'historien Yves Person, est «un finistère des peuples», suite à des migrations anciennes et à de multiples brassages humaines et culturelles. Cette région a été une sorte de refuge pour eux, suite à la désertification du Sahara, aux pressions démographiques, aux conflits et guerres de toutes sortes. Il a été un espace de recherche de paix et de sécurité d'où l'importance au sein des sociétés en présence de la culture de la paix et de la tolérance.[1]
En effet elles ont su, malgré les divisions sociales et les inégalités internes, trouver de subtils et puissants mécanismes sociaux, idéologiques, institutionnels de domestication de la violence. Il s'agit de la redistribution des richesses, de l'association à l'exercice du pouvoir, de la reconnaissance des identités spécifiques, de l'élargissement des alliances matrimoniales, de la solidarité intercommunautaire. Les tensions liées aux différentes inégalités (entre aînés et cadets, hommes et femmes, chefs de terre et simples titulaires de droit de culture, castes inférieures et castes supérieures, maîtres et esclaves) étaient résorbées grâce au jeu d'une certaine mobilité et à la considération sociale du rôle de chacun.
Ces mécanismes ont permis de contenir les tensions et conflits éventuels et favoriser plutôt la reproduction des anciennes hiérarchies par des dynamiques de reclassement social. Ainsi en Sénégambie ancienne, ni la violence, ni la monnaie n'ont joué un rôle dissolvant ou destructeur des économies, de la vie de relations et des cohésions. Les suprématies politiques ou religieuses ont plutôt contribué à forger les complémentarités et solidarités linguistiques et culturelles qu'illustre bien la parenté à plaisanterie.
En réalité, comme l'attestent les historiens, la violence destructrice a été un phénomène extérieur[2] lié d'abord à la traite esclavagiste que la monarchie politico-militaire chercha à monopoliser afin d'en tirer des profits plus substantiels.[3]L'équilibre constitutionnel fut alors brisé par une concentration et une personnalisation extrême du pouvoir, ainsi qu'une laïcisation de l'Etat. Puis le système d'exploitation colonial auquel seront organiquement impliqués des groupes dirigeants ou hégémoniques dans la société introduisit le développement capitaliste et le modèle culturel occidental. On peut considérer que c'est avec l'Etat colonial que la destruction du tissu social a véritablement commencé. Il a organisé dans la violence la dislocation des modes domestiques de production par le régime du travail forcé et de l'indigénat, les cultures de rente et la politique d'assimilation culturelle.[4]
Migrations, prolétarisation, paupérisation, urbanisation accélérée traduisent les intenses processus de décompositions et de recompositions démographiques sociologiques et culturelles qui déséquilibrent et refaçonnent les espaces, les économies, les groupes sociaux et les communautés de vie. L'économie de mise en valeur inégale des régions,[5]le développement macrocéphale des capitales au détriment des villes moyennes au statut fragile et des campagnes désertées ainsi que l'école coloniale installée dans des zones et régions privilégiées d'exploitation économique, ont favorisé certaines ethnies ou fractions d'ethnies et crée une fracture entre les régions, une division sociale et culturelle au sein des communautés, des groupes et des individus, des hommes et des femmes.
L'ensemble de ces processus a abouti à la constitution d'un nouveau régime de classes et d'inégalités sociales, ethniques et régionales dont l'Etat sénégalais sera l'héritier à l'indépendance. Le phénomène de la violence croissante et multiforme que connaît le Sénégal trouve ses fondements dans cette histoire qui a reconfiguré en de nouvelles divisions et inégalités les rapports sociaux, malgré les efforts, les engagements, les investissements réels des différents régimes politiques à inscrire le pays dans un développement économique et social durable et solidaire.
- Une crise du modèle de développement -
L'extrême dépendance du marché mondial et des capitaux étrangers, la pauvreté persistante du système agraire, la gestion bureaucratique et les mauvaises performances économiques ont obligé, au début des années 80, l'Etat à se soumettre aux restructurations imposées par la Banque mondiale et le FMI pour adapter le pays aux exigences de la mondialisation. Privatisation, désengagement de l'Etat des secteurs sociaux, fragilisation du tissu industriel, crise énergétique et alimentaire, chômage des jeunes urbains, pauvreté croissante, migration clandestine… caractérisent la marche du pays.
- La crise économique et sociale -
La crise se présente dans la première décennie 2000 selon des données statistiques de la Banque Mondiale (2007),[6]du Pnud (2008),[7]de la Direction de la Coopération Economique et Financière (2001),[8] ainsi : 50% des ménages sont au-dessous du seuil de pauvreté alors que les classes moyennes sont précarisées. Le taux de chômage est de 13% et celui du sous-emploi de 30%, pendant que l'Etat consacre moins de 1% de son budget pour l'ensemble des programmes pour l'emploi et que seulement 20% de la population du pays bénéficient d'une couverture sanitaire. A cela s'ajoutent une crise cyclique de l'Ecole, une détérioration de l'environnement de l'habitat et des conditions de vie, la crise alimentaire et énergétique, la raréfaction des ressources, le conflit en Casamance avec 60 000 déplacés et une population de migrants évaluée à 2 à 2, 5 millions.
A l’heure actuelle, malgré le taux de croissance estimé par la Banque mondiale[9] à 6,8% en 2017 et par l’Etat sénégalais à 7,2% aujourd’hui, les richesses produites n’ont pas été partagées. Les effets d’une telle croissance n’ont pas eu d’effets sur l’emploi et la pauvreté. La masse des pauvres a même augmenté passant en 2016 de 6,3 millions en 2011 à 6,8 millions en 2016. Même si la Banque mondiale estime un recul de 7% en 2018, le phénomène reste très important à l’heure actuelle. Le Directeur du CRES[10] (Centre de Recherches économiques) note en effet : « Officiellement le taux de pauvreté dans le pays est de 46,7%, mais le chiffre moyen cache une forte disparité entre les zones urbaines où on note qu’un habitant sur 4 est pauvre et les zones rurales où ce sont deux habitants sur 3 qui sont pauvres.
La perspective d'un développement global, économique, politique, culturel du pays semble encore inexistante ; certaines réalisations positives des deux Alternances dans divers domaines n'ont pas réglé la question d'un modèle de développement salutaire pour le Sénégal.
L'économie sénégalaise encore soumise structurellement à la domination et au contrôle du capitalisme français et international, sans intégration à une base arrière économique sous régionale développée, reste fragile. La dépendance extrême du Sénégal du marché mondial et de ses lois impitoyables fait que toutes les performances réalisées sont chaque fois rattrapées par la crise et anéanties. Il en est des acquis du régime socialiste sous le président Senghor, démantelés par l'Ajustement Structurel sous le président Abdou Diouf. Il en paraît de même sous le président Wade dont les investissements pour classer le Sénégal dans le pôle des pays émergents se sont heurtés brutalement à la crise alimentaire et énergétique dans un contexte mondial d'hégémonie économique libérale et d'aggravation généralisée de la pauvreté.
L'impact la plus tragique de cette perturbation de l'organisation économique nous semble être la migration clandestine des jeunes par les pirogues dont 800 sont estimés morts dans l'aventure en 2006 déjà. Ce drame qui frappe des milliers de jeunes, mettant leurs familles dans des souffrances indicibles, continue malgré les mesures prises par les Etats concernés pour le contenir.
La crise économique a affaibli les catégories sociales moyennes urbaines qui jusqu'ici, jouaient un rôle capital dans la résorption des tensions sociales. Cette résorption était possible grâce à la redistribution de revenus opérée par ces mêmes couches, redistribution imposée par l'esprit de solidarité traditionnelle et la sociabilité musulmane. L'accroissement des sollicitations rend plus difficiles l'efficacité des réseaux sociaux d'entraide.
