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29 août 2025
ALI BONGO, SOIGNÉ AU MAROC, REVIENT UNE NOUVELLE FOIS AU GABON
Le président gabonais Ali Bongo, en convalescence au Maroc depuis une attaque cérébrale en octobre, est revenu une nouvelle fois au Gabon dimanche, apprend-on lundi auprès de la présidence
LIBREVILLE (Reuters) - Le président gabonais Ali Bongo, en convalescence au Maroc depuis une attaque cérébrale en octobre, est revenu une nouvelle fois au Gabon dimanche, apprend-on lundi auprès de la présidence.
Le chef de l'Etat, victime d'un AVC le 24 octobre dernier alors qu'il se trouvait en Arabie saoudite, avait une première fois regagné le Gabon à la mi-janvier, une semaine après une tentative de coup d'Etat.
"Le président est rentré hier. Ce matin, il a des entretiens avec les responsables des institutions constitutionnelles, puis avec certains membres du gouvernement", a-t-on déclaré. Le chef de l'Etat n'a pas l'intention de faire d'apparition publique, a-t-on ajouté.
De même, il n'est pas certain que ce retour soit définitif, a-t-on laissé entendre.
Agé de 60 ans, Ali Bongo préside le Gabon depuis la mort de son père, Omar Bongo, en 2009. Il a été réélu de justesse en 2016 avec moins de 6.000 voix d'avance sur l'opposant Jean Ping, au terme d'un scrutin contesté qui a donné lieu des affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l'ordre.
MACKY SALL REMPORTE LE DÉPARTEMENT DE RUFISQUE
Le candidat de la Coalition Benno Bokk Yakaar, Macky Sall a remporté largement le scrutin dans le département de Rufisque avec un taux de 54,64 % des suffrages exprimés, selon les résultats affichés lundi en début de soirée au Tribunal de Rufisque
Rufisque, 25 fev (APS) – Le candidat de la Coalition Benno Bokk Yakaar, Macky Sall a remporté largement le scrutin dans le département de Rufisque avec un taux de 54,64 % des suffrages exprimés, selon les résultats affichés lundi en début de soirée au Tribunal de Rufisque par la commission électorale départementale de recensement des votes.
Sur un nombre de 255630 inscrits, il y a eu 185 282 votants dont 1115 bulletins nuls ;
Le président sortant a obtenu 100 632 voix, suivi du candidat de la Coalition ’’Idy2019’’ avec 34 892 voix (18,7%), Ousmane Sonko 30186 voix (16,3%). Issa Sall obtient 16 164 (8,7%) et Madické Niang 2273 voix (1,23%).
Le taux de participation est estimé à 72%.
Le département compte 12 communes dont 4 de l’ancienne communauté rurale de Sangalcam. Les plus éloignées sont Sébikotane, Yenne, Sendou et Bargny.
PAR MOHAMED SALL SAO
LE PAYS RISQUE D'ÊTRE INGOUVERNABLE
EXCLUSIF SENEPLUS - Si le candidat de BBY gagne, il ne pourra pas convaincre de la véracité de sa victoire et son mandat sera entaché par les attitudes de défiance et divers mouvements sociaux, qui seront de surcroît exacerbés par l'opposition
En annonçant au soir du 24 février que le candidat Macky Sall avait remporté la présidentielle avec 57% des voix, alors que les résultats provisoires du scrutin présidentiel n’étaient pas connus et que les chiffres émanant des PV des bureaux de vote continuaient de s’égrener lentement dans les organes de presse audiovisuels, le Premier ministre Boune Abdallah Dione, entouré des thuriféraires du régime APR, a soulevé un tollé général, obligeant les porte-paroles de l’opposition à surenchérir avec des pourcentages à la baisse tout aussi intempestifs, situés entre 39 et 44%, ce qui a conduit l’UMS et la CENA à appeler à la retenue en attendant la publication des résultats provisoires du scrutin par la commission nationale de recensement des votes.
Certes, cette déclaration du directeur de campagne du président sortant pourrait s’inscrire dans une sorte de réaction à la conférence de presse précédemment tenue par les deux candidats Idrissa Seck et Ousmane Sonko, mais, pour autant, il n’était pas nécessaire de se risquer à avancer un chiffre que rien ne permettait de corroborer. La bataille psychologique et les manipulations qui vont avec ne justifiaient pas qu’on allât aussi loin, surtout lorsque l’on sait qu’un climat de suspicion s’était installé tout au long des différentes péripéties du processus électoral et que l’opinion publique avait été suffisamment sensibilisée, depuis des mois, sur un risque de « hold-up » électoral de la part du pouvoir en place.
