Wade prépare l'après élection, car au cas où Macky gagnerait, le vieux ferait du PDS le parti d'opposition le plus crédible quand il s'agira de contester la légitimité du président élu
En faisant la distinction entre « expliquer » et « comprendre » (« La nature, on l'explique ; la vie de l'âme, on la comprend »), Wilhelm Dilthey nous rappelait la complexité de l’homme et sa résistance naturelle à toute forme de simplification. La démarche analytique semble, en effet, plus appropriée à l’étude des phénomènes physiques qu’à celle de la réalité humaine. En tant qu’esprit, l’homme n’agit pas par des causes, il agit pour des raisons et celles-ci sont toujours très complexes, pour ne pas dire mystérieuses. Faire l’effort de comprendre, c’est saisir intuitivement un tout qui va des intentions aux résultats en passant par les actes. Comprendre, c’est « prendre avec » : dès qu’on prétend départir des causes et des effets dans les comportements humains, on les appauvrit, on les dénature. Il faut rapporter les actes à aux contextes ou aux structures dans lesquelles ils prennent naissance, il faut les insérer dans un tout.
La décision de Wade de ne pas soutenir un candidat reste tout aussi cohérente et stratégique sur le plan politique. Mais pour la comprendre, il nous semble nécessaire de la mettre en rapport avec le contexte pré-électoral, la configuration des forces politiques présentes dans la bataille de 2019 et les prochaines élections municipales et législatives. Ce serait suicidaire et, à la limité, incohérent pour le PDS, après tout ce qu’ils ont vécu comme humiliations, diabolisations et brimades d’accepter de se « supprimer » ou de se dissoudre en tant force politique dans l’une des forces en présence pour ces présidentielles. Car si le candidat qu’ils soutiendraient remportait les élections, ce n’est pas sûr que ce dernier eût voulu fortifier le PDS comme parti d’opposition. Et s’il les invite à l’exercice du pouvoir, le sort du PDS pourrait être pire que celui du PS et de l’AFP.
Wade prépare l'après élection, car au cas où Macky gagnerait le vieux ferait du PDS le parti d'opposition le plus crédible quand il s'agira de contester la légitimité de Macky. En plus Wade est bien placé pour savoir que la pression et la menace de crise pré et post-électorale sont toujours défavorables au régime en place. Il est en train de nous rendre un service éminemment politique et stratégiquement précieux, car dans tous les cas son irruption dans la campagne et ses discours ont déjà pesé sur la balance. Il faut aussi comprendre que Wade veut que la communauté internationale prête une oreille plus attentive à la situation politique chaotique du Sénégal. Les manipulations du processus électoral sont, en effet, nombreuses et très dangereuses pour la survie de la démocratie. N’oublions surtout pas qu’il a dit « ne venez pas vous plaindre si vous vous laissez avoir par cette simulacre d’élection » : cette phrase est très importante rapportée au fait qu’il n’avait guère critiqué ses alliés qui ont presque simultanément rallié Idy2019.
Ceux qui ont lu la dernière déclaration de Wade devraient lire entre les lignes, car « nommer, c’est classer », or classer, c’est choisir. D’abord Wade dit « comprendre » les militants du PDS qui décideraient de voter pour Idrissa Seck, Sonko, Issa Sall. Il a royalement ignoré Macky Sall et Madické dans les choix qui devraient (et non pourraient) s’offrir aux militants du PDS. Si j’étais militant du PDS, je comprendrais par cet appel une injonction tacite ou habile à voter contre les deux candidats précités. Ensuite, ce n’est pas un hasard que Wade commence l’énumération par Idrissa Seck : c’est évident que dans l’ordre des préférences de Wade, Idy vient en tête, ce qui est du reste naturel. Pour moi l’acceptation de la médiation de Condé et des chefs religieux n’était qu’une manœuvre ou astuce pour valider son calcul et sa stratégie politique. C’est évident que pour des raisons de géopolitique nationale, Wade ne peut pas dire comme tout citoyen ordinaire « je renonce au sabotage et au boycott des élections de 2019 et je demande aux militants de soutenir tel candidat ».
C’est méconnaitre la complexité de la logique politique que d’exiger un choix aussi net de la part de Wade. La politique n’est pas une science exacte, ce n’est d’ailleurs pas une science, c’est plutôt un art ou plus exactement un métier : c’est dans le « faire » que naît le « savoir-faire » ; et le savoir théorique vient bien après. On dit souvent que la politique est un art en ceci qu’elle exige de la créativité, de l’imagination, de la spontanéité et de la promptitude à réagir face à l’imprévu. Dans chaque situation, c’est le génie qui permet à l’homme politique de s’en sortir : en tant qu’art la politique ne réside pas sur des règles immuables prédéfinies. Dans l’art politique de Wade, l’imprévu est une inspiration comme pour Thione Seck sur la scène : il est toujours capable de « créer ».
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MAMI NYANGA, LA MILLIARDAIRE CAMEROUNAISE QUI NE CACHE PAS SES MILLIARDS
La richesse de cette battante n'est pas née ex-nihilo. Elle est partie de quelque part. Vendeuse de beignets de haricot, infirmière, puis revendeuse de pagne entre le Benin, le Nigeria et le Cameroun, elle a pu à se bâtir sa fortune à force de travail
Françoise Puene, cette camerounaise quinquagenaire communément appellée Mami Nyanga est une femme d'affaires propsère qui opère dans plusieurs domaines, notamment dans l'hotellerie. Propriétaire de plusieusr grand immeuble à Yaoundé, elle est une milliardaire décomplexée qui ne cache pas ses millirads parce qu'elle les justifie très facilement, dit-elle.
Femme androgyne, elle a un look très particulier, - veste cravate, haut talon, tête complètement rasée (boule à zéro)- et veut se faire respecter dans un environnement machiste. Mami Nyanga explique que c'est sa manière à elle de faire face à son milieu où les hommes ont tendance à vouloir l'écraser parce que femme.
La richesse de cette battante n'est pas née ex-nihilo. Elle est partie de quelque part. Vendeuse de beignets de haricot, infirmière, puis revendeuse de pagne entre le Benin, le Nigeria et le Cameroun, elle a réussi à se batir sa fortune en partant de rien. C'est à juste raison que Mami Nyanga est parfois très stupéfaite de voir personnes devenir brusquement riches sans aucun parcours alors qu' elle reste persudée qu'une fortune ne se constrtuit qu'avec le temps.