- Les familles sous perfusion en plein remue-ménage -
Les familles,[11]notamment urbaines souffrent de conditions de vie en dégradation rapide du fait de la surpopulation des quartiers, de la densité d'occupation des logements, source de promiscuité, de la dépendance économique des jeunes inactifs des pères retraités, des difficultés liées à la polygamie, à la fréquence du divorce. Les rapports entre hommes et femmes dans la famille sont également bousculés du fait du déséquilibre démographique lié au développement des migrations de travail des hommes, aux nouveaux rôles et statuts des femmes engendrés par leur migration internationale, à l'instabilité matrimoniale accrue, aux nouvelles aspirations à plus de liberté individuelle.
De nouveaux arrangements domestiques et résidentiels s'opèrent ainsi que des recompositions familiales qui cherchent à redéfinir les rapports sociaux et les rôles familiaux (entre sexes et générations).[12]Elles sont portées par des stratégies individuelles et collectives d'insertion économique et sociale et de reconstructions identitaires multiples.
- L’éducation familiale sans repères -
En plus, la laxité des règles morales, l'oisiveté, l'effacement des cadres sociaux traditionnels et l'insuffisance des institutions susceptibles de les remplacer rendent souvent inopérant l'éducation parentale tandis que les influences extérieures de la décadence morale s'intensifient avec les nouveaux moyens de communication. Une telle situation de perte des valeurs éthiques, des références et codes de conduites entraîne des formes de déviance et des pathologies favorisant les actes de violence graves et répétés au sein des ménages, des familles et dans les relations communautaires telles que les recherches[13] le montrent et la presse en révèle l'actualité quotidienne.
Ces nouveaux processus, dans un contexte global de survie économique et souvent d'échec d'insertion sociale et d'identification, entraînent des formes de marginalité, favorisant le phénomène nouveau d’individuation radicale.
- Marginalité, violence domestique et violence politique -
On assiste dans les franges de la société à des phénomènes de violence sociale ritualisée, à des meurtres où les victimes sont égorgées, une forme de violence expiatoire qui libèrerait des peurs, des souffrances et du désarroi. Ainsi on enregistre un accroissement des faits de la violence faite aux femmes, aux enfants et aux personnes vulnérables ainsi que la multiplication des agressions du grand banditisme dans les villes et les villages, sur les routes, dans les zones frontalières où l’insécurité s’accroit.
Mais il y a eu également des phénomènes nouveaux tout aussi extrêmes tels que la multiplication de la grève de la faim, les réactions violentes de groupes sociaux urbains tels les marchands ambulants, à la répression violente des manifestants de Kédougou, au mouvement de révolte et de résistance contre l'injustice des populations de Guédiawaye, aux faits de violence croissants à l'Université de Dakar. En même temps s'affirme une violence d'Etat provocatrice ou répressive prenant ses sources de certains milieux au centre du pouvoir. L’on a même assisté à la scène incroyable et tout à fait inédite d’individus s’immolant par le feu devant le palais présidentiel en signe de révolte.
La campagne électorale en cours est encore émaillée en ces derniers jours d’actes de violences extrêmes avec plusieurs morts et de nombreux blessés graves lors d’attaques de convois de candidats, d’incendie de véhicules, d’agression de journalistes rudement molestés. Injures, menaces et bagarres continuent de plus belle dans un climat parfois surchauffé. Tout laisse présager de graves troubles post électoraux si la classe politique ne se ressaisit pas à temps.
- La crise d'hégémonie et de légitimité de l'Etat[14] -
En l'absence d'un projet et d'un modèle de développement réel et mobilisateur, les nombreux dysfonctionnements confèrent à la société un caractère chaotique, amplifié par les attentes insatisfaites d'une masse de jeunes déçus par l'école, perturbés par la crise de la famille, angoissés par leur avenir, parfois survoltés. Cela d'autant que l'Etat, centralité du politique et gestionnaire principal des ressources nationales, s'impose en vecteur décisif des inégalités fondamentales au sein de la société, décidant des privilèges et des exemptions, accordant des faveurs, distribuant des subsides et garantissant la transmission des avantages à une bourgeoisie d’Etat prédatrice.
Les luttes internes permanentes au sein du Parti-Etat pour des positionnements d'accès aux ressources, fragilisent les institutions dont le contrôle et le fonctionnement dépendent des rapports de personne à personne, des réseaux d'influence, de certaines prééminences familiales, politiques ou religieuses et de « la confiance du président ». L'hégémonie politique du parti dominant et le clientélisme fiévreux déstabilise désormais les règles qui doivent présider au fonctionnement normal des institutions. Il découle de tout cela un décalage entre l'Etat et la société dans ses diverses franges et une faiblesse de la communication politique. Ceci dans un contexte d'éclatement politique et d'émergence d'une société civile en marche où les acteurs sociaux multiples organisés, cherchent de manière collaborative ou revendicative à accroître leur pouvoir de négociation avec l'Etat et à peser sur le champ politique.[15]Ce mouvement social profond qui engage les jeunes, les femmes, les artistes et intellectuels de la société civile en première ligne, porte en même temps tous les signes d'une revendication identitaire de construction d'une modernité africaine dans ses dimensions sociale, religieuse et citoyenne.
Cet affaiblissement de la communication politique est consécutif aussi à l'abandon du système d'exercice de l'hégémonie politique et des stratégies de reproduction spécifique à l'Etat sénégalais depuis Senghor. Certains des différents appareils idéologiques, institutionnels, les soupapes de sûreté, certaines courroies de transmission et de contrôle hégémonique ont disparu, pendant que le relais confrérique ne fonctionne plus en bloc homogène et que les traditions de la politique du dialogue sont dans les tiroirs au profit d'une certaine violence d'Etat qui semble s'instaurer. Tout laisse apparaître en cette époque de la mondialisation un tournant dans les rapports politiques de classe au Sénégal en termes de crise de confiance et de légitimité, préfigurant d'une scission dont l'enjeu crucial pour les partenaires affrontés est le choix de société.
- Une période trouble de violences ? -
Finalement, les contraintes financières, le conservatisme politique, les injustices sociales ont créé un climat d'incertitude et de frustration, mais aussi un mouvement de résistance sociale, politique et culturelle dont il reste à sonder la profondeur, les espoirs et les désespoirs, les lignes de forces et de faiblesses. En tout état de cause, les discours officiels depuis l'indépendance sur le « développement » et l'unité nationale, n'ont pu empêcher l'accroissement de la violence, ni prévenir ou résoudre définitivement le conflit Casamançais, ni éviter la violence expiatoire et les meurtres de Mauritaniens et de Sénégalais en 1989, pas plus que les longues journées d'émeutes et de casse qui précédent ou suivent en général les élections présidentielles contestées.
Le maintien des frontières coloniales et de la suprématie maintenue de la langue française sur les langues vivantes du peuple, le blocage monétaire que constitue le Franc CFA, l'inégal développement régional, la multipolarité idéologique, la faiblesse des classes dominantes qui obligent l'Etat au clientélisme et à la manipulation, l'émiettement des classes dominées, l’incivisme général, l’effet dissolvant de l’argent et de la corruption à toutes les échelles montrent, nous l'avons dit, la fiction de l’objectif à terme de pays émergent fixé pour le Sénégal. Par conséquent la question de la construction nationale, de la citoyenneté républicaine, du développement économique réel et finalement de la paix sociale reste entière.
La crise structurelle et amplifiée remet en cause le modèle colonial du développement sénégalais imposé et édifie sur la nature surannée de l'Etat. Elle réactualise par la même les exigences d'une re-conceptualisation politique et culturelle de notre destin collectif et la tâche politique d'assurer, face à la profondeur des transformations à réaliser, l'ampleur de la participation de la masse historiquement active. L'entière participation citoyenne et l'expression démocratique libre restent sans doute la condition la plus sûre de conjurer la violence et de garantir la paix sociale.
