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31 août 2025
TIDJANE THIAM, LE FARDEAU DE L'HÉRITAGE
L'histoire des Thiam en Côte d'Ivoire débute en 1940 quand Amadou Thiam s'installe à Abidjan. Son union avec Mariètou Sow forge un lien durable entre la famille et la politique ivoirienne, aujourd'hui contesté par la radiation électorale de Tidjane
Fils d'Amadou Thiam et de Mariètou Sow (nièce du président Félix Houphouët-Boigny), Tidjane Thiam fait, depuis quelques jours, l'actualité en Côte d'Ivoire et au-delà. Depuis qu'il a été porté à la tête du PDCI-RDA, les origines sénégalaises de son père et sa nationalité française ont été invoquées par ses adversaires pour lui dénier le droit de se présenter à la prochaine Présidentielle. Sur recours d'un militant du parti au pouvoir, le tribunal l'a radié des listes, sous le prétexte qu'il a la nationalité française. Retour sur le parcours atypique des Thiam.
L'affaire défraie la chronique depuis quelques jours en Côte d'Ivoire. Présenté comme un des plus sérieux challengers du parti au pouvoir, le président du PDCI-RDA, Tidjane Thiam, risque de ne pas participer à la prochaine Présidentielle, suite à sa radiation des listes électorales. Motif invoqué par la justice ivoirienne : il aurait acquis la nationalité française en 1987. Or, il résulte du Code de la nationalité de la Côte d'Ivoire que quiconque acquiert une nationalité étrangère après la majorité perd sa nationalité ivoirienne. Avant cette procédure sur la perte de nationalité, d'autres ont eu à opposer au successeur d'Henri Konan Bédié ses origines sénégalaises.
Poussant de nombreux Ivoiriens à rappeler la douloureuse jurisprudence Ouattara, quand ses adversaires invoquaient le concept d'ivoirité pour l'écarter de la course à la présidence. Gbagbo l'avait alors “sauvé” en prenant un décret. Ironie de l'histoire, c'est aujourd'hui l'ancienne victime qui se présente en bourreau, en vue de combattre un de ses principaux adversaires. ‘’EnQuête’’ revient ici sur le parcours fabuleux des Thiam, dont le père Amadou avait quitté le Sénégal dans les années 1940. Ni la Côte d'Ivoire ni le Sénégal n'existait en tant qu'État souverain et indépendant.
Les Thiam, la Côte d'Ivoire, le Sénégal et la France
Figure marquante de l'histoire de la Côte d'Ivoire, le père de Tidjane Thiam fut un brillant et très respecté journaliste, diplômé de l'Institut international de journalisme de Strasbourg et du Studio-école de la Société de radiodiffusion d’Outre-Mer, rapporte l'ancien journaliste à la RTS Samba Mangane. Né le 5 aout 1923 à Dakar, il était français en tant que natif de Dakar (à l'époque, au Sénégal, les personnes nées à Dakar, Gorée, Rufisque ou Saint-Louis avaient la nationalité française, en opposition à ceux qui étaient nés dans d'autres localités et que l'on appelait indigènes). A 24 ans environ, Amadou Thiam décide de quitter Dakar, capitale de l'Afrique occidentale française (AOF), pour s'établir définitivement en Côte d'Ivoire, où il rejoint son oncle Pape Sow, le frère de sa mère Anna Thiam. Samba Mangane explique : “Pape Sow est un compagnon de longue date d’Houphouët-Boigny. Il était aussi l’époux d’Aka Amoin Thérèse, sœur d’Houphouët-Boigny. De cette union est née la mère de Tidjane Thiam, Marie Sow.”
Nièce du premier président de la Côte d'Ivoire, cette dernière, de par son père Pape, est donc cousine et épouse du père de Tidjane Thiam. Elle est ainsi le trait d'union direct entre les Thiam, originaires de Dagana, dans le nord du Sénégal, et les Boigny de Yamoussoukro, en Côte d'Ivoire.
Toujours à propos des origines sénégalaises du père de Tidjane, Samba Mangane précise : “Amadou Thiam et l’ancien Premier ministre Habib Thiam (Premier ministre pendant longtemps et grand ami du président Abdou Diouf, NDLR) sont doublement cousins germains. Mabousso Thiam, père d’Habib Thiam, est le frère de Boubacar Thiam, père d’Amadou Thiam. Mariètou Thiam, mère d’Habib Thiam, est la sœur d’Anna Thiam, mère d’Amadou Thiam. Vous voyez comme les deux familles sont étroitement liées”.
Qui est Mariètou Sow, la nièce d'Houphouët-Boigny, trait d'union entre les Thiam et les Boigny ?