De plus, le fait que cette déclaration ait été faite par le Premier ministre soi-disant « en sa qualité politique » et à partir du siège de la coalition BBY n’enlève en rien les responsabilités qui lui incombent en tant que personne investie d’un pouvoir d’autorité et, en l’occurrence, vis-à-vis de celle chargée de l’organisation des élections, à savoir le ministre de l’Intérieur... Le dédoublement des fonctions étant mal venu ici, l’on a du mal à comprendre qu’il ait été mis en première ligne, plutôt que de laisser à quelqu’un d’autre le soin de se livrer à une telle communication.
Mais, les choses étant en l’état, il reste à espérer que la raison finira par l’emporter et que les manipulations cesseront et, surtout, qu’elles ne se feront, ni au niveau des commissions départementales de recensement des votes, ni à celui de la commission nationale. Il faut s’attendre dans un pays tel que le nôtre, cité jusqu’ici en exemple en Afrique et dans le monde pour sa longue tradition républicaine et sa culture démocratique, qu’un comportement exemplaire fondé sur l’éthique de responsabilité soit adopté par ses dirigeants, à l’image de ce qui s’est passé en 2000 et en 2012, où les présidents Diouf et Wade, de la même manière que le peuple, avaient désavoué des collaborateurs et partisans ayant proclamé par anticipation des résultats inconsidérés, ou les en avaient dissuadé. En ce qui concerne 2012, une vidéo devenue virale depuis hier soir montre la position de fermeté qu’avait affichée l’actuel président sortant, qui était alors le candidat contre lequel était dirigé ce coup de Jarnac.
Il reste donc à espérer, par-dessus tout, que les acteurs sauront attendre la proclamation des résultats, que « la vérité vraie » issue des urnes de ce 24 février triomphera, que la paix sociale continuera d’être de mise au Sénégal - qu’il y ait un vainqueur disposant de la majorité requise dès le premier tour, ou qu’il y ait un second tour à venir du fait d’un ballotage - et que les vaincus féliciteront in fine le vainqueur.
Malheureusement, cependant, l’on ne peut s’empêcher d’être pessimiste, car, quel que soit ce vainqueur, le pays risque d’être ingouvernable au cours de ces cinq prochaines années. Si c’est le candidat de BBY, il ne pourra pas convaincre de la véracité de sa victoire et son mandat sera entaché par les attitudes de défiance, les revendications et divers mouvements sociaux, qui seront de surcroît exacerbés par les stratégies de harcèlement de l’opposition, rendant ainsi les rapports de forces sur le terrain à son désavantage. Et si c’est l’un des candidats de l’opposition, tout gouvernement de coalition qu’il mettra en place risque d’être placé sous le signe de l’instabilité, du fait du manque de cohésion, voire de solidarité, découlant non seulement de visions ou sensibilités disparates, mais aussi et surtout des ambitions, projets et calculs individuels des partenaires du moment.
LA CNRV RAPPELLE LES ACTEURS À L’ORDRE
’’Personne n’a le droit de proclamer des résultats à l’exception de la Commission nationale de recensement des votes pour les résultats provisoires et le conseil constitutionnel pour les résultats définitifs’’
Dakar, 25 fev (APS) - La proclamation des résultats provisoires de l’élection présidentielle incombe à la Commisssion nationale de recensement des votes (CNRV), a rappelé lundi, son président.
’’Personne n’a le droit de proclamer des résultats à l’exception de la Commission nationale de recensement des votes pour les résultats provisoires et le conseil constitutionnel pour les résultats définitifs’’, a notamment dit le juge Demba Kandji.
Il faisait une déclaration sur procédures et méthodes de travail de la CNRV avant la proclamation provisoire des résultats prévue, légalement, au plus tard vendredi, à minuit.
La CNRV, composée de trois magistrats de deux représentants des candidats en lice en raison d’un titulaire et d’un suppléant, est l’organe chargé à titre provisoire de rassembler les votes et de proclamer provisoirement les résultats, sous la supervision de la Commission Electorale Nationale Autonome (CENA).
’’Ce travail, nous le faisons sur la base des comptes rendus qui nous sont remontés par les délégués des cours d’appel qui sont présents sur l’ensemble du territoire national’’, a dit Demba Kandji.
’’Nous le faisons également sur la base des procès-verbaux qui nous parviennent des quarante-cinq commissions départementales de recensement des votes’’, a indiqué le juge Demba Kandji.
La commission nationale, a-t-il ajouté, a ‘’seule le pouvoir de redresser en cas d’erreur ou d’annuler, s’il y’a motif qui le justifie, les chiffres parvenus à elle’’.
Auparavant, le juge Demba Kandji avait salué la bonne tenue du scrutin marquée notamment par la participation massive des Sénégalais.
’’Je voudrais me féliciter d’abord au nom de la CNRV de la bonne tenue des élections, surtout de la participation massive qui a vu les sénégalais aller aux urnes et rentrer tranquillement après avoir exprimé leur opinion’’, a-t-il déclaré.