Youssoupha Mbargane Guissé est Docteur en philosophie et Docteur D’état en sociologie. Outre ses nombreux travaux en philosophie, il s'est intéressé à l'étude du changement social au Sénégal, au contexte de la mondialisation et aux constructions identitaires qui travaillent la société sénégalaise dans ses différentes composantes. Il a fait toute sa carrière à l'IFAN Cheikh Anta Diop avec des fonctions de chef du laboratoire des études sociales et de chef du Département des Sciences humaines et sociales. Youssoupha Mbargane Guissé est actuellement chercheur à L'Institut Panafricain de Stratégies à Dakar.
Bibliographie citée
Moustapha Tambadou (dir.) (1994). Les convergences culturelles au sein de la nation sénégalaise. Actes du colloque de Kaolack, 6-13juin. Dakar: Ministère de la culture.
Etienne Leroy (1982). Mythes, violences et pouvoirs. Le Sénégal dans la traite négrière, in Politique Africaine, n07Paris: éd. Karthala.
Boubacar Barry (1984). La Sénégambie du milieu du XVe au XIXe siècle.Traite négrière. Islam et conquête coloniale. Dakar : Fac des Lettres. Départ. Histoire. Thèse de Doctorat de 3è cycle
Jean Boulègue (1978). Lat Sukaabe Fal, in Les Africains. Paris: éd. Jeune Afrique.
Jean Copans (1980). From Senegambia to Senegal. The evolution of peasantries, in Peasants in Africa. Historical and contemporary perspectives. London: Sage Publications.
Bernard Founou-Tchuigoua (1981). Fondements de l’économie de traite au Sénégal. (La surexploitation d'une colonie de 1800 à 1860. Préface de Samir Amin. Paris: éd. Silex.
Banque Mondiale (2007). Sénégal. A la recherche de l’emploi. Le chemin vers la prospérité, 122p. / (2008). République du Sénégal, Evaluation de la sécurité alimentaire au Sénégal, 57p.
1 Pnud (2008). Pnud Sénégal. Dakar.
MEF (2001). Direction de la Coopération Economique et Financière. Programme de relance des activités en Casamance.
Antoine, Ph. Bocquier, Ph. FALL, A.S. Guissé, Y. Mb, Nanitélamio, J. (1996). Les familles dakaroises face à la crise. Ed. Ifan/Orstom/CePeD. Paris: éd. Karthala.
Marc Pilon (1996). Les familles africaines en plein remue-ménage. Paris: Chroniques du CEPED, n02l.
La violence. (2004). (Brahim Diop) (éd.) . Les Cahiers Histoire et Civilisations. Revue thématique et interdisciplinaire, n° 2. Dakar: Faculté des Lettres et Sciences Humaines.
Youssouph Mbargane Guissé (1989). Tendances, ruptures et émergences sociales et politiques au Sénégal. Bordeaux: éd. CEAN ;
Mamadou Mbodj (2002). Le Sénégal entre ruptures et mutations. Citoyennetés en construction, in M.C . Diop (dir.). Le Sénégal contemporain. Paris: éd. Karthala.
[1]Les convergences culturelles au sein de la nation sénégalaise. Actes du colloque de Kaolack, 6-13juin 1994. Textes réunis et présentés par Moustapha Tambadou. Dakar : Ministère de la culture.
[2] Etienne Leroy (1982).Mythes, violences et pouvoirs. Le Sénégal dans la traite négrière, in Politique Africaine, n° 7 Paris : éd. Karthala..
[3] Boubacar Barry (1984). La Sénégambie du milieu du XV è au XIXe siècle. Traite négrière. Islam et conquête coloniale. Dakar: Fac des Lettres. Départ. Histoire. Thèse de Doctorat de 3è cycle Voir aussi Jean Boulègue (1978). Lat Sukaabe Fal, in Les Africains. Paris : éd. Jeune Afrique.
[4] Jean Copans (1980). From Senegambia to Senegal. The evolution of peasantries, in Peasants in Africa. Historical and contemporary perspectives. London: Sage Publications.
[5] Voir Bernard Founou-Tchuigoua (1981). Fondements de l'économie de traite au Sénégal. (La surexploitation d'une colonie de 1800 à I860). Préface de Samir Amin. Paris : éd. Silex.
[6] Banque Mondiale (2007). Sénégal. A la recherche de l'emploi. Le chemin vers la prospérité, 122p. / (2008). République du Sénégal, Evaluation de la sécurité alimentaire au Sénégal, 57p
[8] MEF (2001). Direction de la Coopération Economique et Financière. Programme de relance des activités en Casamance.
[9] Banque mondiale (2018).Sénégal. Vue d’ensemble.
[10] CRES (2017). Forum de la recherche économique et sociale. Dakar.
[11] Antoine, Ph. Bocquier, Ph. Fall, A.S. Guissé, Y. Mb, Nanitélamio, J. (1996). Les familles dakaroises face à la crise. Ed. Ifan/Orstom/CePeD. Paris : éd. Karthala.
[12] Marc Pilon (1996). Les familles africaines en plein remue-ménage. Paris: Chroniques du CEPED, n°21.
[13] Brahim Diop (éd.) (2004). La violence. Les Cahiers Histoire et Civilisations. Revue thématique et interdisciplinaire, n? 2 Dakar : Faculté de Lettres et Sciences Humaines.
[14] Youssoupha Mbargane Guissé (1989). Tendances, ruptures et émergences sociales et politiques au Sénégal. Bordeaux: éd. CEAN.
[15] Mamadou Mbodj (2002). Le Sénégal entre ruptures et mutations. Citoyennetés en construction, in M.C. Diop (dir.). Le Sénégal contemporain. Paris : éd. Karthala.
PAR JEAN MICHEL MARIE FAYE
LE NUMÉRIQUE EST-IL NOTRE AVENIR ?
EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019 - Il est aujourd’hui inconcevable que le dossier médical d’un patient ne puisse pas être partagé en ligne entre ses différents médecins traitant, permettant par là une harmonisation sans risque des différents traitements
#Enjeux2019 - La troisième révolution, qui est celle du numérique vient perturber les schémas industriels classiques de tous les pays en annonçant la transformation de systèmes entiers de communication, de production, de gestion et de gouvernance. Dès lors, il est important pour tout projet politique de prendre en compte la dimension du numérique afin de fonder un véritable projet d’avenir.
Le Sénégal, en pleine campagne électorale, a de réelles chances d’être à la pointe de la révolution numérique africaine, malgré les faibles ressources dont notre pays dispose.
- Saisir l’opportunité de la révolution numérique -
L’économie numérique est potentiellement la plus efficace, la plus productive, que l’humanité n’ait jamais conçue. Nous devons donc nous donner les moyens de nous en servir efficacement pour être un jour, sur la voie du développement. Il nous faut saisir les opportunités nombreuses et innovantes que promeut le numérique pour structurer des réponses sectorielles et globales au défi que pose notre quête d’émergence.
Au vu de toutes ces mutations profondes et de toutes les conséquences qu’elles ont sur nos sociétés, il est important pour tout pays cherchant à gagner en compétitivité d’être en phase avec ces technologies, voire d'y investir. Voilà pourquoi il faut que le Sénégal saisisse cette chance offerte par la révolution numérique en renforçant les acquis par l’adoption d’une politique structurée. Nous prendrons quelques thèmes pour illustrer notre propos.
- Education, Emploi, formation -
Si le numérique détruit des emplois en remplaçant de plus en plus des hommes par des machines, ce que l’homme politique français Benoit Hamon avait parfaitement théorisé en 2017 sous le sceau de la robotisation de l’économie, il va en créer tout autant. De nouvelles compétences techniques sont, en effet, constamment recherchées pour pousser plus en avant cette révolution technologique.