Malgré les liens forts de sang, Amadou Thiam ne sera juridiquement jamais sénégalais. Français depuis sa naissance, il aurait pu, aux indépendances, opter pour la nationalité sénégalaise. Mais il avait choisi de dédier le reste de sa vie à la Côte d'Ivoire, où il s'était déjà fait un nom, en tant que journaliste à la radio nationale. Promu directeur général en 1959, le gendre d'Houphouët-Boigny ne tardera pas à marquer de son empreinte le paysage médiatique ivoirien. Aux indépendances, Houphouët-Boigny décide de le nommer dans son gouvernement. “Lorsque Houphouët-Boigny décide de le nommer ministre de l'Information, il se rend compte qu'Amadou a la nationalité française. Il a alors pris un décret et l'a naturalisé ivoirien”. Pour les enfants, leur mère étant ivoirienne et étant née en Côte d'Ivoire, le problème ne s'est jamais posé.
Du moins jusqu'à ce que le benjamin Tidjane décide d'emboiter le pas au grand-père. Devant le tribunal, ses avocats ont dit avoir produit toutes les preuves, pour montrer que le petit-neveu du premier président est en fait né français, en tant que fils d'un Français. En conséquence, le fameux article 48 sur la perte de nationalité ne saurait lui être applicable. Des preuves qui n'ont pas convaincu la juge en charge de l'affaire. Maitre Dadje Rodrigue : “Nous avons produit la preuve que monsieur Tidjane Thiam est né français. Nous avons produit la copie du registre d'état civil européen, où l'on déclare toutes les personnes qui sont nées françaises. Cette déclaration a été faite par son père monsieur Amadou Thiam qui était lui-même français à cette époque.
Et c'était sa seule nationalité. Heureusement que le registre n'a pas brulé. Il est aussi tenu de façon identique en France, à Nantes.” Cela n'a malheureusement pas suffi pour convaincre la juge qui a soutenu que Tidjane n'avait pas la nationalité ivoirienne au moment de s'inscrire sur les listes électorales, d'où la radiation de celui qui a eu à occuper plusieurs postes de responsabilité dans le pays, dont celui de ministre chargé du Plan.
Son père, Amadou Thiam, fut non seulement ministre, d'abord en 1963, puis de 1978 à 1986. Ancien membre du Bureau politique du PDCI-RDA, membre du Conseil municipal d'Abidjan pendant une trentaine d'années, il fut également ambassadeur à plusieurs reprises, en poste au Maroc où, après un premier passage dans les années 60, il sera à nouveau affecté en 1988, pour y rester jusqu'à sa retraite en 1999.
Ayant quitté le Sénégal bien avant les indépendances, le père de Tidjane n'avait que la nationalité française qu'il a transmise à ses enfants
Décédé le 6 janvier 2009 à Rabat, au Maroc, à l'âge de 85 ans, Amadou Thiam a consacré l'essentiel de sa vie au rayonnement de la Côte d'Ivoire. Ses enfants, dont Tidjane, poursuivent aujourd'hui l'œuvre titanesque. Parmi eux, raconte Mangane, il y a feu Daouda Thiam (ancien ministre des Mines et de l'Énergie sous la présidence de Robert Guéï, ancien conseiller chargé des ressources naturelles auprès du président Alassane Ouattara en 2015 ; Papa Ababakar Thiam (docteur en histoire) ; Augustin Thiam (médecin de formation et gouverneur du district autonome de Yamoussoukro) ; Abdel Aziz Thiam (ancien ministre des Transports sous la présidence de Laurent Gbagbo). En outre, il y a Yamousso Thiam, feu Ndèye Anna Thiam (ancienne cadre de la banque BIAO).
Quand la victime de l'ivoirité se transforme en bourreau
Quant à Tidjane, il est sans nul doute l'un des plus célèbres de la fratrie, l'un des plus brillants également, s'accordent à dire de nombreuses sources. Il était toujours premier de sa classe. Ancien dirigeant du Credit Suisse, ayant conseillé plusieurs grands de ce monde, Tidjane, rappelait ‘’JA’’, a aussi été le premier Ivoirien à être admis à Polytechnique.
De retour à Abidjan, il a eu plusieurs postes de responsabilité, contribué à la construction de pas mal d'infrastructures, avant d'embrasser, au début des années 2000, une riche carrière à l'international.
Nonobstant tous ces services rendus, bien que petits-neveux et héritiers directs du premier président, certains continuent de les considérer comme des Sénégalais. Yamousso Thiam répondait dans ‘’Jeune Afrique’’ : “Cela me fait mal. Je suis d'abord baoulée, ensuite akan et après ivoirienne. Je m'adressais à ma mère en baoulé et je connais la culture sur le bout de mes doigts.” Idem pour Tidjane qui, selon certaines indiscrétions, n'a jamais voulu qu'on le présente comme sénégalais. D'ailleurs, confie une source, contrairement à Augustin, gouverneur de Yamoussoukro, lui ne parle pas wolof.
PAR MATEL BOCOUM
LA FAMILLE SÉNÉGALAISE EST-ELLE DEVENUE UN FARDEAU ?
Le sens de l’entraide et du partage, érigé en principe, au sein des familles sénégalaises, est-il devenu un raccourci vers une chute libre ? Une question qui garde toute sa pertinence au rythme des arrestations pour détournements de fonds publics...
Le sens de l’entraide et du partage, érigé en principe, au sein des familles sénégalaises, est-il devenu un raccourci vers une chute libre ? Une question qui garde toute sa pertinence au rythme des arrestations pour détournements de fonds publics ou privés dans notre pays.