Généreuse, elle s'investit dans le sociale et se bat pour que les femmes et les jeunes suivent son exemple et prennent leur destin en main. Elle s'active aussi dans le renforcement des capacité de ses soeurs en termes de gestion de leur commerce ou petites entreprises.
Découvrez cette femme milliradaire au parcours atyptique.
"LES PROBLÈMES DE L'AFRIQUE SONT POLITIQUES ET LES SOLUTIONS LE SONT TOUT AUTANT"
A Quelques jours de la présidentielle, Hamidou Anne reste convaincu de l’impossibilité des candidats à incarner un leadership de transformation radicale de la société, par la sacralisation de l’égalité républicaine - ENTRETIEN
Hamidou Anne est un essayiste sénégalais. Il est l’auteur de « Panser l’Afrique qui vient », paru en janvier 2019 chez Présence Africaine. Ancien diplomate et ancien conseiller du ministre des Affaires étrangères et de celui de la Culture au Sénégal, il s’intéresse aux enjeux internationaux, aux questions politiques, culturelles, etc. A Quelques jours de l’élection présidentielle au Sénégal, prévue pour ce 24 février, il reste convaincu de l’impossibilité des candidats à incarner un leadership de transformation radicale de la société, par la sacralisation de l’égalité républicaine, le réarmement de la puissance publique et l’arrimage de l’exigence de progressisme à la gouvernance. Il revient, également, sur son livre « Panser l’Afrique qui vient » qu’il espère, contribuera au travail de réflexion que d’autres mènent partout sur le continent et au sein de la diaspora dans l’objectif de penser l’Afrique qui vient. Interview.
Droit Libre TV : Nous sommes en pleine campagne électorale au Sénégal. Quel est l’ambiance dans le pays ?
Hamidou Anne : Nous sommes dans une ambiance de campagne avec tous ses relents liés à la ferveur populaire, aux échanges vifs entre candidats et à une compétition animée. Les Sénégalais se passionnent pour ces joutes entre un président sortant qui cherche un second et dernier mandat et une opposition composée de quatre candidats. Cette année, nous avons une offre de 5 candidats, ce qui est exceptionnel pour un pays qui a connu 14 candidats en 2012.
Que pensez-vous de l’attitude de l’ancien président Abdoulaye Wade qui appelle au boycott des élections tout en incitant ses partisans à user de la violence ?
C’est une attitude irresponsable qui n’honore pas la figure d’ancien président de la République qu’incarne Me Wade. Abdoulaye Wade a une fixation, c’est son fils Karim Wade dont la candidature a été rejetée par le conseil constitutionnel. Ce dernier est l’alpha et l’oméga de l’action publique de son père, qui déjà avait cherché à l’imposer comme successeur en vain.
Malgré l’accueil populaire dont il a bénéficié à son retour de Paris, Me Wade n’a pu convaincre manifestement ses soutiens d’user de la violence. Car les Sénégalais ont déjà obtenu en 60 ans deux alternances démocratiques. Ils connaissent donc la valeur de la carte d’électeur et la nature démocratique de notre pays. Donc ses appels n’auront aucune incidence sur la poursuite du processus électoral.
Vous avez été souvent très critique du président Macky Sall et de certains membres de son équipe. Il est aujourd’hui candidat à sa propre succession. Pensez-vous qu’il est l’homme de la situation en comparaison avec ses 4 adversaires ?
Macky Sall a un bilan économique satisfaisant, il faut le reconnaître. Il y a aussi certains excès de la gouvernance d’Abdoulaye Wade avec lesquels il a su rompre. Mais je lui reproche principalement l’instrumentalisation de la justice à des fins politiciennes avec les cas Khalifa Sall et Karim Wade. Aussi, Macky Sall est un président né après les indépendances qui n’a su gouverner avec une nouvelle génération de cadres sénégalais compétents et vertueux. Il fait aujourd’hui de la politique avec les leviers de l’ancien monde. La preuve, l’essentiel des vaincus de 2012 sont aujourd’hui ses alliés à travers ce phénomène appelé chez nous transhumance politique.
En suivant les débats de cette campagne, je suis davantage convaincu de l’impossibilité des candidats à incarner un leadership de transformation radicale de la société, par la sacralisation de l’égalité républicaine, le réarmement de la puissance publique et l’arrimage de l’exigence de progressisme à la gouvernance. Cette élection est cruciale car elle clôt un cycle politique entamé il y a deux décennies, mais fondamentalement elle ne changera rien car aucun des candidats n’est à la hauteur de la place que devrait incarner notre pays en Afrique.
La campagne électorale se déroule dans un climat très tendu et on enregistre déjà des morts. Que pensez-vous de cette violence électorale qui n’est pas très courant au Sénégal et quelles peuvent bien en être les raisons ?
La violence est consubstantielle à l’histoire politique de notre pays. Nous avons vécu un climat d’insurrection en 1988. Le Sénégal a enregistré une dizaine de morts avec l’entêtement de Wade à briguer un troisième mandat en 2012. Cette violence survenue à Tamba, dans l’Est du pays, fait suite à la présence de milices privées aux cotés des candidats, surtout chez ceux qui détiennent les moyens de l’État. L’APR qui a une milice appelée les "Marrons du feu" qui usent de violence vis-à-vis des populations. Il faut saluer la décision tardive, mais salutaire de l’État, de mettre à la disposition de chaque candidat la police et la gendarmerie pour garantir leur sécurité.
Toute mort en situation électorale, où la force des arguments doit prévaloir, est une mort de trop. Mais hélas, je ne suis pas surpris eu égard à la présence d’hommes armés parmi une foule excitée par l’enjeu électoral.
Le 24 février, le Sénégal aura un président démocratiquement élu. Quelles sont vos attentes vis-à-vis de lui ?
J’attends du président élu la prise en compte des aspirations de la jeunesse et des couches les plus vulnérables. Les politiques menées depuis 1960 ont creusé les inégalités sociales, spatiales et aussi celles liées au genre.
Il faut que le président pour les cinq prochaines années incarne enfin la stature d’homme d’État, de leader qui assoit des ruptures radicales, érige la transparence comme mode de gestion et éloigne sa famille de l’exercice du pouvoir.
J’attends enfin une prise en compte de la place du Sénégal dans le monde. Nous sommes un grand pays qui fait face, eu égard à un leadership médiocre, à une stagnation diplomatique malgré un potentiel inestimable dans les relations internationales.
Vous venez de sortir un livre titré « Panser l’Afrique qui vient » ? D’où vous est venue l’idée de ce livre ? pourquoi un tel titre ?