POURQUOI UNE TELLE CONFUSION AUTOUR DES RÉSULTATS
On avait rarement vu au Sénégal, un tel capharnaüm autour de résultats électoraux
Ce dimanche 24 février, 6,6 millions de Sénégalais ont été appelés aux urnes pour désigner leur futur président. Au terme d’une journée de vote dont plusieurs missions d’observation ont salué le déroulement, la tension est montée d’un cran dans la soirée, avec le dépouillement des suffrages. Les premières tendances ont en effet amené les différents candidats à des revendications contradictoires.
« À ce stade de la soirée, nous disposions des résultats correspondant à 52 % des dépouillements sur le territoire national. Les bureaux de vote sur lesquels nous nous sommes basés sont d’autant plus représentatifs qu’ils comprennent les bureaux témoins. Nous compilons en ce moment les derniers résultats et le constat est le même », explique à Jeune Afrique El Hadj Hamidou Kassé, ministre conseiller en charge de la communication à la présidence, qui assure avoir envoyé des mandataires dans les quelque 14 651 bureaux de vote du pays.
De leurs côtés, Ousmane Sonko et Idrissa Seck, dont l’entourage annonçait un « inévitable » second tour dès les premières tendances, vers 20h30, assuraient qu’ils ne se laisseraient pas « confisquer » le résultat du scrutin. Lundi 25 février, à Dakar, un collaborateur d’Ousmane Sonko – dont l’équipe poursuit ses calculs – persiste et signe : « Nous étions représentés dans plus de 95 % des bureaux de vote du pays. Nous avons récupéré les procès-verbaux et les avons renseignés dans notre système informatique. Hier déjà, nous étions sûrs d’un second tour. Aujourd’hui, nous en sommes à 70 % de traitement. Selon nos chiffres, Macky Sall ne dépasse pas la barre des 48 %, et nous avons bon espoir de sortir second de cette élection. »
Le Conseil constitutionnel seul officiellement habilité
À l’heure qu’il est, difficile de déterminer qui a raison et qui a tort, faute de chiffres officiels. Jaly Badiane, coordinatrice de l’initiative citoyenne « Sénégal Vote », dont les volontaires étaient déployés sur tout le territoire le jour du vote, et dont le calcul des résultats compilés est toujours en cours, appelle à la prudence : « Aller dans un sens ou dans un autre reviendrait à donner un résultat, ce qui est du ressort du Conseil constitutionnel. Ce serait irresponsable ».
Seuls les sept Sages sont en effet habilités à publier des résultats définitifs et à annoncer si un second tour aura bien lieu, même si les candidats ont dépêché des mandataires à travers tout le pays afin de collecter les résultats des procès-verbaux et calculer leurs propres tendances. Or, le Conseil constitutionnel a jusqu’au vendredi 1er mars à minuit pour ce faire.
Face à un score qui pourrait s’annoncer serré, l’absence de résultats officiels entretient le flou et laisse le champ libre aux annonces victorieuses de chacun. « Nous n’aurions jamais dû nous réveiller ce lundi sans résultats provisoires émanant des instances officielles, justifie Jaly Badiane. En général, en temps d’élection, on est fixé dans la nuit ou tôt le matin. » Ce n’est pas l’avis de la Direction générale des élections (DGE), qui estime que « le Sénégal est dans son tempo pour délivrer les résultats » – rappelant que si en 2012 Abdoulaye Wade avait reconnu sa victoire le soir même du vote, au second tour, il l’avait fait en fonction des tendances calculées par son état-major et par la presse.
Des médias « aux ordres de Macky Sall » ?
Cette année, les déclarations contradictoires entre pouvoir et opposition ont suscité l’ire de certains représentants politiques et militants de l’opposition, qui ont notamment pris à partie certains médias nationaux et internationaux dimanche soir, les accusant d’être « aux ordres de Macky Sall » et d’avoir annoncé abusivement sa victoire.
« Les médias ont le droit de donner des tendances, comme ils le font depuis 2000, mais ils n’ont pas le droit de livrer les résultats, indique un membre de la Commission électorale nationale autonome (CENA) interrogé par Jeune Afrique. Hier, ils sont restés dans les limites de ce droit. Il est en revanche maladroit qu’un Premier ministre annonce la réélection de son candidat avec 57 % des voix. Lui n’est pas dans son rôle. »
La Commission, elle, a appelé dans un communiqué « les candidats et leurs partisans, ainsi que les acteurs de la société civile et la population, à s’abstenir de faire une quelconque déclaration prématurée sur les résultats ».