Rien ne justifie ces pratiques qui déshonorent toute une lignée, voire toute une nation, mais quand des Sénégalais cherchent de plus en plus à s’enrichir indûment pour les beaux yeux de la famille, de la belle famille et de l’entourage immédiat, il y a de quoi s’interroger et appeler à une introspection. Certains évoquent l’urgence d’un « ndeup » salvateur pour remettre ces fossoyeurs sur le bon chemin et préserver nos finances. Grâce à un bel esprit de solidarité, des familles sénégalaises ont pu, en effet, se consolider à l’échelle nationale. On se soutient financièrement et moralement. La famille reste unie et forte grâce à ce filet de solidarité. Elle s’élargit et demeure ce fondement de la société où se construit le citoyen, appelé à porter le drapeau du pays à l’échelle planétaire. Celui qui se consacre au bien-être de la famille jouit naturellement de l’estime de ses proches. Mais parfois, la pression sociale voire monétaire exercée sur certains finit par créer des conséquences drastiques au sein de la société.
Dans une étude de recherche réalisée en 2004, le Forum civil avec l’appui financier du Centre canadien de Recherche pour le Développement international (Crdi) touchait du doigt un mal sénégalais, qui gangrène la société, notamment le secteur de la santé. Il prend source au niveau de la famille sénégalaise. Celle-ci met en avant, selon l’étude, le principe « Kuy xalam di ca jaayu » (jouer au xalam, c’est aussi s’enorgueillir de son instrument de travail) ou « Kuy togg di ñam » (le cuisinier a bien le droit de goûter à la sauce), « Ku am kuddu du lakk » (celui qui détient une cuillère ne doit pas se brûler les doigts), ou alors Le « Colobane », du nom du quartier de Dakar, présenté, dans l’imagerie collective, comme un milieu de recel. « Ce terme définit toutes les pratiques corruptives, notamment dans le milieu de la santé, tolérée et encouragée surtout quand il est suivi d’une contrepartie financière. Il permet d’accéder aux ressources par un raccourci ou un chemin détourné ».
En fait, tous les moyens semblent tolérés chez certains pour bénéficier d’une promotion sociale ou prendre sa revanche sur le destin. Le culte de l’apparence aidant, il faut exhiber sa réussite professionnelle et sociale, qu’importe si elle n’est pas basée sur le mérite et les principes d’éthique et d’honnêteté. Une autre étude financée par la Commission des Communautés européennes et la Direction du développement et de la coopération suisse (Ddc) avait mis à nu, en 2000, un décalage entre les besoins sociaux incessants et le montant des salaires, lequel pousse à une quête permanente d’argent liquide (emprunts, dépannages, petits boulots… ou corruption). Pour se conformer aux attentes de la famille, certains se donnent les moyens « de savoir profiter » du poste occupé (profitoo en wolof) pour passer comme quelqu’un a une forte personnalité. Celui qui a le courage de profiter d’un poste « juteux » voire stratégique, passe pour un « éveillé » (en wolof : « doful, ku yeewu la ». Le fonctionnaire, qui passe outre ces pratiques, « manque de dignité » ou de « personnalité » (en wolof : « dafa ñàkk fullà ou faayda »), il est même taxé d’antipathique (ku soxor en wolof).
Mais l’expérience a fini par montrer que ces pratiques, loin de les valoriser, déprécient, au fil des ans, leurs auteurs. Ces derniers perdent leur aura et leurs laudateurs. Dire que des hommes et femmes, qui ont touché des cœurs à l’échelle mondiale, ont montré qu’il n’est pas nécessaire de vendre son âme pour gagner le monde, que la richesse véritable réside dans l’amour et la compassion. Le célèbre chanteur, Bob Marley, disait que le bonheur ne se mesure pas à l’aune des gains matériels ou financiers, mais en moments de joie et de vérité partagés. Le Pape François a inscrit son nom dans la postérité pour son don de soi. Il a d’ailleurs renoncé à tous les ors du monde, préférant habiter, de son vivant, dans un modeste appartement. Des hommes et femmes de valeur, qui aspirent, pour autant, à un mieux-être, mènent une vie sans intensité, mais paisible. Qu’ils soient riches ou pauvres, ils sont aimés et honorés grâce à leur dévotion sincère à l’humanité. Ils ont compris que tout le reste n’est que feu de paille.
PAR SAMBOUDIAN KAMARA
REGARD VERS L'EST...
Un rapport du Timbuktu Institute intitulé « Menace du Jnim dans la zone des trois frontières du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal » suscite, depuis quelques heures, l’attention de la presse étrangère...
Un rapport du Timbuktu Institute intitulé « Menace du Jnim dans la zone des trois frontières du Mali, de la Mauritanie et du Sénégal » et publié hier suscite, depuis quelques heures, l’attention de la presse étrangère, échaudée il est vrai par la perspective de voir les djihadistes du Sahel réaliser leur vieux rêve : atteindre les pays du littoral Atlantique.