Cette externalité en matière d’emploi rend nécessaire l’adaptation des stratégies de notre pays en matière d’éducation et de formation, afin de permettre une politique cohérente de lutte contre le chômage, notamment auprès des catégories les plus jeunes de la population. À l’heure où partout dans le monde le système éducatif change, le Sénégal reste, hélas, très attaché à un système devenu aujourd’hui, nous le craignons, obsolète. Les méthodes d’enseignement n’ont pas changé depuis les indépendances, les programmes d’enseignement suivent encore toujours la même logique. En cette ère du boom du numérique nous n’avons qu’une petite minorité d’étudiants formés dans les « nouveaux métiers », et encore, cette formation n’est souvent pas conforme aux réels besoins du marché. En effet, si les universités, publiques et privées, forment des compétences, elles se concentrent trop souvent sur quelques spécialités. L’enseignement de l’informatique et plus largement des TIC, quand il existe, se limite aux aspects mathématiques ou, au mieux, aux systèmes d’exploitation et aux langages de programmation. Il ignore très généralement les systèmes d’information et la dimension pratique du numérique. Le manque de développeurs ou d’ingénieurs vraiment qualifiés est souvent décrié par les entreprises, et surtout les startups, les empêchant ainsi de réaliser leurs projets (souvent à fort potentiel) comme il se devrait.
Certes, certaines initiatives positives ont été prises par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (notamment la promotion de la filière scientifique), mais elles n’ont malheureusement pas suffi pour compenser la carence du système dans son ensemble.
Mais la problématique de l’emploi (et de la formation par la même occasion) n’est pas la seule qu’une meilleure politique étatique dans le domaine du numérique pourrait permettre de solutionner.
- Santé, agriculture -
Dans le domaine de la santé, le coût des services pourrait être largement réduit si des dispositifs étaient mis en place pour un vrai suivi médical, ou encore des systèmes de monitoring à distance. Il est aujourd’hui inconcevable que le dossier médical d’un patient ne puisse pas être partagé en ligne entre ses différents médecins traitant, permettant par là une harmonisation sans risque des différents traitements possibles.
Concernant l’agriculture, de nombreux logiciels et applications permettent de nos jours beaucoup plus de productivité et de rentabilité un peu partout dans le monde. Ne faudrait-il pas penser à nous doter et/ou à adapter ces différents moyens aux réalités de notre environnement ? Face aux difficultés que rencontrent les paysans chaque année pour produire mais également écouler leur stock, il est urgent de mettre en place une politique numérique agricole.
- Réforme de l’Etat -
En matière de gouvernance d’État, la réforme des services publics serait accélérée par la mise à la disposition de l’ensemble des citoyens et chercheurs de toutes les données permettant de mesurer la performance de l’Etat et proposer, par la suite, des solutions pour l’accroître. Pourquoi ne pas permettre de faire, par exemple, les déclarations d’impôt en ligne, l’informatisation du processus législatif ou même du système de parrainage tant décrié au Sénégal ; mieux encore permettre à tout citoyen d’avoir accès à l’ensemble de ses données administratives directement sur internet ? Les possibilités sont infinies…
Jean Michel Marie Faye est titulaire d'une maîtrise en Science Politique, d'un Master 2 en Droit Public (spécialité Relations Internationales) et d'une certification en Communication Digitale, il est Social Media Manager d'une entreprise de la place évoluant dans les nouvelles technologies.
PAR LA CHRONIQUEUSE DE SENEPLUS, AMINATA DIA
LE SÉNÉGAL FACE À SON DESTIN
EXCLUSIF SENEPLUS - Quel message lancerions-nous à tous ceux et toutes celles qui ont vendu leur intégrité, trahi leurs convictions et insulté l’intelligence des Sénégalais en oubliant le bien commun pour des calculs personnels et soi-disant politiques ?
« Notre pays est à un moment où nous devons prier davantage, redoubler de piété pour vivre davantage dans la vérité et l’authenticité. Notre pays connait quelques perturbations et nous n’en sortirons pas si nous ne sommes pas du côté de la vérité qui vient du côté de Dieu et de la paix qui vient de Dieu » Mgr Benjamin Ndiaye.
Je reprends ma plume aujourd’hui, 23 février 2019 pour partager mon ressenti à quelques heures de l’élection présidentielle. Une élection qui s’annonce morose et incertaine. Pendant que le gouvernement actuel se porte déjà gagnant dès le premier tour avec des slogans « vainqueurs au premier tour », « réélu sans doute » placardés et scandés à tout va, l’opposition continue les messages incitant à « aller voter », « le scrutin n’est pas joué d’avance », « la fraude ne passera pas ». Le ton est donné.
Mais aujourd’hui mon cœur est lourd, tellement lourd que je peine à écrire ces mots. Lourd de voir la force déployée par un Etat qui depuis sept ans n’a cessé de s’enfoncer dans des dérives. Lourd de voir un président qui en 2012, lors de son discours inaugural à la nation, avait promis d’être le président de tous les sénégalais, d’œuvrer à la bonne gouvernance et à la rupture s’adonner avec suffisance à un partisanisme total, absolu et annihilateur des valeurs démocratiques et républicaines les plus fondamentales.
Qui n’a pas vécu les élections locales de 2014, le référendum et les dernières élections législatives ? Qui n’a pas vécu les achats de conscience, l’argent déversé et distribué (l’argent du contribuable sénégalais), le « OUI » imprimé en marron sur fond beige et le « NON » imprimé en rose sur fond blanc ? Je n’oublierai jamais cette affiche, preuve que le Ministère de l’Intérieur, garant du bon déroulé du scrutin et garant de la sécurité et de la bonne marche électorale avait basculé dans le partisanisme. Je n’oublierai jamais lorsque les bureaux de vote ne sont pas arrivés à l’heure à Touba lors des dernières législatives et que les cartes d’électeurs n’ont pas été distribuées à temps. Faillite là encore de l’Etat, garant du bon déroulement du scrutin. Je n’oublierai jamais chaque jour de ce régime où jour après jour, j’ai vu dans mon pays, le Sénégal, la « démocratie » triompher si on définit par « démocratie » l’expression d’une majorité tronquée et la dignité bafouée et ne pas pouvoir se plaindre parce que c'est le jeu au final. On gagne. On perd. Mais devrait-on avoir à jouer autour de l'équilibre même d'une nation ? Le « Oui » a gagné lors du référendum mais à quel prix ? Doit-on se taire lorsque la « démocratie » au sens gribouillée du terme permet qu'une journée déconstruise l'histoire même de notre pays ? Comment les uns et les autres se regarderont demain ? Comment l'Etat justifiera sa décadence apparente, assumée et à ses yeux, "légitime" ? Le rendez-vous sera à la fête mais qu'à-t-on à fêter si ce n'est le recul de tout ce qui fait la force et l'identité du Sénégal ?
Depuis un moment, j’entends qu’il ne faut pas simplement voter pour sanctionner. Mais j’écris ces quelques mots car à mon sens, il faut sanctionner. La sanction est importante. Mais avant tout, commençons par un petit aperçu de ces sept dernières années.
I. 2012 – 2014 : le flou total
L’oubli nous gagne vite parfois au Sénégal mais il est toujours bien de rappeler les choses. Lorsque le président Macky Sall accède au pouvoir en 2012, il le fait sur la base d’un programme de bonne gouvernance. A son accession, sa première action a été tout un tapage sur la traque des biens mal acquis. Rappelons-nous l’incohérence d’une telle entreprise au regard de sa propre déclaration de patrimoine de 8 milliards et de ses déclarations "je reconnais avoir bénéficié des faveurs du régime de Wade" suite à laquelle il précise automatiquement « moi je me bats contre la vraie corruption » (donc les gens n'ont pas de dictionnaire chez eux). Rappelons-nous également que toutes les personnes concernées n’ont pas été traduites en justice. Une sélection partielle et partisane (ce mot sera répété plusieurs fois dans ce texte) a été faite, toujours alignée avec la logique propre de l’Etat de servir ses propres fins politiques.