LA SOCIÉTÉ CIVILE DISTRIBUE SES POINTS
Elle salue la maturité du peuple sénégalais mais déplore : la déclaration du Premier ministre, les déclarations de candidats de l’opposition ciblant les médias, le traitement inéquitable des candidats par la RTS - COMMUNIQUE DES MISSIONS D'OBSERVATION
SenePlus publie ci-dessous, le communiqué des missions d'observation de la société civile, datée du 25 février 2019, relatif à la présidentielle.
"En vue de contribuer à la crédibilité et à la transparence du scrutin présidentiel du 24 Février 2019, les missions d’observation de la société civile sénégalaise accréditées ont mis en place une Situation Room électorale, dispositif technique et opérationnel permettant de déceler les irrégularités, de les prévenir, et au besoin les faire corriger par l’ensemble des parties prenantes du processus électoral concernées.
A cet effet, plus de 3135 observateurs ont été déployés sur l’ensemble du territoire national pour assurer l’observation du processus électoral et le monitoring des médias, de la violence et de la corruption politique.
S’appuyant sur ce dispositif, les missions d’observation de la société civile disposent de suffisamment d’éléments pour apprécier la transparence et la sincérité du scrutin à temps opportun.
Elles notent que le scrutin s’est dans l’ensemble déroulé dans le calme et la sérénité malgré quelques dysfonctionnements. Elles saluent la maturité du peuple sénégalais mais déplorent les déclarations et comportements irresponsables de certains acteurs, en particulier :
Le manque de retenue de certains médias au mépris des règles d’éthique et de déontologie notamment en matière électorale.
Les déclarations de candidats de l’opposition ciblant les médias nationaux et internationaux, auxquels il serait reproché la publication de résultats tendancieux au risque de les livrer à la vindicte populaire.
La déclaration du Premier ministre, membre du directoire de campagne de la coalition Macky 2019, faisant état d’une victoire au premier tour à 57%, empiétant ainsi sur les prérogatives des instances habilitées à proclamer les résultats du scrutin présidentiel, de nature à remettre en cause la paix civile et la stabilité sociale.
Le traitement inéquitable des candidats par la RTS, chaine publique nationale.
Les missions d’observation de la société civile tiennent à rappeler à tous les acteurs, que le processus suit son cours avec une collecte et une remontée des résultats tels que prévu par la loi. Elles invitent tous les acteurs à ne pas empiéter sur les prérogatives des instances compétentes en la matière.
Dans l’attente de la proclamation définitive des résultats, les missions d’observation de la société civile appellent tous les acteurs à avoir un comportement républicain et à faire preuve de sérénité afin de préserver le climat de paix qui prévaut depuis le début du scrutin et qui est nécessaire à l’exercice des principes démocratiques au Sénégal.
Les missions feront un bilan exhaustif de leur participation au processus avec des recommandations dans une perspective de consolidation de nos acquis démocratiques."
Bocar Thiam, le représentant de la coalition de Sonko à Nantes dénonce ce qu'il considère comme une forfaiture de la coation de BBY de Macky Sall.
Voir la vidéo.
"IL N'Y A PAS POSSIBILITÉ DE VICTOIRE AU PREMIER TOUR"
Macky Sall a revendiqué dimanche soir, par la bouche de son Premier ministre, sa victoire dès le premier tour de la présidentielle - Un scénario impossible, selon Thierno Bocoum, responsable de la communication de la coalition d'Idrissa Seck
Jeune Afrique |
Benjamin Roger |
Publication 25/02/2019
De quoi susciter l’ire des quatre opposants à Macky Sall qui assurent qu’un deuxième tour est inéluctable. Parmi eux, l’ex-Premier ministre Idrissa Seck, l’un des plus sérieux rivaux du président sortant. Au lendemain de cette soirée électorale confuse, Thierno Bocoum, le responsable de la communication de la coalition « Idy 2019 », a reçu Jeune Afrique pour faire le point.
Jeune Afrique : Votre camp conteste la victoire de Macky Sall dès le premier tour, annoncée dès dimanche soir par son Premier ministre. Pourquoi ne livrez-vous pas vos propres chiffres ?
Thierno Bocoum : Nous ne sommes pas les seuls à contester ces résultats. Les trois autres candidats de l’opposition font de même. Nos recoupements montrent très clairement que Macky Sall ne dépasse pas 45 % des voix. Nous ne comprenons donc pas que le Premier ministre ait déclaré que Macky Sall avait gagné au premier tour avec 57 % des voix.
Idrissa Seck et Ousmane Sonko ont dit qu’ils allaient laisser les institutions habilitées à le faire donner les résultats. Mais l’opposition est unanime : il n’est pas possible que Macky Sall ait gagné au premier tour.
Comment pouvez-vous dénoncer l’annonce prématurée par le camp de Macky Sall d’une victoire au premier tour et, dans le même temps, assurer vous-mêmes qu’un deuxième tour est inéluctable ?