Ce livre est né d’un voyage que j’effectuais en bus il y a quelques années pour Bamako dans des conditions rudes. Et j’ai croisé des jeunes qui partaient pour l’aventure vers la Libye avec comme seul bagage des bidons d’eau et un espoir d’une vie meilleure ailleurs. Cette image qui contredisait tout le discours afroptimiste béat m’a poussé à écrire ce petit essai qui ne se veut ni optimiste, ni pessimiste, mais plutôt réaliste dans l’identification des forces et des faiblesses du continent et des enjeux de son salut. Ce continent dont une partie de la jeunesse, en proie au doute et au désespoir, va vers une mort certaine dans l’Atlantique ou la Méditerranée si elle ne s’engage dans des entreprises guerrières comme moteur de survie. Face à ces constats, mon ambition est de contribuer à la naissance d’un pacte d’humanité entre l’Afrique et sa jeunesse.
Le titre fait référence à la connexion qui existe, selon moi, entre panser l’Afrique, réparer ses blessures du passé (esclavage, colonisation, dictatures, guerres, etc.) et penser comme élément structurant d’une réflexion en vue d’identification de nouveaux chemins d’espoir.
Quelles pathologies particulières de l’Afrique vous pointez ? Et quels peuvent bien être les remèdes ?
Le continent fait face à plusieurs maux que sont, sans être exhaustif, le terrorisme, la corruption, l’évasion fiscale, le déficit démocratique, la faiblesse de la puissance publique, l’accès à l’éducation, à l’eau. La situation de l’Afrique est évidemment moins pire qu’il y a cinquante ans, il serait nihiliste de ne pas vouloir le reconnaître. Mais je trouve que nous exagérons souvent les succès et les potentiels qui sont de petits lampions dans un océan sombre, qui appelle un véritable usage du politique comme arme de construction du devenir sur le continent.
Les problèmes de l’Afrique sont politiques, et donc les solutions le sont tout autant. Il faut réformer la gouvernance en Afrique, rendre nos États puissants et capables de résister aux influences des lobbies (endogènes et exogènes). Construire des États forts et stratèges permettra par exemple de mettre l’accent sur l’école comme instance suprême de construction de la citoyenneté, mais aussi de fabrication de l’égalité et d’imprégnation de la culture qui libère, enrichit et sauve. En ayant des citoyens formés et vertueux, nous aurons posé un pas important pour un futur désirable.
Après votre livre collectif a succès « Politisez-vous », ou vous vous adressez particulièrement à la jeunesse africaine, vous revenez avec ce livre « Panser l’Afrique qui vient ». Est-ce une suite logique ?
Oui, il s’agit d’une suite logique, car on retrouve les mêmes thématiques sur l’échec des élites politiques post indépendance, le délitement de la société, la mal gouvernance, et l’importance du politique comme station par essence de transformation sociale. Mais je dois préciser que j’ai fini le manuscrit de « Panser l’Afrique qui vient »avant d’avoir eu l’idée de l’ouvrage collectif « Politisez-vous » dont j’ai eu le bonheur d’assurer la coordination éditoriale.
Comment se le procurer et que voulez-vous que votre lectorat retienne de ce livre ?
Il est disponible chez Présence Africaine (à Paris) et sur Amazon. Bientôt il le sera dans les librairies. En tant que militant progressiste, j’ai apporté une proposition discursive à un débat relevant de l’avenir du continent. J’espère que mon livre va contribuer au travail de réflexion que d’autres mènent partout sur le continent et au sein de la diaspora dans l’objectif de penser l’Afrique qui vient.
CE SONKO QUI A TROUBLÉ LA PRÉSIDENTIELLE
Nul autre part mieux qu'à Ziguinchor, le candidat du Pastef, Ousmane Sonko, n'a illustré combien il a fortement secoué la campagne électorale
Le Point Afrique |
Adrien Absolu |
Publication 22/02/2019
Une agitation particulière parcourt Ziguinchor à quelques dizaines d'heures du premier tour de l'élection présidentielle. D'habitude plongée dans une certaine torpeur, alanguie au creux d'un bras du fleuve Casamance, la ville semble porter par son rêve d'amener à la tête du Sénégal un « enfant du pays ». Une jolie revanche sur l'histoire de cette région jusque-là isolée du reste du pays par la Gambie, cette enclave anglophone qui coupe, en partie, le Sénégal en deux, et qui s'est souvent sentie mal-aimée parce que trop loin de la capitale, Dakar : « loin des yeux, loin du cœur » en quelque sorte.
Une bonne cote
Ce mercredi après-midi, quand on pose la question de leur vote dimanche prochain aux chauffeurs de Jakarta, ces petites motos chinoises qui sillonnent sans relâche les artères du centre-ville, aux tenanciers des commerces de quincaillerie, ou aux femmes qui servent le café Touba sur le bord des trottoirs, la même réponse revient invariablement (disons neuf fois sur dix) : Ousmane Sonko ! Le natif de Thiès, mais qui a grandi à Ziguinchor, a déboulé comme un chien fou dans le jeu de quilles de la politique sénégalaise il y a trois ans à peine, et sa destinée jusqu'à présent n'est pas sans évoquer certaines similitudes avec celle d'Emmanuel Macron en 2017 (même s'il a choisi un slogan de campagne rappelant davantage celui de François Hollande : « L'avenir, c'est maintenant ! »). Inspecteur des finances, 44 ans, ayant tracé sa route loin des partis politiques traditionnels, Ousmane Sonko compte comme le président français sur l'activisme de ses partisans pour remporter l'élection « à la hussarde » en faisant du porte-à-porte et se servant du participatif pour financer sa campagne.
Une forte image de probité
Le brillant quadragénaire s'est fait connaître du grand public en 2016, dénonçant depuis sa position d'auditeur interne au ministère des Finances des affaires de fraude fiscale dans lesquelles auraient trempé quelques huiles du pouvoir, ce qui lui a valu de perdre son emploi, d'être radié de la fonction publique pour manquement à son devoir de réserve, mais surtout de gagner une réputation d'incorruptible. Depuis, sa notoriété n'a cessé de croître. lu député en 2017, il fait aujourd'hui figure de principal opposant au président sortant, Macky Sall. « Il n'a aucune casserole », avance Malick Mané, chauffeur de taxi à l'arrêt, assis à siroter tranquillement son thé à la menthe, l'ataya sénégalais, dans la chaleur de l'après-midi. Sous-entendu : s'il en avait (des casseroles), « le système les aurait déjà sorties ».