Mais aussi par notre statut de pays indemne d’attentats terroristes, alors que les évènements sanglants de Grand-Bassam en Côte d’Ivoire (2016) sont encore frais dans les mémoires, et que le Togo et le Bénin sont de plus en butte à des attaques dans leur septentrion. Jnim est l’acronyme pour désigner la « Jama’at Nusrat ul-Islam wa al-Muslimin », une organisation djihadiste salafiste du Maghreb et d’Afrique de l’Ouest formée par la fusion d’Ansar Dine, du Front de libération du Macina, d’al-Mourabitoun et de la branche saharienne d’Al-Qaïda au Maghreb islamique. Un hebdomadaire parisien se demandait hier si « le Sénégal est-il dans le viseur du Jnim ». Question qui tombe sous le sens. Depuis une bonne dizaine d’années en effet, l’appareil sécuritaire sénégalais a les yeux rivés vers l’Est sans oublier le reste… En substance, le rapport indique que l’organisation terroriste cherche à étendre son influence au Sénégal et à la Mauritanie depuis ses bases dans le sud-ouest du Mali, dans la région de Kayes. Sa stratégie est double : harceler les forces de sécurité et s’infiltrer économiquement (exploitation forestière, trafic de bétail, contrebande).
Selon « Timbuktu Institue », le Sénégal présente « des facteurs de vulnérabilité » que le Jnim peut exploiter, notamment « une frontière poreuse, un déficit de prise de conscience des enjeux sécuritaires au niveau de la population, des défis socio-économiques pressants et la propagation du salafisme en tant que matrice idéologique ». Si la frontière du Sénégal avec le Mali est déjà largement exploitée par les contrebandiers et sa géographie rend sa sécurisation plus difficile, le rapport souligne toutefois qu’une partie importante de la population des régions menacées par l’expansion du Jnim ne considère pas le groupe comme une menace immédiate. Le document insiste sur « le contexte sociologique » de cette région et souligne que le chômage reste élevé dans ces régions. Elle pointe « les systèmes de castes » dans la zone de Bakel qui perpétuent « les inégalités et autres injustices dues à la stigmatisation de communautés entières ». Les chercheurs avertissent que les idéologues salafistes ont utilisé ces griefs pour influencer les croyances religieuses des individus, les rendant potentiellement plus réceptifs à l’extrémisme violent en brandissant l’offre d’une « théologie de la libération » par rapport à l’islam traditionnel dont les acteurs ne condamnent pas suffisamment le système des castes.
« Le Sénégal oriental pourrait être vulnérable à ces idéologies, car le soufisme n’y est pas aussi répandu que dans le reste du pays », lit-on dans le rapport. Les stratégies d’infiltration de ces organisations sont bien connues maintenant. Dans le cas qui nous concerne, elles cherchent à éviter l’affrontement direct avec les armées (notamment sénégalaise). Leur méthode est de saper l’autorité de l’État en contrôlant l’économie locale et en se posant en « protecteur des populations marginalisées ». Et, bien sûr, elles utilisent des réseaux ethniques transfrontaliers pour la logistique et le recrutement. Alors, quelle parade ? L’armée sénégalaise développe depuis quelques mois une nouvelle forme de communication, adressée surtout dans les réseaux sociaux. On perçoit de nouvelles dynamiques dans les régions de Tambacounda et de Kédougou, dans la poche de la Falémé et le sud-est du pays. Ces menaces ne sont pas nouvelles.
Si la réputation des militaires sénégalais s’est bâtie sur des récits autour de leurs opérations ici et à l’étranger, de leurs héritages, de leur discipline et de leur professionnalisme, un autre volet de leurs compétences, moins connues, est mis à contribution : le renseignement et la prospective, deux thèmes qui clignotent sur les tableaux de bord des états-majors confrontés au djihadisme. Le rapport de « Timbuktu Institute » n’est pas exempt de critiques. D’abord, il campe un cadre spatial qu’il n’arrive pas à documenter. Il pointe certes la tri-jonction dans la zone des trois frontières, mais les activités du Jnim jusque-là observées ont eu lieu au Mali. En termes de projection, il est évident que le but visé peut être le Sénégal, mais les mesures préventives sont en train d’être prises chez nous. Ensuite, le document n’arrive pas à lier les éléments constitutifs du djihadisme en un tout sécuritaire ; il dissocie les parties et c’est la meilleure façon de ne pas trouver une parade à l’avancée des terroristes du Jnim. En tout cas, le Sénégal, jusqu’ici préservé, a compris qu’anticiper vaut mieux que trembler…
GUY MARIUS SAGNA DÉNONCE LE MAINTIEN DE CADRES DU SYSTÈME NÉOCOLONIAL
L’interpellation d’une haute fonctionnaire, ex-DAGE de l’Enseignement supérieur aujourd’hui en poste à l’Éducation nationale, provoque des remous. Le député y voit un symbole d’un système inchangé.
L’arrestation de l’ancienne Directrice de l’administration générale et de l’équipement (DAGE) du ministère de l’Enseignement supérieur, actuellement en poste au ministère de l’Éducation nationale, suscite des interrogations au sein de la classe politique. Le député Guy Marius Sagna a réagi ce mardi, dénonçant une continuité de pratiques qu’il qualifie de « néocoloniales et parasitaires » dans certaines institutions publiques.