Nous n’avons pas donné de résultats de manière volontaire. Nous avons une certaine expérience des élections au Sénégal, où les résultats sont donnés en direct. Nous avons cumulé les scores de l’opposition et nous les avons comparés à ceux du pouvoir. Il est selon nous impossible que le président sortant ait récolté 57 % des voix. Qu’on ne vienne pas nous dire qu’il est passé au premier tour.
Cette intervention du Premier ministre a été diffusée en direct sur la RTS, la chaîne publique. Est-ce conforme aux usages ?
C’est extrêmement grave, mais cela entre dans une stratégie concoctée depuis longtemps. Depuis le début du processus électoral, nous avons constaté le forcing du camp présidentiel pour imposer de nouvelles règles du jeu qui n’ont rien à voir avec celles qui avaient permis à Macky Sall d’arriver au pouvoir.
Il y a eu la loi sur les parrainages, le refus du ministre de l’Intérieur de transmettre le fichier électoral – ministre qui, par ailleurs, siège au secrétariat exécutif de l’APR [l’Alliance pour la République, le parti présidentiel] et qui a été imposé par le président pour organiser les élections… Tout le monde a constaté qu’il y a eu énormément d’anomalies.
Quelles sont les tendances dont vous disposez ? En quelle position arrive votre candidat ?
Les tendances que nous avons montrent qu’il n’y a pas eu de victoire de Macky Sall au premier tour. Mais le plus important est que nous puissions faire respecter les règles du jeu en démocratie. Vouloir ainsi passer en force au premier tour est une violation des règles démocratiques et une manière de contourner le vote des populations. Nous ne pouvons pas l’accepter.
Dimanche soir, Idrissa Seck a déclaré qu’il ne laisserait pas le pouvoir « confisquer » le vote des Sénégalais. Qu’allez vous faire si la réélection de Macky Sall est officiellement annoncée dès le premier tour ?
Nous n’attendrons pas que Macky Sall soit déclaré élu au premier tour. Nous le disons très clairement : il a mis en place tout un processus que nous suivons avec beaucoup de vigilance.
À chaque étape de ce processus, nous aurons une réaction adéquate. Nous apprécierons la situation au fur et à mesure. Nous confronterons les résultats qui seront donnés officiellement et nous réagirons en conséquence. Mais aujourd’hui, je vous le dis : un deuxième tour est inévitable.
Quels sont les propos ou faits précis que vous reprochez aux médias sénégalais et internationaux, qu’Idrissa Seck et Ousmane Sonko ont ciblés lors de leur conférence de presse commune, après le scrutin ?
Avant même l’élection, il y a eu une sorte de propagande dans certains médias internationaux, que je ne nommerai pas. Ils ont pris fait et cause pour Macky Sall. Dans leurs reportages ou leurs articles, ils faisaient le bilan du président et tiraient sur l’opposition en disant qu’elle peinait à mobiliser. Cela représente une forme d’ingérence dans un processus électoral qui doit aboutir au choix souverain du peuple sénégalais. C’est inacceptable.
Le 24 février, nous avons entendu un média donner un résultat selon lequel le président avoisinait la barre des 50 %, à un moment où il était impossible de le savoir. Au lieu de se contenter de donner des résultats bureau de vote par bureau de vote, comme le font tous les autres médias, ils ont donné un pourcentage pour Macky Sall et un pourcentage pour les autres candidats.
C’est une forme d’influence et de propagande que nous n’acceptons pas. Nous pensons qu’une élection présidentielle demande des responsabilités de part et d’autre. Il faut attendre le résultat des urnes avant de se prononcer.
N’est-ce pas un peu facile de faire des médias des boucs émissaires, qu’ils soient sénégalais ou internationaux ?
Nous ne pouvons pas empêcher les Sénégalais d’avoir une opinion. Si des médias ont été ciblés, c’est parce que les Sénégalais eux-mêmes ont constaté qu’ils avaient un comportement qui ne seyait pas à la situation, et qu’ils l’ont manifesté.
Dimanche, des journalistes sénégalais et étrangers ont été insultés par des militants d’Ousmane Sonko et d’Idrissa Seck. Certain ont même dû être exfiltrés de votre siège, car leur sécurité était menacée… Que pensez-vous de ces débordements ?
Nous le regrettons et le condamnons. Les journalistes qui étaient là avaient suivi le président Idrissa Seck. Quand on nous a annoncé que certains de nos partisans voulaient les expulser, nous leur avons répondu que ce n’était possible. Le but n’était pas d’attaquer les journalistes.
Mais fondamentalement, il nous revenait aussi, connaissant le tempérament des Sénégalais et voyant le contexte de cette soirée, de dire : « Attention, ne faites pas ci ou ça ! » Ce qui s’est passé a eu lieu avant la conférence de presse des deux candidats, ce n’est pas donc pas lié à leurs déclarations.