Candidat antisystème au parler cash
Le système ? « Celui qui tient le pays depuis l'indépendance », complète son voisin. « Celui des hommes politiques, des chefs d'entreprise, des journalistes, des griots. » Il faut dire que les deux autres favoris à l'élection, Macky Sall et Idrissa « Idy » Seck, siégeaient il y a presque vingt ans déjà dans le même gouvernement, sous la mandature de l'ex-président Abdoulaye Wade...
Dans cette campagne, Ousmane Sonko est sans doute celui qui a le moins à perdre. Risque-tout, il a adopté un ton cash, un franc-parler qui tranche avec le langage plus policé de ses adversaires, n'hésitant pas même à entonner des refrains aux accents patriotiques, voire protectionnistes, à l'image de ses punchlines les plus célèbres, remettant en cause le franc CFA ou menaçant de renégocier les contrats pétroliers conclus par ses prédécesseurs. Ces prises de position radicales lui ont peut-être valu de perdre quelques soutiens parmi les plus modérés (ou ceux qui craignent que le pays ne plonge dans les troubles, s'il venait à accéder au pouvoir), mais aussi de cimenter autour de lui le clan de ses fidèles, en particulier d'une large part de la jeunesse.
Valse de supporteurs
À la terrasse de l'hôtel Perroquet, complet comme presque tous les hôtels de la ville (chaque candidat a envoyé de Dakar de nombreux émissaires), un homme élégant, costume cintré et boutons de manchette, regarde sur son smartphone la vidéo du meeting donné la veille par Ousmane Sonko devant les étudiants de l'université Gaston-Berger de Saint-Louis. Sur le petit écran, Sonko, vêtu d'une chemise blanche traditionnelle scintillante et d'un chapeau-feutre, perché sur une estrade au milieu de ses fans, apparaît comme une sorte de rock star, sous le crépitement des flashs des téléphones devant une foule prête à s'embraser.
« Bien sûr que je voterai Sonko », dit l'homme, Boubacar Badji, agent immobilier de 44 ans. « C'est lui qui porte le seul message de renouveau pour le pays. Il a bâti sa campagne autour de quelques promesses simples : l'emploi des jeunes, l'éducation, la soif d'entreprendre. Il a l'air sincère, et surtout habité d'une force que ses concurrents ont perdue depuis longtemps », poursuit-il.
Plus loin dans les faubourgs, Djiby Ndiaye est en train de finir de raboter une planche de bois rouge, dans la menuiserie familiale. « On ne trouve plus de bois de teck depuis un an que les autorités forestières ont bloqué les acheminements, à cause du trafic illégal de certaines essences », soupire-t-il. Avant d'ajouter : « Mon candidat ? Ousmane Sonko. Il est de ma génération. »
Dénonciation de la transhumance
Le fait que le maire de Ziguinchor, Abdoulaye Baldé, ait décidé à la surprise générale de rejoindre la coalition Benno Bokk Yakaar de Macky Sall ? « La preuve que le système essaie de s'auto-entretenir. » Beaucoup reprochent aussi au président sortant d'avoir concentré les investissements au cours de son premier mandat sur la capitale : autoroute urbaine, nouvel aéroport, TER, zone industrielle de Diamniadio. Macky Sall a bien inauguré en janvier, en compagnie de son homologue gambien, le pont tant attendu au-dessus du fleuve Gambie qui va fluidifier considérablement les échanges entre la Casamance et le reste du pays, mais c'est une réalisation qui peut difficilement être mise à son crédit : la responsabilité des travaux était confiée à la Cédéao (Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest). Cela dit, chacun a ses bonnes raisons de voter pour le candidat du Pastef, Ousmane Sonko. « Liberté, éthique, transparence, fraternité », dit le message bombé sur les murs de sa permanence - à bonne distance d'une estafette de la police.
Y a-t-il dans cette ville quelqu'un qui ne soutient pas Sonko ? Peut-être sur le pont Émile Badiane qui marque l'entrée de la ville. C'est un camelot qui vend des sous-vêtements. Il arbore une casquette du parti présidentiel. Votera-t-il pour Macky Sall ? « Ah non, c'est juste pour me protéger du soleil. » Et il sort de la poche poitrine de sa chemise un petit bulletin qu'il déplie, et qu'il glissera dans l'urne : le portrait d'Ousmane Sonko, costume de cadre, fines lunettes, y apparaît au-dessus de la mention, « Expert fiscal », comme un gage de respectabilité, pour mettre en sourdine les critiques sur son inexpérience.
Macky quand même…
Le soir venu, en face de l'hôpital Silence de Ziguinchor (il aurait été surnommé ainsi parce qu'un panneau annonçait juste après son inauguration : « Hôpital : veuillez garder le silence ! »), se tient un meeting des soutiens du président sortant Macky Sall. Les rangs sont loin d'être touffus clairsemés, quelques pas de danse, quelques klaxons de vuvuzelas. J'interroge une bana bana, ces femmes faisant traditionnellement le commerce de produits de la mer entre Ziguinchor et Dakar : « Moi, je voterai pour Macky, parce qu'il a ramené la paix en Casamance. » Et ces mots de sagesse du directeur local de l'urbanisme, le lendemain matin : « Cette élection fait beaucoup de bruit. Mais à la fin, c'est un Sénégalais qui va gagner... » Sage réflexion au moment où le camp de Macky sale espère le un coup K.-O. et où ses adversaires, Sonko en premier, espère l'amener au second tour.
MACKY INAUGURATION MAN ?
Le président sortant a multiplié les inaugurations d'infrastructures entre décembre et janvier, mais certains de ces ouvrages n'étaient pas encore opérationnels lors de ces cérémonies
BBC Afrique |
Samba Dialimpa Badji |
Publication 22/02/2019
Cela a poussé certaines internautes à le tourner en dérision. Ces détracteurs parlent d'opérations politiques alors que ses partisans voient en lui un président bâtisseur.
Le 14 janvier 2019, le président Macky Sall procédait à l'inauguration du Train Express Régional, le TER, qui devra relier Dakar à l'aéroport Blaise Diagne, en passant par la ville nouvelle de Diamniadio.
Le TER va aussi desservir 14 stations dont certaines situées dans la banlieue de Dakar.
Presqu'une semaine après, le président sortant coupait le ruban de l'autoroute reliant Dakar, la capitale, à la ville religieuse de Touba, centre religieux de la puissante confrérie des Mourides.