Alors que la presse rapporte l’arrestation de cette haute fonctionnaire par la Section de recherches (Sr), le parlementaire appelle à la prudence, rappelant qu’elle demeure présumée innocente. Il attire toutefois l’attention sur ce qu’il appelle des « régularisations » de marchés publics dans le secteur de l’éducation, pratiques qu’il lie directement à la gestion de cette DAGE.
« Pourquoi certaines personnes identifiées comme des rouages du système néocolonial ont-elles été maintenues dans les ministères et directions, malgré l’arrivée au pouvoir de Pastefet de ses alliés ? » s’interroge-t-il. Selon lui, plusieurs profils hérités de l’ancien système continuent d’occuper des postes stratégiques, alors que le Sénégal regorge de compétences prônant une rupture structurelle.
Le député affirme avoir saisi le gouvernement par écrit pour comprendre les raisons de ce statu quo persistant, notant que certains responsables sont encore en poste « après trois, six voire douze mois ».
« On ne fait pas du neuf avec du vieux », affirme-t-il, appelant à confier les leviers de décision à des femmes, des hommes et des jeunes engagés pour un changement réel. Malgré ces critiques, il assure de son soutien les ministres et directeurs engagés sur la voie de la transformation.
« Leurs victoires seront celles du peuple, mais aussi de Pastef et de ses alliés », conclut-il.
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LA SAGA DU SYNDICALISME AU SÉNÉGAL
La grève du Dakar-Niger en 1968, l'affrontement avec Senghor, la naissance de la CNTS... Le mouvement syndical, véritable locomotive de l'émancipation nationale, s'est forgé dans des combats épiques portés par des personnalités d'exception
À l'occasion de la fête internationale du Travail, retour sur l'histoire riche et mouvementée du syndicalisme au Sénégal, un mouvement qui a joué un rôle déterminant dans l'émancipation nationale et la défense des droits des travailleurs.
Dès l'époque coloniale, en Afrique occidentale française (AOF), le mouvement syndical s'est imposé comme une véritable locomotive de la lutte pour l'émancipation. C'est particulièrement dans les secteurs des chemins de fer et de la métallurgie que cette mobilisation a pris racine. L'année 1957 marque un tournant avec la création de l'Union générale des travailleurs d'Afrique noire (UGTAN), suivie au niveau national par l'Union nationale des travailleurs du Sénégal (UNTS).
Parmi les pionniers figure Ibrahima Sarr, personnage emblématique qui a dirigé la célèbre grève des chemins de fer Dakar-Niger, un mouvement social qui a duré cinq mois et marqué les esprits. En 1968, alors que des vagues de grèves générales secouent le monde entier, le Sénégal emboîte le pas. Face à cette menace, le régime de Léopold Sédar Senghor, conscient que le pouvoir "était presque dans la rue", décide en 1969 de dissoudre l'UNTS.
La même année voit naître la Confédération nationale des travailleurs du Sénégal (CNTS), avec Doudou Ngom à sa tête jusqu'en 1977. Dans ce combat pour la défense des droits des travailleurs, les femmes ont également joué un rôle crucial, à l'image de figures comme Rosebass, Faial Diop et Fatongan.
La CNTS connaît ensuite plusieurs transformations, notamment sous la direction de Babakar Diagrari (1977-1982), puis avec Pierre Mor Mada Diop qui accède au poste de secrétaire général en 1982 et initie ce qu'on appellera "la participation responsable" en 1987.
Les années 1980 sont marquées par une diversification du paysage syndical. Alioune Sow, l'un des animateurs du mouvement, quitte la centrale pour fonder l'Union démocratique des travailleurs du Sénégal (UDTS). C'est dans ce contexte que l'ancienne bourse du travail de la rue Escarfé est attaquée. Un vent d'autonomisation souffle sur le syndicalisme avec la naissance de l'UNSAS, dirigée par Mademba Sock, et de la CSA menée par Ibanjadi.
Dans le secteur de l'éducation, le syndicat NES dirigé par le professeur Madior Diouf s'affirme, tandis que dans la santé et les collectivités territoriales émergent des personnalités charismatiques comme Mamadou Diop Castro. Ces différentes figures ont toutes contribué à l'édification d'un mouvement syndical diversifié et engagé, dont l'héritage continue d'inspirer les nouvelles générations de syndicalistes sénégalais.
Alors que le pays célèbre le 1er mai, cette histoire syndicale riche rappelle l'importance des luttes collectives dans la construction de la nation sénégalaise et la défense permanente des droits sociaux.
PAR NENE COUMBA TOURÉ
IMPUNITÉ ET CULTURE DU BIEN PUBLIC, REPENSER LE CONTRAT RÉPUBLICAIN
Lorsque le monde entier a basculé dans l’inconnu au printemps 2020, le Sénégal, comme tant d’autres nations, a dû improviser des mécanismes d’urgence pour faire face à une crise sanitaire d’une ampleur inédite. Les frontières se sont fermées...