"LA LIGNE PARIS-DAKAR EST ESSENTIELLE POUR NOUS"
Nommé en 2017 à la tête de la nouvelle compagnie nationale, Air Sénégal, avec mission de la faire décoller, Philippe Bohn explique sa stratégie - ENTRETIEN
Carnets du Sénégal |
Emilien Diaz |
Publication 25/02/2019
La ligne aérienne Paris-Dakar a été ouverte le 1er février par Air Sénégal. Ce trajet est-il important pour votre compagnie ?
L’ouverture de la ligne Paris-Dakar est une étape extrêmement importante pour notre compagnie. Nous sommes arrivés avec une vision pragmatique, en prenant la réalité des chiffres. Nous avons constaté que la ligne Dakar-Paris-Dakar était celle qui générait le plus d’argent. Elle se situe dans le peloton de tête des lignes les plus rentables du réseau mondial. Nous avons aussi considéré le retour sur investissement important que peut générer l’achat d’avions neufs sur trente ans (6,8%), donc une rentabilité très élevée. Notre modèle économique est basé sur une dette d’investissement saine, car nous nous endettons de manière productive. Nous achetons un produit de valeur, que nous mettons à disposition d’une ligne à forte rentabilité, comme la route Paris-Dakar. Evidemment, cette ligne est le point important voire essentiel de notre développement. C’est pourquoi nous avons tenu la date du 1er février.
Vous avez acheté plusieurs avions, dont deux Airbus (A330 Neo). Où en est-on dans la livraison de ces avions ? On sait qu’un retard avait été pris par Airbus.
Il n’y a pas de retard au planning avec Airbus. Le 31 janvier, nous avons accueilli le premier A330 Neo, qui terminait sa période d’essais techniques. Il s’agit d’un avion récent, donc il y avait des opérations importantes à faire. Certains retards annoncés en octobre par Rolls Royce concernaient seulement la livraison des moteurs. Cela a été extrêmement bien géré. D’autre part, Airbus nous a fait une faveur, puisque Air Sénégal a été le premier allocataire des moteurs disponibles. Nous nous étions pris à rêver que nous aurions le deuxième avion à la mi-février, et à une semaine près cela a été le cas. Nous avons donc ouvert notre ligne de façon tout à fait normale, dans de bonnes conditions. Quand un avion est indisponible, une compagnie aérienne utilise un avion de réserve. C’est ce que nous avons fait et cela nous a permis d’ouvrir la route Dakar-Paris à temps. Nous n’avons donc pas de retard au planning et nous remplissions très bien, je dirais même de mieux en mieux, nos lignes.
Comment l’Etat sénégalais intervient-il dans la gestion d’Air Senegal depuis sa création en 2017 ?
Air Sénégal est une compagnie nationale. L’actionnaire unique de la compagnie, c’est l’Etat sénégalais. Le conseil d’administration de la compagnie est le reflet de cette réalité. Comme toute entreprise normale, qui vit dans la globalisation, sur un marché concurrentiel mondial, nous appliquons les règles en vigueur dans notre industrie. C’est à dire que le conseil d’administration exprime la volonté de l’Etat, et les grandes lignes stratégiques. Notre management rempli son rôle de mise en oeuvre de la gestion de l’entreprise, et de la réalisation des différentes stratégies que nous espérons gagnantes.
Et dans quelle mesure la création d’une nouvelle compagnie aérienne nationale s’inscrit-elle dans le Plan Sénégal Emergent (PSE), qui guide la politique économique du Sénégal ?
Ce plan est la preuve que tout ce qui est entrepris au Sénégal par le président de la République Macky Sall, ce ne sont pas des lubies, mais bien des stratégies conscientes. Le président souhaite pousser son pays vers l’émergence économique, en insistant sur les fondamentaux. Et comment fait-on émerger un pays? Il faut un état de droit, et organiser la libre circulation des biens et des personnes, car c’est cela qui créée de la richesse, du développement. Le PSE se base sur quatre piliers. Le pilier maritime (avec le port de Dakar), le pilier routier (développement des routes et autoroutes), le pilier rail (récemment le TER a été inauguré) et donc le pilier aérien. Ce dernier se développe d’abord grâce au nouvel aéroport de Dakar, inauguré il y a un an, et grâce à la nouvelle compagnie aérienne nationale, qui a été reconstruite de 0. J’ai eu l’honneur d’être choisi pour la diriger. Là encore, ce ne sont pas des lubies. Je ne me permettrais pas de juger de la pérennité et du succès de cette stratégie. Mais elle est volontaire et cohérente.
Plusieurs expériences de compagnies aériennes semblables ont échoué par le passé, en faisant faillite. Ce fut le cas pour Air Afrique, Air Sénégal International et Sénégal Airlines. Comment pensez-vous assurer la réussite de votre compagnie ?