Fin janvier, Macky Sall procède à la réception d'un nouvel avion pour la compagnie aérienne nationale sénégalaise.
Le point commun dans toutes ces inaugurations et réceptions est qu'aucun de ces ouvrages n'était alors achevé.
Le train express régional n'est pas encore opérationnel. L'autoroute Dakar-Touba a dû être fermée juste après son inauguration pour finaliser les travaux. Elle a finalement été mise en service quelques jours plus tard. Quant à l'airbus d'Air Sénégal, il est retourné à Toulouse pour des travaux de finition.
Tout ceci a valu au président sortant des railleries et le sobriquet d'"InaugurationMan" sur internet.
L'artiste-musicien sénégalais Macky Sylla Diop a été le premier à utiliser cette expression sur le réseau social Facebook :
"Pour moi, c'est logique de caricaturer le président Macky Sall en tant que super-héros. Il est vu de cette façon par ses partisans. Il inaugure plus vite que son ombre mais après ça ne fonctionne pas".
PAR MOHAMED LAMINE LY
DÉCRYPTAGE DU PROGRAMME SANTÉ DES CANDIDATS
EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019 - Il faut saluer la prise de conscience de l’importance des stratégies promotionnelles en santé publique, qui sont d’un meilleur rapport coût-efficacité - Néanmoins, certaines problématiques auraient mérité plus d'attention
#Enjeux2019 - Après deux alternances décevantes en 2000 et 2012, les citoyens sénégalais se veulent de plus en plus regardants sur les offres politiques des différents candidats. L’exigence de plus en plus pressante d’adhésion aux programmes des candidats, comme seul critère de vote, se heurte néanmoins à plusieurs écueils. De fait, les préoccupations clientélistes et politiciennes de la quasi-totalité de notre classe politique prennent le pas sur les enjeux de développement véritable, ce qui ne facilite pas l’élaboration de programmes pertinents. Il faut enfin, avouer, que les dirigeants de nos États disposent d’une faible marge pour définir des politiques sanitaires, qui obéissent, depuis plusieurs décennies, aux canons des officines financières internationales ainsi qu’aux normes des autres partenaires techniques et financiers.
Nous nous proposons d’examiner les programmes des candidats relatifs à la santé et à l’action sociale.
Deux candidats n’ont pas bien développé le volet santé dans les documents que nous avons reçus. Il s’agit de la Coalition Madické 2019, qui préconise de tenir les États Généraux de la Santé et de faire un état des lieux de la Couverture Maladie Universelle. Il y a aussi le candidat du PUR, qui lui aussi évoque, dans ses 100 points, la couverture sanitaire universelle et la prise en charge des personnes du 3ième âge.
- Coalition présidentielle : une continuité désastreuse -
Pour le candidat sortant, la crise patente du système sanitaire traversé par d’innombrables conflits sociaux et incapable de satisfaire la demande de soins suffisent amplement à démontrer l’échec de sa politique socio-sanitaire.
Or, aucune mesure de redressement n’est présente dans ce qui lui tient lieu de programme Santé mais qui ne laisse entrevoir aucune cohérence propre, renvoyant constamment au Plan Sénégal Émergent (PSE), qui a fini de plonger notre économie dans un tragique naufrage. De plus, jusqu’à preuve du contraire, le PSE n’est pas le programme de la coalition BBY, mais celui gouvernemental et on se serait attendu à une évaluation plus critique de la politique sanitaire et à une identification des nouveaux défis apparus, ces sept dernières années.
Au lieu de cela, on a eu droit à une brève appréciation de l’état d’avancement du volet Santé et nutrition du PSE qui, à part une consolidation de certains acquis, comme la baisse de la prévalence du VIH/SIDA de 0,7% à 0,5% entre 2012 à 2017, fait état de contre-performances en matière de :
mortalité maternelle et infanto-juvénile, dont les taux restent élevés,
vaccination infantile (70% au lieu des 80% attendus)
couverture en assurance-maladie de 50%, alors qu’elle devrait passer de 20 à 75% en 2017,
Sur le plan de l’offre de santé, le programme du candidat Macky Sall, met en exergue quelques infrastructures, initiées depuis plusieurs années par les précédents présidents ou prévues dans le dernier PNDS (2009-2018).
Au chapitre des promesses électorales, le président sortant fait miroiter des perspectives d’élargissement de l’offre de santé par la construction de nouvelles infrastructures.
Il promet aussi mettre l’accent sur la lutte contre les médicaments de la rue et sur la prise en charge des urgences. Enfin, il compte instaurer, à partir de 2020, une nouvelle carte baptisée KASSUMAY pour tous bénéficiaires, en vue de rationaliser le système de couverture maladie universelle.
- L’approche critique des challengers -
Les challengers du président Macky Sall (particulièrement les candidats Idrissa Seck et Ousmane Sonko) s’accordent, quant à eux, sur un état des lieux alarmant de la politique de santé publique. Elle est caractérisée, selon eux, par une accessibilité́ aux soins très insuffisante, sur le double plan géographique et financier, une faiblesse des plateaux techniques, des ressources humaines insuffisantes, une gestion inadéquate des urgences médicales... On note, en outre, une politique d’approvisionnement en médicaments et produits essentiels inefficiente avec des ruptures de stock itératives et un déficit en équipements sans véritable politique de maintenance.
Il en résulte une offre de soins incomplète et mal répartie, concentrée dans la capitale et relevant plus globalement d’inégalités territoriales et sociales.
Il y a également l’absence de fiabilité du système national d’informations sanitaires, l’insuffisance du financement de la santé, le caractère obsolète des curricula de base des écoles de formation.
Sur le plan social, il est fait état de l’état de la grande pauvreté, qui affecte la majorité de nos concitoyens à des degrés divers, allant des “pauvres sociaux” (obligés de partager un revenu déjà très maigre avec leur entourage), aux victimes d’indigence totale. Il en résulte des difficultés drastiques d’accès aux soins, obligeant bon nombre de sénégalais à choisir entre leur subsistance quotidienne ou la recherche de soins.
Il est clair qu’en raison de l’absence de protection sociale, pour la majorité d’entre eux, ils en sont réduits, au paiement au comptant en cas de maladie, d’où l’orientation par trop curative de la demande de soins.
C’est pourquoi, ils préconisent de mettre en œuvre des programmes de promotion, de sensibilisation et de prévention des maladies transmissibles et non transmissibles et d’accorder la priorité à l’Information, l’Éducation et la Communication (IEC), en vue d’éduquer les sénégalais sur les possibilités d’accès aux services sanitaires, mais aussi sur la prévention de manière générale.