De plus, entre 2012 et 2014, nous avons également vécu les campagnes de communication pourries :
celle de l'hélicoptère où M. le président accompagné de Mimi Touré, Ministre de la Justice à l’époque, débarquent en treillis durant les coupures d’eau liées à la panne de l’usine de Keur Momar Sarr et celle du petit déjeuner avec la première dame qui sert dans des calebasses du "vrai lakh (plat à base de mil) sénégalais". Cette dernière campagne était tellement fausse que le président y tenait son journal à l’envers, faisant semblant de lire, ce qui n’était clairement pas le cas. C’est aussi le moment des déclarations contradictoires entre Ministres d'un même gouvernement et de la Loi sur la baisse des loyers dont on ne sait toujours pas quel est l'impact concret sur la crise foncière au Sénégal 7 ans après.
II. 2015-2018 : politique partisane et cacophonie
A partir des locales en juin 2014, nous avons eu le lancement du Plan Sénégal Emergeant qui a fait la publicité de l'émergence. Il a fallu apparemment deux ans de fonction à notre gouvernement pour se payer une vision cohérente et un semblant de stratégie et la traque des biens mal acquis servait de diversion pour cacher ce vide apparent. Toutefois, au-delà des politiques économiques, agricoles et culturelles, nous retiendrons surtout de ces années l’enfoncement de l’Etat dans une logique profondément partisane.
En effet, la rupture annoncée préalablement en termes de gestion saine et de meilleure gouvernance montre ses limites : investiture de politiques à des postes de responsabilités juste pour gagner des localités (la majorité des Ministres et Directeurs Généraux ayant perdu leur localité en 2014 ont été démis de leur fonction), utilisation massive des biens publics à des fins partisanes, absence de transparence dans l'éligibilité des fonctionnaires publiques (rappelons-nous chers sénégalais la déclaration de Mbagnick Ndiaye, ancien Ministre de la culture qui disait : « c’est Marième Faye Sall (actuel première dame) qui élit qui elle veut. Ceux qui lui plaisent restent. Ceux qui lui déplaisent sont limogés.). De plus, il y a eu un réel flou sur la question du calendrier électoral qui s’est soldée par une mascarade référendaire car au départ, notre cher président avait promis de tenir l’élection présidentielle en 2017, soit cinq ans avant de se dédire et d’en faire à sa guise. S’en étaient suivies des déclarations qui avaient déstabilisé le pays sans suivi (question de l'interdiction de la burka au Sénégal par exemple --> Fou mou moudj ? question de « l’intangibilité » de la laïcité, mot inséré dans le texte de loi du référendum et enlevé sans justification), recul démocratique (arrestation d'opposants, interdiction de marche, utilisation et instrumentalisation des médias publics et indépendants dans des campagnes partisanes. Le référendum et les législatives en sont encore une fois des preuves patentes : réalisation de publi-reportages en période de campagne alors que c'est interdit par la loi, absence de neutralité de l'administration, Ministère de l'intérieur qui fait une campagne de communication pro-oui avant la période d'ouverture de la campagne et j’en passe).
Socialement, misère et paupérisation de la société sénégalaise. L'indicateur le plus manifeste demeurant le nombre de repas par jour. Aujourd'hui, des quartiers comme Maristes, point E, Sicap Amitiés qui étaient des endroits résidentiels, regorgent de personnes qui ne dinent pas ou qui mangent un repas par jour. A Yarakh ou dans la banlieue (Guédiawaye, Pikine, etc.) et dans les régions reculées, n'en parlons pas. L'argument du niveau de vie qui n'a pas augmenté est avancé mais à niveau de vie stable alors que la tranche pauvre de la population augmente, quel impact ?
Enfin, la chose qui me fait le plus mal est le fait que M. Macky Sall a profondément menacé et menace toujours l’équilibre social du Sénégal. En 2012, des discussions sur la laïcité n'étaient même pas imaginables. Aujourd'hui c'est un vrai sujet. Les discours ethnicistes n’ont cessé de se multiplier ces dernières années et des slogans sont repris en rigolant « il faut soutenir Macky Sall car nous sommes Toukouleurs », « A bas les Toukouleurs et en haut les socés ». Ce ne sont encore que quelques murmures çà et là mais c’est ainsi que les imaginaires se créent et s’impriment dans les consciences collectives. Qui plus est, ne parlons même pas des dérives du leadership sur l'impact de la stratosphère politique : transhumances et iniquité à profusion. Macky Sall a disloqué le P.S et pour la première fois au Sénégal, le Parti Socialiste n’est pas candidat à l’élection présidentielle. De nombreux transhumants ont rejoint l'APR et se permettent de soutenir des positions totalement différentes de celles qu'ils avançaient 5 ans en arrière, insultant ainsi l’intelligence et la confiance de ces mêmes sénégalais à qui ils continuent de promettre un lendemain meilleur ? Mais ce lendemain est-il meilleur pour les sénégalais dans leur ensemble, pour la nation ou pour leurs agendas et avenirs personnels ? Sans compter que tout cela est cautionné et plébiscité par le président de la République qui apparait, dansant, chantant et s’esclaffant : « nioune da niouy dane », « nous, on va gagner ».
En 2012, Maître Abdoulaye Wade était destitué du pouvoir. Bien avant, et nous l’oublions également, le 23 juin 2011, tout un peuple s’était soulevé pour empêcher le vote du texte du loi visant à instaurer le quart bloquant, symbole de la volonté qu’avait Maître Abdoulaye Wade à l’époque de faire de son fils Karim Wade son successeur. Durant cette journée, des vies sénégalaises ont été perdues. En 2012 toujours, l’opposition et la société civile avait fait bloc autour de l’assemblée nationale et durant toute la campagne électorale, ils n’avaient cessé de scander que le vote n’aurait pas lieu contestant la candidature du président sortant comme étant inconstitutionnel. Rappelons-nous Cheikh Bamba Dièye s’enchaînant aux portes de l’Assemblée. M. Macky Sall avait alors gagné les cœurs en affirmant : « je crois en la maturité du peuple sénégalais. Le vote aura bien lieu et les sénégalais s’exprimeront par les urnes ». Né après les indépendances, il symbolisait l’espoir pour un peuple en soif de rupture. Pur produit du système scolaire sénégalais, il gravit les échelons et côtoie aussi bien le secteur privé que le secteur public. Tour à tour Directeur Général de Petrosen, il évolue en tant que fonctionnaire en occupant les postes de Premier Ministre et de président de l’Assemblée nationale. Il est apprécié et considéré par les sénégalais dans leur majorité comme étant quelqu’un de « poli », de « posé » et de « travailleur ». Durant sa campagne, il parcourt le Sénégal de fond en comble et d’aucuns disent que « même dans les endroits les plus méconnus et les plus reculés, il s’y est rendu et s’est entretenu avec les populations ». A son accession, il promet l’équité, la justice et la bonne gouvernance.
Aujourd’hui, sept ans après, on voit un schizophrène politique qui n’a cessé de théoriser la rupture sans jamais la mettre en pratique lui-même. On voit un leader, qui utilise les arguments de la force et non la force des arguments pour diriger, qui protège un système empli de corruption, le justifie tant que c’est à dessein de le servir et qui paradoxalement, condamne tous ceux et celles qu’il pressent de le desservir. Aujourd’hui, sept ans après des vies perdues pour « chasser » (car il s’agissait bien d’une chasse) Abdoulaye Wade et son fils du palais, ces derniers sont pris en sympathie et acclamés par ceux-là même qui leur jetaient la première pierre comme potentiels sauveurs du fait de l’incompétence et du non-respect des procédures juridiques avec lesquelles ces dossiers ont été traités.