Nous avons un business model et une approche globale différents. Nous ne sommes appuyés par personne, et nous n’avons pas de grands opérateurs avec nous. Tout est fait et organisé de manière autonome par l’Etat sénégalais, qui nous finance. Notre projet s’inscrit dans une vision pour le pays, à long terme. Il n’y a pas d’exemple historique sur ce continent d’une compagnie aérienne nationale qui a été montée de la façon dont nous l’avons fait, en aussi peu de temps. Cela ne s’est jamais fait. Parce qu’il y a un engagement de l’Etat. À chaque fois que nous avons fait des investissements ou versé des acomptes, tout a été payé en temps et en heure. Le Sénégal a rempli toutes ses obligations contractuelles. C’est ce qui nous différencie aujourd’hui de ce qui a été fait hier.
À terme, l’un des objectifs d’Air Sénégal est-il de contribuer à faire de Dakar l’une des plaques tournantes aériennes de l’Afrique de l’Ouest ?
Créer un hub (un grand carrefour aérien, ndlr), cela ne décrète pas. Cela se construit, par une stratégie de routes : nous devons savoir où nous allons chercher nos passagers, pour quels vols, afin de les ramener sur notre plateforme et de les réexpédier ensuite en Europe, aux Etats-Unis, ou ailleurs. Autant de questions qui me permettent de dire qu’un hub se construit grâce à une stratégie d’établissement des routes, des horaires … etc. C’est une mathématique très précise. Le Sénégal a la chance d’avoir une situation géographique intéressante, et un nouvel aéroport qui accueille plus de 2 millions de passagers annuellement. Alors oui, ce pays a tous les atouts pour devenir un hub aérien. Mais il faut pour cela qu’il y ait une attractivité de la plateforme, et il faut tenir compte de l’ensemble des coûts. Nous nous trouvons dans un environnement concurrentiel. Mais le Sénégal bénéficie d’atouts importants, avec un gouvernement stable, un Chef d’Etat ayant une vraie vision, et surtout un état de droits qui donne confiance aux investisseurs. Nous avons donc tous les avantages pour pouvoir créer un hub, mais une fois encore, cela ne se décide pas, cela s’acquiert.
Depuis que vous êtes à la tête de la compagnie, avez-vous ressenti une évolution dans l’affluence de touristes au Sénégal ?
Personnellement je n’ai pas constaté une évolution particulière de l’affluence pour l’instant. Mais il faudrait plutôt interroger à ce sujet les gens de l’aéroport International Blaise Diagne, qui connaissent mieux les statistiques. Evidemment, notre compagnie se nourrit du tourisme, mais nous sommes les réceptacles. Nous ne créons pas le produit touristique. Nous sommes un outil dans la boite à outils. Le développement du tourisme contribue au nôtre. Ce n’est pas moi qui nettoie les plages, nous ne gérons pas la propreté des villes et des villages. Mais quand tout ces éléments sont bien gérés et que les touristes viennent, nous devons leur proposer un produit de transport attractif pour leur donner envie de venir dans ce pays merveilleux. Mais ce n’est pas nous qui rendons ce pays merveilleux.
Si vous deviez dresser un premier bilan depuis votre arrivée à la tête de la compagnie, quel serait-il ?
Ce n’est pas à moi de le faire. Mais on peut laisser parler les faits. Quand je suis arrivé avec mon équipe en août 2017, il y avait du papier, et une idée pour la compagnie. Nous n’avions même pas de permis d’exploitation aérien (PEA). Nous avons donc construit une compagnie aérienne, nous avons obtenu un PEA et acheté des avions. Nous avons lancé des opérations, d’abord domestiques, puis internationales. D’une certaine manière, cette partie de la mission est accomplie. Maintenant, nous allons rentrer dans une phase différente. Cette deuxième phase se traduira par la consolidation, et le développement de ce que nous avons déjà pu faire, et qui fonctionne. Bien entendu, une compagnie aérienne peut avoir des imperfections. Il ne faut pas rêver. Tous les compagnies ont des soucis. C’est tout à fait normal. Pour l’instant, je considère que nous avons eu beaucoup de chance, mais soyons lucides, il y a toujours des aléas dans la vie de l’industrie. Jusqu’à présent nous avons construit quelque chose qui fonctionne, et nous allons passer à l’étape suivante, en poursuivant, en en amplifiant. Cette deuxième phase commence demain matin, si j’ose dire.
PAR OUSSEYNOU NAR GUEYE
ÉTAT SECOND… (TOUR) !