La conclusion qui en découle est la nécessité de faire de la santé un droit et non un privilège, de reconnaître l’existence d’un lien direct entre santé et développement et d’instaurer une démocratie sanitaire, en instituant un dialogue permanent avec tous acteurs et les usagers. Cela permettra de protéger les populations les plus vulnérables, que sont les pauvres, les femmes, les vieillards et les enfants, qui doivent bénéficier d’une attention particulière.
Rappelons que le gouvernement sénégalais est en train de mettre en œuvre une politique dite de couverture maladie universelle (CMU), alors que l’OMS préconise une couverture sanitaire universelle (C.S.U.), ayant pour vocation, non pas de « courir derrière les maladies », mais d’assurer à tous les citoyens, un accès équitable à des services de santé de qualité et de leur garantir la protection financière.
Malgré cela, les candidats de l’opposition déplorent un déficit patent de protection sociale au niveau du Sénégal et critiquent le programme de couverture maladie universelle du gouvernement, pointant du doigt les énormes arriérés que l’État doit aux hôpitaux et structures sociales, dans le cadre des programmes de prise en charge des personnes du troisième âge, des accouchements par césarienne, des insuffisants rénaux sous dialyse, et allant, même, pour certains, jusqu’à vouloir remettre en cause le modèle de CMU basé sur les mutuelles.
- Idy 2019 : un programme novateur -
En effet, la coalition IDY2019 préconise l’évaluation de la CMU pour estimer sa soutenabilité et propose de la remplacer par le service de gestion sanitaire et social (SGSS).
Dans cette nouvelle démarche, il faudrait bannir les retards de remboursement pour les initiatives de gratuité, payer toutes les dettes sociales, assurer la gestion de l’indigence en rapport avec l’Action Sociale et les Collectivités territoriales.
Elle propose également de réactualiser les Assises nationales de la santé, de rendre le système de santé plus performant, de renforcer la recherche et d’initier un dialogue avec les Ordres des professionnels de la Santé et de redéfinir la carte sanitaire, en rapport avec l’Acte 3 de la décentralisation, pour combler les gaps en infrastructures et équipements. En outre, elle envisage de valoriser le capital humain à travers la mise en exergue de l’engagement sans faille du personnel socio-sanitaire.
Enfin, en cas de victoire, elle initiera un programme novateur dénommé « La Santé Partout et Pour Tous » avec les principales mesures suivantes :
Apurer, dans l’immédiat, les remboursements et dettes sociales dues par l’État à l’Agence de la CMU et aux Instituions sociales (IPRES et Caisse de Sécurité́ Sociale).
Assurer à chaque sénégalais, un service minimal gratuit d’accueil et d’urgence qui sera valable à tous les niveaux de la pyramide sanitaire ;
Veiller à ce que la loi encadre le système en faveur des populations surtout les personnes dites vulnérables ou en état de handicap ;
Régler la question du statut des personnels de la santé et former le personnel des services d’accueil :
Assurer la disponibilité́ en quantité́ de ressources humaines en santé :
Augmenter le nombre d’étudiants sénégalais orientés en médecine ;
Former des médecins spécialistes sénégalais en quantité́ suffisante ;
Renforcer les écoles publiques de formation sanitaire existantes (ENDSS, centre régional de santé...)
Assurer la disponibilité́ en qualité́ de ressources humaines en santé :
Systématiser des mesures incitatives pour fixer le personnel (indemnités particulières, logement, véhicules...) particulièrement dans les milieux défavorisés.
Renforcer les infrastructures et les équipements :
Renforcer le financement de la santé :
Porter à 15% le budget de la santé conformément à la recommandation de la CEDEAO, avec d’autres sources de financement (taxes sur le tabac, ciment, pétrole, gaz, etc...) en sus des sources existantes.
- Sonko 2019 : un programme à forte connotation sociale -
La Coalition SONKO2019 accorde une large place à la femme et à l’enfant, considérés comme des couches vulnérables. Elle estime, que dans notre pays, les femmes subissent le poids de la pauvreté et de l’analphabétisme. Elles sont encore victimes de graves violations de leurs droits humains et de leurs droits en matière de sexualité et de santé de la reproduction. Enfin, elles meurent encore trop souvent, de causes évitables, en donnant la vie.
D’importantes mesures sont prévues pour alléger leurs souffrances : recherche de paternité en cas de grossesse non désirée, le soutien psychologique en cas de viol, le reversement systématique des pensions des femmes décédées aux ayant-droits, la facilitation de leur accès au foncier, le congé de maternité de 6 mois et une politique d’incitation pour la construction de crèches.
On a donc affaire à un programme à forte résonnance sociale, tourné, également, vers les enfants de la rue, les séniors et personnes vivant avec un handicap, pour lesquelles, il est demandé l’application effective de la Loi d’orientation sociale, l’accessibilité des édifices publics, de même que la jouissance et l’exercice des droits politiques. Outre l’accompagnement de la population carcérale et l’autonomisation financière des personnes indigentes, le programme ambitionne d’étendre les bénéfices du système de protection sociale aux catégories socio professionnelles laissées en rade comme les paysans, pasteurs et pêcheurs ainsi que les membres du secteur informel. Il est également envisagé un rapprochement de l’IPRES et la CSS en améliorant le recouvrement des cotisations.
Sur le plan de l’accès à des soins de qualité, il est prévu
la construction de centres de soins gériatriques dans les hôpitaux de niveau 2 ou 3
l’intégration dans les hôpitaux de niveau 2 ou 3, de maternités dotées de services de néonatalogie, de réanimation et de soins intensifs néonataux pour lutter contre les mortalités maternelle et infanto-juvénile.
- Replacer la santé au cœur de l’action publique -
Les questions socio-sanitaires ont, jusque-là, souvent été les parents pauvres des programmes des partis politiques, que ce soit les documents issus de congrès ou fora nationaux ou ceux destinés à des consultations électorales. Cette année, malgré les contraintes de temps provoquées par la loi sur le parrainage citoyen, des efforts significatifs ont été observés.
Il faut d’emblée se féliciter de la prise en compte des déterminants sociaux de la santé, qui sont “les circonstances dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent ainsi que les systèmes mis en place pour faire face à la maladie, ces circonstances étant déterminées par plusieurs forces : l’économie, les politiques sociales et la politique”. Il faut également saluer la prise de conscience de l’importance des stratégies promotionnelles et préventives en santé publique, qui sont d’un meilleur rapport coût-efficacité.