Nous pensions tous que nous ne pourrions pas vivre pire que 2012 en élisant un pur produit sénégalais. Malheureusement, il y a eu pire lors de ces sept dernières années. A quelques heures de l’élection présidentielle, la question de la sanction est donc incontournable. Il en va de notre responsabilité citoyenne et de notre salut collectif. Que représente le symbole d’un mandat unique pour la classe politique actuelle ? Quel message fort lancerions-nous à M. Macky Sall en le sanctionnant au soir du 24 février 2019 ? Au-delà de lui, quel message lancerions-nous à tous ceux et toutes celles qui ont vendu leur intégrité, trahi leurs convictions et insulté l’intelligence des sénégalais en oubliant le bien commun pour des calculs personnels et soi-disant « politiques » ? Ce serait un message fort : « si en lieu et place d’œuvrer à mettre en place le programme pour lequel vous avez été élu, vous utilisez les dénis publics et ne travaillez qu’à manigancer pour obtenir un deuxième mandat, il n’en sera rien, car vous et tous ceux qui vous auront rejoints en catimini seront sanctionnés et destitués ».
M. Macky Sall avait bel et bien raison : « Le vote aura bien lieu et les sénégalais s’exprimeront par les urnes ». A quelques heures du scrutin, quatre questions essentielles se posent à nous :
1. Doit-on changer le système comme le scande M. Ousmane Sonko ?
2. Doit-on concevoir la transition républicaine en quatre étapes : 1 pays, 3 axes, 15 thèmes et 45 déclinaisons comme le suggère M. Idrissa Seck ?
3. Doit-on prôner la bienveillance, la joie de vivre, la paix et la prospérité (diam ak kheweul) comme l’inspire M. Madické Niang (AKA M. sourire ak M. todj Radiakh) ?
4. Doit-on faire le choix de repenser l’appareil étatique via des valeurs républicaines et humanistes comme le théorise Dr. Issa Sall ?
A chacun d’y répondre et à nous tous, sénégalais, sénégalaises, d’en assumer les conséquences pour les cinq prochaines années.
PAR ABDOULAYE SECK
PROCESSUS JUDICIAIRE, ENTRE MANIGANCES STRUCTURÉES ET PRESSION GOUVERNEMENTALE
Le pouvoir de Macky, même s'il a abattu un travail pour le pays, a de l'autre côté trahi certaines consciences dans sa manière de gouverner et d'utiliser la justice
« Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. », nous dit MONTESQUIEU, L’Esprit des Lois (1748). L'histoire politique du Sénégal traîne toujours le pas dans une démocratie trop réclamée mais souvent transformée en monarchie. Qu'on se le tienne pour dit, la balance a égaré ses poids et perdu le sens de la mesure. Nous avons connu, depuis toujours, le trop de manipulation pour gouverner dans la divergence et le laxisme total. C'est dans cette vaste opération de politique politicienne que la justice sert de bouclier pour défendre les intérêts du pouvoir. Une justice souvent instrumentalisée !
En effet, le magistère du poète président Senghor a connu son lot de réquisition judiciaire. L'éclatement de la fédération du Mali a mené le Sénégal dans une tournure de politique reconnue. Deux ans plus tard, après cet éclatement, les tensions montent entre le président Senghor et le chef du gouvernement Mamadou Dia, plus ancré à gauche. En décembre 1962, dénonçant une tentative de coup d'État, Senghor fait emprisonner Dia qui, par la suite, est libéré en 1974. L'ère Abdou Diouf, régulièrement réélu de 1983 à 1993, est marqué par de grandes difficultés à partir de la fin des années 80. L'économie, touchée par les perturbations climatiques et les fluctuations des cours mondiaux, est en panne, l'agitation sociale grandit et se traduit, spécialement dans les périodes électorales, par des troubles. C'est le cas déjà en 1988 où, avec Me Wade, du parti démocratique sénégalais (PDS), les principaux leaders de l'opposition sont arrêtés.
Le 17 mai 1988, après la libération de Abdoulaye Wade, accusé d'avoir attisé les mécontentements à la suite des élections de février, l'état d'urgence est levé. Ce qui fait dire que sous l'ère de Abdou Diouf, ancien président de la République du Sénégal, nous avons connu un dénouement de sens avec maître Abdoulaye Wade dans la gestion des affaires de la cité. Un combat de vrais gladiateurs, coiffé par une justice au service du président Diouf. Or, la justice devrait être un régulateur social donnant équité et égalité à tout citoyen confondu. Mais chaque pouvoir use parfois de cette justice en jouant son va-tout au milieu des siens.
Mais le règne de maître Abdoulaye Wade au pouvoir n'a pas du tout échappé à cette oligarchie envers ses opposants. Dans une affaire purement politique, Wade renvoie brutalement deux premiers ministres, Idrissa Seck puis Macky Sall, emprisonnés ou visés par des enquêtes judiciaires, au risque de créer des tensions dans son parti. De même, il suscite des critiques dans le pays, lorsqu'il nomme son fils Karim, comme un possible successeur, à la tête d'un « super-ministère », en 2009. Me Wade en question était, durant son mandat, un bâtisseur pour l'avenir. De ce fait, « le pouvoir souverain exclut tout partage et toute rivalité ». Ce qui n'a pas changé du tout le système. Avec l'arrivée de Macky Sall au pouvoir, tout espoir allait humer une nouvelle ère. Celle de diriger dans la transparence et dans l'équité.
Or, son mandat n'a pas épargné les potaches de Wade. Quiconque ne rallie pas est traduit au tribunal de la justice. Ce qui a occasionné beaucoup de transhumants vers son parti au moment où sa justice est en train de jouer le jeu. Alors, « toute classe qui aspire à la domination doit conquérir d'abord le pouvoir politique pour représenter à son tour son intérêt propre comme étant l'intérêt général », nous dit Karl Marx. Le pouvoir de Macky, même s'il a abattu un travail pour le pays, a de l'autre côté trahi certaines consciences dans sa manière de gouverner et d'utiliser la justice tout en étant « leur bouche et leur trompette ». Les affaires Karim Wade et Khalifa Sall ressemblent des fois à un règlement de compte. Cette inversion du pouvoir a eu de graves influences sur le choix des candidats à l’élection présidentielle du 24 février prochain. Pour rappel, Karim a été condamné à six ans de prison et 138 milliards de FCFA d'amende. Il a été gracié en 2016. Depuis, il vit en exil au Qatar. Quant à Khalifa, l'ex-maire de Dakar, il purge 5 ans de prison, après sa condamnation dans l'affaire dite de la Caisse d'avance.
Albert Einstein nous dit : « l'Etat est notre serviteur et nous n'avons pas à en être les esclaves ». Tout État qui se veut juste et véridique, doit faire de sa justice une solution pour son peuple envers tout attaque ou injustice pouvant faire peur ou trop mal. La justice est une instance de décision et de protection qui doit donner confiance à tout un chacun même ceux de l'opposition. Qu'elle tranche avec justice, transparence et équité pour le bon fonctionnement de son pays. Certains faits émanant de la justice peuvent conduire à un soulèvement populaire ou à une délinquance déguisée qui, sans doute, nous mène vers la tyrannie.
Par ailleurs, que la jeunesse soit forte moralement et intellectuellement pour parer à toutes violences électorales, car nous combattons la même cause : réussir le Sénégal.