Lorsque le monde entier a basculé dans l’inconnu au printemps 2020, le Sénégal, comme tant d’autres nations, a dû improviser des mécanismes d’urgence pour faire face à une crise sanitaire d’une ampleur inédite. Les frontières se sont fermées, les marchés se sont tus, les mosquées se sont vidées, et le quotidien du citoyen ordinaire a été suspendu dans une atmosphère de sidération et de crainte. L’État, pour répondre à l’urgence sociale et économique, a mobilisé un fonds exceptionnel : la Force-Covid-19, d’un montant d’environ 1000 milliards de francs CFA.
Mais derrière ce grand élan se cache une ombre, celle de la trahison silencieuse du bien commun. Tandis qu’une population soumise à l’état d’urgence se confinait, renonçait, se privait, une élite administrative et politique détournait en toute quiétude des ressources vitales. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en décembre 2022, près de 45 milliards de francs CFA ont été irrégulièrement utilisés, entre marchés fictifs, surfacturations, et absence totale de pièces justificatives. Cette gabegie ne relève pas d’une simple faute administrative. Elle est un acte d’indifférence radicale à la souffrance collective.
Ce contraste est la blessure morale que le scandale des fonds Covid a ouverte dans la conscience collective sénégalaise. Car ces ressources, contrairement à ce que l’on pourrait croire, n’étaient pas uniquement des subventions extérieures ou des enveloppes budgétaires abstraites. Elles venaient aussi du sacrifice direct des Sénégalais eux-mêmes. Des entreprises locales ont contribué, parfois au détriment de leur survie. Des citoyens, y compris les plus modestes, ont donné spontanément, convaincus de participer à un effort de guerre solidaire. Ce fonds, plus qu’un outil budgétaire, était le symbole d’un pacte national : celui d’une solidarité au-delà des classes, des origines, des croyances.
Ce qui frappe dans cette affaire, au-delà des chiffres, c’est la profondeur du fossé entre la logique de service attendue d’un État républicain et la pratique de captation et de jouissance privée qui semble s’y être substituée. Cette substitution n’est pas un accident, ni une simple erreur de gestion dans un moment de panique. Elle s’inscrit dans un imaginaire plus large, façonné par l’histoire longue du rapport entre le citoyen sénégalais et l’administration publique. Héritée de la structure coloniale, l’administration a longtemps été perçue comme une entité extérieure, coercitive, et parfois arbitraire. L’indépendance n’a pas su transformer cette perception en une relation fondée sur la responsabilité mutuelle.
Ainsi, l’accès à la fonction publique est, dans l’esprit de beaucoup, moins une vocation qu’un viatique. L’État est un guichet. Son autorité se monnaye, sa proximité se mérite, sa rigueur se contourne. Et lorsque l’on parle de corruption, on évoque rarement la douleur symbolique qu’elle inflige à la collectivité. On la banalise, on la psychologise, on la politise. On oublie qu’elle est d’abord une fracture morale, une rupture du lien civique, une atteinte à l’idée même de communauté.
Face à cela, la réaction des nouvelles autorités reste à observer dans sa pleine mesure. Certes, des arrestations ont été opérées. Certes, la volonté de rendre des comptes a été exprimée. Mais il faut l’admettre : les figures arrêtées jusqu’ici relèvent pour la plupart de seconds cercles. Les hauts décideurs, ceux qui ont signé, ordonné, couvert, ou bénéficié à grande échelle de ces détournements, ne semblent pas encore inquiétés. Ce traitement sélectif, s’il se confirme, risque de transformer une promesse de rupture en un simulacre de justice.
Mais cette crise peut aussi être l’occasion d’un retournement. Elle offre la possibilité, rare et précieuse, de refonder le socle symbolique du pacte républicain. À condition toutefois d’assumer un diagnostic sans concession. Le Sénégal a besoin d’un nouveau récit du service public. Un récit qui ne se réduise pas à des slogans creux, mais qui réconcilie l’idéal de la République avec les pratiques quotidiennes de ses agents. Un récit qui redonne un sens au mot « servir », et qui reconnaisse dans le bien public non pas une manne anonyme, mais une part sacrée de la souveraineté populaire.
Ce travail est exigeant. Il est lent. Il implique de transformer en profondeur les mentalités, de revoir la formation des fonctionnaires, de valoriser les parcours intègres, de donner une autorité réelle aux organes de contrôle, mais aussi d’engager un effort culturel, éducatif et symbolique. Il faut que le citoyen voie dans l’État non plus un distributeur inégal de faveurs, mais un miroir de ses propres valeurs. Il faut qu’il comprenne que la corruption d’un seul agent le blesse, le trahit, l’appauvrit moralement.
L’épreuve des fonds COVID-19 est un révélateur. Mais elle peut devenir un levier. Si, et seulement si, nous avons le courage collectif de dire que ce qui a été volé ne l’a pas été seulement à l’État, mais à la Nation. Et que ceux qui l’ont fait, dans le silence complice ou dans l’abus de pouvoir, ont blessé l’idée même de solidarité nationale.