Néanmoins, certaines problématiques auraient mérité plus d’attention dans les programmes présentés. Il s’agit notamment :
du déficit de leadership des autorités sanitaires pouvant faire penser à une politique sanitaire influencée par les Partenaires Techniques et Financiers et certains obscurs lobbies, avec des insuffisances observées dans la réglementation de la pratique privée de la médecine, de la publicité en faveur des tradipraticiens, de la lutte contre les médicaments de la rue et celle contre la dépigmentation artificielle…,
de la mal-gouvernance sanitaire, qui plombe les efforts budgétaires consentis par le gouvernement,
des contraintes d’une forte centralisation des activités, avec une approche-programme souvent qualifiée de verticale,
des retards à réformer la réforme hospitalière, dont les difficultés sont liées à une autonomie excessive des établissements publics de santé avec une inefficacité des procédures de contrôle,
des difficultés liées au transfert de la compétence santé à des collectivités locales, disposant de faibles capacités techniques et administratives, à gérer des structures sanitaires.
Enfin, le financement équitable et efficient de la Santé étant au cœur des politiques publiques socio-sanitaires, les organisations politiques et celles de la société civile doivent s’investir pour la réussite de la couverture sanitaire universelle, qui transcende les clivages partisans.
Dr Mohamed Lamine Ly est Spécialiste en santé publique, Ancien secrétaire chargé de la politique de santé du SUTSAS (1998 à 2007) et actuel secrétaire général de la Coalition pour la Santé et l’Action sociale (COSAS).
PAR SERIGNE SALIOU GUÈYE
METTRE FIN À L’ESCLAVAGE DES TEMPS MODERNES
EXCLUSIF SENEPLUS #Enjeux2019 – Comment un pays peut-il parler d’émergence si ses futures ressources humaines sont victimes d’un système et de pratiques qui les discriminent, les excluent ou les assujettissent ?
#Enjeux2019 - S'il y a une frange de la population qui est absente des programmes des candidats à la présidentielle du 24 février prochain, c'est bien celle qui concerne ces enfants en situation de rue. En effet, cette couche vulnérable de la population considérée comme un rebut humain ne figure aucunement dans le catalogue des solutions proposées par les compétiteurs à la course présidentielle. Pourtant cette plaie de la société sénégalaise, qui entrave le développement du pays parce que excluant une frange importante de ses fils dans les rets de l’esclavage, mérite une thérapie idoine.
Chaque matin, plus précisément vers 6 heures au moment de me rendre au boulot, j’assiste impuissamment à un spectacle attendrissant qui ne laisse insensible personne : il s’agit de ces jeunes enfants mendiants appelés talibés qui investissent l’arrêt-bus de la police des Parcelles Assainies, obligés d’affronter douloureusement le froid matinal avec des haillons qui n’offrent aucun moyen de résistance contre la rigueur du climat. Des chérubins dont l’âge varie de cinq à douze ans s’offrent, pieds nus, une course de vitesse pour aller tendre la main aux clients qui attendent le bus. Certains en profitent pour leur jeter quelques piécettes, du sucre, des bougies ou des biscuits pour conjurer un mauvais sort ou pour convoiter quelque chose de meilleur. Et ce qui choque, c’est qu’à pareil moment des enfants de leur âge, avec leurs uniformes et leurs sacs au dos, accompagnés de leurs parents attendent sur le même lieu leur bus scolaire pour aller à l’école. Pourtant la Constitution, article 22, alinéa 2, dispose que « tous les enfants, garçons et filles, en tous lieux du territoire national, ont le droit d’accéder à l’école ».
- Echec des régimes -
Ce spectacle inégalitaire qui se passe un peu partout dans la capitale sénégalaise semble ne pas émouvoir les prétendants à la présidentielle. Le président sortant, qui a échoué dans le domaine de la protection de cette couche vulnérable, n’en fait même pas cas non plus dans son programme ligeyal ëlëk qui promet pourtant un avenir meilleur aux Sénégalais. Mais les talibés qui n’ont bénéficié d’aucune mesure d’amélioration de leurs conditions d’existence depuis 2012 de la part du régime de Macky Sall, peuvent-il en espérer pour les cinq années à venir de la part de celui-là qui n’a pas su résister à la pression maraboutique pour faire appliquer la loi interdisant la mendicité ? Que nenni !
La loi 75-77 interdisant la mendicité, sauf dans les lieux de culte, existe depuis le 09 juillet 1975. En 2005, le régime du président Abdoulaye Wade où un certain Macky Sall était Premier ministre l’a remis au goût du jour. En effet la nouvelle loi n° 2005-06 du 10 mai 2005 en son article 3, interdisant la mendicité, stipule que « quiconque organise la mendicité d’autrui en vue d’en tirer profit, embauche, entraîne ou détourne une personne en vue de la livrer à la mendicité ou exerce sur elle une pression pour qu’elle mendie ou continue à le faire est puni d’un emprisonnement de 2 à 5 ans et d’une amende de 500 000 à 2 000 000 de francs ». S’appuyant sur cette loi, Aïda Mbodj, la ministre de la Femme, de la Famille et du Développement social de l’époque, lors du projet vote du budget de son ministère le 7 décembre 2006, avait déclaré : «on va s’acheminer vers le ramassage des enfants, si la sensibilisation sur la mendicité des enfants qui est une forme d’exploitation ne réussit pas ». Mais le projet avait échoué parce que les maîtres coraniques et autres prétendus érudits de l’Islam avaient crié à l’islamophobie inspirée par des « organismes comme l’Unicef et l’Ong Tostan ». Pourtant nulle part, l’Islam, qui définit bien les conditions d’attribution de la Sadaqat (aumône) à la sourate 9 verset 60, ne recommande cette mendicité ambiante qui prolifère à un rythme exponentiel. Et le prophète Mahomet (PSL), qui a eu à réprimander un fidèle demandant de l’aumône tout juste après une prière, réprouve la main tendue dans beaucoup de ses hadiths.