Cependant, au soir du 24 février prochain, que ma justice, la justice Sénégalaise bien-sûr, réagit par maturité, grandeur et par sagesse en répondant sans complaisance leur nom : JUSTICE. Qu'il soit du vol ou de la fraude, ça n'honore guère leur immunité en tant que défenseur de bien et gardienne de la constitution. Seul la justice peut calmer les nerfs dans la protection et dans la vérité envers les citoyens en pensant par eux-mêmes à la vraie justice car au tribunal de l'histoire, même les juges seront jugés. À méditer.
VIDEO
GADIO MOUILLE LE MAILLOT À FOND POUR MACKY
Le chef de file du mouvement politique citoyen Luy Jot Jotna (Mpcl), Cheikh Tididane Gadio, après avoir rejoint le candidat de Benno Bokk Yaakaar se bat de toute ses forces pour faire élire son candidat, Macky Sall à la Présidentielle
Le chef de file du mouvement politique citoyen Luy Jot Jotna (Mpcl), Cheikh Tididane Gadio, après avoir rejoint le candidat de Benno Bokk Yaakaar se bat de toute ses forces pour faire élire son candidat, Macky Sall à la Présidentielle, dont le premier tour se tient ce dimanche.
C'est à ce titre qu'il bat campagne dans la diaspora. L'ancien ministre des Affaires étrangères a essayé de convaincre que ses compatriotes que non seulement Macky Sall est le meilleur candidat, mais a souhaité que les Sénégalais de l'étranger puisse participer à la constrtuction du pays au cours du prochain mandat de Macky Sall s'il est élu.
Voici la prestation Cheikh Tidiane Gadio en images.
PAR BOCAR SAKHO
AU TOUR DU PEUPLE
Appelés aux urnes ce dimanche, les Sénégalais ont l’embarras entre cinq candidats - Continuité ou rupture ? La réponse appartient au peuple souverain
Appelés aux urnes ce dimanche, les Sénégalais ont l’embarras entre cinq candidats. Continuité ou rupture ? La réponse appartient au Peuple souverain.
Dimanche, jour du Peuple. Après 21 jours de campagne, les candidats ont fini leur job. Exercice réussi ? Emergence, égalité des chances, éducation, santé, sont tour à tour examinés par le Président sortant et ses quatre challengers qui promettent de meilleures conditions de vie aux Sénégalais, si l’on ne réduit pas leurs différentes promesses à la manipulation cynique ou intéressée des masses populaires pour juste décrocher leur vote.
Continuité ou changement ? Gonflé de certitudes, Macky Sall est sûr de sa victoire dès le premier tour. Sous réserve que son bilan lui assurera sa réélection, le Président sortant espère approfondir son projet de transformation sociale et réduire vigoureusement les inégalités en cours dans la société à travers son Pse. Pour autant, il doit savoir que la permanence au pouvoir résulte bien du choix des électeurs et les aléas d’une consultation électorale. Car il flotte dans l’air toujours une possibilité de perdre une compétition qu’on croyait acquise.
Changement ou continuité ? Si Idy, Sonko, Madické, Issa se sont hissés à ce niveau, c’est qu’ils ont la possibilité de remporter cette Présidentielle inédite. Inédite du fait du parrainage et la disparition des partis classiques comme le Pds, le Ps et l’Afp. Autant intégrer tous les scénarios possibles. C’est cette incertitude qui montre que même plus étroite que prévue ou espérée, une victoire n’aura jamais le goût d’une défaite. Surtout que l’une ou l’autre relèvera du choix libre des Sénégalais qui ne demandent qu’à poursuivre leurs activités dès lundi après cette parenthèse citoyenne. Oui, ni peur ni insensibilité. Il s’agit juste d’une élection, simple rendez-vous entre électeurs et dirigeants. C’est aussi simple que ça, bien qu’elle reste évidemment une vitamine de la démocratie. Il ne faut pas se nourrir de peur en s’avançant vers ce jour historique. Pas du tout fatidique. La valeur suprême de la politique est l’amour de la cité malgré l’affrontement des ambitions et des égoïsmes.
MOI LE PEUPLE !
Il ne reste qu’à rappeler aux cinq prétendants que le monde, qui loue notre système politique, notre culture de la paix et de la stabilité, nous observe - A vous candidats, jouez la carte de la paix et du fair-play
Pendant 21 jours, ils ont monopolisé la parole et sollicité l’écoute du peuple. Nous avons tendu l’oreille à leurs discours, braqué nos yeux sur leurs images. Parfois avec un ton violent, de l’humour et de la bonne humeur, les candidats ont tout fait pour capter notre attention. C’est le charme d’une campagne électorale et de la liberté. Celui de la démocratie tout court. C’est le moment où nous avons senti que la télévision était finalement «nationale», que le service était réellement «public».
C’est maintenant, que nous avons le sentiment que les candidats pensent aux paysans, éleveurs, pêcheurs, artisans, fonctionnaires, vendeurs de cacahuètes, étudiants, commerçants… Par la loi, nous avons mis à votre disposition tous les moyens matériels (sécurité, impressions, propagande) pour vous faire entendre, comprendre et tenter de nous convaincre. Au nom de l’équilibre et de l’équité - très difficile à faire qu’à dire - les médias ont, tant bien que mal, relayé vos messages pour permettre au citoyen de faire un choix avisé. Descendez maintenant de vos véhicules, rangez vos armes, dégagez vos nervis et soumettez-vous au choix du peuple. C’est son heure.
Ah, ce grand Peuple ! Cette majorité silencieuse, qui peut être bavarde le jour du scrutin. Dimanche, il reprend sa voix et choisira sa voie. Ce peuple, au singulier, est aussi pluriel. Ce n’est pas seulement ceux-là qui peuplent les meetings, les caravanes, les partis ou coalitions, les médias. Ce sont ceux-là qui ont retiré leurs cartes d’électeur, qui écoutent les radios, regardent les télés, lisent les journaux, cliquent sur les sites internet et attendent le Jour J. Ce citoyen détient la véritable arme- pas de coupe-coupe, de pistolet, de gourdin- qui mettra ou enlèvera un président. On peut dire que c’est son temps d’antenne, qui durera 12 heures. Il va parler à ceux qui se sont adressé à lui pendant trois semaines et qui seront, à leur tour, à son écoute. Qu’est-ce qu’il est précieux en ce moment, ce Peuple !
Après toutes ses analyses, ses sondages, ses élucubrations, il y a ce vrai bulletin - de vote et non météo - qui va annoncer s’il y a un vent de changement ou un air de continuité. Il ne reste qu’à rappeler aux cinq prétendants que le monde, qui loue notre système politique, notre culture de la paix et de la stabilité, nous observe. A vous candidats, jouez la carte de la paix et du fair-play. A vous, non-candidats et promoteurs de la violence, ne jouez pas avec le feu et ne brûlez pas le pays. Il y a une vie après le scrutin. Il y a une vie hors du Palais et sans les ors des ministères. Et surtout, la vie ne s’arrête pas à un seul scrutin. L’ancien Président Wade avait dû attendre 26 ans, avant de voir arriver son heure. Et il a su saisir sa chance quand elle s’est enfin présentée. Comme dirait l’autre, il n’y a pas de destin forclos à cause d’une élection. Donc, tous, à vos cartes, prêts, votez !
Ce 24 février, c’est aussi le 16ème anniversaire du journal Le Quotidien. Lecteurs et annonceurs, vous nous avez permis d’être encore là et de pouvoir fêter cette heureuse coïncidence avec le scrutin. C’est un honneur puisque, cette fois-ci, c’est tout un peuple qui va fêter avec nous. Quel que soit l’heureux élu. Le seul vœu que vous pourrez émettre pour nous, en guise de cadeau d’anniversaire, c’est qu’en plus d’un scrutin apaisé, nous puissions nous retrouver dans 16 ans, pour fêter nos 32 ans, et célébrer la maturité et la Démocratie dans notre pays.