Il ne s’agit pas ici de réclamer la perfection, ni de fantasmer une société sans fautes. Il s’agit simplement d’affirmer, avec gravité, que le bien public n’est pas une abstraction technique, mais un lien moral entre les vivants. Et que ce lien, lorsqu’il est rompu, ne se répare pas par des discours, il se restaure par la vérité, la justice, et l’exemple: Jub Jubal Jubanti.
FERMETURE DE MÉDIAS, AMNESTY DÉNONCE UNE RÉGULARISATION AU FORCEPS
Réagissant à l’arrêté ministériel ordonnant la cessation d’activité des médias non conformes au Code de la presse, l'organisation s’inquiète d’une mesure précipitée et potentiellement dommageable pour l’image du pays.
Par arrêté du 22 avril 2025, le ministre de la Communication, des Télécommunications et du Numérique, Aliou Sall, a ordonné la cessation d’activité des médias non conformes aux dispositions du Code de la presse. Une décision brutale qui a encore poussé les associations de presse - et pas que - à ruer dans les brancards.
Procédant, ce mardi 29 avril 2025, au lancement de son rapport annuel 2024, Amnistie International et sa section Sénégal dirigée par Seydi Gassama, se sont intéressés à cette actualité brûlante. Face à la presse, M. Gassama a dénoncé cette « régularisation au forceps » qui, selon lui, risque d’écorner davantage l’image du Sénégal sur la scène internationale.
« De la même manière que nous avions condamné la fermeture de médias sous l’ancien régime, autant nous ne pouvons pas cautionner ce que vient de faire le nouveau ministre de la Communication Aliou Sall », fulmine d’emblée Seydi Gassama, interpellé sur ce sujet. À l’en croire, le processus de régularisation est certes une initiative salutaire dans un contexte de désorganisation notoire du secteur de la presse, mais les délais jugés « trop courts » semblent la détourner de son objectif.
« Nous pensons que lorsqu’on arrive au pouvoir et qu’on trouve un secteur aussi désorganisé, il ne faut rien précipiter, estime-t-il. On ne peut pas, en un an, dire qu’on va régler la situation de la presse en obligeant tout le monde de se conformer. Clairement ce ne sont pas des délais raisonnables ». Il faut, selon Seydi Gassama, que l’État jette un regard sur le rétroviseur pour se rappeler que « les médias sont extrêmement importants pour la démocratie ».
« Nous qui sommes plus âgés avons été témoins du rôle que le pluralisme médiatique a joué dans le renforcement de la démocratie. C’est quand on a eu des médias privés et indépendants qu’on a eu la première alternance. Donc aucun État ne devrait fermer des médias », argue-t-il.
Pour le secrétaire exécutif d’Amnesty/Sénégal la démarche que le nouveau régime devait adopter c’est d’encourager les médias à se régulariser en actionnant certains leviers. « Il y a l’aide à la presse. L’État peut décider que seuls les médias qui sont en conformité avec le code de la presse vont bénéficier de l’aide à la presse et des marchés publics de publicité. Cela dispense l’État de certaines mesures qui sont impopulaires, mauvaises pour l’image de l’État », suggère-t-il.
« Nous demandons, conclut-il, que plus de temps soit accordé aux médias et que l’État les accompagne. Il ne s’agit pas de se précipiter ou de faire une régularisation au forceps ».
TROIS MÉDAILLES POUR LE SÉNÉGAL AUX CHAMPIONNATS D’AFRIQUE DE JUDO
Avec deux médailles d’argent et une de bronze remportées à Abidjan, la délégation nationale améliore légèrement son bilan. Mais l’absence de titre et la neuvième place au classement général laissent un goût d’inachevé.
Le Sénégal a décroché trois médailles (deux en argent, une en bronze) lors des 46èmes Championnats d’Afrique de judo, organisés à Abidjan du 25 au 28 avril 2025. Un résultat en légère progression par rapport à l’édition précédente au Caire (1 argent, 2 bronzes), mais qui laisse un sentiment d’inachevé pour les amateurs et acteurs du judo sénégalais.
Deux Sénégalais ont réussi à atteindre les finales de leur catégorie : Mouhamed Mboup (-66 kg) et Mbagnick Ndiaye (+100 kg). Malgré des parcours impressionnants, les deux judokas se sont inclinés en finale, laissant échapper l’or de justesse. Le bronze a été sauvé par Namory Keïta dans la catégorie des -81 kg, qui a su rebondir après sa défaite en demi-finale.
En revanche, l’équipe mixte sénégalaise a échoué aux portes du podium, battue par l’Angola dans le match pour la médaille de bronze.
Avec ce total de trois médailles, le Sénégal termine à la 9e place du classement général. Un résultat encore loin des sommets continentaux, dominés cette année par l’Égypte, impériale avec neuf médailles (4 or, 1 argent, 4 bronzes).
Si la dynamique est globalement positive, les Lions du judo savent qu’ils peuvent et doivent viser plus haut. Les performances individuelles montrent un réel potentiel, mais la régularité, la profondeur de banc et le mental en finale restent des axes de progression majeurs à l’approche des prochaines échéances internationales.