L’actuel régime n’a pas fait mieux que le précédent dans le domaine de la protection de ces enfants en situation de rue. Le 4 mars 2013, neuf talibés sont morts vers 23 h calcinés dans un incendie d’une rare violence. Révolté le Premier ministre de l’époque, Abdoul Mbaye, avait fait cette déclaration annonciatrice de la fin de cet esclavage moderne qu’est la mendicité : « Il faut que l’ensemble de la population sénégalaise décide de se battre contre cette mendicité des enfants. Il faut que la population se sente également concernée par ce problème. Quand on voit plusieurs fois des enfants habiter, s’entasser à 50 dans de petites baraques, qu’on le dénonce, qu’on informe la police. La police n’est pas là seulement pour incriminer, elle est également là pour assurer la sécurité des citoyens, même s’ils ont trois ans ou quatre ans. Cette mendicité organisée, d’exploitation des enfants en leur faisant vivre des conditions terribles, les exposant à des risques comme celui qui a été vécu à la Médina, ça doit cesser et avec le concours de tous. Il y a des décisions qui ont été prises et on va vers l’interdiction totale de la mendicité des enfants dans les rues, car le Coran s’apprend dans un daara et non dans la rue. Il n’est pas question d’interdire la charité, mais organisons-la ». Mais comme dans un instinct de survie, des associations spontanées de maîtres coraniques s’étaient rassemblés dans des médersas pour promettre la géhenne à cet audacieux hérésiarque qui avait le toupet de leur priver cette main-d’œuvre enfantine qui les nourrit avec leurs familles. Pour ces esclavagistes du troisième millénaire, quelques cliquetis de chapelets accompagnés de psalmodies de versets suffisaient pour crucifier ce Lucifer Mbaye échappé des enfers pour leur perdition.
Le 22 juin 2016, lors du Conseil des ministres, le président de la République, Macky Sall, avait fait une déclaration exhortant le gouvernement à poursuivre les efforts importants menés dans le cadre de la lutte contre la mendicité des enfants. Dans la suite de cette déclaration, le ministre de la Famille, de la Femme et de l’Enfance avait lancé officiellement la campagne de retrait immédiat des enfants de la rue sur l’ensemble du territoire national. Et entre juin 2016 et mars 2017, le programme « Retrait des enfants de la rue » à Dakar a été lancé. Ainsi 60 opérations de rues ont été menées par la police et les travailleurs sociaux dans les rues de Dakar. A la fin de ces opérations, 1.547 enfants ont été officiellement retirés des rues, recueillis et placés dans des centres d’accueil, avant d’être restitués à leurs parents. 1 006 de ces enfants ont même été renvoyés à leurs maîtres coraniques sans qu’aucune enquête ne soit mené sur ces exploiteurs de main-d’œuvre infantile et sur les conditions d’existence de leurs talibés. Chose gravissime, plusieurs de ces marabouts-négriers ont empoché des enveloppes en guise de soutien financier quand ils ont été dans les centres d’accueil pour récupérer «leurs forces de travail ». Une telle méthode n’a fait qu’encourager la pratique roublarde de la mendicité au lieu d’y mettre un terme puisque désormais, le talibé peut être une source pour bénéficier d’un appui financier de l’Etat en cas d’opération de retrait. Aujourd’hui les maitres coraniques perpétuent sans vergogne l’exploitation ignoble de ces enfants sans assistance. Ce qui devient un véritable supplice de Sisyphe.
- Droits des enfants bafoués -
Le Sénégal, comme la plupart des pays de la sous-région, est un pays où les droits des enfants sont constamment bafoués. Pourtant l’article 4 de la Déclaration des Droits de l’Enfant de 1959 stipule que « l’enfant doit bénéficier de la sécurité sociale, il doit pouvoir grandir et se développer d’une façon saine… L’enfant a droit à une alimentation, à un logement, à des loisirs et à des soins médicaux adéquats ». Ce qui est loin d’être le cas chez nous où certains maitres coraniques affament ou torture mortellement les enfants talibés pour assurer leur subsistance. Comment un pays peut-il parler systématiquement d’émergence si plus de 100 mille de ses enfants, futures ressources humaines qui doivent participer à son développement, sont victimes d’un système et de pratiques qui les discriminent, les excluent ou les assujettissent ?
Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, l’esclavage, même s’il est aboli le 27 avril 1848, n’est pas seulement un fait passé de l’histoire mais aussi une réalité actuelle si l’on voit les essaims de chérubins qui se déversent quotidiennement dans la capitale aux seules fins de tendre une main famélique pour remplir la bouche gloutonne et la poche insatiable du maître. Mais ce qui étonnant et immoral, c’est que les rejetons de ces soi-disant maîtres ne dirigent jamais la ribambelle des talibés-mendiants qui parcourent sans arrêts les rues de Dakar. Ils se calfeutrent avec aisance dans leurs chambres douillettes au moment où de malheureux bouts de chou s’entassent par dizaine dans des cagibis avec les conditions d’hygiène les plus dégradantes et les plus déshumanisantes. En sus des corvées monétarisées, les brimades, les ratonnades et les bastonnades prennent le dessus sur le temps d’apprentissage du Coran des innocents talibés. Et faute de s’affranchir de l’enfer de cet esclavage, souvent certains de ces bouts de bois de Dieu s’adonnent désespérément au marronnage à leurs risques et périls.
La mendicité infantile dérange le bon ordonnancement de nos sociétés. Sa culture ne répond nullement à un besoin sociétal du mieux-vivre d’une certaine catégorie de Sénégalais et de Sénégalaises. Le nombre de talibés effarant qui déambule dans la capitale est un indicateur de la misère d’une bonne partie de la population. Il est aussi symptomatique de l’échec des différents régimes socialiste et libéral dans la mise en place des politiques efficientes de réduction de la pauvreté, de formation et d’insertion sociale des talibés exploités par des pseudo-marabouts comparables à des négriers véreux du 21e siècle. C’est l’échec de la prédication dans les mosquées mais surtout des pouvoirs publics.
La mendicité des enfants n’est ni une fatalité, ni un mal nécessaire. Il urge pour nos pouvoirs publics et religieux de mener une réflexion profonde sur cette plaie sociale purulente et puante. Dans ce cas, l’enjeu doit dépasser toute attitude de stigmatisation, de déshumanisation et de commisération à l’endroit des talibés. Par conséquent, cela requiert résolument la pose d’actes significatifs qui rompent avec nos mentalités rouillées, lesquelles rejettent le fléau en amont tout en voulant l’entretenir en aval.
Le président qui sera élu prochainement doit avoir comme mission première d’assurer à toute sa jeunesse sans discrimination les conditions d’un avenir radieux. Ainsi il ne doit pas céder un seul pouce dans sa volonté de lutter contre cet esclavage des temps modernes pratiqué par de faux maîtres coraniques dont la plupart n’ont que le goût du lucre ou de la luxure.