LA COSYDEP INTERPELLE LE CNRA ET LES CANDIDATS
Pour un bon usage de l’alphabet et des langues nationales dans un contexte électoral, un conseil citoyen de régulation de l’expression publique en langues nationales dénommé «Labo Alpha» a été mis sur pied par la Cosydep.
DJIBY DEM - (CORRESPONDANT) |
Publication 23/02/2019
Pour un bon usage de l’alphabet et des langues nationales dans un contexte électoral, un conseil citoyen de régulation de l’expression publique en langues nationales dénommé «Labo Alpha» a été mis sur pied par la Cosydep. Ce conseil interpelle ainsi le Cnra et émet un avis à l’endroit des acteurs politiques.
Dans ce contexte de campagne électorale coïncidant avec la célébration de la Journée internationale des langues nationales, des organisations de surveillance de l’environnement lettré ont interpellé le Cnra et invité les acteurs politiques à accorder plus de rigueur et d’attention à la transcription des langues, notamment le wolof qui figure en bonne place dans le programme des candidats. En effet, l’utilisation non rigoureuse des langues nationales comme le wolof dans la campagne électorale a attiré l’attention de la Cosydep. La Coalition des organisations en synergie pour la défense de l’éducation publique (Cosydep) reste convaincue de la nécessité de s’opposer à tout facteur de dégradation des langues nationales. Pour ce faire, la Coalition, en rapport avec ses partenaires, a mis en place un dispositif nommé «Conseil citoyen de régulation de l’expression publique en langues nationales ou Labo Alpha».
Dans sa dimension opérationnelle, «Labo Alpha» mobilise des experts pour la surveillance de l’environnement lettré avec la publication d’avis visant à signaler les manquements et à faire respecter les codes qui organisent l’utilisation des langues nationales. Pour la Cosydep et ses partenaires, notamment le Collège des experts, de nombreux efforts déployés par les acteurs et partenaires du secteur de l’éducation ont permis de réaliser d’importantes avancées, telles que l’érection de 22 langues au rang de langues nationales, la décentralisation de la mise en œuvre des programmes d’alphabétisation et d’éducation de base, l’élaboration de divers matériels didactiques adaptés aux réalités des apprenants et l’alphabétisation de plus de trois millions de citoyens sénégalais.
Cependant, des défis importants persistent sur la voie de la valorisation des langues nationales. L’un d’eux reste incontestablement la participation encore très timide des citoyens, assortie du faible niveau de considération accordée aux langues nationales par certaines élites. Pourtant, l’on constate que lors des consultations électorales, les partis politiques manifestent un intérêt particulier aux langues nationales dont ils font un usage massif dans les discours, les slogans, comme dans les noms de coalition et de programme. Il faut cependant déplorer que cet engouement pour les langues nationales observé chez les acteurs ne s’explique généralement que pour un objectif uniquement propagandiste. En effet, plusieurs noms de coalition et de programme sont écrits sans aucun respect des règles de transcription fixées par le décret 2005-992 relatif à l’orthographe et la séparation des mots en wolof. Cette pratique pollue l’environnement lettré et désoriente les populations néo alphabètes.
Le Collège des experts a choisi de faire porter son avis sur les noms de coalition, les noms de programme des cinq candidats et les messages sur les affiches. Pour la coalition «Madické2019», des manquements ont été notés sur la transcription du programme «Jaam ak kheweul» qui se transcrit correctement par «Jàmm ak xéewal». Les mêmes manquements ont été relevés pour trois autres candidats, Macky Sall par exemple avec ses programmes et slogans légèrement transcrits (Benno bokk yaakaar, Liggéeyal elleuk, Xaal yoon, Manko taxawu Senegaal) s’écrivent plutôt (Bennoo bokk yaakaar, liggéeyal ëllëg, Xàll yoon, Mànkoo taxawu Senegaal). Même constat chez le candidat Ousmane Sonko avec sa coalition «Sonko Président». Ici le programme «Jotna» se transcrit «Jot na». Les experts ont également relevé les mêmes manquements chez Idrissa Seck avec ses mouvements de soutien «Gueum sa bopp, Djiteul Rewmi) dont la transcription se fait (Gëm sa bopp, Jiital réew mi). Issa Sall du Pur est le seul candidat épargné pour non utilisation des langues nationales.
Face à ces manquements, «Labo Alpha» a formulé à l’endroit des acteurs politiques des recommandations visant à accorder plus d’attention et de rigueur à la transcription et à la séparation des mots afin d’éviter des fautes et des confusions de nature à entraîner des conséquences préjudiciables à la qualité de l’environnement lettré des langues nationales. Il invite à systématiser la traduction des programmes dans les langues nationales pour contribuer à l’enrichissement de l’environnement lettré, mais également et surtout de prendre l’engagement de veiller à la transcription correcte des toponymes et ethnonymes des Sénégalais dans les documents officiels et supports administratifs. Quitte à avoir recours si possible aux services de spécialistes pour éviter de tels manquements.
Le «Conseil citoyen de régulation de l’expression publique en langues nationales dit Labo Alpha» accorde une attention particulière à la mise en œuvre de ces recommandations, en vue de corriger les manquements constatés et d’éviter qu’ils se reproduisent. Il invite également le Cnra à veiller, au niveau des organes relevant de ses domaines de compétences, à un strict respect des dispositions légales portant règles d’orthographe et de séparation des mots pour les langues nationales codifiées. Il affirme sa détermination à agir pour la promotion des langues nationales et la consécration de la culture comme gages d’un développement inclusif et durable.
LA FRANCE HONORE AMADOU DIAW
C’est à la résidence de l’ambassade de la France au Sénégal que M. Amadou Diaw, fondateur du groupe Ism (Institut supérieur de management), a été décoré mercredi dernier par M. Christophe Bigot.
C’est à la résidence de l’ambassade de la France au Sénégal que M. Amadou Diaw, fondateur du groupe Ism (Institut supérieur de management), a été décoré mercredi dernier par M. Christophe Bigot. Après avoir rappelé les premiers pas de l’honoré en tant qu’élève, étudiant et professionnel, M. l’ambassadeur a salué la polyvalence de Amadou Diaw comme manageur, formateur, poète, innovateur, etc. «On comprend ton engagement en faveur la cause féminine et en particulier tes plaidoyers pour les droits des femmes. Tu soutiens l’entreprenariat des femmes qui est une question essentielle pour l’émergence du Sénégal et de l’Afrique de manière générale», a dit M. Bigot pour entamer l’énumération des activités qui justifient cette décoration offerte à M. Diaw. Ce dernier mérite bien d’être honoré car, selon l’ambassadeur si l’on cite son nom, «il s’agit d’une forme d’énergie incroyable en faveur d’une émergence éducative, culturelle, économique et innovante qui sont les clefs de cette croissance africaine que l’on sent aujourd’hui».
La fondation de l’Ism, du lycée d’excellence Birago Diop, du Musée de la photo, de la Galerie des comptoirs du fleuve, le programme Saint-Louis ville propre, la défense des valeurs universelles de la Francophonie, entre autres, sont parmi les critères qui ont permis au lauréat du prix Walter Sheel en septembre 2017 d’être «élevé au grade de chevalier dans l’Ordre des femmes académiques» par M. Christophe Bigot, ambassadeur de la France au Sénégal. Pour sa part, l’ancien directeur exécutif du Conseil national des emplo¬yeurs du Sénégal (Cnes) a d’abord exprimé «toute sa profonde et sincère gratitude à l’endroit de M. Bigot». Ensuite, M. Diaw a dédié cette décoration à sa famille, ses amis et anciens étudiants. «Au-delà de ma modeste personne, vous célébrez l’école sénégalaise, le Sénégal et sa tradition d’excellence», a-t-il dit.