LES DANSES AFRICAINES S'IMPOSENT SUR LA SCÈNE MONDIALE
Figure emblématique de la danse contemporaine, la chorégraphe sénégalaise d’origine béninoise Germaine Acogny se réjouit de voir les danses traditionnelles africaines gagner en reconnaissance internationale.
Les danses traditionnelles africaines sont en train de prendre leur place dans le monde, estime la chorégraphe et danseuse sénégalaise d’origine béninoise Germaine Acogny.
“Les danses africaines sont en train de prendre leur place dans le monde”, a dit Germaine Acogny dans un entretien téléphonique avec l’APS, en insistant sur l’importance des danses africaines dites patrimoniales, qui l’ont inspirée dans l’élaboration de sa propre technique.
La fondatrice de l’Ecole des sables, un centre de formation pour les danseurs d’Afrique et d’ailleurs, situé à Toubab Dialaw, à 44 km de Dakar, dit inciter les danseurs à mieux connaitre les danses de leurs origines en vue “d’enrichir la danse moderne et contemporaine”.
Elle estime que “la technique Acogny”, créée il y a quelques années et qui est fortement liée à l’Afrique tout en appartenant à l’universel, plonge ses racines dans ces danses dites patrimoniales.
“J’ai pris l’essence des danses traditionnelles d’Afrique de l’Ouest et des danses que j’ai apprises en Europe pour créer ma propre technique”, indique la chorégraphe.
Revenant sur cette technique portant désormais son nom et qui est transmise à de nombreux professionnels de la danse dans le monde, Germaine Acogny la définit comme “une danse africaine dans une expression contemporaine”.
“Sa technique repose principalement sur le travail de la colonne vertébrale et la plupart des mouvements sont basés sur ces trois éléments : ondulation, contraction, vibration/ trémulation”, peut-on lire sur le site internet de son école.
Beaucoup de ces mouvements sont inspirés de la nature – plantes ou animaux – mais aussi de la vie quotidienne en Afrique, renseigne la même source.
Elle parle également de l’utilisation d’images symboliques de la nature, comme le fromager, l’aigle, la pluie, le nénuphar, la poule d’Inde.
“Le résultat est une expression très pure, puissante et élégante. Germaine Acogny travaille également avec l’improvisation”, indique-t-on.
Récompensée d’un “Lion d’or” à la Biennale de Venise (Italie) en 2021, Germaine Acogny, 80 ans, a reçu le Grand prix de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) pour l’ensemble de sa carrière en 2022.
Elle est également lauréate, en 2023, du Grand prix de l’Académie des Beaux-arts de Paris, section chorégraphie.
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LA PRESSE APPELLE À LA RÉSISTANCE
Un recours devant la Cour suprême, des rencontres avec la société civile et un sit-in au ministère de la Communication. C'est le plan dévoilé par la Coordination des Associations de Presse pour contrer la décision d'Aliou Sall de suspendre 381 médias
La Coordination des Associations de Presse (CAP) a tenu une conférence de presse ce mardi pour dénoncer la décision du ministre de la Communication, Aliou Sall, de suspendre 381 médias sénégalais jugés "non conformes" aux dispositions du code de la presse. Cette situation, qualifiée de "catastrophique" par les responsables de la CAP, menace des milliers d'emplois dans le secteur.
Selon les représentants des médias, le ministère procède actuellement à des notifications de cessation d'activité à raison de "20 par jour", créant un climat d'incertitude dans le secteur. La CAP conteste vivement la légalité de cette démarche, rappelant que "la création de médias est garantie par la Constitution sénégalaise" et que "les entreprises de presse ne sont soumises qu'à des obligations d'enregistrement".
"Aucun ministère n'a le droit de dire que telle entreprise de presse peut exister ou pas, c'est garanti par la Constitution du Sénégal", a affirmé un responsable lors de la conférence, dénonçant "un flou total" dans le processus d'évaluation des médias.
Face à cette situation, la CAP a annoncé un plan d'action comprenant le dépôt de recours individuels devant la Chambre administrative de la Cour suprême. L'organisation prévoit également une série de rencontres durant tout le mois de mai avec les organisations syndicales, le patronat, les défenseurs des droits de l'homme et la société civile. Ces initiatives culmineront par un sit-in devant le ministère de la Communication.
Les responsables de la CAP ont également critiqué l'absence de dialogue avec leur ministre de tutelle. "Nous allons lui adresser une demande d'audience pour lui faire savoir que ce n'est pas nous qui refusons le dialogue, c'est plutôt lui qui ne veut pas nous voir en peinture", a déclaré un membre de la coordination.
La CAP a enfin prévu de solliciter des audiences auprès du président de la République, du Premier ministre et du président de l'Assemblée nationale pour trouver une solution à cette crise qui, selon elle, constitue "une entreprise de liquidation des médias" et une tentative de "mise au pas" de la presse sénégalaise.
Cette affaire survient dans un contexte où le nouveau régime est accusé par les acteurs médiatiques de vouloir contrôler le secteur de la presse, jusqu'ici considéré comme l'un des plus libres d'Afrique de l'Ouest.