Avec la proclamation de ses "57 pour sang", Boune Abdallah a créé les conditions de violences post-électorales et rend inévitable un contentieux post-électoral
Ce lundi matin, 25 février 2019, un vent de changement se lèvera-t-il sur le Sénégal ? Le peuple souverain a eu la parole en ce dimanche 24 février et a exprimé son choix. Celui-ci va-t-il dans la direction d’un congédiement du régime bennobokkyaakarien ? Si oui, ce sera après un préavis de quinze jours au sortant Macky Sall, quinzaine qui devrait être la période qui nous sépare du 2ème tour, après la proclamation des résultats du scrutin d’hier. Les médias audiovisuels qui ont remonté les résultats des bureaux de vote après la clôture du scrutin à 18 h, les états-majors des coalitions politiques en lice, et l’administration électorale disposaient, hier dimanche, des taux de vote en faveur de chaque candidat, et savaient à 20 heures dans quel sens allait le vote des Sénégalais. Clarté des premiers résultats à laquelle n’ont pas vraiment contribué les médias audiovisuels, télés et radios, qui en prenant la responsabilité de remonter des résultats parcellaires, bureau par bureau, ont énuméré une litanie de signes, sans parvenir à en donner le sens et la signification. Cette tradition de proclamation des chiffres au compte-gouttes qui s’est imposé dans les médias audiovisuels sénégalais est malheureuse. Ces médias devraient désormais, surtout pour une élection nationale, s’entourer de statisticiens et également d’instituts de sondage (qui, il est vrai, ne sont pas légion au Sénégal) pour donner par intervalles des fourchettes de pourcentages par candidat. Et non pas égrener des nombres de bulletins de votes par candidat, qui ne signifient rien, tant qu’ils ne sont pas agrégés en proportions de taille critique.
Au moment où ces lignes sont écrites, à minuit ce dimanche, le Premier ministre et directeur de campagne officieux Boun Abdallah vient d’affirmer en direct sur la télévision d’Etat, la RTS, que les résultats compilés indiquent que leur candidat, le sortant « Macky Sall a été réélu dès le premier tour et a été en tête dans treize régions sur quatorze, avec un minimum de 57% des voix au plan national ». Proclamation qu’Abdourahmane Diouf, porte-parole d’Idrissa Seck invité sur le plateau de la RTS, a qualifié d’ « hallucinante » et de « forfaiture ». Un peu plus tôt, à 22h30 ce dimanche, en conférence de presse, les candidats de l’opposition Idrissa Seck et Ousmane Sonko ont tenu une conférence de presse. Pour dire que s’ils s’abstenaient de donner des résultats, ceux qui étaient en leur possession indiquaient « qu’un deuxième tour était inéluctable ». Ils ont au passage dénoncé les manipulations de chiffres par la presse, en indexant notamment les organes de presse du groupe Futurs médias, de la 2STV et des médias internationaux. En effet, à 21 heures, dans son journal, RFI annonçait que les tendances donnaient « Macky Sall entre 48% et 52%, Idrissa Seck entre 25% et 30% et Ousmane Sonko autour de 20% ». RFI s’est reprise une heure plus tard, à 22 heures, pour annoncer « qu’elle ne donnait aucun résultat et attendait ceux qui allaient être proclamés par la CENA », précisant que les résultats des médias locaux indiquaient « qu’un trio de tête se dégageait, avec Macky Sall, Idrissa Seck et Ousmane Sonko ». A cet égard, RFM donnait Macky Sall à 48% et la SenTV le plaçait à 40%. Du côté d’Internet, Twitter n’a pas été très utile : le compte @SenegalVote s’est consacré exclusivement aux résultats de la diaspora, ignorant ceux du territoire national.
Alors à quels résultats donner foi ? En tous les cas, le Sénégal se réveille ce lundi matin dans un état… second. Pour cause de second tour. Ou pour cause de forcing de Macky Sall, dans le sens d’un second mandat. Sera-ce accepté par les Sénégalais et par l’opposition ? Il faut espérer que non. Avec la proclamation de ses "57 pour sang", Boune Abdallah a créé les conditions de violences post-électorales et rend inévitable un contentieux post-électoral. Si, comme l'on s'y attend désormais, le Conseil constitutionnel chargé d'annoncer les résultats provisoires ce vendredi avant minuit entérine la prédiction météo du Premier ministre de Macky Sall. Comme nous y a habitué cet organe judiciaire trop prompt à se déclarer incompétent, sauf en matière de réélection de président sortant. Dans la contestation vigoureuse de ce résultat improbable de 57%, seul leur souci responsable de ne pas brûler le pays pour accéder au pouvoir d’État devrait tempérer les candidats Idrissa Seck et Ousmane Sonko. Et aussi les chefs religieux, qui sont nos régulateurs sociaux. Mais ceux qui ont en premier craqué l'allumette pour mettre le feu, ce sont bien Macky & co.
Ousseynou Nar Gueye est Secrétaire national à la Communication et à la Coopération africaine de S.U.D / Coalition Idy 2019